Catégorie : Ecrire des paroles

Ecrire des paroles de chanson

  • Pas un jour sans une ligne : Routines d’auteur-compositeur

    Pas un jour sans une ligne : Routines d’auteur-compositeur

    Dans l’article « Le bon moment pour se lancer » (lien en bas de page), je vous donnais une méthode infaillible pour mettre à bas la procrastination.
    Dans celui-ci, je vais davantage vous parler de discipline.

    Attention, pas de discipline façon coup de règle sur les doigts
    Non, non : plutôt quelques routines qui vont vous permettre de créer « en douceur » vos chansons, de progresser presque sans vous en rendre compte…

    …et tout ça sans jamais souffrir !

    Pourquoi des routines ?

    Beaucoup d’auteurs-compositeurs amateurs vivent avec un paradoxe : ils ont peu de temps… mais énormément d’idées !

    Et souvent, ils attendent « le bon moment » : un week-end parfait, une inspiration soudaine, une journée rien qu’à soi.

    Problème : ce moment n’arrive jamais.

    Et là, on inverse la logique ! Au lieu d’attendre d’avoir du temps, on va se créer un rythme créatif qui s’insère dans la vie réelle.

    Car ce sont des petites routines, modestes mais régulières, qui finissent par faire naître les chansons.


    Pas un jour sans une ligne

    Alors comment s’organiser ?
    « Nulla dies sine linea » : pas un jour sans une ligne.
    Zola avait affiché ça au mur de son bureau.
    Cette devise, on la doit à Pline l’Ancien, qui parlait du peintre grec Apelle qui chaque jour traçait au moins une ligne sur son chevalet, pour garder la main.

    Depuis, les auteurs s’en sont emparés : pas une journée sans écrire.
    Pas une journée sans chanter, tester, tenter, chercher.
    Et c’est justement cette régularité — même minuscule — qui va nous permettre d’avancer sans nous brûler les ailes.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise de l’électricien

    Et voilà comment on va s’y prendre !


    Des routines simples et concrètes

    Allez, C’EST PARTI !
    Je vous propose de mettre en place quelques petites routines toutes simples, peu contraignantes, qui vont offrir à votre talent un espace pour s’exprimer.

    Au quotidien

    Le mot du jour (5 minutes)

    Chaque matin, piochez un mot au hasard (dans le dictionnaire ou via une appli).

    Écrivez une ligne avec ce mot, ou même un début de couplet.

    C’est tout. Facile, non ?

    Et surtout :
    Ne vous jugez pas : il s’agit juste de faire exister l’écriture.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise de la chiromancienne

    Le riff du soir (5 minutes à… toute la nuit !)

    Chaque soir, avant d’aller dormir, posez les doigts sur votre guitare ou clavier.

    Jouez « au hasard ».
    Laissez aller…
    Et enregistrez 20 secondes sur votre téléphone.
    Accumulez ces fragments : ils entretiennent votre créativité, et dans certains cas ils pourront même constituer vos « matières premières ».

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise du chauffard

    Mais méfiez-vous : il m’est arrivé de commencer comme ça, et de me retrouver deux heures plus tard avec une chanson complète ! 😀


    Sur la semaine

    Le semainier des chansons

    Votre semaine est déjà bien remplie, pas vrai ?
    Et quand vous essayez de repérer les moments où vous auriez du temps pour travailler vos chansons, ça ne fait pas rire : alors voyons…

    Le lundi, éventuellement 10 mn dispo en rentrant du travail.
    Le mardi 30 mn de libre entre la gym et les courses.
    Ah, le mercredi une bonne heure et demie en attendant le retour des activités du petit dernier.
    Le jeudi… ben rien ! Juste 5mn le matin avant de partir !
    Et les autres jours, un petit quart d’heure à midi…
    Dimanche par contre, tranquille !
    Et bien en fonction de ces paramètres, vous aller organiser votre semaine musicale comme un semainier.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise de l’aviateur

    Sur chacun des 7 jours, vous allez poser un projet : il y aura donc 7 textes ou musiques (que vous allez enregistrer) distincts.

    Vous allez instaurer :
    la chanson du lundi,
    la chanson du mardi,
    celle du mercredi, etc.

    Vous allez ainsi faire démarrer chaque jour une idée musicale différente, mais sur laquelle vous revenez la semaine suivante le même jour.
    Et faire ainsi avancer 7 projets simultanément, chacun à son rythme.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise du nageur

    L’objectif : garder le feu allumé (comme Johnny) chaque jour, sans pression (Ah non finalement, pas comme Johnny).


    À temps perdu… pas perdu pour tout le monde !

    Le refrain muet

    Dans les transports ou en marchant, fredonnez une mélodie.
    Inventez un bout de refrain.
    Notez-le sur votre smartphone.
    Le soir, tentez de le rejouer avec votre instrument.
    Et pas grave si c’est bancal : l’idée est là, et la pratique entretenue !

    L’aide précieuse d’un collectif

    Dans votre ville, il existe sans doute des « collectifs chanson ».
    Groupes d’écriture, atelier chanson, scènes ouvertes thématiques…
    Renseignez vous : rejoindre un groupe de création, c’est s’imposer un rythme sans solitude, et grandir avec les autres.

    Si vous ne trouvez rien près de chez vous, pas de panique : suivez bien la page de l’Académie de la Chanson : bientôt, on vous y proposera une scène ouverte thématique, mais (chut !) pour l’instant c’est un secret !

    Vous verrez : ce type de collectif nous pousse à produire, à présenter, à améliorer, à progresser. Et ça marche !

    Pas un jour sans une ligne…
    La devise de Maginot

    Le piège de l’inspiration

    Alors j’entends d’ici quelques « vrais artistes » objecter :
    « Naaan, moi j’attends d’être inspiré… » Mouais.
    Celui-là, il n’a pas attendu pour trouver un prétexte bidon, oui ! Une belle excuse pour ne rien faire !

    L’inspiration est le fruit de l’action, jamais l’inverse !

    C’est en écrivant qu’on devient inspiré.
    Comme c’est en jouant qu’on devient musicien.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise de Pierre Palmade

    Attendre que tout soit parfait avant de commencer revient à vouloir jouer du violon… sans jamais toucher l’instrument.
    Hum… Quoi que dans certains cas, ça vaut mieux ! 😜

    À vous de jouer !

    …et ça se passe dès cette semaine !

    Faites « le mot du jour » le matin, et « le riff du soir » le soir.
    On parie qu’avant la fin de la semaine vous avez déjà les graines d’une nouvelle chanson ?
    Il ne vous restera alors plus qu’à mettre en place la routine du semainier !

    Cela ne demande qu’une décision, et un peu de détermination.
    Allez, courage, on se lance !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.


    En conclusion

    Contrairement à ce que croient la plupart des gens, écrire et composer, ce n’est pas une grâce tombée du ciel.

    Ben non. Dommage…

    …ou tant mieux !

    C’est juste un entraînement discret, quotidien, humble et joyeux.
    À raison d’une ligne par jour, vous bâtirez pierre par pierre une œuvre cohérente, fidèle à votre style.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise de la fin de l’article !

    Alors plus besoin d’attendre l’inspiration.
    Il suffit de vous mettre en route. Maintenant !

    Allez, un petit cadeau avant de se quitter : Mathias ! J’adore !

    Et n’oubliez pas d’aller lire l’article anti-procrastination !

    Bon travail, et

    Vive la chanson !

  • Inventer une chanson pour un mariage : la bonne recette

    Inventer une chanson pour un mariage : la bonne recette

    Une chanson « ONE SHOT »

    Pour le mariage de votre meilleur.e ami.e, vous allez offrir le plus beau des cadeaux : une vraie chanson !

    C’est aussi beau qu’un feu d’artifice !
    Mais comme pour le feu d’artifice, vous n’aurez droit qu’à un seul tir.
    Il faut que ça explose, que ça touche au cœur, et surtout… que ça fonctionne tout de suite.

    Le public ? Une assemblée hétéroclite, souvent émue (et parfois légèrement euphorique), qui n’attend qu’à chanter avec vous… à condition que vous lui en donniez les moyens !

    Et ça tombe bien : dans cet article, je vais vous guider pas à pas pour écrire une chanson de mariage qui fera mouche. Car oui, ce genre particulier obéit à des codes : légèreté, accessibilité, émotion partagée… et une pincée d’humour bien dosée.
    Alles, je vous dis tout !

    Des paroles simples

    Une seule écoute, pas une de plus

    Contrairement à une chanson que l’on découvre sur un album ou en concert, la chanson de mariage est un « one shot » : elle doit séduire instantanément. Pas le temps d’analyser des métaphores tortueuses ou des doubles-sens intellos : on est là pour célébrer, pas pour décortiquer.

    👉 La règle d’or : si un enfant de 8 ans ne comprend pas les paroles, c’est trop compliqué.

    Des souvenirs qui parlent à tous

    Le truc, c’est de viser juste mais large.
    Exit les anecdotes intimes, les private jokes ou les propos cryptés, on fait dans les souvenirs universels.

    Le voyage scolaire à Rome,

    Le premier baiser au cinéma,

    Les repas du dimanche midi,

    Le chat qui squatte le canapé…

    Bref, des images qui parlent à tout le monde, même à ceux qui ne connaissent pas bien les mariés !

    Le gimmick, l’invité incontournable

    Une bonne chanson de mariage efficace s’appuie toujours sur un gimmick textuel et/ou mélodique. Un mot, une expression ou une mélodie qui revient comme un refrain familier :

    « On s’est dit oui, oui, oui… »
    « Et depuis, c’est parti pour la vie ! « 

    Ce petit crochet linguistique (hook textuel, for ze anglicist pipole) permet à tout le monde de participer… même sans connaître toute la chanson.

