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Ecrire des paroles de chanson

  • La chanson, c’est de la cuisine !

    La chanson, c’est de la cuisine !

    En musique, on connait la salsa, le sirop, la soupe
    Et si l’analogie ne s’arrêtait pas là ?
    Si la chanson, c’était VRAIMENT de la cuisine ?
    Avec des recettes qui marchent, des règles culinaires à respecter, et qui sait ? Une potion magique à découvrir ?
    Eh bien vous ne croyez pas si bien dire ! Enfilez votre tablier, on y va !

    1. D’abord, de bons produits

    La cuisine, ça commence par une chose : les ingrédients.
    Vous avez déjà essayé de cuisiner un bon petit plat avec de mauvais produits ? Impossible.
    C’est connu : dès potron-minet, les chefs vont sur les marchés sélectionner les produits les plus frais, ceux qui ont été élevés et cultivés avec amour par les producteurs.
    Eh bien pour nous c’est pareil !
    Alors, nos produits à nous, c’est quoi ?

    Pour les paroles

    C’est comme pour les légumes : on va choisir des produits de saison, frais et digestes : des mots dans l’air du temps, faciles à comprendre, actuels, et surtout qui sonnent bien.
    C’est une étape très importante : on en connait tous, de ces chansons lourdes et lénifiantes faites avec des mots mal choisis. Leurs auteurs ont mal fait leur marché !

    Pour la musique

    On va sélectionner les instruments :
    – Leur type, d’abord, qui doit être en phase avec l’esprit du plat. Ukulélé léger ou cuivres explosifs n’auront pas le même effet.
    – Leur qualité ensuite : de beaux sons s’obtiennent avec de bons instruments, bien entretenus (cordes en bon état, touches réactives, etc.), bien accordés, y compris pour les synthés dont on choisira les sons avec soin.
    – Leur originalité enfin, légume ancien style bombarde, ou bongo épicé qui apportera la touche de piment à votre œuvre.

    En chanson comme en cuisine,
    c’est le moins bon produit qui détermine le niveau de l’ensemble.

    Bon, tout ça c’est bien gentil, mais bien sûr, il va falloir maintenant mettre cela au service de votre recette.

    2. La recette : entre héritage et création

    Nous y voilà !
    Des recettes connues qui marchent depuis toujours, il y en a !
    Les quatre accords magiques, le couplet-refrain-couplet, la ballade en 3/4. Ce sont nos gratins dauphinois et blanquettes de veau : indémodables, mais parfois un peu trop servis.

    Mais si vous êtes un bon cuisinier,
    la recette c’est vous qui l’inventerez !
    Alors bien sûr, vous allez vous appuyer sur ce qui fonctionne. Ce peut être un traditionnel vin rouge-fromage, ou un plus actuel sucré-salé, voire, plus hardi, des huîtres chaudes gratinées au Roquefort.

    La recette à 1:18 !

    Et tout ça, on vous en parle à l’Académie de la Chanson : les règles à connaître, celles qu’on peut transgresser, et les erreurs à éviter.
    Mais ce n’est pas le sujet ici. Pour le détail, reportez-vous à nos articles.

    3. Composition du plat et cuisson

    Un bon plat s’appuie sur une idée et une structure, avec une intention.
    En chanson, c’est pareil.

    Pour les paroles

    La structure, c’est tout simplement l’articulation et l’alternance entre les couplets, les refrains, le pont, l’intro…
    Comme la logique d’un menu bien équilibré, qui vous prend par la main, et dans lequel la succession les plats mettra l’ensemble en valeur.
    Tout cela se réfléchit en amont, avant même d’écrire la première ligne. Je vous en parle en détail dans d’autres articles. Reportez-vous aux liens en fin de page.

    Pour la musique

    En cuisine, chaque plat a un ingrédient principal.
    Mais cela ne serait rien sans la sauce qui exhale son caractère !
    Et en musique, la sauce c’est la rythmique. C’est elle qui va définir l’esprit de l’ensemble.
    Un piano-voix intimiste, une guitare-voix en liberté, une rythmique endiablée, un Poum-tchac dansant donneront autant de saveurs différentes à une même mélodie.
    La rythmique va nous porter tout au long de la chanson, nous emmener là où on doit aller !

    Et puis, il y a… la cuisson !
    Hein ?
    Oui, je sais ce que vous pensez. Vous vous dites « Ca y est, ça le reprend. Il a dû manger une chanson pas fraîche ».
    Mais non : comment allez-vous entretenir la flamme sur votre chanson ?
    Car le type de cuisson détermine aussi la dynamique de la chanson : va-t-on choisir une cuisson lente (donc une ambiance linéaire) qui va conserver toute la tendresse du propos en nous prenant par la main, ou un aller-retour explosif au gril qui va nous balancer sans ménagement du croquant au saignant ?

    4. L’équilibre des saveurs

    C’est le moment de parler composition, mais aussi (un peu) arrangements et orchestration.
    Une chanson réussie, c’est avant tout une question d’équilibre. Une mélodie trop sucrée et c’est la mièvrerie. Trop de sel (effets gratuits, arrangements lourds), et l’auditeur sature.

    Un bon auteur-compositeur sait doser. Il joue sur les textures sonores, les dynamiques, les silences comme un chef dose les herbes, le feu et la matière.
    Même la structure d’un titre, avec son introduction apéritive, la montée de l’entrée vers le « climax » du plat de résistance, puis le retour au calme (fromage ou dessert) rappelle celle d’un menu bien pensé.
    Le tout délicatement posé… sur une nappe.

    Et puis bien sûr il y a le mixage.
    Bien que ce ne soit pas l’objet de cet article, ni même le thème de ce site, l’ingénieur du son que je suis ne peut pas passer cette étape sous silence.
    Le mixage, c’est le moment où, dans une cuisine ultra-équipée, se révélera le dosage parfait de chacun des ingrédients. Et ce n’est pas notre travail d’auteur-compositeur.
    Mais cela ne sera possible que si nous, auteurs compositeurs interprètes avons en amont réalisé des assemblages équilibrés, en lien avec l’arrangeur.
    Pas de saveurs qui se chevauchent (guitare + ukulélé +harpe) ni qui se contredisent (harmonies qui « frottent »), pas de trou (personne dans la fréquence 1000Hz) ni de substance bourrative (le piano qui « mange » la voix). Ca, c’est bien à nous de le faire !

    5. Cuisinez local

    Pour toucher le public, une chanson doit partager avec l’auditeur un même système de référence : vous allez donc utiliser des ingrédients issus de son environnement proche.

    Le choix du thème, des mots, doit correspondre au lieu et à l’époque.

    La musique doit être actuelle, ne pas exiger un effort de décodage excessif qui nuirait à l’émotion.

    Et cela ne nuit pas à la créativité, au contraire !
    Mais sachez rester dans ce qu’on nomme la « zone proximale de développement » pour que l’auditeur se sente concerné.

    6. De la « soupe » à la « salsa » : les goûts et les fautes

    L’expression le dit bien : il y a de la « soupe » dans la musique, comme dans la cuisine. Ces chansons formatées, tièdes, sans relief, qu’on oublie avant même la dernière note.
    Et à l’inverse, il y a les plats relevés : la salsa, le rock spicy, la bossa suave.

    Les fautes de goût musicales existent : la rime forcée, le tempo artificiel, l’arrangement disproportionné. En cuisine comme en chanson, trop de sauce tue le plat.

    Alors ce qu’on retient, ce sont les chefs qui osent le juste décalage, la touche personnelle. Jacques Higelin, Camille, Stromae ou Clara Luciani ont chacun leur recette — reconnaissable dès la première bouchée sonore.

    7. Cuisiniers et musiciens : même combat !

    Oui, un cuisinier, c’est exactement la même chose qu’un auteur-compositeur- interprète.
    Je défie quiconque de trouver une vraie différence entre les deux !

    Certains artistes ont d’ailleurs fait le lien explicitement : Jean-François Piège joue de la guitare ; Francis Cabrel fait son propre vin ; Michel Jonasz a souvent comparé le groove à « une sauce qui lie les ingrédients entre eux ».
    Même Yannick Noah, entre deux tournées, parle de sa musique comme d’un plat partagé : « Je veux que les gens se sentent bien après m’avoir écouté. »

    La musique et la cuisine sont tous deux des arts de la transmission et de la générosité.
    On n’écrit pas une chanson pour soi, pas plus qu’on ne cuisine pour manger seul.
    On le fait pour nourrir l’autre, et lui offrir du plaisir.

    8. À vous de jouer : la critique gastronomique

    Prenez une de vos chansons, et tel un Etchebest de la chanson, décortiquez-la sans complaisance.

    Vérifiez tout, mais attention : cette fois-ci en commençant par la fin, comme le ferait un gourmet quand il découvre un plat :

    – Le thème :

    Est-il brûlant ou est-ce du réchauffé ? La date de consommation est-elle encore valide ? En clair, votre sujet est-il daté ?

    – Le mixage :

    Les saveurs sont-elles toutes présentes, et l’esprit du plat est-il là ? Autrement entend-on tout distinctement ? Est-ce que chaque instrument trouve sa place ? Et surtout : la voix est-elle claire et mise en avant, car c’est cela qui compte ?

    – La composition du plat :

    Est-ce que chaque instrument est utile ? L’ensemble est-il cohérent ?

    – La qualité des produits :

    Le son de chaque instrument est-il bon ? Les instruments sont-ils bien accordés, bien joués, en place mais avec de l’intention ? La voix est-elle juste (dans tous les sens du terme), et bien articulée ?

    – La quantité :

    N’est-ce pas trop lourd ni trop copieux ? Il faut vraiment avoir une bonne raison pour dépasser les 3’40. Pas question de transformer votre chansonnette en indigestion.

    Posez-vous bien toutes ces questions, en allant dans le détail, et sans vous satisfaire de votre impression générale. C’est comme ça que vos chansons s’amélioreront et que vous progresserez.

    Je vous conseille de faire ce type d’écoute aussi avec des chansons professionnelles. Vous aurez des surprises !

