Catégorie : Chanson et Société

  • Les chansons nulles : Pourquoi ça fonctionne ?

    Les chansons nulles : Pourquoi ça fonctionne ?

    Dès qu’on allume la radio, c’est une évidence : Il y a beaucoup de chansons nulles ! C’est bizarre, et un peu inquiétant. A quoi bon travailler ses chansons ?
    Pas de panique, je vous dis tout !

    WTF (quel est le problème) ?

    Comment vous le dire sans vous vexer ?
    Heu… voilà : en fait oui : hum… et si problème, c’était… vous ?

    Mais contrairement aux apparences, c’est plutôt une bonne nouvelle !
    Eh oui, lisez donc la suite…
    …mais d’abord, un conseil pour vos tympans : sortez couverts ! 😉

    Qui sont les nuls ?

    Vous l’avez sans doute remarqué : il faut de tout pour faire un monde. Et de fait, il y a de tout : des hommes, des femmes, des grands des petits, des noirs, des blancs…
    Et les différences ne sont pas que physiques, elles peuvent être sociales, idéologiques, culturelles, religieuses… et même intellectuelles !

    Ceux que vous trouvez mauvais s’adressent en fait à une catégorie socio-culturelle qui ne vous correspond pas, et plus encore : que vous ne comprenez pas !

    Leur public, dont vous ne faites pas partie, n’est pas non plus le vôtre.
    Et ça, c’est une sacrée bonne nouvelle !

    On est toujours le nul de quelqu’un

    Bien peu d’artistes trouvent grâce à vos yeux, et cette fois, double bonne nouvelle !

    Bonne nouvelle n°1 : Cela montre d’une part que vous avez un niveau d’exigence élevé, puisque vous ne vous satisfaites pas de ce que vous entendez.

    Bonne nouvelle n°2 : Cela indique d’autre part que votre style n’est pas représenté.
    Et c’est tant mieux ! Car vous êtes là pour ça !

    Car vous n’êtes pas le seul à trouver qu’il y a un manque : sur 8 milliards d’individus que compte notre bonne vieille Terre🌎, il s’en trouve forcément quelques millions qui vont adorer ce que vous faites
    et tout autant pour vous trouver nul !

    Soyez le nul de quelqu’un d’autre

    Ne cherchez pas à entrer dans un moule qui ne vous correspond pas :
    Assumez votre différence, et surtout : soyez le nul de quelqu’un d’autre !

    Ceux qui ne vous comprendront pas seront légion, sans doute bien plus nombreux que vos fans… 

    Et alors ? Personne n’a vocation à être aimé de tous, ce n’est pas un problème !

    Ce qui compte, c’est de vous exprimer à votre façon, et de trouver votre public.

    Comme le disait Georges Courteline (1858-1929), inventeur du conomètre-idiomètre :
    « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet »

    Soyez donc le nul de tous ceux qui ne comprendront pas vos œuvres !

    Qui sont les vrais nuls ?

    Mais alors, les vrais nuls, ça n’existe pas finalement ?
    Bien sûr que si ! Dans la chanson, on en trouve principalement deux catégories :

    Catégorie 1 : Les fils/filles à papa/maman. Je n’aurai pas la cruauté de citer des noms, mais il y en a !

    Amusez-vous à regarder sur Wikipedia le pedigree des artistes connus. Un bon nombre d’entre eux sont des « enfants de », avec nom à particule, grande fortune et carnet d’adresse high ticket.
    Quelques atouts qui remplacent parfois avantageusement (et provisoirement) le talent.

    Catégorie 2 : Ceux qui ne font rien.

    Cette seconde catégorie est nulle par absence de production :
    Ce sont ceux qui par peur, par découragement, par paresse ou par arrogance, ont jeté l’éponge.

    Mais vous n’êtes pas de ceux-là, puisque vous êtes ici !