    Une musique à entonner sans réfléchir

    Suivez la gamme (littéralement !)

    Votre meilleure amie ici, c’est la simplicité mélodique. Ne vous compliquez pas la vie ! La première mélodie qui vous vient est la bonne ! On monte la gamme et hop !
    Une structure en boucle, une gamme majeure, peu de sauts d’intervalles, et vous tenez un air facile à mémoriser.
    Vous pouvez même vous inspirer de chansons enfantines ou de ritournelles populaires : ce n’est pas un hasard si tout le monde peut chanter Joyeux anniversaire !

    N’ayez pas peur de répéter les motifs !
    On ne le répètera jamais assez : la redondance, la redondance, vous dis-je ! Ca permet à tout le monde de comprendre comment fonctionne la chanson et de la reprendre avec vous ! C’est comme ça qu’on crée un vrai moment collectif !

    Moins d’accords, plus d’ambiance

    À la poubelle les accords de jazz compliqués !
    Vous allez prendre trois-quatre accords de base, et hop !

    C’est comme ça qu’on crée une ambiance conviviale.

    Par exemple : les classiques Do Fa Sol fonctionnent à merveille.

    L’interprétation : récital no, fiesta si !

    C’est un mariage, pas un concert !
    Le jour J, vous allez essayer de chanter juste (si possible), mais surtout, surtout : mettre l’ambiance et entraîner tout le monde avec vous !

    Mes conseils

    Répétez votre chanson plusieurs fois avant le grand jour. En solo, puis devant deux ou trois amis bienveillants.
    Imprimez les paroles pour que toute le monde les ait (distribuez-les ou affichez-les).
    Attaquez avec l’énergie. Si vous y croyez, les autres suivront !
    Méfiez-vous de l’émotion. Pas question de vous laisser submerger à l’instant T !
    Choisissez le bon moment : pas trop tôt dans le repas (personne n’écoute), ni trop tard (personne ne tient debout).

    À vous de jouer !

    Allez, on va s’entraîner à écrire une chanson de mariage réussie !
    Et vous allez voir qu’on ne va pas se compliquer la vie !

    Votre mission :

    Vous allez faire une micro-chanson sur un souvenir universel.
    Par exemple : un pique-nique, un départ en vacances, un premier slow…

    1) Commencez par un refrain très court, avec une formule répétitive qui revient, dans le genre « On s’est dit oui », « Main dans la main », que vous allez faire en un seul jet, paroles et musique en même temps.

    2) Trouvez une mélodie de couplet qui s’enchaine bien avec ce refrain. La première qui vient sera la bonne !


    3) Ecrivez un petit couplet de 4 lignes qui évoque ce moment simplement. Même si ça ne rime pas !
    Vous avez vu ? Le côté « brut de décoffrage », c’est d’une efficacité diabolique.

    Pour aller plus loin :

    Ben… vous avez deviné, non ?
    Il ne vous reste plus qu’à faire une chanson entière pour le mariage de vos amis !
    Au boulot ! et n’hésitez pas à mettre votre production en commentaire !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Ce n’est pas parce qu’on fait simple qu’on fait n’importe quoi !

    Dans chaque type de chanson, il faut être en phase avec son public… et avec l’évènement !

    Pour votre chanson de mariage, que vous écrirez sans y passer des heures, il vous faut avoir le bon angle.

    Et surtout, n’allez pas essayer de voler la vedette à la mariée, hein? L’important, ça n’est pas de briller, mais de réunir.

    Et pendant qu’on parle d’amour, je vous propose d’aller lire cet article « Ecrire une chanson d’amour pour la Saint-Valentin »…et qui sait ce qui pourrait arriver ensuite ?

    « Les grandes chansons ne sont pas celles qu’on admire, mais celles qu’on chante ensemble. »

    Vive les mariés, et

    Vive la chanson !

  • LES MOTS : LE SENS vs LE SON

    LES MOTS : LE SENS vs LE SON

    Que choisir entre le sens et le son ?
    Pas besoin de lire cet article ! Parce qu’on connait déjà la conclusion :

    Ben… c’est évident : les deux !

    Allez, circulez, y’a rien à voir !
    Oui… sauf que ce n’est pas si simple que cela.

    Allez, on commence vraiment par le début. Lisez ça !

    1. Une chanson, c’est quoi ?

    Pour celui qui la crée comme pour celui qui l’écoute, une chanson, ce n’est pas juste des mots qu’on a posé sur des notes : on cherche à transmettre quelque chose. Une émotion, une image, un souvenir, une humeur…

    Et pour cela, le sens des mots est essentiel.

    Mais ce n’est pas tout : le son des mots joue, lui aussi, un rôle clé. Il va donner une ambiance, une couleur.

    Il arrive donc qu’on doive choisir entre le sens parfait et le mot qui sonne mieux.

    C’est de cette tension, quelque part entre littérature et musique, que naît la chanson.

    2. Chanter, c’est dire quelque chose

    Pourquoi faisons-nous de la chanson ? Parce qu’on a quelque chose à dire.
    Les mots, on ne les choisit pas au hasard, ni par souci d’effet : on les choisit parce qu’on veut porter un message, un élan, une histoire.

    D’ailleurs, si l’on ne voulait transmettre que du rythme ou de l’énergie, on ferait de la dance, de l’électro ou de la pop en anglais, avec des paroles qu’on entend à peine.

    Mais voilà : on fait de la chanson.
    Et en chanson française, le sens compte.
    La langue, c’est à la fois un support et un vecteur.

    Et ça implique une responsabilité :
    cela nous oblige à la précision, à la justesse, à la sincérité.

    3. Les mots sont aussi de la musique

    Mais un mot, ce n’est pas juste un sens.
    Un mot, ça a un son, une couleur, un timbre.

    Prenons par exemple la photo ci-contre :

    Diriez-vous que c’est une auto, une automobile, une voiture, une caisse, une tire, une bagnole ..?

    Tous ces mots désignent la même chose, mais sonnent différemment…

    …sans parler de la « Benz » de NTM ou de la « Chrysler » de Souchon !


    Eh oui : Les mots sont exactement comme les notes de musique :
    – Comme les notes, les mots ont un son. De la même façon qu’une note de musique peut être interprétée par différents instruments, un même concept pourra être exprimé par différents mots, dont chacun « sonnera » différemment.
    – Et ce n’est pas tout : Comme la suite des notes d’une musique, l’enchainement des mots aura une mélodie propre, plus ou moins élégante. Au fil du vers, les mots vont se succéder. Parfois de façon fluide, parfois de façon imprononçable.

    Prenons comme exemple le vers de Balavoine dans « Tous les cris les S.O.S. » , magnifique chanson malgré un texte un peu laborieux : à 2 :52, on entend :
     « Tout était clair comm’ de l’eau ».
    TouTéTaitClaiRCom… le début du vers est très accroché… pas terrible !
    …coMM’DeL’eau : en revanche la fin est fluide (c’est le cas de le dire vu que c’est de l’eau !)

    Il faut s’y résoudre : parfois, le mot juste n’est pas le mot bon.
    Et inversement, un mot poétique n’a pas toujours sa place.
    Il nous faudra donc louvoyer entre sens et son pour trouver l’équilibre parfait.
    Mais quand on a dit cela, on n’a pas tout dit : lisez donc la suite !

    4. Les dérives du son ou du sens mal dosés

    1ère dérive : les mots compliqués

    Première dérive : les auteurs de chanson novices utilisent souvent des mots compliqués, qui sonnent mal, qui s’enchainent mal, ou dont le sens est approximatif.
    Par manque d’assurance, ils veulent souvent impressionner : ils mettent des mots rares, alambiqués, qui cassent le rythme ou sonnent faux. Une chanson, ce n’est pas une dissertation. Le mot doit trouver sa place naturelle dans la phrase, sans faire de vague.

    Un exemple : le fameux « anathème » de Francis Lalanne à 1 :25
    …ou quand un dictionnaire devient indispensable pour comprendre le sens d’une chanson plutôt insipide.
    D’ailleurs la plupart des gens ne comprennent pas ce texte trop compliqué (qui parle du décès d’un être cher et non d’un amour impossible).

    2ème dérive : les mots ronflants

    Autre piège : Quand les rimes sont là, que le flow est présent, mais qu’il n’y a aucun sens !
    Certains auteurs se gargarisent volontiers de mots creux, les grandes phrases qui ne veulent rien dire.
    C’est le cas de la plupart des rappeurs dont le niveau dépasse rarement un petit CE2 (pour le slam, on atteint un bon niveau CM1).

    Allez, je vous offre en guise d’illustration une chanson au 2ème degré qui a un flow du diable…
    …et qui ne veut (presque) rien dire !

    3ème dérive : les fautes de français

    Là encore, on peut dire un grand merci à nos amis les rappeurs qui ont fait de ce travers une véritable discipline olympique.
    Mais il n’y a pas qu’eux ! Si Indochine n’existait pas, il faudrait l’inventer !
    à 1:40, on entend :
    Tu me donnes un baiser et nos langues vont juste s’emmêler, et ta peau se mouilla, elle aura comme un goût, un goût de lait, Je te respire » Ouatchh !
    …et, à 3:35, un prémonitoire quoi qu’involontaire « corrige-moi mes fautes »

    Pour éviter une telle débâcle, jetez un œil à notre article « Chanson : gare aux fautes de français ».

    5. Trouver l’équilibre entre le sens et le son

    Alors dans tout cela, où est le bon équilibre ?

    A chacun sa réponse

    Il faut savoir se détacher du sens pour écrire un joli mot, voire même changer un peu le discours pour qu’il gagne en poésie et en musicalité.
    C’est la position de Boby Lapointe, qui a fait du son des mots la base de ses chansons.