    Avant de se quitter

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    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    La chanson comme la cuisine sont des arts du quotidien. Il y en a pour tous les goûts, et pour toutes les circonstances. De la cuisine/chanson familiale simple et attachante à la grande cuisine/chanson réservée aux grandes occasions, en passant par la cuisine/chanson exotique, chaque style a son public, ses chefs et ses chefs d’œuvres.

    Et forcément, là-dedans, il y a de la place pour vous.
    A condition bien sûr, de bien savoir où vous allez, et de respecter l’auditeur autant que vous vous respectez.
    Et ça, ça s’appelle le travail !

    Alors à vos platines, à vos pianos, et

    Vive la Chanson !

  • Comment écrire une chanson qui résiste au temps

    Comment écrire une chanson qui résiste au temps

    La chanson, c’est l’art de l’instant. Une bulle de magie éphémère qui nous enchante quelque temps puis qui cède élégamment la place ! C’est toute la beauté de cet art.

    Et pourtant, certaines chansons résistent au temps, traversent les âges, survivent à leurs auteurs.
    Pourquoi ? Existe-t-il une recette magique ?

    Pour le savoir, je vous invite à plonger avec moi dans les grimoires. N’oubliez pas votre gousse d’ail !


    Y a-t-il vraiment une recette ?

    Eh bien, bonne nouvelle : OUI, il existe bien une recette !
    Et deuxième bonne nouvelle, la recette, je vous la donne dans cet article !
    La vraie recette, avec tous les ingrédients nécessaires, ceux que l’on retrouve quasi-systématiquement dans les tubes intemporels.
    Et voilà ! Merci qui ?
    Hein ?
    Ha oui, heu… Hum bon il y a aussi une mauvaise nouvelle. J’allais vous en parler bien sûr.
    La mauvaise nouvelle, c’est que pour que la recette fonctionne, il faut aussi une petite pincée de magie. Mais ne nous décourageons pas : ça, je vous en reparle à la fin.
    Alors prenons-nous à rêver : si on essayait de faire une chanson intemporelle, voire éternelle ?
    Suivez-moi !


    1. Thème universel + Authenticité

    Les chansons qui durent parlent de ce qui traverse le temps… logique.
    Donc ça va parler de grands thèmes, d’émotions que nous ressentons tous : l’amour, la perte, la nostalgie, le temps qui passe, l’espoir…
    L’Été indien de Joe Dassin par exemple, ou La Bohème de Charles Aznavour évoquent des scènes simples, des émotions partagées.

    Mais ce n’est pas suffisant.
    Authentique, cela veut dire que derrière tout cela, il y a une vraie histoire, un vrai vécu… qui peut être totalement romancé, mais peu importe !
    On doit sentir une « vérité personnelle » derrière l’image, un regard singulier.

    Le grand Claude Lemesle, quand il a écrit « Salut les amoureux », n’a rien fait d’autre que rapporter une histoire personnelle sur un thème universel.
    Les chansons froidement “standards”, à qui manque cette touche humaine et simple ne se « fixeront » pas car elles ne nous toucheront pas.


    2. Mélodie forte + harmonie simple

    Voilà une problématique que j’ai mis des années à comprendre et à assumer.
    N’en déplaise aux « vrais » musiciens, ce sont les mélodies les plus simples qui fonctionnent.
    Et les regards condescendants des jazzeux surdimplômés n’y changent rien !
    Une mélodie qui “reste” doit être facile à retenir et à chanter par tous.

    Passons en revue les chansons marquantes : la mélodie est toujours facile, et l’harmonie souvent simple (quelques accords bien choisis, et c’est tout !).
    Le résultat, c’est que l’ensemble « respire ».
    En cela, un compositeur débutant aura même un réel avantage sur un instrumentiste chevronné. C’est injuste, mais c’est ainsi.
    L’essentiel, c’est que la musique serve les mots et l’émotion, et pas l’inverse.


    3. Paroles + Musique = image

    Le vrai pouvoir d’une chanson, c’est qu’elle crée une image. On « voit » littéralement ce que nous raconte la chanson.
    Inutile de s’étaler pour expliquer pendant 3:30 ce que l’on ressent, non : une simple image va transporter l’auditeur, lui permettre de s’approprier la chanson.
    Pour cela, il faut utiliser des images simples mais fortes. Même quand on aborde un thème abstrait. Un exemple ?
    Avec le temps de Léo Ferré évoque l’oubli, le visage qui s’efface, de façon poétique et universelle.

    Alors, exit les phrases toutes faites : on préférera une scène, une image concrète : “Montmartre qui accrochait ses lilas” (La Bohème) qui parle à l’imaginaire, qui donne une couleur, une époque, un lieu, un sentiment.


    4. Structure : rassurer et surprendre

    Les chansons intemporelles ont une caractéristique : elles sont prévisibles.
    Les chansons intemporelles ont une caractéristique : elles apportent l’imprévu.
    Euh ?
    On l’a vu plus haut : pour qu’on puisse se l’approprier, une chanson doit être simple, et ne pas dérouter l’auditeur. Pour cela, la mélodie doit être limpide et facile à mémoriser.
    On a envie de la chanter, et c’est pour cela qu’elle doit être prévisible.

    Oui, mais :
    La cerise sur le gâteau, c’est quand en plus, il y a une belle surprise… mais une surprise attendue ! Un petit changement dans les paroles du refrain, ou une variation dans la mélodie.

    L’exemple le plus représentatif est le mythique mi bémol de Céline Dion dans « All By Myself ».
    Ca se passe à 3’17, et on aime ou pas mais… ouah !

    D’ailleurs, on voit sur la courbe YouTube que c’est de loin le passage le plus revisionné de cette vidéo !

    Hé oui ! Le public aime se repérer dans un cadre familier, mais il aime aussi être tiré -un peu- hors de sa zone de confort.


    5. L’interprétation juste

    Une chanson est toujours portée par l’interprétation et l’émotion que celle-ci transmet.
    L’interprétation, c’est deux choses : la voix et l’orchestre.

    Côté voix, il ne s’agita pas tant de chanter juste que de faire ressentir ce que l’on chante.
    Deux exemples ? Allez, on va se fâcher un peu :
    Patrick Fiori chante très bien, très juste (et en plus dans la vie c’est un type formidable). Mais il ne transmet pas grand’chose. C’est fade et lisse.
    Renaud (de son vivant) dont la justesse est approximative, savait, par sa personnalité, nous toucher au cœur. Y compris en tant que simple interprète, lorsqu’il reprenait Brassens, par exemple.

    Côté orchestration, c’est la même chose.
    Les musiciens doivent se mettre au service de la chanson, et non l’inverse.
    Un simple piano-voix va davantage nous marquer qu’une débauche prétentieuse d’effets de style.
    On peut facilement le constater en écoutant des reprises (ou cover pour ceux qui ne savent pas parler français).

    Un prochain article parlera de ce sujet, en épluchant quelques-unes des reprises de « Comme d’habitude » de Claude François.


    À vous de jouer !

    Je vous propose de prendre une de vos chansons, ou un de vos textes.
    De préférence une chanson dont vous n’êtes pas trop satisfait. A défaut, une idée que vous avez en tête.
    Et reprenez point par point tout ce qu’on a vu aujourd’hui :

    1. Le thème : est-il universel ou trop personnel ? Si trop personnel, trouvez une façon métaphorique de le présenter (par exemple, raconter à travers un objet ou un lieu).

    2. L’image forte : forte, mais simple : choisissez une image concrète — un lieu, un moment précis — et commencez votre chanson autour de cette image.

    3. La mélodie : Faites simple ! Chantez-la à voix nue (guitare ou piano minimal), mémorisez-la, voyez si elle “reste” dans votre tête après quelques écoutes.

    4. La surprise : à un moment (vers les 3/4) changez un refrain, ou une strophe, modifiez légèrement le retour final pour créer un effet de nouveauté.

    5. Les paroles : éliminez les clichés, évitez les rimes trop faciles ou les images sur-utilisées. Remplacez un mot banal par quelque chose de précis, concret.

    Et (re)construisez votre chansons sur ces bases.
    Vous verrez tout de suite la différence !


    Et la magie, dans tout ça ?

    Ah oui, c’est vrai ! J’allais oublier !

    Il faut ajouter une dose de magie pour que la recette fonctionne.
    Et la plupart des gens s’imaginent que cette magie a pour nom le talent.
    Eh bien je vais vous révéler un secret : cette croyance est fausse.
    Car en réalité la poudre de Perlimpinpin porte un nom :

    Cela s’appelle le travail.


    Avant de se quitter…

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    En conclusion

    Créer une chanson qui résiste au temps ne consiste pas à chercher la pierre philosophale, mais à assembler plusieurs ingrédients : émotion authentique, mélodie marquante, paroles bien choisies, structure équilibrée, interprétation sincère, petite surprise.
    Si vous appliquez ces leviers, vos chansons auront toutes les chances de ne pas être juste “populaire aujourd’hui”, mais, en toute modestie, d’appartenir à la mémoire collective de demain.

    Alors rendez-vous dans 30 ans, et

    Vive la Chanson !

  • Les 5 pièges de la banalité en chanson

    Les 5 pièges de la banalité en chanson

    « Je veux vous partagééer ma douleuureuu… »
    Aïe ! Aïe ! Aïe ! Mission accomplie !

    En chanson, comme dans la vie, la banalité nous guette à chaque coin de mesure.
    Entre les mélodies éculées, les facilités qui rassurent, les émotions mal maitrisées, il y a de quoi faire !

    Et tout ça, ça donne de chouettes chansons bien fades, aussi insipides qu’interchangeables.

    Alors, comment éviter de tomber dans ces travers ? On va tenter de sauver l’essentiel, en déjouant cinq pièges dans lesquels tombent beaucoup d’auteurs-compositeurs…

    Allez, suivez-moi, je vous montre tout ça… et regardez où vous mettez les pieds, ça glisse !


    1. Les « quatre accords magiques »

    Ah, ben alors faudrait savoir !
    Oui, je sais : je vous ai chanté les louanges de cette fameuse suite d’accords, et maintenant je vous dis de vous en méfier.

    Pourtant, le fameux enchaînement I–V–vi–IV (en Do : C–G–Am–F), utilisé de Let It Be à Someone Like You, a fait ses preuves.