    Tracez votre route

    Par bonheur, il y a aussi de nombreux artistes qui par leur talent, leur originalité, leur persévérance, leur sincérité, ont réussi à faire carrière.
    Tous ne sont pas forcément devenus de grandes stars, mais beaucoup ont su conquérir un public fidèle qui leur permet de vivre de leur art.
    Alors accrochez-vous, travaillez, suivez nos conseils, centrez-vous sur l’essentiel, restez modeste et positif ! 💪

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    Conclusion

    La chanson est une activité humaine comme les autres : on y trouve autant de personnes qui nous déplaisent que partout ailleurs.

    La différence est sans doute que dans cette activité où chacun s’expose, elles sont plus visibles et plus assumées !

    Cela ne doit pas vous déstabiliser : si vous y croyez, vous ferez votre place dans ce milieu qui reste malgré tout un des plus bienveillants qui soient !

    Et rassurez-vous : il y aura toujours quelqu’un pour vous trouver nul !
    Comme le chantait le regretté Gilbert Bécaud « Faut faire avec ».

    Soyez vous-même, nul ou pas, mais avec votre style, et

    Vive la Chanson !

  • Les flammes 2024

    Les flammes 2024

    J’ai essayé pourtant…

    Aaaah…. Il y a des gens qu’on voudrait tellement aimer ! on essaie, on essaie…
    Et puis en fait non : ce n’est pas possible tant ils vous en dissuadent !
    Par un jeu d’arroseur arrosé, ce sont ceux-là même qui ensuite vous reprochent de ne pas les aimer.
    Tiens, à propos : cette nuit a eu lieu la cérémonie des flammes 2024 !

    Les flammes, qu’est-ce que c’est ?

    Les flammes, c’est l’équivalent des Victoires de la musique pour les musiques urbaines.
    Ah mais j’ai dû rater un truc : parce que il me semblait que justement les musiques urbaines avaient été très représentées aux Victoires, et très récompensées, non ?
    Ca donnait ceci :
    – Victoire de la Création audiovisuelle de l’année : Shay « Commando »
    – Victoire de l’Artiste masculin de l’année : Gazo
    – Victoire du Concert de l’année : Damso « QALF tour »
    – Victoire de la Révélation masculine de l’année : Yamê
    – Victoire de l’Artiste féminine de l’année : Aya Nakamura
    Soient 5 sacres sur les 7 gagnants !
    Curieux pour ceux qui se présentent comme des « oubliés ».
    Peut-être que les producteurs des « Flammes », Yard et Booska-P n’avaient pas regardé la télé ce soir-là? Nous en tout cas, on a regardé les « Flammes » !
    Et voilà ce que ça donne :

    L’époustouflante Aya Nakamura

    Tout de suite, on est saisi par l’époustouflant show d’ouverture de Aya Nakamura.
    Celle qui sera l’ambassadrice de la chanson française aux Jeux Olympiques n’a pas volé son statut !
    Je vous laisse juger : moi j’adore !

    Aya Nakamura grande star des Flammes 2024

    A ce moment-là, je me dis que ouah! les flammes portent bien leur nom !
    Ça ne va pas durer…

    Vous avez dit « ouverture » ?

    C’est là qu’arrive la douche froide : sur un mode passif-agressif, l’humoriste Wali Dia nous assène un discours d’ouverture en mode « tous pourris » digne des pires complotistes.
    Le problème c’est que ça n’a pas l’air d’être de l’humour.
    Aïe ! On sent que dans la salle s’installe déjà un certain malaise. Il durera toute la soirée.

    Les gagnants des flammes

    Vous l’avez compris, bien que les flammes s’autoproclament comme la cérémonie qui célèbre les « cultures populaires », de fait la chanson française, même populaire, en est exclue.
    Ne soyons pas rancuniers, et voyons les lauréats : on notera que les trois principaux, Aya Nakamura, Shay et Gazo, avaient déjà été sacrés aux Victoires de la musique
    Comme dit Thérèse dans « le Père Noël est une ordure » : « D’un sens, tant mieux! » 😉

    la grande gagnante : Aya Nakamura

    Celle qui ne cesse de nous étonner a raflé trois récompenses :
    – Flamme de l’album nouvelle pop
    – Flamme du rayonnement international de l’année
    – Flamme de l’artiste féminine
    Et franchement, on aime ou pas son goût discutable, mais c’est mérité !
    C’était d’ailleurs une des seules à nous parler d’amour au lieu de faire l’apologie de la haine, et c’est déjà un bon point dans cette sympathique soirée.