    A l’inverse, il faut parfois savoir sacrifier une rime pour exprimer une belle idée. C’est la position que défend inlassablement mon ami Claude Lemesle, le plus grand auteur français contemporain, ici interprété par Joe Dassin.
    Entre 1:24 et 1:42, il choisit délibérément de sacrifier la rime pour privilégier l’émotion.

    Et nous, dans tout cela ?

    Apprenons à parfois « tordre » un peu l’idée de départ pour que la phrase soit chantable, changer un verbe pour que la mélodie respire, ou troquer un synonyme plus doux, plus évocateur.
    Et ce n’est pas trahir son message, au contraire : c’est l’épouser mieux.

    Mais l’inverse est aussi vrai : sachons parfois renoncer à une tournure parfaite pour laisser place à la musicalité des mots.

    Dans la chanson, la langue n’est pas reine : elle est danseuse.

    👉 Retrouvez notre article « Les mots disent ce qu’ils veulent dire » pour aller plus loin.

    6. À vous de jouer !

    Bon, tout ça c’est bien gentil, mais concrètement, comment fait-on ?
    Eh bien, comme il n’y a pas de raison que je sois le seul à travailler ici, je vous propose un petit jeu qui va exercer votre plasticité cérébrale à l’art de l’équilibre.
    Le jeu des 3 versions (10 minutes chrono)

    Pour commencer, choisissez une idée forte, une phrase clé : ex. « Je ne t’attends plus ».
    Puis rédigez trois versions :

    Version 1 (le sens) : écrivez une version très claire, sans chercher à faire joli. Juste ce que vous voulez dire.

    Version 2 (le son) : faites une version purement sonore, avec des mots qui chantent, riment, résonnent. Quitte à déformer un peu le sens.

    Version 3 (la synthèse) : trouvez un équilibre entre les deux. Réécrivez la phrase en gardant l’idée ET le style.

    NB : travaillez à l’oral, idéalement à voix haute.

    Vous voyez la différence ?
    Ou plutôt : vous l’entendez ?
    Si oui, c’est le moment de sortir la guitare ou le piano pour tester !

    Pour aller plus loin

    Transformez cette phrase en chanson. Vous tenez votre refrain, attaquez les couplets !

    Pour les couplets, vous pouvez avoir deux approches différentes :
    privilégier le sens pour favoriser une bonne compréhension du propos
    privilégier le son et vous autoriser des bons mots
    En revanche, l’ensemble doit rester cohérent : il ne s’agit pas d’avoir un couplet rempli d’onomatopées tandis qu’un autre développe un discours construit.

    Comme toujours, je vous invite à poster votre production en commentaire !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Ecrire un texte, composer une musique, c’est très bien.

    Mais écrire une chanson, c’est beaucoup plus complexe : nos mots font partie intégrante de la musique.
    Il nous faut fusionner les deux, dans un petit miracle d’équilibre.

    Ce qu’on qualifie d’ »art mineur » est en réalité un art complexe, un travail d’orfèvre.

    Et l’Académie de la Chanson est là pour vous accompagner dans cette alchimie fragile.

    Vive le mariage du sens et du son,

    Vive la chanson !

  • Les mots disent ce qu’ils veulent dire !

    Les mots disent ce qu’ils veulent dire !

    « Ça dit bien ce que ça veut dire » : voilà une expression qui dit bien ce qu’elle veut dire !
    Vous savez, quand le bruit du mot évoque ce qu’il désigne.

    Quand un mot « claque » comme un coup de fouet, qu’il « caresse » avec douceur, ou qu’il « sonne » comme un tocsin, au point de se confondre avec ce qu’il représente.

    Eh bien cela porte un nom : c’est l’iconicité phonétique : eh oui, certains mots font déjà la moitié du boulot à votre place !

    Et comme écrire une chanson, c’est jongler avec les sons et les sens, l’iconicité phonétique, sera notre meilleure alliée pour écrire de bonnes chansons !
    Et nous, on va s’en servir : je vais tout vous dire !


    Quand le mot fait « BOUM »

    Allez, pour bien comprendre, voici quelques exemples :

    • Une lame qui glisse, un serpent qui siffle, une gifle qui claque, le tonnerre qui gronde
    • Le feu qui crépite, les pneus qui crissent, les dents qui claquent, tandis que le chat feule et que le corbeau croasse

    Vous ne remarquez rien ?
    Ici, le mot imite le son, et ce son évoque l’action. C’est une forme de musique naturelle, une poésie du quotidien.
    Et vous voulez une bonne nouvelle ? Eh bien en chanson, ça fonctionne à la perfection !

    Dans « Comic Strip », Gainsbourg nous envoie des swings et des uppercuts au milieu des onomatopées de sa BD.

    Dans un refrain, n’hésitez pas à donner de la matière en jouant du Big Bang, du crack, du ramdam
    Dans vos couplets, glissez un crissement, un chuintement qui ajouteront de la matière…
    Au détour d’un pont, faites-nous entendre un clapotis qui donnera de la sensualité…
    Un mot bien choisi, c’est un effet sonore instantané, un décor miniature, un frisson en syllabes.
    Mais ce n’est pas tout !


    Sens, son et sensation : l’effet 3D des bons mots

    Certains mots n’imitent pas vraiment un son réel, mais leur phrasé suggère une ambiance :

    • Morne, lente, épaisse : des mots longs, qui traînent, comme s’ils étaient alourdis.
    • Vif, sec, tranchant : des mots courts, nets, comme une gifle.
    • Fleurir, ruisseler, frissonner, onduler : doux et liquides, ils coulent sur la langue.
    Dans « Madame rêve », la musicalité des mots de Bashung nous promène dans un univers nocturne semi-inconscient.

    Votre oreille d’auteur va apprendre à repérer ces sonorités qui servent l’intention.
    Les mots d’une chanson d’amour sonnent souvent d’une façon tendre, quand ceux d’une une chanson de rupture s’appuient volontiers sur des mots qui claquent et qui craquent.
    Des codes qui ne demandent qu’à être bousculés d’ailleurs !
    Et il n’y a pas que les mots : il y a aussi les expressions ! Lisez la suite.


    Les expressions toutes faites : trésors… et pièges

    Les expressions courantes aussi sont des mines d’or. Elles regorgent d’images fortes :

    • Il tombe des cordes,
    • Un silence de plomb,
    • Un déluge d’ennuis,
    • Avaler des couleuvres,
    • Un silence assourdissant

    Enfin… des mines d’or… en apparence !
    Parce que là, il faut faire attention à deux travers fréquents :

    Premier travers : se croire original
    Si vous écrivez “Il pleuvait des cordes” dans un refrain, vous aurez droit à un bâillement poli de l’auditeur. Il l’a entendue mille fois. Même si vous, vous trouvez ça magnifique.
    Un exemple ?

    Mylène Farmer nous sort du réchauffé avec son « silence assourdissant » à 1:25 !
    Mieux vaut entendre ça que d’être sourd !

    Second travers : revenir involontairement à l’expression d’origine.
    Alors là, pour passer pour un illettré, il n’y a pas mieux !
    Comme écrire par exemple : “Un déluge de pluie s’abattait sur lui”.
    Oui… mais un déluge EST une pluie. Donc c’est redondant.
    Bonjour le pléonasme en grosses bottes de caoutchouc !

    « Tout est possible, tout est réalisable », le gag de Chevalier et Laspalès parodiant la SNCF, repris maladroitement par l’infortuné Grégoire à 0:42 !

    👉 Le bon réflexe : réinventer ces expressions. Déformer, détourner, retourner. Jouer avec. Faites tomber des lianes, des clous ou des regrets. Avalez des boussoles ou des silences. Bref, soyez luthier des images.

    Michel Berger détourne « L’énergie du désespoir » à 0:48 dans « Le paradis blanc »

    Écrire, c’est aussi écouter

    Une chose à ne jamais oublier : un mot, c’est d’abord un son. Surtout en chanson !
    Alors avant même de chercher une rime, écoutez ce que disent vos mots.
    Leur timbre, leur rythme, leur texture.
    Et assurez-vous de ne pas faire fausse route avec un mot qui ne sonne pas !

    Vous le savez : la chanson, c’est de la langue parlée (voir l’article en lien).
    C’est pour cela que nombre d’auteurs écrivent à voix haute, ou en chantonnant leurs brouillons.
    C’est une excellente habitude.
    Parce que ce qui sonne bien donne de meilleures chansons. Tout simplement.

    A titre d’illustration et dans un double contre-emploi, je vous propose de (re)découvrir la poétesse Samantha Barendson, qui « écrit à voix haute », accompagnée par Kent… lui aussi aux crayons !
    Attention c’est assez ardu et ça dépasse un peu les limites de la chanson.
    Oui mais moi j’adore !

    Samantha Barendson et Kent… de la pure poésie vivante.

    Accessoirement, ce qui sonne bien se retient mieux.
    Et pour vos chansons, la mémoire de l’auditeur est votre meilleure alliée.


    À vous de jouer !

    Allez, je ne vais pas vous laisser repartir sans faire un petit travail (utile!).
    Voici un petit exercice simple et amusant à faire en moins de 10 minutes :

    Choisissez 3 mots évocateurs dont le son imite l’action (exemples : grincer, claque, lisse/glisse, cliquetis…).

    Écrivez une mini-histoire de 4 lignes en intégrant ces 3 mots.

    Puis transformez cette mini-histoire en un refrain de chanson : vous gardez le même sens, mais vous rendez les phrases plus « musicales » (jouez sur le placement, le rythme, la répétition, les rimes simples, bref dépatouillez-vous!).