    Et c’est bien ça le problème : trop de preuves ! 😀

    Résultat : il est devenu une autoroute musicale où défilent des milliers de chansons, toutes cousines germaines.

    Et pourtant, ça marche ! Du moins, ça eut marché.
    Comme disait Fernand Raynaud : « Ça eut payé, mais ça paye plus ! ».
    À moins de dégainer un habillage instrumental de l’espace ou une mélodie d’un autre monde, la recette sonnera… creux !

    👉 Conseil : explorez d’autres renversements, changez de tonalité, osez des accords inattendus. L’oreille du public aime être surprise.


    2. Le nombrilisme

    Autre piège fréquent : raconter ses petits malheurs, et surtout, en écrivant uniquement à la première personne !

    Moi, moi, moi, je, je, je, Moi je !
    Toi T’es toi, tais-toi !

    On n’en peut plus de ces chansons qui étalent les peines de cœur, les tracas du quotidien ou le spleen existentiel de leur auteur.

    Le pire, c’est que le problème, ça n’est pas le fond (les émotions personnelles, c’est un excellent moteur pour écrire une chanson), mais plutôt l’angle choisi : un bon gros premier degré bien direct, sans filtre, sans recul et sans mise en scène. Pitié !

    J’en ai déjà parlé dans un autre article : une chanson n’est pas un journal intime.
    Le public ne va pas adhérer pas parce que vous souffrez, mais parce qu’il se reconnaît dans votre souffrance.
    C’est une nuance fondamentale !

    👉 Conseil : transformez votre vécu en métaphores, en histoires, en personnages. Souchon, Bénabar, Vianney partent de leurs émotions intimes… mais ils les habillent avec du sur-mesure.


    3. Monorimes et octosyllabes

    Dans la forme de l’écriture de chanson, on retrouve hélas de nombreux tics et stéréotypes, mais les deux plus répandus sont sans conteste la monorime et l’octosyllabe à la chaîne.
    Et la plupart du temps, ce n’est pas par choix artistique, mais par facilité !

    La monorime (toutes les fins de vers identiques) à qui nous avons consacré un article est souvent lié à la paresse ou à l’inexpérience de l’auteur.
    L’octosyllabe régulier quant à lui donne une impression de fluidité… heu non : surtout de facilité. Un phrasé un peu soporifique qui tourne en rond.

    Bla-bla-bla-bla, bla-bla-bla-bla,
    Bla-bla-bla-bla, bla-bla-bla-bla.
    Un ronron sans surprise qui nous endort…

    👉 Conseil : jouez avec les métriques, variez les rimes, introduisez du contretemps. La chanson, comme la danse, a besoin de surprises rythmiques.


    4. Le déjà-entendu

    Même quand elles n’utilisent pas les « quatre accords magiques » cités plus haut, beaucoup de mélodies se contentent de monter la gamme puis de la redescendre, avec des refrains prévisibles et des cadences toutes faites.

    Résultat : on a une impression de « déjà entendu », même si la chanson est inédite.
    Et c’est humain : nous avons tous notre « univers », auquel nous nous référons… un peu trop !
    Surtout que la plupart du temps, il est un peu étroit et qu’on évolue tous dans le même !

    👉 Conseil : écoutez en dehors de votre zone de confort (chants traditionnels, musiques du monde, jazz modal…). Cela vous inspirera naturellement de petits emprunts mélodiques à « l’ailleurs », et vos chansons trouveront un souffle neuf.


    5. L’universel vague et interchangeable

    « L’amour est beau », « La vie est dure », « On veut être libres »…
    Ne rigolez pas : je suis sûr que vous avez déjà écrit des trucs de ce genre, non ?

    N’ayez pas (trop) honte : ces thèmes vagues et génériques ont rempli des milliers de refrains.

    Pire encore : les enfonceurs de portes ouvertes le font souvent en utilisant des mots compliqués. Un verbiage d’autant plus insupportable qu’il est souvent mal maîtrisé.

    Hé oui : le problème, quand on cherche à dire quelque chose de « fort » mais de trop large, c’est que ça tombe immanquablement dans les grands poncifs soporifiques, voire même énervants !
    Il faut être plus modeste et cibler des petites choses.

    👉 Conseil : osez la précision. Préférez « Je t’ai attendue à la sortie du métro » à « J’ai passé toute ma vie à attendre en vain un bonheur qui ne vient pas ».
    C’est le détail qui touche, pas la phrase explicative.


    À vous de jouer !

    Prenez un de vos textes ou une de vos mélodies et posez-vous 3 questions :

    1. Suis-je tombé dans l’un de ces cinq pièges ?

    2. Ha flûte oui ! Mais lequel ?

    3. Bon on fait quoi maintenant ?

    Alors au travail :
    Retouchez uniquement la partie concernée :
    Pour un texte, réécrivez une strophe.
    Pour une musique changez un enchaînement d’accords.
    Vous verrez : un simple petit crochet hors de la banalité va vous ouvrir de nouveaux (et grands (et beaux)) horizons !


    Avant de se quitter…

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    En conclusion : quittez l’autoroute et tracez votre chemin

    Toutes les vieilles recettes ont longtemps fonctionné, c’est vrai.
    Elles ont même parfois fait naître quelques grands succès.

    Et c’est bien ça, le problème : elles sont devenues des raccourcis tellement usés qu’elles conduisent tout le monde au même endroit !

    Voyons cela comme une chance : puisque tant d’autres avant nous ont utilisé ces recettes, inventons-en de nouvelles !

    Notre public a envie d’expérimentation, pas de copie.

    Alors, sortez des sentiers (re)battus. Prenez des risques.
    Et souvenez-vous que dans l’art, comme dans la vie, la banalité est toujours l’option la plus facile…
    mais jamais la plus intéressante.

    Vive l’exploration et

    Vive la Chanson !

    Ressources :
    Pour trouver des idées, vous pouvez aller lire ceci : « Ecrivez des chansons originales »
    ou cela : « Trouvez des idées originales »
    et bien sûr, vous pouvez vous inspirer des analyses de chansons de la rubrique « On connait la chanson »

  • Écriture thérapeutique et chanson

    Écriture thérapeutique et chanson

    L’écriture thérapeutique, vous connaissez ? Ce fameux petit carnet où l’on couche ses états d’âme, ses colères, ses blessures ou ses joies pour se sentir plus léger.
    Un carnet avez-vous dit ? Ca ne vous rappelle pas quelque chose ?
    Ouiii ! La chanson, bien sûr ! D’ailleurs, elle aussi vous libère !
    Alors, écriture thérapeutique et chanson, c’est la même chose ?
    Eh bien OUI ! Mais pas que !

    Parce qu’avec la chanson, comme dirait France Gall, il y a un tout petit supplément d’âme : elle fait danser les mots sur une mélodie, et elle se partage. Bref, une thérapie avec un joli refrain.


    1. Se libérer en choisissant un thème

    Si vous êtes comme moi, vous avez sans doute un « tracassin » en ce moment même.
    Une pensée qui vous pèse ou qui vous obsède…
    Moi, j’en ai toujours une en tête… et vous ?

    • Un sujet de société qui vous agace ?
    • Une blessure intime que vous traînez comme un vieux sac à dos ?
    • Une histoire qui vous a marqué ?
    • Voire même une de ces pulsions inavouables dont vous n’osez pas parler…

    Écrire une chanson, c’est comme ouvrir une soupape : vous transformez ce trop-plein en art.
    Et même : si un thème est trop lourd, vous pouvez aussi choisir la légèreté, l’absurde.
    On verra ça plus loin dans l’article.


    2. Se libérer en jouant des notes

    Laissez courir vos doigts sur votre guitare ou votre un piano. Sans jouer une partition ni une chanson.
    Non : juste comme ça, sans objectif précis.
    Au bout d’un moment, il va se passer un truc étonnant : une petite suite de notes viendra d’elle-même. C’est magique.

    Cette errance musicale, c’est en soi une forme de méditation : vous ne reproduisez pas, vous n’analysez pas, vous ne « cherchez » même pas : vous ressentez.
    Et quand une mélodie pointe le bout de son nez (souvent quand vous ne l’attendez pas), vous vous dites : « Tiens, c’est sorti de moi, ça ? ».
    C’est valorisant, et ça donne envie de continuer.
    Car il faudra ensuite structurer, organiser, arranger… mais ça, c’est déjà la suite de l’histoire !


    3. Se libérer en chantant

    Écrire, composer, c’est déjà formidable en terme de libération mentale.
    Mais chanter, c’est autre chose : c’est une libération physique !
    Respirer profondément, faire vibrer vos cordes vocales, lâcher un cri ou un murmure…
    Cela fait du bien au corps, vraiment !

    Chanter sous la douche, déjà, cela fait du bien.
    Et c’est utile! Car pour nous, c’est une façon de répéter et d’affiner notre chanson.
    Mais on va aller plus loin, bien sûr !

    Chanter devant un public, cela demande un peu d’engagement, mais c’est essentiel !
    Alors, on prend son courage à deux mains et on chante sa chanson à un public !
    Attention, pas l’Olympia ! Juste quelques proches.
    Pour offrir un partage, et surtout : pour avoir un retour.n

    Chanter « en vrai »!
    L’étape suivante sera de la chanter devant un public « officiel », lors d’une scène ouverte, par exemple.
    Et vous savez quoi ? Le public chanson est toujours bienveillant. Il vient pour écouter, pas pour juger. Vous offrez un peu de vous, il vous renvoie de la chaleur. C’est du bien-être pur !

    Pour vous sentir à l’aise avant de chanter devant vos proches :
    Précisez leur une chose importante : votre chanson ne parle pas de vous ! C’est en tout cas ce que vous leur direz pour préserver votre « jardin secret ».
    Car votre chanson reste une extrapolation, une oeuvre fictionnelle, même si c’est vous qui l’avez créée. Qu’ils n’aillent pas imaginer qu’ils ont mis la main sur le livret intime d’un sociopathe !