    Tous les gagnants

    Voici l’intégralité du classement :
    Flamme Spotify
     : Sincèrement de Hamza
    Artiste masculin : Gazo
    Artiste féminine : Aya Nakamura
    Album rap : Carré de Werenoi
    Album nouvelle pop : DNK d’Aya Nakamura
    Rayonnement international : Aya Nakamura
    Révélation féminine : Merveille
    Révélation masculine : Favé
    Clip : Commando de Shay
    Concert : SCH
    Performance rap : Freestyle LVL Up Vol. 1 de Ninho
    Featuring : Meridian de Dave & Tiakola
    Engagement social : Zamdane
    Morceau de musiques africaines ou d’inspiration africaine : Petit génie de Jungeli, Imen Es, Alonzo, Abou Debeing et Lossa
    Morceau caribéen ou d’inspiration caribéenne : Doliprane de Kalash
    Flamme éternelle : DJ Kore
    Morceau R’n’B : Dernier je t’aime de Josman & Monsieur Nov Compositeur : Boumidjal X

    Les autres prestations

    On commence par le retour de deux « anciens » :
    Fanny J pour deux chansons, et La fouine pour un medley plutôt réussi.

    La Fouine au Flammes 2024.

    Puis Alonzo nous interprète la délicate chanson : « Finis-les ».
    Tout un programme… que je vous épargnerai ici!
    Bon ben voilà. Super soirée, non ? 😁
    … ah mais… attendez voir !

    Une note d’humanité

    Et puis c’est la surprise : la bouleversante prestation du rappeur Médine.
    Celui qui est pourtant sous le feu de la controverse pour un tweet jugé antisémite nous a cette fois-ci saisis dans sa magnifique performance « Gaza Soccer Beach ».
    On a envie de les aimer je vous dis !

    Quand Medine fait (enfin!) preuve d’humanité : Gaza Soccer Beach

    En conclusion

    Il faut le dire et le répéter : Il y a du bon dans les musiques urbaines.
    Il faut le dire et le répéter aussi : Il y a des grosses daubes dans les musiques urbaines.
    Et il est un peu rapide de se dire exclu lorsque c’est le talent qui vous fait défaut.

    Cette soirée des Flammes ne restera pas dans les annales, ni en tant qu’évènement artistique, ni en tant que moment d’ouverture vers les autres cultures. Et c’est dommage, car, pour connaitre pas mal d’artistes « urbains », je sais que bien peu d’entre eux se reconnaissent dans les discours clivants que nous avons pu y entendre.
    Une belle occasion ratée par les organisateurs et la chaîne W9.

    Vive l’ouverture, et

    Vive la Chanson !

  • Composer des chansons avec l’IA c’est possible !?!

    Composer des chansons avec l’IA c’est possible !?!

    Ça y est : l’Intelligence Artificielle se met à composer des chansons ! Deux programmes I.A. gratuits sont à votre disposition. Que valent-ils ? Essai !

    Composer des chansons avec l’IA en 2026, c’est possible ?

    Dans les articles « Ecrire une chanson avec l’intelligence artificielle » et « Composer une chanson avec l’intelligence artificielle » (liens en fin d’article) qui restent d’actualité, j’avais testé la création de paroles et de musique par l’Intelligence Artificielle via ChatGPT.

    La question était déjà « Est-il possible de faire écrire et composer ses chansons par une Intelligence Artificielle ? » et la réponse avait été… pas encore ! Mais aujourd’hui ?

    Aujourd’hui, deux petits nouveaux débarquent dans l’univers de l’Intelligence Artificielle : Suno AI et Udio beta. Tous deux sont gratuits, spécifiquement dédiés à la musique, instrumentale ou chanson, et là franchement, c’est du sérieux.