    Un petit conseil ? Allez-y mollo quand même :
    👉 Trop de mots durs à la suite, et votre texte devient agressif.
    👉 Trop de mots doux, et il manque de nerf.
    L’idée, c’est de composer une mélodie de sons, en écho à la mélodie des notes.

    Option bonus 🎁 pour ceux qui en demandent toujours plus : remplacez un mot banal par une expression imagée détournée.
    Par exemple, au lieu de dire « ses larmes », vous pouvez dire un truc du genre « la pluie de ses regrets ».

    Comme toujours, vous pouvez publier votre production en commentaire.


    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.


    En conclusion

    Les mots ont des textures, des couleurs, des poids, des sons.

    Certains sifflent, d’autres grincent… ou caressent.
    Apprenez à les écouter autant qu’à les écrire.

    En chanson, vos mots sont des instruments.
    Alors à vous de jouer !

    Vive les mots, et

    Vive la chanson !

  • Ils vous empêchent de créer ? Ne les laissez pas faire !

    Ils vous empêchent de créer ? Ne les laissez pas faire !

    Ça y est ! Vous avez franchi le pas ! Vous avez décidé de créer vos propres chansons ! Seulement voilà, les embûches ne vont pas tarder à se dresser devant vous, et souvent pas là où vous les imaginez !

    La théorie du complot

    Il y a dans votre entourage des gens qui vont vous empêcher de créer, parfois avec les meilleures intentions du monde. Vous ne les voyez pas, mais ils sont partout autour de vous. Et derrière leur sourire, il y a un véritable poison pour votre créativité.
    Car oui : sur notre bonne vieille terre plate, des extraterrestres se sont alliés aux chats pour créer une société secrète dans le seul but de vous empêcher d’être créatifs. Heu, non, là je m’emballe peut-être un peu !

    Voici ce qui vous attend :

    « Tiens, passe-moi le sel s’il te plait ! »:

    Ça, c’est Tonton René quand vous lui demandez ce qu’il pense de votre chanson. Ce n’est que le hors d’œuvre : le manque d’enthousiasme et d’encouragement ou de reconnaissance pour vos efforts artistiques. Mais attendez la suite !

    « Oui mais là, ça rime pas vraiment »

    Ah, voilà Agathe, votre petite sœur, qui lui donne la réplique. Elle, son truc, c’est la petite remarque certes bien vue, mais négative, et sans jamais proposer de suggestion utile. Là, c’est la confiance qui en prend un coup !

    « Pourquoi tu fais pas un vrai boulot plutôt ? »

    Ouh ! Elle fait mal, celle-là ! Vos parents interviennent : Quoi, toi, intelligent et travailleur, tu persistes à perdre ton temps à faire de la poésie et de la musique ? Mais pourquoi ne mets-tu donc pas ton talent au service de ta réussite sociale, ou de tes études ? Et oui, l’engagement artistique, tout le monde ne comprend pas ce que c’est !

    « Ta chanson elle est top pour vaincre l’insomnie ! »

    Ha ! Ha ! Q’est-ce qu’il est marrant, Hubert, votre collègue de travail ! Ou plutôt, il se croit drôle en faisant des commentaires sarcastiques ou moqueurs sur vos productions artistiques. Jalousie ou inconscience ? Quoi qu’il en soit, ces remarques blessantes et démoralisantes sont idéales pour saper votre confiance.

    « Mais pourquoi t’as pas fait autrement ? »

    Plus sérieux, votre ami Eric s’intéresse vraiment à ce que vous faites. Surtout quand il s’agit de remettre en question vos choix artistiques, ou pire, de douter de votre capacité à réussir dans le domaine musical. Et ce, quoi que vous fassiez. Dévastateur pour la confiance !

    « C’est un peu du sous-Goldman, quoi. »

    Ah, enfin l’avis de quelqu’un qui s’intéresse à la chanson française ! C’est Aline, qui vous compare à de grands artistes ! Oui, mais de manière dépréciative ! L’anecdote du « sous-Goldman », je l’ai vécue, même si elle ne s’adressait pas à moi. Mais, le saviez-vous ? Goldman lui-même faisait du « sous-Goldman » avant de devenir Goldman. Chacun suit son propre chemin artistique et les comparaisons directes sont ineptes, tout comme cette remarque.

    « Mouais c’est pas mal, mais bon, c’est paaas… »

    Aïe, aïe, aïe ! C’est pas… C’est pas quoi ? Merci, Sophie, même si pour le coup on ne t’avait rien demandé ! Elle, son truc, c’est une totale absence de reconnaissance pour la qualité de votre travail artistique ! Ça ne lui plait pas ? Dommage, mais tant pis : c’est juste que vous n’avez pas encore rencontré votre public !

    L’enfer, c’est les autres !

    Mais pourquoi tant de haine ?
    Le problème est que ces gens-là ne sont pas vos ennemis ! Ils font partie de votre entourage proche, et sont souvent animés par les meilleures intentions du monde. Et c’est bien là le problème !

    Vos parents, votre famille,

    qui chercheront, par amour, à vous détourner de votre passion, qui à leurs yeux vous dévore et vous empêche de réussir votre vie professionnelle. Ils ont peur que vous échouiez et s’inquiètent pour vous.

    Vos amis,

    dont certains vous en voudront inconsciemment de préférer consacrer votre temps libre à votre art plutôt qu’à des moments avec eux.

    Vos collègues de travail,

    qui auront du mal à vous prendre au sérieux, vous qui faites le saltimbanque (et au fond ils vous jalousent un peu).

    Vos pairs,

    qui parfois prennent un peu la grosse tête.
    Mais soyons honnête : c’est rarement d’eux que viendra le problème : le milieu de la chanson est plutôt bienveillant. J’en parle dans un autre article.
    Toutefois il arrive parfois à ceux qui « commencent à fonctionner » de devenir un peu condescendants et d’oublier qu’il n’y a pas si longtemps, ils en étaient au même point que vous.

    La bonne nouvelle : ce n’est pas contre vous !

    Pour ne pas se laisser atteindre par les remarques des uns et des autres, il faut bien comprendre par quoi elles sont motivées. En fait, ce n’est pas vous qui êtes en cause, mais plutôt ce que vous représentez aux yeux de ceux qui, consciemment ou non, tentent de vous détourner de vos objectifs.

    Un peu de psychologie de comptoir :

    Voici quelques-unes des motivations de vos démotivateurs.

    Le regret :

    Certains projettent sur vous le regret des aspirations artistiques auxquelles ils ont renoncé, et vont tenter de vous décourager par le biais de commentaires négatifs.

    La peur du risque

    D’autres projettent leurs peurs sur vous : ayant eux-mêmes vécu des échecs, ils peuvent tenter de vous dissuader de prendre des risques similaires.

    Les attentes sociales

    Beaucoup de gens sont élevés dans un environnement où les professions artistiques sont dévalorisées. Ils peuvent reproduire ces attitudes sans même en avoir conscience.

    Le besoin de contrôle

    Là, on touche un point sensible. Certaines personnes ont besoin de contrôler leur environnement. Les carrières artistiques, avec leur côté imprévisible, sont inenvisageables pour qui préfère la stabilité.

    La difficulté à exprimer ses sentiments

    Pas mal de gens sont en difficulté pour comprendre ou à exprimer leurs propres émotions… et encore plus quand il s’agit de comprendre l’expression artistique d’autrui !

    En résumé

    Ce qu’il en ressort finalement, c’est qu’au fond, tous ces gens aimeraient bien vous ressembler, et qu’à défaut, ils préféreraient que ce soit vous qui leur ressembliez… Hum je ne sais pas si c’est bien clair tout ça !

    Comment se protéger ?

    Au milieu de ce parcours parsemé d’embûches et de sables mouvants, il vous faut pourtant continuer à tracer votre chemin. Comment faire ? En fait c’est assez simple !

    Une seule solution : laissez dire !

    Ne perdez pas votre énergie à justifier vos choix, ni à combattre vos détracteurs. Ce serait une pure perte de temps.
    La meilleure réponse, celle qui vous fera grandir, est de poursuivre votre chemin. Et vous n’avez même pas besoin de vous fâcher avec quiconque pour cela !

    Ne vous détournez pas de vos objectifs

    Lorsqu’une critique vous est adressée, posez-vous toujours cette question : « Cela va-t-il dans le sens de mes objectifs ? Cela va-t-il m’aider à les atteindre ? »
    Si la réponse n’est pas clairement « oui », alors n’en tenez aucun compte.

    Ne prenez que le positif

    Ce qui compte vraiment, c’est de rester fidèle à votre passion, malgré des réactions parfois démotivantes. Cherchez du soutien auprès de personnes qui comprennent et respectent votre parcours artistique, notamment vos amis Auteurs Compositeurs Interprètes, qui sont passés par là eux aussi.

    Car souvent votre entourage proche ne comprend pas votre engagement, et c’est bien normal, sinon ils seraient tous auteurs, compositeurs et interprètes comme vous.

    Relativisez et faites-vous confiance !

    Prenez les remarques pour ce qu’elles sont et pas plus. Que les remarques soient techniques, ou plus générales, souvenez-vous que la personne qui a le plus réfléchi à votre projet, c’est vous ! Bien davantage que la personne qui le commente.

    Prenez donc ces retours pour ce qu’ils sont : des indications que vous seul choisirez ou non de suivre pour tracer votre propre chemin.

    Avant de se quitter

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    Conclusion : L’artiste, c’est vous !

    On ne le répétera jamais assez : l’artiste, c’est vous.
    Tous les artistes ont un côté incompris. C’est normal.

    Et d’ailleurs, tout le monde est incompris : Vous comprenez ce que fait votre garagiste, vous ? Votre installateur en télécommunication, votre ostéopathe ou votre banquier ? Sans parler des informaticiens, bien sûr, mais là c’est du lourd !