    4. La spécificité de la chanson

    Vous l’avez compris : la chanson peut constituer une forme d’écriture thérapeutique… mais avec une grosse nuance !
    Une chanson, c’est fait pour être dévoilé aux autres !
    Alors, comment éviter la sensation de se mettre totalement à nu ?
    La réponse est : grâce à la technique.

    Donner une universalité au propos

    • Première règle : se décentrer
      Les problématiques que vous abordez dans vos écrits, vous n’êtes pas seul à les connaître !
      .En les formulant avec un peu de recul, vous toucherez aussi ceux qui se reconnaissent en vous.

    Choisir le bon angle

    • Deuxième règle : bien se positionner
      Dans un carnet intime, vous parlez de vous. Et donc vous utilisez le « je ». Normal.
      Mais en chanson, on évitera de tout formuler à la première personne !
      Inventez un personnage, racontez une petite histoire, trouvez une image. C’est plus élégant, et paradoxalement… cela touche plus juste !

    Faire simple

    • Troisième règle : rester « focus »
      Une chanson = une problématique.
      Vous avez dix problématiques ? Parfait !
      Vous ferez donc… dix chansons !
      Vos pires galères deviennent un trésor créatif !
      Elle est pas belle la vie quand elle est moche ?

    5. À vous de jouer

    C’est le moment de vérifier que tout cela fonctionne !

    Voici comment concrètement vous allez pouvoir vous y prendre.

    Une feuille, un stylo et on attaque ! Allez chercher tout ça, je vous attends ici.

    C’est bon, vous y êtes ?
    Je vous propose quatre étapes courtes :
    1. Sur votre feuille, notez trois problématiques qui vous occupent l’esprit
    2. Choisissez-en une, et développez en quelques mots
    3. Décidez d’un angle (personnage, histoire, image…)
    4. Vous y êtes : développez en quelques mots :
    – que dira le refrain (l’idée forte) ?
    – que raconteront chacun des 3 couplets ?

    Et voilà : vous avez déjà le squelette d’une chanson !

    Ah ! J’allais oublier la cinquième étape : partagez votre idée en commentaire.
    Ici, pas de stress : personne ne vous juge, tout le monde est là pour créer.


    Avant de se quitter…

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    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    Conclusion

    Alors, écriture thérapeutique et chanson, deux mondes séparés ? Pas vraiment !
    La chanson, c’est l’écriture thérapeutique, avec une guitare en plus !
    Ecoutez donc la recette de Gotainer, qui a tout compris !

    C’est écrire pour soi, mais aussi pour les autres.
    Et c’est là que réside sa force : vous vous libérez… et vous libérez peut-être aussi quelqu’un d’autre en vous écoutant, alors…
    Vivement le prochain coup de blues !

    Vive l’écriture thérapeutique, et

    Vive la Chanson !

  • FAIRE DES CHANSONS à ONOMATOPEES

    FAIRE DES CHANSONS à ONOMATOPEES

    De do do do, de da da da, Tchiki boum, Dingue dingue dingue, Bang Bang… Pourquoi ça marche ?
    Doit-on se déshonorer à chanter de telles fadaises pour séduire le public ?
    Je vous dis tout ici !

    Une onomatopée, c’est quoi ?

    Pour savoir de quoi on parle, inutile d’ouvrir un dictionnaire (ils se contredisent allègrement), on va plutôt ouvrir ses oreilles.

    Une onomatopée, c’est un mot bref qui ne porte pas de sens « officiel ».
    Il a trois caractéristiques :
    – il ressemble fréquemment à ce qu’il représente « splash »
    – il « sonne » à l’oreille « bam »
    – il est souvent dédoublé « toc-toc »

    « Comic Strip » : La chanson emblématique de l’onomatopée !

    Et en chanson, c’est une recette qui fonctionne !

    Pourquoi ça marche ?

    Le son des mots

    J’en ai parlé dans un autre article « LE SENS vs LE SON », en chanson, le son des mots est essentiel.
    Et celui de l’onomatopée dépasse la barrière des langues.

    Gainsbourg joue avec les yéyé

    Mais ce n’est pas tout. Prêts pour la psychologie de comptoir ?

    La simplicité

    Notre cerveau aime ce qui est simple et prévisible : ça le rassure et crée un ancrage.
    L’onomatopée lui offre un matériau sonore très simple, facile à mémoriser et à reproduire.
    Et l’auditeur devient participant : on peut tous chanter sans se compliquer la vie !

    Un instrument de musique

    L’onomatopée est souvent utilisée comme un véritable instrument de musique, soit pour « boucher un trou » comme les « Aou cha cha cha » de « L’amour à la plage », soit pour porter directement le rythme, comme dans « De do do do De da da da » de Police.

    Le bonheur de la régression

    Ben oui, c’est évident ! Les onomatopées nous renvoient aux babils de notre enfance ! les « ba-ba-ba », les « ouin » et les dou-bi-dou » !
    Dans notre monde saturé de mots et de concepts, quelle autre occasion a-t-on de se laisser aller ainsi à régresser impunément avec délice ? Poup Poup Pidoo !

    Marylin Poupoupidoute !

    Un peu d’histoire

    L’origine du langage

    L’onomatopée, ce n’est pas né d’hier. C’est même le point de départ du langage articulé ! (n’en déplaise à quelques intellos documentés qui vous soutiendront le contraire).

    Avant le « langage », les Hommes désignaient les éléments de leur entourage par des sons évocateurs. D’ailleurs nous faisons pareil à l’étranger quand nous voulons nous faire comprendre.

    Mais ce n’est pas tout : au début de notre vie, nous utilisons les « onomatopées » les plus faciles à prononcer : « mama(n)», « papa », « caca » etc. Et ces sons sont devenus des mots du langage courant !
    Si vous ne connaissez pas le génialissime « Papa Oom-Mow-Mow » des Beach Boys, c’est le moment de le découvrir !

    The Beach Boys

    Et en chanson ?

    L’onomatopée a toujours existé dans les chants.
    Elle a même existé dès le chant tribal, avec les sons répétés (Ho, Ha Ya, Na…) dans les rituels, qui créaient une transe et cohésion… et qui sont les ancêtres de nos refrains !
    Bien avant les « tralala » que nous connaissons tous !

    Les trois types d’onomatopées

    Alors OUI, on peut, on doit utiliser les onomatopées dans nos chansons sans avoir à s’excuser.
    Mais il faut savoir où l’on met les pieds.
    J’ai répertorié trois types d’onomatopées en chanson.

    Les onomatopées qui ne veulent rien dire

    C’est le NIVEAU 1
    Les onomatopées sont juste là pour boucher des trous, voire appuyer une rime.
    Rigolo et efficace, mais pas très intello.

    Spécialistes de cette pratique ?
    Niagara !

    Tchiki Boum

    Les onomatopées d’illustration

    C’est le NIVEAU 2

    Première version :
    Comme en BD, on utilise l’onomatopée pour apporter un élément « concret » à la chanson.

    Spécialiste ? Gainsbourg avec des titres comme « Ford Mustang » « Des vents des pets des poums » etc;

    Deuxième version :
    On utilise l’onomatopée pour illustrer la stupidité de celui dont on parle. On peut mentionner « De do do do De da da da » cité plus haut, ou « Ragio Gaga » de Queen.

    Les jeux de mots

    Là, c’est le must !

    Le NIVEAU 3
    De vrais mots qui sont organisés de façon à sonner comme une onomatopée. Un retour aux sources !
    Allez écouter Vianney dans « Pas là »

    Je vous invite aussi à aller lire l’article sur « Ta ta ta ta » de Polnareff, expert en onomatopées.

    Ecoutez le refrain à 1:00

    ….même si le grand spécialiste reste l’insubmersible Boby Lapointe !

    A vous de jouer !

    Si vous avez lu attentivement cet article, vous avez dû remarquer que c’est toujours dans le REFRAIN que se niche l’onomatopée. C’est logique !

    A votre tour de créer un petit refrain (il n’a même pas besoin de rimer) incluant une onomatopée.

    Celle-ci est libre, elle peut :
    – soit juste « sonner » (c’est le minimum)
    – soit illustrer le propos
    – soit porter un sens caché ou un jeu de mot.

    Allez Hop !

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    En conclusion

    L’onomatopée est un élément essentiel en chanson… et même pour porter un propos sophistiqué ! Le plus génial, c’est que le public adore ça ! Il reprend en chœur avec vous (testé et vérifié) !
    N’hésitez pas à vous lancer, et croyez-moi, ça va faire boum !

    Ba-be-di-Ba-be-di-Ouh !

    Vive la chanson !


  • RIMES MASCULINES / RIMES FEMININES

    RIMES MASCULINES / RIMES FEMININES

    Si vous êtes comme moi, quand on vous parle de rimes masculines et de rimes féminines :
    1) vous ne voyez pas à quoi ça sert
    2) en fait vous ne savez même pas ce que c’est
    3) vous ne comprenez rien quand on essaie de vous expliquer
    Et en plus vous vous sentez bête parce que ça a l’air important !
    Alors, fini le temps du malaise face aux experts, je vais tout vous expliquer de façon simple, et promis, en moins de temps qu’il n’en faut pour changer de genre, vous aurez tout compris !

    Circulez, y’a rien à voir !

    La première chose à savoir, c’est qu’en terme de genre (masculin/féminin), les rimes n’ont aucun rapport avec le genre du mot.

    Allez, je fais mon petit malin juste histoire de frimer ?
    Regardez cette maison.
    « La maison » est un mot féminin avec une rime masculine.
    « La porte », tout comme « Les fenêtres » sont des mots féminins avec des rimes féminines.
    « Le paillasson » est un mot masculin avec une rime masculine, tandis que « le garage » est un mot masculin avec une rime féminine.
    L’ensemble (rime féminine) aurait besoin d’être rafraîchi (rime masculine)

    Bref, ON N’Y COMPREND RIEN !
    Allez, j’explique :

    La rime féminine

    Devinette : à quoi reconnait-on une rime féminine ?

    Allez, lancez-vous ! Une rime féminine, ça finit par..?

    – Euuuh…

    Oui ! Bonne réponse ! Ça finit par « E » !

    Donc si on voit un « e » à la fin du mot, c’est une rime féminine.
    C’est tout.