    Suno est disponible depuis fin 2023.
    Udio est apparu en avril 2024, avec les mêmes ambitions.
    Dans cet article, nous allons laisser de côté ChatGPT, qui n’est plus dans la course

    Alors que valent-ils en terme de composition ? Essai obligatoire !

    La requête

    Pour écrire paroles et musique, j’ai proposé à nos trois intelligences une consigne simple :
    Écrire et composer une chanson en français dont le thème est : « la musique créée par intelligence artificielle ».

    La requête ci dessus s’appelle un prompt. C’est très facile : il suffit de l’écrire telle quelle et nos IA se débrouillent !

    Rédaction d’un prompt

    La promesse de Suno AI et Udio beta

    Suno AI et Udio beta sont tous deux capables de créer de la musique orchestrée et chantée, et il faut avouer que c’est un progrès majeur dans ce domaine.
    Ils peuvent donc écrire des paroles sur le thème de votre choix et les mettre en musique, ou simplement mettre en musique des paroles que vous leur fournissez.

    Le résultat est une chanson prête à l’emploi. Enfin presque !

    Pour chaque demande, Suno AI comme Udio beta vous proposeront deux versions de la chanson. Elles sont en général assez différentes l’une de l’autre, tant dans le style que dans l’orchestration.

    Les nouvelles IA écrivent et composent

    Une fois l’effet « Waouh ! » passé, penchons-nous objectivement sur le résultat.

    Je ne vous présenterai ici que le meilleur de ce que j’ai obtenu, mais les remarques s’appliquent à tout ce que j’ai pu expérimenter.

    La musique par Suno AI

    NB : Le détail et l’analyse des paroles proposées par nos deux AI se trouvent dans le premier volet de ce test : cliquez ici pour aller sur l’article.

    L’analyse

    Composition :

    Il y a quelques quelques envolées intéressantes, c’est vrai !
    Mais la mélodie est dépourvue de ligne directrice, sans intention.
    En clair, elle ne nous « emmène » nulle part.

    Orchestration et Arrangements :

    C’est ici qu’on a sans doute les meilleures surprises : des rythmiques sympathiques qui s’appuient sur des recettes qui fonctionnent. Mais là encore, malgré des variations et des relances, il n’y a aucune structure d’ensemble. L’ensemble est décousu.

    Interprétation :

    Il faut bien parler de l’interprétation, puisque dans Suno AI, une voix chante les paroles ! Et n’allez pas croire que ce sont des voix de robots : il s’agit de voix humaines très réalistes.
    Réalistes mais sans aucun intérêt. Ce qui dans notre cas n’est pas problématique puisque notre but n’est pas de faire chanter Suno à notre place, mais de lui demander de l’aide à la création.
    Non, ce qui est plus gênant est qu’il y a des fautes d’interprétation, notamment des fautes d’accent tonique, des « e muets » mal gérés, une diction problématique… y compris sur des paroles fournies par l’utilisateur. Ce qui signifie que Suno n’a pas su composer une mélodie compatible avec les paroles.

    Qualité du son :

    Ne vous fiez pas à la première écoute qui va sans doute vous bluffer. Une fois la surprise passée, nul besoin d’être ingénieur du son pour vite se rendre compte que le son est assez médiocre.
    Ecrasé, compressé, sans relief, voire même saturé par endroits, c’est vite désagréable à l’écoute.

    Exploitation possible :

    Voici ce qui nous intéresse vraiment : Souvent, Suno AI nous propose des départs vraiment intéressants :
    – Des débuts de refrain qui décollent
    – Des relances efficaces
    – Des attaques de thème fortes
    Ensuite, les thèmes musicaux ont tendance à s’enliser un peu.

    Structure :

    La chanson proposée est toujours incomplète : elle se coupe net au bout de 1’45’’ environ. Soient 2 couplets et un refrain.
    On peut demander à Suno AI de créer une suite… mais elle se coupe net à son tour !

    Extraction :

    Comment extraire ce que l’on souhaite de cette production ?
    La réponse est simple : on ne peut pas : pas de fichier MIDI, pas de pistes séparées.