    La réalité, c’est que vous êtes déjà un expert, et que ceux qui vous conseillent ou vous jugent en savent souvent beaucoup moins que vous.
    Alors ne prenez que ce qui vous fait avancer, et gardez le cap, car la route est longue ! L’Académie de la Chanson est là pour vous épauler.

    D’ailleurs si vous avez une anecdote ou un propos démotivant à raconter, mettez-le en commentaire : on se sentira moins seul et on en rira ensemble !

    Croyez en vous, et

    Vive la Chanson !

  • Écriture de chanson, écriture thérapeutique, écriture automatique : Comment s’y retrouver ?

    Écriture de chanson, écriture thérapeutique, écriture automatique : Comment s’y retrouver ?

    L’écriture a mille visages. Elle peut libérer, surprendre, choquer, inventer…
    Et si tous les chemins mènent au stylo, tous ne mènent pas à la chanson. Aujourd’hui, je vous propose une petite cartographie pour y voir plus clair entre écriture de chanson, écriture thérapeutique et écriture automatique.
    Trois pratiques, trois intentions… et des frontières qu’il faut bien garder en tête.


    Trois écritures vraiment différentes

    L’écriture thérapeutique : s’alléger, se libérer

    Certains auteurs amateurs pratiquent l’écriture thérapeutique et l’utilisent pour faire des chansons.
    L’écriture thérapeutique, c’est celle du journal intime, du carnet secret, de la confession sans filtre.

    On y jette ce qui déborde, allez hop : chagrins, colères, angoisses, joies intimes… C’est une écriture-soupape, qui vise le mieux-être. Et ça marche !

    Enfin, ça marche… pour se libérer de ses tensions !
    Parce qu’en aucun cas ça ne fait de bonnes chansons !
    Car elle n’est destinée à personne… parfois même pas à soi-même ! Ou alors plus tard !
    Hé non : il manque tout ce qui fait l’essence de la chanson : le partage avec autrui, l’expression d’émotions, l’universalisme, les codes communs…

    Il manque aussi aussi les contraintes chansonnières tels que les rimes, le phrasé ou la métrique.

    Finalement, en écriture thérapeutique, il n’y a pas de style à s’imposer, pas de forme à respecter : l’important, c’est d’écrire
    Mais la conclusion vient d’elle-même : ce n’est PAS de l’écriture de chanson.

    L’écriture automatique : la surprise de l’inconscient

    Autre approche chez certains auteurs, l’écriture automatique.
    Venue du surréalisme, l’écriture automatique consiste à écrire sans réfléchir (et n’allez pas dire que c’est ce que je fais dans mes articles, hein?).

    En écriture automatique, on laisse la plume courir, sans contrôle, sans relecture, sans jugement.
    On écrit comme ça, de façon erratique, sans règle ni limite…

    Le résultat est souvent étrange, poétique, parfois abscons, mais parfois aussi fulgurant.

    Certains coaches s’appuient même sur cette « méthode » pour proposer à leurs élèves de créer facilement.
    Bon.

    Ça me coûte un peu de contredire mes pairs, mais globalement, ce n’est pas comme cela qu’on fait de bonnes chansons (ou alors sur un gros malentendu!).

    Car si l’on résume, l’écriture automatique est une écriture de l’instinct.
    Et elle peut parfois offrir des pépites… mais quand cela arrive, c’est toujours un peu par hasard, et sans réelle intention artistique… et surtout, c’est à retravailler ensuite.

    Car là encore, aucun des éléments indispensables à une chanson n’est présent, que ce soit sur le plan de l’intention artistique ou sur le plan technique.
    La seule exploitation possible consiste à « picorer » d’éventuelles et fortuites étincelles pour le travailler ensuite.
    Hum. Pour trouver l’inspiration, on a connu mieux.

    L’écriture de chanson : le fond, mais aussi la forme

    Et puis il y a l’écriture de chanson proprement dite.
    Et là, tout change : Contrairement aux deux écritures précédentes, on écrit pour être écouté, pour être compris, pour être chanté.

    Et cela implique des contraintes : le rythme, la rime, la mélodie, la durée, la structure.
    Et puis il y a aussi un public. Et donc, une responsabilité.

    L’émotion y est bienvenue, bien sûr. Mais elle doit être travaillée, sculptée, rendue partageable.
    Il ne suffit pas de dire « je souffre » pour toucher : encore faut-il que l’autre puisse s’y reconnaître.


    Et ça c’est du travail. Beaucoup de travail.
    Mais comme vous le savez, le talent, ça s’apprend, non ? 😉
    Et c’est pour ça qu’on est ici !
    Alors, écriture thérapeutique, écriture automatique, on oublie ? Non !
    Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Lisez plutôt la suite.


    Ce qui relie ces trois pratiques

    Pourquoi est-ce que je vous parle de ces types d’écriture s’ils ne nous concernent pas ?
    C’est parce qu’il y a des ponts qui relient tout cela !

    Nombre de chansons naissent d’une émotion forte (écriture thérapeutique) ou d’un surgissement d’images et de mots (écriture automatique).

    C’est même souvent un excellent point de départ.
    Mais à un moment, il faut prendre la main.

    Structurer. Sélectionner. Réécrire. Le flou doit devenir limpide.
    Le cri doit devenir chant.

    La chanson, c’est la rencontre du brut et du ciselé.


    Piégés par leur nombril !

    Le truc, c’est ne ne pas se faire piéger par son nombril !
    Quel est le plus gros défaut chez les auteurs débutants ?
    C’est de confondre sincérité et repli sur soi.

    Ils racontent leur vie et leurs pensées, petites ou grandes, sans se soucier d’intéresser l’auditeur, ni même d’être compris.

    Or, la chanson, même très personnelle, n’existe que dans l’écho qu’elle trouve chez l’autre. L’émotion ne suffit pas. Il faut un angle, une forme, une distance — parfois même un détour poétique — pour qu’un ressenti devienne une chanson.

    Le public est votre partenaire, pas votre confident !
    Il ne faut jamais l’oublier lorsqu’on écrit.
    …ni lorsqu’on compose d’ailleurs.

    Pour cela, il y a une méthode, des techniques, une approche.
    Et c’est ce qu’on travaille ici, justement ! Alors au boulot !
    C’est juste en dessous !


    À vous de jouer !

    Pour apprendre à bien vous positionner, je vous propose un petit exercice pour expérimenter les trois approches :

    1. Écriture thérapeutique (10 minutes)

    Prenez une émotion forte (récente ou ancienne). Sans vous censurer, écrivez ce qui vous vient. Peu importe la forme, allez au plus direct.

    2. Écriture automatique (5 minutes)

    Posez votre stylo sur le papier (ou vos doigts sur le clavier) et écrivez sans vous arrêter, même si cela n’a aucun sens. Laissez venir ce qui vient.

    3. Écriture de chanson (15 à 20 minutes)

    Reprenez une phrase, une idée, une image issue des deux premiers exercices, et commencez à la transformer en couplet ou en refrain. Cherchez le rythme, la musicalité. Imaginez que quelqu’un doit vous écouter… et avoir envie de chanter avec vous.

    Et vous pouvez même nous donner votre résultat en commentaire !


    Avant de se quitter

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    En conclusion

    Soyez sincère, mais exigeant !

    Écrire une chanson, ce n’est ni une séance de psy, ni un exercice d’improvisation surréaliste.

    C’est un travail d’artisan sensible :
    on part d’un matériau brut, souvent intime,
    puis on le polit, on le taille, pour qu’il touche au-delà de soi.

    Alors oui, à un moment, il faut savoir « ouvrir les vannes ».
    Mais souvenez-vous : une chanson, c’est un cadeau que l’on offre à autrui.
    Et pour qu’un cadeau fasse mouche, il faut penser à celui qui le reçoit.

    Vive la sincérité, Vive le travail, et

    Vive la Chanson !

  • Ecrire avec style : mode d’emploi

    Ecrire avec style : mode d’emploi

    Quand on commence à écrire des chansons, on a toujours envie ressembler à ceux qu’on admire. Mais voilà : écrire comme Brel, Brel l’a déjà fait.
    Or vous, vous êtes vous. Et ça c’est une vraie chance !
    Parce que votre singularité, c’est votre force! Et on va la retrouver dans votre style !
    Le style d’écriture est bien plus qu’une manière de tourner les phrases : c’est la façon dont vous regardez le monde et dont vous le rendez chantable.

    Le style d’écriture, c’est quoi ?

    On va commencer par ce que ce n’est PAS !
    Le style, ce n’est pas le genre : rock, folk, slam, que sais_je…
    Ce n’est pas non plus le thème : l’amour, l’exil, la métaphysique ou le camping…
    Non.

    Le style, c’est la manière.
    C’est la patte.

    Le choix des mots, des images, du rythme verbal…
    Le type de vocabulaire ou de niveau de langue…

    Le style, c’est votre personnalité qui s’exprime à travers la « musique des mots ».


    On peut écrire une chanson d’amour avec lyrisme ou dérision, avec délicatesse ou cruditude.
    Qu’importe…
    C’est le style qui fait la différence.
    Et vous, votre style, c’est quoi ?

    Les différents styles d’écriture

    Allez, comme d’hab’, on va faire hurler les puristes, parce qu’on va faire simple pour bien comprendre !
    Voici, un peu à la louche, quelques styles d’écriture parmi les plus représentatifs.

    Le style poétique et évocateur

    C’est celui des images, des métaphores, de la beauté formelle. Il invite à l’interprétation.
    On se lâche avec élégance, en autorisant son esprit à vagabonder.

    Comme par exemple Barbara (« L’aigle noir »), Alain Bashung (« Madame Rêve »), Julien Clerc (« Femmes, je vous aime »)…

    Le style brut et direct

    Ici, pas de fioritures : on va droit au but. C’est la sincérité directe qui prime, voire la familiarité.
    Une façon de nous interpeller sans aucun filtre.