    Peu importe le genre du mot : Il y a un « e » à la fin (ou « es » au pluriel) ?
    Eh bien c’est une rime féminine !
    NEXT !

    La rime masculine

    Ben… Et les rimes masculines, alors ?

    Les rimes masculines, c’est toutes les autres !

    Peu importe qu’elles finissent par une consonne ou une voyelle, que le mot soit masculin ou féminin, ou même qu’il s’agisse d’un mot « agenre » comme un verbe, ou une interjection, s’il n’y a pas de « e » à la fin (ou « es » si c’est au pluriel), c’est « rime masculine ».

    Et c’est tout !

    A quoi ça sert ?

    Bon, à ce stade de l’article, déjà vous êtes sauvés : vous ne ferez plus « mauvais genre » dans les soirées mondaines.
    Ça, c’est fait !
    Si vous voulez, vous pouvez arrêter la lecture ici.
    Mais si vous voulez en savoir plus, restez avec nous.

    Car c’est ici qu’arrive notre invité surprise : le « e muet » et son grand pote : l’accent tonique, !

    La clé de l’énigme : le « e » muet

    Le « e », c’est lui le responsable de la rime féminine,

    Pourquoi ?
    Eh bien, revenons à notre maison :
    vous ne dites pas « la portEU et la fenêtrEU »
    A l’oral, on va dire « la port’ et la fenêtr’ ».
    Bon ben voilà : c’est pour cela que les « e » sont dits « muets » : ils ne s’entendent pas.
    Pour tout savoir sur le « e muet », vous pouvez aller lire l’article « La malédiction du « e muet » .

    En poésie, on a donné aux vers qui terminent par le « e muet » le nom de rimes « féminines » : parce qu’il y a un « e », comme un féminin.
    Et « du coup », toutes les autres sont… « masculines » ! Logique !

    Sur le plan grammatical, c’est débile, mais sur le plan mnémotechnique, ça marche.

    Je répète : à quoi ça sert ?

    Oui, oui, voilà, j’y viens !
    En poésie classique, on faisait volontiers alterner rimes masculines et rimes féminines.
    Cela favorisait le flow !
    Oui mais : la poésie, c’est de la langue orale !
    Et nous, on fait de la chanson ! Et en chanson,
    – d’une part on pratique la langue parlée
    – d’autre part c’est souvent la musique qui va nous dicter instinctivement le type de rime.

    Alors, toutes les règles comme rime pauvre, suffisante, riche, genre et compagnie, et bien comme dit Emmet Brown dans Retour vers le futur…

    « On s’en tape ! »

    Elle est pas belle, la vie ?

    Pour jouer les experts

    Allez, une exception

    Ah, je m’aperçois que quelques experts ont sauté au plafond face à mon explication iconoclaste et un peu simplificatrice (mais pas simpliste, hein !).

    Il y a effectivement quelques exceptions, que je n’ai pas mentionnées, car elles relèvent du bon sens.
    « elles relèvent », tiens justement en voilà une, d’exception : c’est le « ent » final de « elles relèvent ». On ne dit pas « elles relèvEU ». Une sorte de « ent » muet !
    A l’inverse, il y a des cas où le « e » n’est pas muet : comme dans « tE », « mE », « sE », etc.

    Vous en conviendrez : là on chipote.
    Parce que quand on a compris le principe (ce qui est votre cas si vous avez bien lu), ça tombe sous le sens.

    Les explications qui ne riment à rien

    J’espère que mon explication était claire.
    Sinon, juste histoire de rire un peu, je vous renvoie vers la définition de Wikipédia des rimes masculines et féminines. Et pourtant : c’est la plus claire que j’ai pu trouver !
    Attachez vos ceintures !

    « Une rime est dite :
    féminine lorsque le dernier phonème est un e caduc (nommé autrefois « e féminin ») ; ainsi, les deux fins de vers suivantes ont des rimes féminines : […] abolie, […] Mélancolie
    → Rime féminine /ɔliə/.
    Le e caduc forme une rime féminine même après voyelle, ainsi que devant -s . En revanche, ce n’est pas le cas dans les subjonctifs non plus que dans les imparfaits et conditionnels en -aient – -oient dans l’orthographe classique, en raison de l’évolution phonétique. En effet, dans ces cas précis, le e final a cessé d’être prononcé plus vite que dans les autres cas du type prient.
    masculine dans les autres cas : […] inconsolé, […] constellé
    → Rime masculine /le/. »
    C’est clair’Euh, non ?

    Pour finir avec un sourire, je vous propose deux nouveaux genres de rimes qu’on ne trouve pas encore dans les dictionnaires.

    D’autres genres de rimes

    Il faut vivre avec son époque :
    Je vous présente en avant-première deux nouveaux genres de rimes.

    La rime transgenre

    Certains chanteurs réinventent l’orthographe en nous gratifiant désormais de rimes transgenre !

    Claudio Capéo (on ne s’en lasse pas !) transforme son fils, non pas en fille, mais en « fils.e » à 0:58
    Et la rime masculine devient féminine !

    Si la chanson est « Riche »,
    la rime, elle, ne l’est guère !

    L’écriture inclusive s’empare de la chanson !

    La rime agenre

    Cette fois c’est du côté de la légion étrangère qu’il faut se tourner !

    Finie la gégène ! Désormais on coupe la langue !
    Avec leurs fins de phrases coupées, les chants de légionnaires ont un phrasé assez inattendu, et instantanément identifiable.
    Et du coup, on ne sait plus s’il s’agit de masculin ou de féminin.
    Des rimes agenres, quoi !
    Bon, j’ai l’air de me moquer comme ça, mais en fait j’adore !

    Conclusion :
    Si Claudio Capeo a les moyens de faire parler les  » e muets « ,
    dans la légion, y’a rien qui dépasse !

    A vous de jouer !

    Une fois n’est pas coutume : je vous propose un petit travail d’écoute

    Vous connaissez « Chanson de pirates » de Claude Nougaro ?
    Je vous l’ai mise juste en dessous.
    Je vous propose de l’écouter.

    Ecoutez notamment les paroles (elles sont magnifiques), et notez vos remarques :

    1) Je vous demande d’observer comment sont organisées les rimes masculines et féminines : que remarquez-vous ?
    Notez-le en commentaire .

    2) Vous avez dû remarquer que cette organisation de rimes donne un côté « classique » à cette chanson.
    Et c’est normal.
    Car l’auteur n’est pas Claude Nougaro. Alors qui ?
    Si vous l’avez découvert, notez-le en commentaire

    Enfin, la diction donne beaucoup de puissance au propos.
    Mais d’ailleurs, d’où vient cet accent ?
    Si vous connaissez la région et la ville d’origine de Nougaro, écrivez-le en commentaire.

    Notez vos impressions en commentaire !
    Allez-y sans crainte : masculin.e.s ou féminin.e.s, on est entre ami.e.s !

    Avant de se quitter

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    En conclusion

    POUR RESUMER : Un « e » : féminin / pas de « e » : masculin.

    Même si l’alternance des rimes féminines et masculines, aujourd’hui, c’est fini, il est bon d’avoir en tête la musique spécifique des différents types de rimes, et le balancement particulier que chacune porte.
    La chanson (nom féminin à rime masculine) est un art délicat, et les mots sont notre palette. Sachons en utiliser toutes les subtilités !

    Vive le Féminin, Vive le Masculin, et

    Vive la Chanson !

  • FAIRE UNE CHANSON SANS PAROLES

    FAIRE UNE CHANSON SANS PAROLES

    Holalaaa ! C’est dur d’écrire des paroles !

    Hé les amis… et si on écrivait une chanson… sans paroles ?
    Ah…
    …ça y est, vous vous dites : « Il a encore oublié de prendre son traitement ! »

    Non, non, ça existe ! Et en plus, c’est de la chanson à texte !

    Lisez ça !


    1. Chanson à texte, chanson a-texte !

    Avec un « a » privatif !
    Il y a des chansons qui littéralement, ne disent rien !
    Pas de message, pas d’histoire, pas même de mots construits.
    Rien que du rythme vocal, des onomatopées, des soupirs, des syllabes sans queue ni tête…
    Et pourtant : ça envoie du pâté !

    En voici trois exemples, bien différents :

    « La Compapade » de Jacques Dutronc

    Voilà une chanson qui sent la fin de répétition « fatiguée » !
    Au rythme de son sifflet colonialiste, Dutronc fait un faux chant traditionnel africain, drôle, décalé, et plein d’autodérision.
    Bref, c’est du pur Dutronc : classe, moqueur, et malgré tout élégant.

    « Yapad Papa » de Claude Nougaro

    Là non plus, pas de paroles, juste un délire rythmique scandé, syncopé, bourré d’humour et de jazz.
    Nougaro transforme la voix en percussion, en instrument à part entière… avec une chute inattendue à la fin !
    Je vous propose de découvrir cette chouette réinterprétation par les mouettes.

    « Iberaim » (Mojo Waka – Tribal Trance Mix) de Antoine Tomé

    Ici, c’est le corps qui parle dans une approche poétique, où la voix se transforme en incantation tribale, hypnotique.
    Antoine Tomé nous ravit depuis toujours avec ses chansons atypiques et ses mots-instruments.
    Moi j’adore !

    Bon, vous avez vu ? Dans cette première catégorie de chansons, les mots cèdent leur place aux sons.
    Et cela n’exclut pas forcément le sens !
    Mais il existe d’autres façons de s’affranchir des paroles !


    2. Remplacer le texte par un clin d’œil

    Quittons le « zéro parole ».
    Certaines chansons contiennent bien du texte, mais s’appuient sur… rien !
    Là, on mise sur l’ironie, l’absurde ou l’autodérision.
    Et ça donne des chansons qui font rire ou réfléchir avec trois mots, un gimmick, une tournure de phrase.

    Voici quatre exemples

    « Les Élucubrations » d’Antoine

    Il ne s’est pas fatigué, Antoine, avec ses blagues de potache aux cheveux longs, avec des rimes approximatives…
    et ça donne un texte engagé (mais si!), volontairement creux, révélateur de la volonté d’émancipation des jeunes dans la société guindée des années 60.

    Au final, un vrai discours protestataire.