    ça part un peu dans tous les sens !
    Réorganisation :

    De la même façon, il n’y a pas de réorganisation possible, le produit final est à prendre ou à laisser.
    Dommage.

    Instrumental :

    Enfin, autant Suno AI est capable de produire au choix un instrumental ou une version chantée, autant ces deux versions sont totalement étanches. Autrement dit, vous ne pourrez ni récupérer l’instru de votre chanson, ni créer une chanson à partir d’un instrumental.

    Le verdict :

    En l’état, même si Suno AI nous offre, parfois, de jolies choses, il est impossible de les exploiter directement. Je vous dirai dans le troisième volet de cette série d’articles comment tirer quand même parti de ce programme pour vos créations.

    La musique par Udio beta

    NB : Le détail et l’analyse des paroles proposées par nos deux AI se trouvent dans le premier volet de ce test : cliquez ici pour aller sur l’article.
    Si vous voulez rigoler un peu, allez directement au milieu de la chanson : Udio chante des mots qui n’existent pas ! 🤣

    L’analyse

    Composition :

    Comme dans SunoAI, on avance de façon erratique dans des musiques qui ne savent pas où elles vont.
    Mais là c’est pire : les mélodies sont ternes, sans âme, voire sinistres. C’est déprimant.

    Orchestration et Arrangements :

    Les orchestrations proposées par Udio me font penser à mon tout petit clavier à 60€. Vous savez, celui que je conseille aux débutants. Bref c’est sans intérêt, ça sent la recette de cuisine à plein nez… pour tout dire c’est même carrément ringard.

    Interprétation :

    Voilà sans doute l’aspect le plus surprenant de Udio beta : les voix sont vraiment réalistes ! A la première écoute, on a l’impression d’entendre un vrai chanteur, avec un style, quelques faussetés « humaines », bref c’est très bien fait.
    Seulement voilà, dès la seconde écoute, on n’y croit plus : il y a de nombreuses fautes de diction…et donc de composition.
    Enfin, le « réalisme » de l’interprétation est totalement inutile pour nous, puisque notre but n’est toujours pas de faire chanter Udio beta à notre place, mais de lui demander de l’aide à la création.

    On t’a reconnue, Edith !
    Qualité du son :

    Là encore, le son est problématique. Dès la première écoute, on a l’impression d’entendre ces anciens jeux vidéos qui vous mettaient les tympans en marmelade. Les fréquences sont déséquilibrées, et pour tout dire le son est franchement désagréable. A oublier.

    Exploitation possible :
    Structure

    Avec Udio, le son s’interrompt brutalement au bout de 30 secondes. C’est comme ça. Pas le temps de se demander s’il y a quelque chose d’intéressant à retirer que tout s’arrête.
    Tout comme avec Suno, on peut demander une suite, qui durera 30 secondes de plus. Et on avance ainsi, par tranches de 30 secondes.
    Le résultat, c’est que les chansons proposées sont totalement déstructurées, ou plutôt, astructurées : on avance les yeux bandés au hasard. Bien évidemment il n’y a ni couplet, ni refrain, ni intention. En d’autres termes, ce n’est pas de la chanson.

    Udio, l’ami de votre ORL !
    Extraction

    Comme pour Suno AI, encore, pas d’extraction possible. D’ailleurs, extraire quoi ? Il n’y a pas grand-chose d’intéressant à tirer des productions de Udio beta qui, malgré des fonctionnalités un tout petit peu plus avancées (choix du style) que Suno, produit un résultat global assez désagréable à l’oreille.

    Réorganisation

    Là encore, aucun travail n’est possible sur les propositions faites par Udio, hormis rallonger le morceau de 30 secondes supplémentaires. C’est à prendre ou à laisser.

    Instrumental

    Tout comme Suno AI, Udio beta est incapable de mettre en phase une chanson et son instrumental. On ne peut donc pas s’en servir, ni dans un sens pour créer un playback, ni dans l’autre pour mettre en paroles une musique.

    Le verdict

    Tout comme Suno AI, Udiobeta se révèle inexploitable de façon directe.
    A cette différence près qu’ici les productions sont sinistres.
    De mon point de vue, il n’y a rien à espérer tirer de cette application.