    Comme par exemple Renaud (« Manu »), Bénabar (« Le dîner »), Grand Corps Malade (« Romance sans paroles »)…

    Le style littéraire

    A l’opposé du précédent, le style littéraire nous propose une approche plus réfléchie. Inspiré de la prose ou de la grande poésie. Il joue avec les registres, les références, les allusions.
    Un truc d’intello, quoi !

    Comme par exemple Léo Ferré (« Avec le temps »), Dominique A (« Le courage des oiseaux »), Jeanne Cherhal (« Un couple normal »)…

    Le style humoristique ou ironique

    Attention, ce n’est pas la grosse rigolade de fin de soirée ! Léger mais pas aussi simpliste qu’il en a l’air, l’humour cache bien son jeu.
    Car il est souvent un masque… ou une arme !

    Comme par exemples Oldelaf (« La tristitude »), Vincent Delerm (« Tes parents »), Philippe Katerine (« Louxor j’adore »)…

    Le style incisif et rythmé

    Il nous envoie des flashes et des impulsions, mais il fait bien plus que nous inviter à danser !
    Le style incisif délivre souvent des messages forts.
    Son écriture rythmée, souvent ancrée dans l’urgence ou la colère porte en elle une énergie qui peut être celle du désespoir.

    Comme par exemple Oxmo Puccino (« L’enfant seul »), Stromae (« Formidable »), Anne Sylvestre (« Une sorcière comme les autres »)…

    Le style minimaliste

    Moins, c’est mieux.
    Quelques mots suffisent parfois à porter de grandes idées.
    Le minimalisme joue avec le non-dit, les silences, ou les redites assumées.
    Un travail délicat et souvent sous-estimé.

    Comme par exemple Francis Cabrel (« Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai »), Pomme (« Grandiose »), Souchon (« Allô maman bobo »)…

    Le style, ça fait tout !

    Le style, c’est ce qui définit l’artiste.
    On l’a bien compris, mais nous, qu’est-ce qu’on fait avec ça maintenant ?
    Eh bien bonne nouvelle : votre style, vous l’avez déjà ! Et DU style, vous en aurez bientôt !
    Et pas besoin de prouesses techniques pour cela !
    Parce qu’une chanson, ce n’est pas une démonstration : c’est un lien.

    On l’a compris, ce n’est pas la perfection technique qui touche le public ! Non.
    C’est une façon d’écrire singulière, une voix reconnaissable, bref, c’est votre signature.

    Alors, que vous le vouliez ou non, vous allez l’assumer. Et donc le travailler.
    Car oui, le style se peaufine. Peu à peu, en écrivant. En écrivant encore et encore.
    En relisant, en écoutant, en modifiant, en coupant, en affinant.

    Bref, en osant créer. Alors OSEZ !

    Les pièges à éviter

    Avant toute chose, il convient d’éviter les trois principaux pièges qui nous guettent tous.

    • Imiter.
      Tout le monde est d’accord : Brassens, c’est génial, et ça le restera toujours !
      Alors pourquoi ne pas faire « à la façon de… » ?
      Mais voilà : écrire en 2025 comme en 1955, hum… ça sent le réchauffé et le manque de personnalité !
      Donc on garde le Grand Georges pour nos soirées au coin du feu, et nous, on fait nos propres chansons !
    • En faire trop.
      On a toujours envie d’en faire des tonnes !
      Mais l’élégance, ça n’est pas la démonstration : c’est plutôt savoir viser juste !
      Alors on laisse de côté l’étalage de confiture pour les petits déjeuners dominicaux, et on affine son viseur.
      Travailleur oui, besogneux non.
    • Croire qu’il faut « faire comme » pour être pris au sérieux.
      Votre style, c’est votre style ! Combien de fois ai-je entendu « ah lui, on dirait du Souchon » ou « C’est un peu comme Cabrel ».
      Qu’elles soient positif ou négatif ces remarques ne doivent pas nous influencer.
      Pas besoin de validation extérieure : votre style n’appartient qu’à vous. Il existe et c’est tout!
      Et s’il est encore imparfait, c’est qu’il vous faut encore l’affiner, tout simplement !

    A propos d’affiner, si on se mettait un peu au travail pour finir ?

    À vous de jouer ! le 3×3

    Pour ce petit jeu, vous allez choisir un thème.
    Mais attention : pas n’importe quel thème : n’importe quel thème !
    Mais qu’est-ce qu’il dit ?
    Je vous demade de choisir un thème banal. Donc pas un grand sujet de société !
    Hein ?!? Un thème BANAL ? Mais pourquoi banal ?

    Parce qu’on va tester plusieurs styles d’écriture, et que la banalité du thème permettra de ne rien induire au départ !
    Ce n’est pas lui qui va vous piéger, mais vous qui allez jouer avec lui.
    Ne vous lancez donc pas dans un « grand thème », faites simple : le café du matin, un trajet en bus, une pluie fine…

    Vous l’avez ? Bien. Alors à vos stylos!

    Sur le thème choisi,
    écrivez 3 fois 3 vers dans 3 styles différents :

    1. Poétique : avec images, rimes, et musicalité.
    2. Brut : en langage parlé, sans enjolivement.
    3. Ironique : avec humour ou décalage.

    Faites un petit tercet dans chacun des styles. Vous pouvez même le publier en commentaire.
    Puis comparez les effets. Lequel vous correspond le mieux ? Lequel vous donne envie d’aller plus loin ?
    Vous êtes-vous découvert des qualités que vous ne vous connaissiez pas encore ?

    Avant de se quitter

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    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion : cultivez votre différence

    Votre style d’écriture n’est ni un bagage ni un diplôme : c’est une aventure !
    Il évolue, se déploie, s’affine. Et surtout : il vous ressemble !

    Alors ne cherchez pas à être dans la norme : soyez dans votre norme.
    C’est là que votre voix se déploie, et que vos chansons deviennent inimitables.

    Et si vous voulez vraiment changer quelque chose, c’est simple :
    Restez vous-même… en mieux !

    Bonne écriture, avec style bien sûr, et

    Vive la Chanson !

  • Ecrire une chanson qui reste dans la tête

    Ecrire une chanson qui reste dans la tête

    Sur un n’o- à la volette,
    Sur un n’o- à la volette,
    Sur un n’o- ran – ger !

    Enervant, hein, ces chansons qui se fixent dans notre esprit !
    D’autant plus énervant qu’on aimerait bien savoir comment en faire une !

    Mais voilà : qu’est-ce qui fait que ça marche, ces chansons toutes simples qui accrochent instantanément, dès la première écoute. ?
    Et surtout, comment ‘s’approprier le principe pour en faire nous-mêmes ?

    Eh bien ça tombe bien, parce que je vais tout vous dire ! Et vous allez voir, cela relève autant de la science cognitive que de l’art d’écrire.
    Je vais même vous donner pour chaque concept abordé un exemple concret qui permet de bien comprendre, et vous verrez, c’est très simple !
    Décryptons ensemble les mécanismes et les techniques pour y parvenir.

    1. POURQUOI une chanson reste en tête ?

    En psychologie cognitive, on appelle cela le « ver d’oreille« .

    C’est en réalité une traduction approximative de l’allemand ohr-worm : « perce-oreille » (ou earworm pour les anglophones qui se la pètent).

    Ce joli mot désigne le phénomène qui fait qu’une mélodie tourne en boucle dans notre esprit, parfois de manière persistante… et énervante !

    Ce processus implique toujours les quatre mêmes éléments :

    1.1 La répétition

    Notre cerveau adore les schémas répétitifs.
    Plus une phrase ou une mélodie est répétée, plus elle a de chances de s’y ancrer.

    Je vous en parle souvent, et les exemples ne manquent pas en chanson !

    « Comme toi » à 0:54

    1.2 La simplicité

    Les structures mélodiques simples et prévisibles se fixent plus facilement dans notre mémoire.

    « Toi + Moi  » une structure prévisible

    1.3 L’incongruité légère

    Hop, là ! Une petite surprise (rythmique, harmonique ou textuelle) va attirer l’attention sans créer de rupture.
    Et, ça, nos neurones adoooorent !

    Sans aller jusqu’à la fameuse coupure de son du génial Philippe Katerine, on pourrait citer le « tellement si belle » des « Yeux revolver » ou le mystérieux « MIA » de IAM.

    « Je coupe le son » à 1:15

    1.4 L’association émotionnelle

    C’est le coeur qui est visé !
    Une chanson qui nous touche émotionnellement va se fixer bien plus facilement dans notre psychisme.
    Ne dit-on pas « connaître par coeur » ?

    Oserai-je le dire ? Avec « La vie en rose », je pleure à chaque fois… quel bel exemple !

    La vie en rose… quoi d’autre ?

    Tous ces éléments activent des zones du cerveau liées à la mémoire, à l’émotion et au plaisir.
    C’est le cocktail parfait pour laisser instantanément une empreinte durable.
    A vous de jouer maintenant : je vous explique comment mettre en place ces principes dans vos propres chansons.

    2. PAROLES : écrire un texte accrocheur

    Pour que votre texte de chanson reste en tête, il doit avant tout être clair, cohérent et porteur d’un motif mémorable.
    Houlà, compliqué tout ça ! Eh bien pas du tout !
    Il faut juste utiliser les quatre ingrédients suivants.

    2.1 Une accroche forte

    Identifiez une phrase clé (souvent le titre) qui résume le propos de la chanson. Ou même un simple mot parfois !
    Comme toujours, faites simple !
    Un petit gimmick rythmé et le tour est joué !

    Exemple : D.I.S.C.O. ! On a tout compris !