    Oh Yeah !

    « Vermifuge Lune » de Nougaro

    J’ai eu le privilège de croiser le chemin de Nougaro, et il disait avec malice en parlant de « Vermifuge Lune » : « Cette chanson est vraiment con ».

    Voici l’histoire : après un concert, ses musiciens et lui regagnaient l’hôtel, passablement éméchés, car comme le disait Claude : « Je connais l’alcool ».
    Ils n’étaient pas les seuls à être bien allumés : sur le chemin de l’hôtel, la pleine lune éclairait le pavé. Nougaro s’est alors souvenu de la vieille publicité pour le vermifuge « Lune ».

    Et il s’est mis à chanter, en mode « poivrot », le refrain, dans une style « alcolo-jazz ».
    Au retour, il en a écrit les paroles.

    Ceux qui ont eu des enfants savent que les vers intestinaux se développent à la pleine lune (d’où le nom du produit), tout comme les vers du poète, que Nougaro nous offre en guise de sirop enfantin…
    C’est sublime et magnifique, comme l’était Claude.

    Bref, Nougaro est un menteur : cette chanson est tout sauf con !

    « Wo I Nee » de Évariste

    Allez, on revient à des élucubrations :
    Evariste (qui est par la suite devenu un scientifique réputé) pond un ovni pop-scientifique où les paroles ressemblent à un cri préhistorique… ou à une équation dadaïste !
    Un peu gadget, mais moi je trouve ça rigolo.

    « Ho ! Hé ! Hein ? Bon ! » de Nino Ferrer

    Nino Ferrer perd tout dans cette chanson, y compris son sang-froid… et ses mots !

    Mais pas son groove ni son humour, qui comme toujours sont bien là !

    Pour en savoir plus sur les onomatopées en chanson, je vous invite à lire cet article :
    « Les mots disent ce qu’ils veulent dire »

    Dans cette seconde catégorie de chansons, la rareté du mot devient un ressort comique ou critique. Ces chansons sont des clins d’œil au public, des apartés complices.


    3. La chanson répétitive

    Enfin, il existe des chansons qui contiennent très peu de paroles, mais qui les répètent en boucle jusqu’à ce qu’elles prennent une force quasi mystique.

    L’exemple le plus connu est bien sûr « Here’s To You », mais il y en a d’autres !

    « Here’s To You » (Joan Baez)

    Ces simples phrases, répétées avec obstination, matérialisent la détermination du propos, tout simplement. On pourrait même dire que le sens finit par dépasser le texte.
    Un demi-siècle plus tard, la chanson n’a pas pris une ride. La mélodie de Ennio Morricone, magnifique et poignante, n’y est pas pour rien.

    En français, on en a aussi, non mais !

    « Je t’aime moi non plus » (Serge Gainsbourg)

    Fidèle à son image, Gainsbourg produit un texte minimal, charnel, presque murmuré, dont la répétition crée la tension.

    « Rock City » (Bernard Lavilliers)

    Cette fois, c’est plus speed !
    On est littéralement ligoté et malmené par ce refrain obsédant, qui renforce le côté hypnotique, narcotinoïde, du texte.

    Ces chansons montrent que la répétition peut donner du poids aux mots. Le texte devient une sorte d’incantation.


    4. Et des chansons sans musique ?

    Ah, mais là on est totalement hors-sujet !
    Eh bien tant pis ! Je ne résiste pas à la tentation de vous présenter deux chansons où la musique disparait totalement.

    « Louxor, J’adore » de Philippe Katerine

    Oui, oui, je sais, celle-là, vous la connaissez par cœur !

    Ce n’est pas une raison pour se priver de cette chronique sociale sur le dancefloor !

    Et en plus, j’adoooore !

    « Le silence » (Stella)

    Ah, celle-là, par contre, vous ne la connaissiez pas, hein ?

    On la doit à Stella Vander, (fille de Maurice et sœur de Christian).

    Un texte paradoxal pour cette anti-pop autoprotestataire au caractère bien trempé !

    J’adoooore autant que Louxoooor !


    5. Un art délicat… à manier avec parcimonie

    Bon, voilà le moment de la déception : faire une chanson sans paroles, ou avec très peu de texte, eh bien… heu…
    Vous êtes prêts ?
    Bon.
    Eh bien ça n’est pas plus facile que d’en écrire une bien remplie.
    Non. Au contraire.
    Cela exige :

    • Un sens aigu du rythme,
    • Une forte musicalité,
    • Une capacité à surprendre.
    • Un vrai contenu
    • Et surtout, une intention

    Et ce n’est pas tout !

    Car non seulement c’est un exercice de style, mais c’est forcément un “one shot”, qui sera le petit piment dans un répertoire.

    En bref, on ne pourra pas en faire sa marque de fabrique (sauf à passer pour un escroc).

    Cela dit… certains auteurs bavards et insipides gagneraient peut-être à tenter l’expérience 😄 .


    6. A vous de jouer !

    Eh bien voici le moment où le crayon se taille !
    Parce que je vous propose d’écrire une chanson sans texte.
    Et comme il est dur de ne rien faire, je vous propose deux options.

    Variante A :

    Vous inventez une ligne mélodique de 8 mesures avec uniquement des onomatopées, des syllabes inventées ou des sons percussifs (ex : “bam-bada boum”).

    Variante B :

    Vous composez un couplet de 2 phrases maximum, à répéter et mettre en musique. Jouez sur l’intonation, le groove, le silence, les effets de surprise.

    🎧 Une astuce (je dis ça, je dis rien) : enregistrez-vous ! Si on comprend l’émotion sans comprendre les mots… vous êtes sur la bonne voie !

    N’oubliez pas de partager votre création en commentaire, et/ou de la poster sur le groupe Auteurs-Compositeurs-Interprètes Académie de la Chanson https://www.facebook.com/groups/academiedelachanson .
    On y écoute avec les oreilles… et avec le sourire.


    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.


    En conclusion

    « C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule… ».

    Vous vous souvenez de ce film de Jacques Besnard ? Eh bien pour nous c’est l’inverse !
    Une chanson sans paroles doit nous dire quelque chose ! Et pas n’importe quoi !

    On dit souvent qu’en société, pour avoir l’air intelligent, il suffit de se taire.
    Mais pas en chanson ! Se taire oui, mais intelligemment !

    Je vous jure, on n’a pas des vies faciles !

    Bonne non-écriture, et

    Vive la Chanson !

  • La ponctuation en chanson : comment coder un texte de chanson

    La ponctuation en chanson : comment coder un texte de chanson

    Vous avez déjà vu comment c’est écrit, une chanson ? Ou pire encore, un manuscrit ? Il y a des trucs soulignés, des mots avec des voyelles qui se répètent trois fois, des tirets au milieu des mots… bref, on n’y comprend rien !
    Peuvent pas écrire comme nous, les auteurs ?
    Ben non : c’est plutôt nous qui devons apprendre à écrire comme eux !

    Allez, je vous donne les règles simples qui vont transformer votre écriture standard en véritable partition de mots.


    La chanson : une écriture spécifique

    En guise d’introduction, un bref retour sur les 3 types de langue, et les 3 types d’écriture.

    1. La littérature (c’est pas nous)

    C’est de la pure langue écrite : si la ponctuation standard est bien là, aucun signe de prononciation n’y a sa place.

    2. La poésie (toujours pas nous !)

    Elle est destinée à être dite à l’oral. Mais comme elle respecte des codes de prononciation très précis (pour les « e muets » notamment, mais aussi pour la diérèse dont je parle plus loin) il n’y a pas besoin de notifier la diction, à part quelques exceptions comme le fameux  « encor » qui perd son « e » final à l’écrit. Donc jusque-là, tout va bien !

    3. La chanson (c’est nous !)

    La chanson enfin, c’est de la langue parlée. Et là, ça se corse !
    On va appliquer les règles tacites de l’usage courant en lieu et place de s règles de la poésie classique.
    Mais ce n’est pas tout : on va en plus combiner cela aux contraintes de la musique.
    Comme les règles de cet art vivant sont fluctuantes, il va falloir baliser un peu tout ça !

    Pour tout savoir…

    Mais revenons à ce qui nous intéresse aujourd’hui :


    Les 4 codes à connaître

    1. La ponctuation standard

    Là, c’est simple : virgule, point, point-virgule…
    Dans notre texte, tout cela disparaît !
    Contrairement à la poésie, où c’est la ponctuation qui dicte le rythme, la diction, et le sens, en chanson, c’est la musique qui fait ce travail.
    Et la ponctuation « standard » n’aurait d’autre effet que de brouiller les pistes, puisqu’on la voit mais on ne l’entend pas.
    Exit donc !

    2. L’élision et son apostrophe

    Ça, c’est le code principal.
    Pour faire court, une élision c’est quand on fait sauter un « e muet ».

    Soit entre deux mots : « comm’ça » (2 syllabes) au lieu de « commE-ça » (3 syllabes)
    Soit à l’intérieur d’un mot : « douc’ment » (2 syllabes) au lieu de « doucEment » (3 syllabes).
    Comme dans « Le Bagad de Lann Bihoué » de Alain Souchon. à 1:00.

    A l’écrit, vous l’avez déjà compris, on remplace la syllabe escamotée par une apostrophe.
    Autrement dit, on écrit de façon phonétique.
    Et n’allez pas croire comme vous le diront certains que c’est une pratique désuète. Non : tous les auteurs font comm’ça : c’est la seule façon « musicale » d’écrire !
    Pour tout savoir sur le « e muet », je vous invite à aller lire ici l’article consacré à ce sujet : https://academiedelachanson.fr/e-muet-en-chanson/

    3. La diérèse et la synérèse

    Kézako, me direz-vous avec à-propos.
    Question pertinente, vous rétorquerai-je aussi sec !
    Voici la réponse :

    La diérèse

    La diérèse, c’est quand on dédouble un groupe vocalique en deux syllabes.
    Un exemple ?
    La poésie classique en est (hélas) truffée : de Verlaine avec « les sanglots longs des vi-olons » à Baudelaire « en se réfugi-ant dans l’opi-um immense », on a droit par défaut à cette figure un peu lourde.
    D’une façon plus rigolote, le géni-al Ray Ventura l’utilise dans « A la mi-août ». J’adore !

    Petit clin d’oeil à ma maman qui la chantait tout le temps ! ❤️

    Et à l’écrit, alors ?
    En chanson, on marque la di-érèse par un tiret. Pas de tiret, pas de diérèse !

    La synérèse

    On s’en doutait un peu, mais la synérèse, c’est l’inverse : c’est quand on prononce deux voyelles contiguës d’un même mot en une seule syllabe.

    France Gall nous en offre deux d’un coup dans « Il jouait du piano debout » à 0 :46

    Le mot « Jou-ait » (qui compte normalement 2 syllabes) est dit d’un trait (1 syllabe).
    Et le mot « pi-a-no » (qui compte normalement 3 syllabes) prononcé « pia-no » (2 syllabes).
    S’il n’existe pas de marquage officiel pour la synérèse, beaucoup d’auteurs utilisent comme je le fais moi-même le signe musical de liaison : « il jou͜ait du pi͜ano debout ».

    On peut même utiliser ce signe entre deux mots :
    « Le chat qui͜ est à côté » (synérèse en 6 syllabes)
    ne sonnera pas comme « Le chat qu’est à côté » (élision en 6 syllabes)
    ni comme « Le chat qui est à côté » (prononciation classique en 7 syllabes)

    4. La syllabe tenue

    Qui peut oublier l’acouphénoménal « je t’aime » de Lara Fabian (qui nous laisse quand même 1:54 pour nous mettre aux abris).
    Elle y tient son mythique « aime » durant plusieurs secondes, et sur deux notes. Les plus courageux d’entre vous peuvent aller vérifier, mais ne venez pas vous plaindre après !

    A l’écrit (ouf!) comment transcrire ce refrain pour faire ressortir cet effet, et savoir le relire ensuite ?


    Pour marquer simplement la durée, deux codes sont possibles :
    – Multiplier la dernière voyelle : « Je t’aiiiiime »
    – Mettre un tiret long : « Je t’ai  ̶  me »

    Et pour marquer les deux notes distinctes du « ai » on combine les deux codes : « Je t’ai-aime ».

    La règle du jeu

    1. Pour une déclaration SACEM 

    Les paroles doivent être déclarées à la SACEM « dans leur forme intégrale ».
    Le texte déposé doit donc refléter fidèlement la version chantée, car c’est cette version qui sera protégée et laquelle seront calculés les droits et réparties les redevances.
    Dans les faits, si la ponctuation « standard » disparait, seules les élisions, (donc les apostrophes) seront reportées telles que vous les écrivez pour l’interprétation ou la partition finale.


    2. Pour collaborer avec des musiciens

    Entre pairs, il convient de parler le même langage et de faire preuve d’un maximum de clarté. Et là, c’est le bon sens qui est la règle :
    Pour un interprète, un choriste ou un compositeur, vous vous devez de fournir un maximum de précisons. Le texte codé s’impose.
    Pour un metteur en scène ou un technicien, donnez une version simple, sans aucun codage qui lui compliquerait la tâche.


    3. Pour le livret du CD

    Là, c’est simple !
    L’auditeur final n’est pas un spécialiste, et il n’a pas vocation à décrypter vos notes techniques !
    On adopte donc, par respect pour lui, une écriture plus « lisible », en version orthographique standard avec ponctuation, même si elle est moins fidèle au rendu vocal.
    A la marge, on peut éventuellement conserver les apostrophes pour les élisions si cela aide à restituer la version chantée.

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion :

    Écrire une chanson, c’est plus qu’écrire un simple texte : c’est jongler entre sens, sonorité et structure.
    Au moment de coder tout cela, on n’est pas encore dans la partition musicale, mais on s’en rapproche. Et ces petits codes sont là pour servir la musique, alléger la lecture, et surtout clarifier l’intention.
    Vous avez désormais tous les repères pour coder au mieux votre texte selon celui à qui il est destiné.

    Codons, décodons, et

    Viv’ la chansooon !

  • LA MALEDICTION DU E MUET

    LA MALEDICTION DU E MUET

    S’il est un muet qui fait parler, c’est bien lui :

    Oui ! En français, il y a un minuscule son, discret, insignifiant… et qui, pourtant, fait toute la différence quand on écrit ou chante une chanson.
    Ce son, c’est le fameux « e » muet.
    Indétectable pour une oreille distraite de l’auditeur insouciant, souvent ignoré de l’auteur approximatif, il est pourtant crucial pour le sens, pour la musique… et pour l’élégance du texte.

    Alors, comment le traiter quand on écrit une chanson en français ?
    Faut-il adopter les méthodes de la DZ-Mafia, pour :
    – le faire chanter ?
    – le faire taire ?
    – le supprimer ?
    Je vais tout vous dire !


    Le « e » muet, c’est quoi ?

    Le « e » muet, c’est ce « e » qu’on retrouve à la fin des mots comme :
    femme
    petite
    Colline
    repose
    …et d’autres…
    heu je veux dire le MOT « autres »

    À l’oral, on ne le prononce que rarement.

    Par exemple, dans la phrase « une petite fille chante », on dira souvent :
    « un’ petit’ fill’ chante » et non pas :
    « UnE petitE fillE chantE »
    .
    Evident, non ?

    Mais attention : c’est en poésie et en chanson que ce petit « e » va se faire remarquer !.


    En poésie : ça ne rigole pas !

    Nos amis les poètes ne sont pas aussi détendus qu’ils en ont l’air : parce qu’en poésie classique, la règle est stricte :

    Le « e » muet est prononcé si :

    – Il est suivi d’une consonne.
    Comme dans :
    « La petite fille s’endort » qui se dit :
    « La petitE fillE s’endort » → 8 syllabes
    (le « e » de « petite » compte, il est suivi du « f » de « fille », une consonne
    et le « e » de « fille » compte, suivie du « s » de « s’endort », une consonne)

    Le « e » muet compte pour du beurre si :

    – Il est dans un de ces 2 cas :

    –  S’il est suivi d’une voyelle
    Comme dans :
    « La petite amie »
    qui se dit : « La petit’amie→ 5 syllabes
    (le « e » de « petite » ne compte pas : suivi d’une voyelle)
    S’il est à la fin du vers (ou avant un signe de ponctuation)
    Comme dans :
    « Je vais sur la colline. » qui se dit
    « Je vais sur la collin’ » → 6 syllabes
    (le « e » final de « colline » ne compte pas, car il est en fin de vers)

    Pour faire simple :

    Faisons confiance à notre langue orale : elle est en phase avec la poésie classique !


    En chanson : la fête au village !

    Bon, finalement, la gestion du « e muet » n’est pas si compliquée en poésie.
    Mais qu’en est-il en chanson ?
    Eh bien c’est encore plus simple !

    Parce que en gros, on fait comme on veut !
    Youpi, c’est la fête au village, alors ?
    Heu eh bien pas tout à fait ! Certes, tout est admis, mais cette liberté impose une responsabilité qui fait la différence entre une bonne et une mauvaise chanson.

    Cette différence, c’est la musicalité !

    Allez, je vous détaille ça !

    Le choix de la musicalité

    Le choix de chanter ou non un « e » muet dépend de plusieurs facteurs.
    Et pour cela, il ne faut pas oublier que la chanson, c’est de la langue parlée.

    Au milieu du vers : chanter ou non ?

    La plupart du temps, tout comme dans la vraie vie, on ne prononcera pas les « e muets » au milieu du vers, surtout s’ils ralentissent la ligne mélodique.
    Mais au besoin, pour maintenir le rythme ou la métrique, on peut le chanter, surtout s’il tombe sur un temps faible.
    Pratique non ?


    En fin de vers : attention !

    En fin de vers, le « e muet » est généralement élidé (vous avez vu, on apprend plein de mots, ici !). Bon en clair on ne le chante pas.
    Oui, mais : si la musique le réclame — par exemple pour prolonger une note — on peut choisir de le chanter comme une voyelle pure (« eu »), à condition de le faire avec goût.

    Un bon exemple ? Francis Cabrel, qui magnifie l’élégance de son écriture en passant de façon fluide les « e muets » de « Je l’aime à mourir » à 0:48.

    On a beau dire, l’accent du sud-ouest, ça aide !

    🎙️ En résumé :
    on
    chante le « e » muet si ça sert le rythme ou la mélodie, sinon on l’escamote.
    Et puis on n’en met pas trop quand même, hein ? C’est quand même un poil connoté vieillot !

    Pour tricher, c’est bien pratique !

    C’est vrai !
    Pas mal d’auteurs compositeurs interprètes utilisent le « e muet » comme variable d’ajustement pour faire « rentrer » leur texte dans la musique.
    Hou ! Les vilains tricheurs !

    Reprenons notre petite fille du début, vous savez, celle qui chante :
    « Une petite fille chante »

    Si l’on enlève tous les « e muets », ça donne
    « un’ petit’ fill’ chant’ » donc 5 pieds.

    Si on les garde tous (y compris les dernier), ça fait
    « UnE petitE FillE ChantE » soient 9 pieds !

    Et puis il y a toutes les formules intermédiaires !

    A 6 pieds, on a 4 nouvelles possibilités :
    1) « UnE petit’ fill’ Chant’ », ou
    2) « Un’ petitE fill’ chant’ », ou
    3) « Un’ petit’ fillE chant’ », ou
    4) « Un’ petit’ fill’ chantE »

    Je ne vais pas toutes vous les faire (amusez-vous à les chercher), mais entre les, 5, 6, 7, 8 et 9 pieds, selon où l’on prononce ou pas le « e muet », on obtient rien moins que 18 combinaisons différentes !

    Alors, Grosse triche ?
    Eh bien pas tant que cela !

    Pour appuyer les temps forts, c’est royal !

    Parlons un peu d’accents !

    Contrairement à ce que pensent pas mal de gens, la langue française a bien un accent tonique. Moins appuyé que dans d’autres contrées, mais bien présent quand même.

    La musique aussi a des accents : chaque mélodie, chaque phrase musicale s’appuie sur certaines notes fondamentales, quand d’autres sont plus transitoires.