    2.2 La répétition maîtrisée

    La répétition, encore et encore !
    N’ayez pas peur de répéter votre accroche, surtout dans le refrain.
    Et si vous variez légèrement l’intonation ou le contexte pour éviter la monotonie, c’est encore mieux !

    2.3 Des images concrètes

    Ne vous lancez pas dans de grandes généralités, restez simple et concret !
    Plus votre texte évoque des images précises, plus il s’imprimera facilement dans l’esprit de l’auditeur.

    2.4 Une structure limpide

    Couplets/refrain/pont doivent être identifiables et bien différenciés, pour guider l’auditeur dans un parcours clair.

    Allez, une fois n’est pas coutume, je vous mets un contre-exemple en illustration. Et en plus ça n’est même pas en français !

    Un magnifique contre-exemple !

    3. MUSIQUE : ce qui s’imprime dans l’oreille

    Côté mélodie et harmonie, certains choix vont tout de suite marquer vos auditeurs :

    3.1 Des motifs mélodiques courts et répétitifs

    Pensez aux « gimmcks vocaux » ou aux lignes mélodiques qui tournent en boucle.

    L’exemple ci-contre, s’il n’est pas du meilleur goût, est sans doute le plus représentatif ! Hum Goldman est dans la place !

    « Je t’attends » …jusqu’à 0:42 !

    3.2 Un contour mélodique en arche

    Heu kézako ?
    C’est tout simplement une montée… puis une descente !
    Ce type de forme est intuitivement facile à chanter et mémoriser, que ce soit dans un stade ou sous la douche !

    Allez, on prend toujours un risque à mettre Sardou en avant, mais quel meilleur exemple que le refrain de « Je vais t’aimer », composé par le grand Jacques Revaux ?

    L’ »arche » du refrain à 2:13

    3.3 Un rythme marqué et régulier

    Des phrases rythmiques bien cadencées permettent au corps de suivre et à l’oreille de retenir.
    A se demander même si ça transite par le cerveau !

    0:45, le moment d’aller danser !

    3.4 Une harmonie accessible

    Les suites d’accords simples (I-V-vi-IV par exemple) sont plus faciles à assimiler, même par des non-musiciens.
    Bien spur vous pouvez jouer avec les « tensions » pour rendre votre opus un peu surprenant, mais ne partez pas sur quelque chose de trop original : L’auditeur doit se sentir « chez lui » !

    C’est comme ça qu’une chanson intimiste de Jo Dassin devient un hymne chanté à l’unisson dans les stades !

    Le refrain à 0:35

    3.5 Un arrangement épuré

    Moins il y a d’éléments parasites, plus la mélodie ressort. C’est aussi simple que cela !
    Le minimalisme est donc votre meilleur ami.

    Dépouillement et note obsédante.

    4. LES ASTUCES qui font la différence

    4.1 Testez votre chanson en acoustique

    Si elle fonctionne déjà à la guitare ou au piano/voix, sans arrangement, elle a de grandes chances d’être solide.

    4.2 Faites chanter le refrain à un proche

    Après une ou deux écoutes, demandez à vos amis (votre premier auditoire) de chanter votre thème : S’ils s’en souviennent directement, c’est très bon signe !
    S’ils « l’écorchent », ce n’est pas eux qu’il faut reprendre, mais votre musique : revisitez votre oeuvre pour la rendre conforme à ce qu’eux ont entendu !

    4.3 Attention à l’effet de saturation

    Toutes ces astuces, c’est bien joli, mais point trop n’en faut !
    Une chanson trop répétitive ou trop insistante peut vite devenir agaçante.
    Restez vous-mêmes ! l’équilibre est clé.

    Pour en savoir plus sur les vers d’oreilles, je vous propose d’aller lire cet article facile et rapide à lire sur le site de Radio-France : « Quand une mélodie nous obsède : qu’est-ce qu’un ver d’oreille ? »

    Avant de se quitter

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    En conclusion

    Écrire une chanson qui reste en tête, ça n’est pas une question de chance !
    C’est juste une question de dosage entre mécanismes cognitifschoix artistiques et cohérence d’ensemble.
    Il suffit de comprendre -un peu- comment fonctionne la mémoire auditive et d’appliquer des techniques simples, tout en restant soi-même, et…
    le ver d’oreille vous tend les bras !

    Alors, à vos LombriComposts, et

    Vive la Chanson !

  • Des rimes comme Cabrel : simples et efficaces

    Des rimes comme Cabrel : simples et efficaces

    Le secret de Cabrel

    Francis Cabrel se présente lui-même comme un besogneux.
    Quand la plupart des paroliers se cantonnent dans la « rime suivie », c’est-à-dire « AABB », il crée des chansons différentes, qui nous surprennent au détour de chaque phrase, et qui se marient parfaitement avec la musique… et qui trouvent leur public à chaque fois !
    Et pourtant, il utilise parfois des techniques simples et efficaces, dont vous pourrez vous inspirer pour vos propres chansons !

    Car il y a des fois où le grand Francis ne se complique pas la vie, et pourtant, ça sonne !
    Allez, on décrypte ses deux techniques les plus faciles !

    1. La monorime

    La monorime, c’est comme chez le docteur : il faut faire
    « AAAAAAAAAAA »
    En clair, pas de rimes ABAB, comme dans Les rimes croisées (lien vers l’article)
    ni de AABBXX comme dans Les rimes refrain (lien vers l’article) Non.
    Juste des rimes AAAA :
    Quoi, « AAAAAAAAAAA » ? Toujours la même rime, du début à la fin ?
    Mais c’est un truc de débutant ça, non ?

    Et bien pas toujours ! C’est vrai, trop souvent la monorime est utilisée faute de mieux, sans intention et par manque d’imagination. Et c’est très maladroit.

    Mais quand cette répétition obstinée d’un même son est là par choix, elle peut créer un effet de répétition, d’enfermement, d’obsession

    …ou un sentiment d’infini, comme dans « Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai »

    A. Mon enfant nue sur les galets
    A. Le vent dans tes cheveux défaits
    A. Comme un printemps sur mon trajet
    A. Un diamant tombé d’un coffret

    A. Seule la lumière pourrait
    A. Défaire nos repères secrets
    A. Où mes doigts pris sur tes poignets
    A. Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai
    etc…

    Il fallait oser, non ?
    Ici, on est complètement happé, transporté par cette rime en [ɛ]

    Si vous voulez en savoir plus sur cette chanson, allez ici :
    « On connait la chanson : Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai »,
    vous verrez tout ce que Cabrel parvient à tirer de cette technique simple.

    Sinon, on passe à la suite : la rime sénée !

    2. La rime sénée

    Alors, la rime sénée, c’est idéal pour faire le malin en société : Vous allez laisser votre entourage bouche-bée !

    Oui, mais concrètement, c’est quoi ?
    Ben heu… C’est simplement quand une rime est placée en début de phrase.
    Comme ce mot « Quand… » qui débute de nombreux vers de « La dame de Haute-Savoie ».

    Quand je serai fatigué
    De sourire à  ces gens qui m’écrasent
    Quand je serai fatigué
    De leur dire toujours les mêmes phrases
    Quand leurs mots voleront en éclats
    Quand il n’y aura plus que des murs en face de moi
    J’irai dormir chez la dame de Haute-Savoie

    Vous voyez que, outre la répétition supplémentaire que cela crée (vous savez à quel point la répétition est importante en chanson), cela produit un effet d’écho et de structuration du texte.
    Comme l’écho des montagnes de Haute Savoie.
    Encore une fois, bien vu Cabrel !

    3. Et le sens, dans tout ça ?

    Quand on quitte la forme pour s’intéresser au sens, on se rend compte que les thèmes abordés par notre Francis national sont plutôt basiques.

    Ici, pas de grand sujet de société, d’histoires complexes ou de pensées sombres.
    Mais pourquoi ?

    A cela, trois (bonnes) raisons :

    La première c’est que les techniques d’écriture sophistiquées créent une contrainte d’écriture forte  qui complexifie la rédaction. Eh oui : la forme limite naturellement le nombre de mots disponibles… et donc la marge de manoeuvre sur le fond.

    La seconde, c’est que si l’on rajoute à une forme complexe un propos difficile à suivre, on risque non seulement d’avoir du mal à rédiger, mais surtout de noyer l’auditeur sous une surcharge d’informations… et de le perdre !

    La troisième raison, qui est le bon côté des choses, c’est que cela ouvre la porte à une rêverie très poétique, favorisée par l’organisation des rimes.

    Alors ne boudons pas notre plaisir, et faisons simple !

    À vous de jouer !

    Nous avons vu aujourd’hui deux techniques simples adoptées par Francis Cabrel.
    Comme toujours, ces techniques, vous pouvez les appliquer à vos propres chansons.

    Je vous propose de vous essayer à la rime sénée.
    Vous verrez que c’est non seulement c’est simple, mais c’est également une source d’inspiration.

    1) Prenez un gimmick
    « A la mer », « Je me souviens » « Quand j’avais 20 ans » ou tout autre début de phrase.

    2) Répétez-le au début de chaque vers (ou un ver sur deux), et…

    3) laissez-vous aller, tout simplement !

    Vous pouvez même utiliser la monorime comme le fait Cabrel pour vous simplifier la tâche !
    Et vous allez voir, ça vient tout seul !

    Allez, osez : écrivez un quatrain et publiez-le en commentaire !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Vous le voyez, même le grand Francis Cabrel, orfèvre de la rime, s’autorise parfois des structures d’une grande simplicité ! Est-ce que cela nuit à ses chansons ? Pas du tout !
    Prenons exemple sur lui : soyons modestes et géniaux, et assumons des textes simples !

    Comme Cabrel nous rimons
    Comme Cabrel nous écrivons
    Comme Cabrel nous chantons :

    Vive la Chanson !