    Tout le talent de l’auteur sera de faire coïncider les appuis des mots avec ceux des notes.

    Un exemple ?
    Toujours notre petite fille, vous savez, celle qui chante !

    Prenez une chanson classique dont le texte est à 6 pieds, par exemple :
    « Que serais-je sans toi » de Jean Ferrat. Très linéaire, n’est-ce pas, et pourtant…
    Mettez dessus les paroles de « la petite fille », et vous verrez que l’une des quatre formules « fonctionne » là où les autres patouillent péniblement.

    Essayez la même chose avec la musique de « L’internationale », elle aussi en 6 pieds, et le résultat sera totalement différent !

    C’est tout l’art de l’auteur que de savoir faire coller ainsi le texte avec la musique.
    Et c’est pour ça qu’on est là !


    A vous de jouer

    Inventez une phrase qui comporte plusieurs « e muets »

    Amusez-vous à trouver toutes les « formules rythmiques » qu’on peut faire avec cette phrase en jouant avec les « e muets ».

    Ecrivez-les phonétiquement, c’est-à-dire en écrivant « E » majuscule si le « e » est prononcé, et une apostrophe s’il est élidé.

    Pour la petite histoire, c’est comme cela qu’on écrit un texte chanson pour qu’il soit lisible.

    Testez ces formules à l’oral.
    Avez-vous vu et entendu toute la richesse de votre phrase ?
    Eh bien vous voilà devenu un maître du « e muet » !
    Mettez-nous donc votre phrase en commentaire pour qu’on puisse en profiter !

    Le « EUH ? » muet

    Avant de vous quitter, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer quelques « Eeeuuh ? » qui auraient mieux fait de rester muets !
    C’est pas beau de se moquer, mais tant pis !

    On commence avec Claudio CAPEO qui dans « Riche » nous gratifie à 0:58 d’un splendide « mon fils-EUH »

    Quand il y a un « e » à « fils », on dit « une fille »

    On continue avec Indochine dans « J’ai demandé à la lune » avec à 1:27 le mythique « Et toi et moi, on était tellement sûrs-EUH »

    Tu as demandé à la lune, mais elle s’est bien moquéE de toi…

    Et pour finir, l’ineffable GIMS qui dès la quinzième seconde nous balance deux « EUH » de compétition dans « Sois pas timide » :
    « sur le côté VIP-EUH »
    suivi de « que des dix sur dix-EUH »

    Maître GIMS, mais pas maître d’école ! Ouf !

    J’en reste muet !
    Comme quoi, même à l’oral, l’illettrisme ça s’entend !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Finalement, il n’est pas si terrible, ce « E muet » !
    Il faut simplement savoir l’apprivoiser un peu, et utiliser ses qualités plutôt que de se laisser passivement emmener par lui !
    C’est un peu comme faire du cheval : On peut se faire désarçonner ou aller jusqu’au bout du monde !

    Alors, tous en selle, et

    Vive la Chanson !


  • Le cerveau et le refrain : pourquoi on retient une chanson

    Le cerveau et le refrain : pourquoi on retient une chanson

    Il y a des chansons qu’on oublie à peine entendues.
    D’autres nous collent à la mémoire comme le sparadrap du capitaine Haddock.
    Pourquoi ce refrain-là, et pas tel autre ?
    Pourquoi se surprend-on à chantonner « Alors on danse » ou « C’est moi le maître du jeu » sans même y penser, même si on a déjà oublié les couplets ?

    Aujourd’hui, je vous propose une plongée légère mais sérieuse dans la tête de votre auditeur.

    Ou plutôt… dans son oreille interne, son cortex auditif, son hippocampe, et tout ce joyeux petit monde qui transforme une suite de mots et de sons en tube intersidéral.

    Parés à l’embarquement ?


    🧠 Le cerveau adore les refrains… Heu… pas tous !

    Il faut bien l’avouer : notre cerveau est un organe un peu paresseux : il aime ce qui est prévisible, structuré, répétitif.
    Mais attention, il est un peu capricieux : il déteste s’ennuyer. Il veut être surpris juste ce qu’il faut.

    Eh bien ça, c’est exactement le boulot du refrain dans une chanson :

    • Il revient (répétition)
    • Il contraste avec le couplet (surprise)
    • Il rassemble (c’est là que tout le monde chante)
    • Et surtout, il s’imprime dans la mémoire

    C’est pour cela que nous, pauvres Auteurs et Compositeurs devons soigner la forme, autant que le fond.


    🎵 Une mélodie simple et cohérente

    La première règle pour un refrain qui « colle aux oreilles » c’est une ligne mélodique rapide à mémoriser.

    Des exemples ?

    « Je veux » de Zaz (Zazie à la coécriture) : une montée en gamme quasi enfantine, claire comme une comptine.

    « Alors on danse » de Stromae : une ligne presque parlée, répétitive, hypnotique.
    oupements, des « blocs » que notre cerveau retiendra mieux. Une mélodie courte, bien découpée, qui s’appuie sur des motifs réguliers (et parfois répétitifs), est plus facile à retenir.

    « J’ai demandé à la lune » d’Indochine (et Mickey 3D) : dans une forme « couplet-refrain » une scansion douce, aérienne, qui repose sur un motif très simple. (on appréciera au passage le : « toi et moi, on était tellement Sû-ûrE »).

    C’est ce que les neuroscientifiques appellent le CHUNKING : créer des regroupements, des « blocs » que notre cerveau retiendra mieux.
    Appliqué à la musique, ça donne une mélodie courte, bien découpée, qui s’appuie sur des motifs réguliers et parfois répétitifs.
    C’est plus facile à retenir pour notre cerveau délicat.


    🔁 Répétition… avec modération

    Oui, il faut répéter. Je vous le répète tout le temps.
    Mais pas n’importe quoi !

    Un bon refrain fait deux choses :
    1) Il répète souvent un mot-clé, ou une formule percutante (« Résiste », « Je te promets », « Formidable »…)

    2) Il varie parfois subtilement à d’une reprise à l’autre (ajout d’un mot, modification de la dernière ligne, modulation musicale…)

    Mais faisons preuve de modération :
    Ben oui : trop de répétition tue l’effet…
    …oui mais trop peu, et la mémoire fait défaut. !
    On n’a pas des vies faciles, je vous le dis !


    💬 Des mots qui sonnent

    Le choix lexical du refrain est crucial. Non pas pour faire le malin, mais pour chanter de façon naturelle.
    De nombreux auteurs amateurs veulent impressionner en utilisant un vocabulaire alambiqué.
    Mais ils font fausse route !

    Les mots efficaces sont :

    • Simples : pitié ! Pas de tournure tarabiscotée.
    • Chargés d’émotion : l’émotion fixe les mots dans la mémoire.
    • Sonores : les voyelles ouvertes (a, o, é) chantent mieux que les syllabes ternes ou « encombrées ».

    🎯 Exemple imparable : dans « Femme Like U », K-Maro répète simplement « Donne-moi ton corps, baby, ton corps… ». Oui, oui, je sais, c’est basique (m’en fous, moi j’adore !).
    Mais ça rentre… et ne ressort plus !


    🧩 Une structure limpide

    On ne retient bien que ce qu’on comprend bien.

    Un refrain clair, c’est :

    • Un début repérable (souvent précédé d’un pré-refrain)
    • Un nombre de mesures constant
    • Une rime attendue, bien calée
    • Un rythme régulier, qui permet de taper dans les mains, hocher la tête, ou chanter en chœur

    Les tubes anglo-saxons suivent souvent la structure Couplet – Refrain – Couplet – Refrain – Pont – Refrain final.
    Comme Ed Sheeran dans « Perfect » (Mouais, « perfect » faut le dire vite, perso je trouve ça pas terrible mais bon, ça fonctionne).

    Nous, bons français, nous nous autorisons une plus grande liberté… mais gare au flou !
    Un refrain trop long, trop changeant ou mal positionné glissera sur les mémoires comme une gouttelette de rosée sur une flaque de gazole.


    🤔 L’intention émotionnelle

    Un bon refrain, c’est aussi une émotion forte portée par un propos clair.

    C’est lui qui porte l’idée générale de la chanson, mais pas que ! Il doit :

    • Exprimer un sentiment universel (amour, regret, colère, liberté…)
    • Le faire de façon personnelle et singulière
    • Et mettre en mots ce que beaucoup ressentent sans savoir comment le dire

    Prenons :« Dégage » de notre Johnny national quoi qu’ultramarin : un seul verbe, une simple vérité, une mélodie saisissante.

    « Je suis malade » de Serge Lama : le refrain, théâtral et dramatique, est un cri, un uppercut.


    📌 À vous de jouer

    ✍️ Allez, assez de théorie : On prend 10 minutes pour un petit exercice…
    …qui sera peut-être, sinon un tube, du moins une révélation !

    1. Choisissez un thème qui vous inspire une émotion forte : la joie, la peur, la colère, le désir, la nostalgie…
    2. Dites à voix haute une phrase simple (voire même un simple mot) qui exprime cette émotion (ex. : « Tu vas voir », « C’est trop tard », « Dis-moi encore »…) sous forme de gimmick, presque comme un cri.
    3. Trouvez une petite ligne mélodique autour de ce gimmick, sur 2 ou 3 phrases, en chantant à voix haute.
    4. Répétez, ajustez, testez ! Et choisissez toujours l’option la plus simple et la plus directe.!

    💡 Quoi ? Vous tenez le refrain de votre prochain tube ? J’en étais sûr !
    Mettez-nous donc ça en commentaire !


    Avant de se quitter

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    ✨ En conclusion

    Sacré cerveau ! Il ne retient que ce qu’il peut chanter, ressentir et structurer dès la première écoute ! Et nous, simples Auteurs-Compositeurs-Interprètes, ne devons pas l’oublier quand nous créons un refrain !
    Le refrain, ça n’est pas un « machin », c’est le cœur battant de la chanson.
    C’est lui qu’on emporte avec soi, qu’on fredonne sous la douche, qu’on reprend en concert…
    Alors il faut le soigner un peu ! Il le mérite, et notre public aussi !

    Vivent les refrains inoubliables, et

    Vive la Chanson !