  • Des rimes comme CABREL : Les rimes refrain

    Des rimes comme CABREL : Les rimes refrain

    Le secret de Cabrel

    Quand la plupart des paroliers se cantonnent dans la « rime suivie », c’est-à-dire « AABB », Francis Cabrel, lui, va explorer de nouveaux territoires.
    Le résultat ? Des chansons différentes, qui nous surprennent au détour de chaque phrase et qui se marient parfaitement avec la musique.
    Et pourtant, Francis Cabrel le dit lui-même : Il n’a aucun génie. En revanche, c’est un besogneux !
    Dans cette série de trois articles, je vous montre comment vous approprier les techniques du grand Francis pour vos propres chansons !
    Dans ce second volet, nous parlerons de la RIME REFRAIN.

    La « rime refrain »

    La rime AABB, la plus courante en chanson, ça n’est pas trop le truc de Cabrel. Trop basique ! Lui, ce qu’il veut, c’est créer un effet par la construction même de ses rimes. Nous avons vu dans le premier volet qu’il utilise plus volontiers des rimes croisées : ABAB.

    Mais là où il fait la différence, c’est avec les « rimes refrain ».
    Pour cela, il a remis au goût du jour une pratique jadis courante dans le rondeau ou la ballade.

    Il s’agit de terminer toutes les strophes par la même rime : c’est ça, la rime refrain.
    Souvent même, il termine carrément ses strophes par le même vers, et ça s’appelle « refrain » même si ça ne dure qu’un vers.

    Cette technique élégante rythme le propos, et crée une tension qui se résoud en fin de strophe.

    La rime refrain de base

    Dans sa version la plus simple, Francis Cabrel utilise comme tout le monde des rimes suivies, mais il plante à la fin sa banderille : la fameuse rime-refrain, que nous nommerons X :
    Cela fait : AAX BBX CCX etc., comme dans « Le pays d’à côté ».

    A. Quand la Terre se fendit
    A. C’était sous le règne des bandits
    X. Qui avaient tout défiguré

    B. Chaque ville entourée par
    B. Son cortège de hangars
    X. Ses parkings alignés
    etc.

    Bon, jusque-là, c’est simple. Mais bien sûr Cabrel ne va pas s’arrêter là.

    La rime refrain qui sait se faire attendre

    Voici une autre version avec cette fois trois rimes suivies, qui font attendre un peu plus la « résolution » de la « rime refrain » : AAAX, BBBX, CCCX, etc.
    C’est dans « Le chêne liège »

    A. Adossé à un chêne liège,
    A. Je descendais quelques arpèges
    A. En priant Dieu, Bouddha, que sais-je,
    X. Est-ce que tu penses à nous un peu ?

    B. Le monde est aux mains de stratèges
    B. Costume noir, cravate beige
    B. Ou turban blanc comme la neige
    X. Qui jouent de bien drôles de jeux.

    L’insatiable Francis pousse plus loin :

    La rime refrain en surnombre

    Cette fois-ci, Cabrel propose 4 vers en rimes suivies AABB avant de lâcher deux vers supplémentaires en rimes refrain.
    Cela donne AABBXX CCDDXX EEFFXX GGHHXX.
    On trouve cette formule très linéaire dans les couplets de « Encore et encore », qui renforce l’effet « autoroutier » quasiment hypnotique de cette chanson.

    A. D’abord vos corps qui se séparent
    A. T’es seule dans la lumière des phares
    B. T’entends à chaque fois que tu respires
    B. Comme un bout de tissu qui se déchire
    X. Et ça continue encore et encore
    X. C’est que le début d’accord, d’accord…

    et Cabrel de conclure le refrain par une rime orpheline :
    « T’as personne devant » qui nous tire de la somnolence de ce ruban monotone.
    Juste magnifique !

    Mais ce n’est pas fini !

    Rimes croisées + rime refrain

    C’est dans son plus gros tube, « Je l’aime à mourir », que Cabrel propose la technique des rimes croisées suivies de rimes refrain.
    Cela donne ABABX CDCDX etc.
    Ici, les rimes croisées tissent littéralement un déroulé qui dégage une force tranquille, que conclut inéluctablement comme une évidence cette rime refrain « Je l’aime à mourir » (ou autre rime en « ir ») qui est le gimmick de la chanson.

    A. Moi je n’étais rien
    B. Et voilà qu’aujourd’hui
    A. Je suis le gardien
    B.  Du sommeil de ses nuits
    X. Je l’aime à mourir

    C. Vous pouvez détruire
    D. Tout ce qu’il vous plaira
    C. Elle n’a qu’à ouvrir
    D. L’espace de ses bras
    X. Pour tout reconstruire
    X. Pour tout reconstruire
    X. Je l’aime à mourir
    etc.

    Et là attention : on attaque du lourd :

    La construction ultime

    Bon, celle-ci, je vous la livre juste pour la beauté du geste, parce que c’est quand même un exploit technique :
    AXAX-X BXBX-X CXCX-X DXDX-X dans « A l’aube revenant », le tout agrémenté de rimes intérieures. Costaud le Francis !

    A. À l’aube revenant, les amants se relèvent
    X. Descendent de leur rêve, encore ruisselants
    A. Chaque geste est urgent puisque le jour se lève
    X. La tempête s’achève en murmures brûlants
    X. À l’aube revenant…

    D’autant plus costaud que les rimes intérieures sont embrassées (ABBA) puis inversées (BAAB) et que la rime A n’est autre que la rime refrain (X) elle-même, ce qui donne : AB-BA AB-BA A ou XB-BX XB-BX X

    X. À l’aube revenant,             B. les amants se relèvent
    B. Descendent de leur rêve,   X. encore ruisselants
    X. Chaque geste est urgent   B. puisque le jour se lève
    B. La tempête s’achève         X. en murmures brûlants
    X. À l’aube revenant…

    Ce n’est plus de la chanson, ce sont des mathématiques ! J’adore ! Allez, next !

    La double rime refrain

    On va redescendre un peu en pression avec une formule très élégante.
    Cette fois-ci, il y a deux rimes refrain : une en début de vers (X), l’autre en fin de vers (Y).
    Ce qui donne la formule XAAY XBBY, comme dans « Je pense encore à toi ».
    Dans le propos de la chanson, le personnage est littéralement enfermé dans ce « Je pense encore à toi » qui conclut immuablement et en toute circonstance la strophe.

    X. Je suis entré dans l’église, je n’y ai vu personne,
    A. Que le regard éteint du plâtre des statues.
    A. Je connais un endroit où il n’y a rien au-dessus,
    Y. Je pense encore à toi.

    X. J’aurais dû me méfier des vents qui tourbillonnent,
    B. De ces pierres qui taillent cachées sous l’eau qui dort,
    B. De ces bouts de ruisseaux qui deviennent des ports,
    Y. Je pense encore à toi.

    Je trouve qu’avec toutes ses formules, Cabrel fait un peu le mariole, non ?

    Eh bien on va le calmer un peu en lui rappelant que dans cette même chanson il nous gratifie d’une magnifique faute de liaison « J’aurai Z’appris qu’il faut longtemps » à 1:16

    Merci Francis ! Tu vois que t’es drôle quand tu veux !
    Quoi ? Moi, jaloux ? Euh n’importe quoi !

    Je ne sais pas pour vous, mais moi je fatigue un peu !
    Pas vous ? Alors on en reste là pour cette fois-ci, et vous verrez dans le troisième volet de ce triptyque que la suite est plus facile ! On y parlera de monorime et de rime sénée.

    À vous de jouer !

    Pourquoi je vous raconte tout ça ?

    Vous vous en doutez : c’est parce que toutes ces techniques, vous pouvez les appliquer à vos propres chansons.
    En commençant par les plus simples bien sûr.

    Et vous allez voir que cela va sublimer vos textes !

    Si vous commencez par la musique

    C’est tant mieux : Avant même de commencer à écrire votre texte, vous pourrez organiser vos rimes pour qu’elles mettent mieux en valeur votre mélodie.

    Pour cela, comptez les pieds de chaque vers de votre chanson, et numérotez-les.

    Ecrivez votre mélodie sous forme de numéros.

    Puis voyez la structure de rimes que vous mettez en place. Il ne vous reste plus qu’à respecter le schéma pour écrire !
    Pour mieux comprendre, voici ce que donnerait le début de « Je l’aime à mourir »

    A. 1 2 3 4 5 (rime en A)         (moi / je / n’é / tais / rien)
    B. 1 2 3 4 5 6 (rime en B)       (et / voi / là / qu’au / jour / d’hui)
    A. 1 2 3 4 5 (Rime en A)         (je / suis / le / gar / dien)
    B.  1 2 3 4 5                            (du / so / mmeil / de / ses / nuits)
    X. 1 2 3 4 5—                         (je / l’ai / me à / mou / ri–r)

    Si vous commencez par les paroles

    C’est tant mieux aussi : les effets tels que la rime refrain sont toujours jolis, quelle que soit la mélodie qu’on met dessus. Utilisez-les !
    Et vous verrez qu’elles vont même contribuer, par leur musicalité, à vous inspirer des mélodies nouvelles !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Sans aller jusqu’à la sophistication de Cabrel, poussée au point de pouvoir paraître parfois besogneuse, (on le verra dans le dernier volet), pensez à anticiper la forme de votre versification avant même de commencer à rédiger : c’est le gage d’un propos efficace !
    Une petite strophe croisée ABAB avec double rime refrain XX pour finir ?
    Allez, on se lance !

    A. J’aime les rimes,
    B. Les notes, les mots
    A. Quand tout s’arrime
    B. Quand tout est beau
    X. J’aime les sons…

    X. Vive la Chanson !