    En résumé

    Une chanson, ce n’est pas une suite de notes que l’on enfile comme des perles. C’est une œuvre cohérente, avec un début, une fin, et un déroulement logique entre les deux.

    Hélas, ici, rien de tout cela n’est respecté : ces deux IA fabriquent de la « musique au mètre ». Suno a l’avantage d’intégrer une structure, avec couplet, refrain, et même pont en insistant un peu.
    Udio en est totalement incapable.

    Un robot musicien déstructuré

    Et pourtant, vous le verrez, on peut tirer quelque chose de ces IA.
    Il faut seulement ne pas trop leur en demander !

    A vous de jouer !

    Devenez compositeur de musique de film
    (après avoir été programmateur en IA) 😉

    Vous allez demander l’IA de produire une vraie musique de film !

    Et le film, le voici : une petite vidéo de 25 secondes qui montre un petit génie en pleine création.

    Vous allez créer la musique de ce film !
    Pour cela, allez sur Suno ou sur Udio beta (cliquez sur le nom pour y accéder)
    Puis rédigez le prompt de votre choix. Que ce soit sur Suno ou sur Udio, L’IA vous proposera plusieurs versions. Choisissez la meilleure (ou la pire!).
    Puis téléchargez votre musique et envoyez-la moi par mail : message@academiedelachanson.fr
    Je compilerai vos créations dans une page de l’Académie de la Chanson pour partager vos oeuvres.
    A vos claviers ! N’oubliez pas de nous faire un retour en commentaire !

    Pour aller plus loin

    Bien que les musiques créées par l’IA soient « enfermées » dans un système clos, il vous est possible d’en tirer des pistes pour vos propres créations.
    Comme vous l’avez fait pour les paroles, vous pouvez puiser votre inspiration dans les thèmes que vous propose l’IA.

    Pour cela :
    1. Ecoutez brièvement les musiques proposées, sans prendre le temps de vous y habituer. Souvent, vous y dénicherez des départs de thèmes intéressants, notamment sur Suno AI.
    Je parle ici d’écoute active : pas question de faire la vaisselle en vous laissant bercer par la musique ! Non : vous êtes un chasseur de mélodie à la recherche de sa proie.
    2. Notez un thème (ou un départ de thème) qui vous plait.
    3. Enregistrez-le vous-même pour ne pas l’oublier. Ne réécoutez pas l’IA.
    3. Développez-le, laissez-vous aller.
    4. Cela peut vous surprendre, mais vous venez de créer une musique ! Car vous n’avez rien pris à personne : depuis le début, tout ce que vous avez utilisé vous appartient!
    5. Déposez votre chanson, et devenez riche et célèbre (ou artiste maudit, c’est au choix).

    Et les paroles ?

    Nous avons parlé de musique dans cet article. Mais Suno AI et Udio beta sont également capables d’écrire des paroles ! C’est du moins ce qu’elles prétendent !
    Alors, faut-il leur faire confiance ? Peut-on les utiliser ? Doit-on en avoir peur ? Ou sont-elles capables de nous apporter… la gloire ?

    Je vous dis tout dans l’autre partie de cet article : cliquez ici !

    Et ce n’est pas tout ! Dans le troisième et dernier volet de cette série d’article sur l’IA musicale, je vous donnerai toutes les astuces pour exploiter le meilleur de l’Intelligence Artificielle pour nourrir de façon intelligente et créative votre propre inspiration !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    D’ici-là, comme dit Balavoine dans « Dieu que c’est beau » :
    A I.A. I.A. I.A. ! et..

    Vive la Chanson !

    Comme promis, voici les liens vers les articles de 2023 :
    Pour écrire les paroles avec ChatGPT
    Pour composer une musique avec ChatGPT

  • Ecrire une chanson avec l’IA en 2026, c’est possible !?!

    Ecrire une chanson avec l’IA en 2026, c’est possible !?!

    Ça y est : l’Intelligence Artificielle se met à écrire des chansons ! Deux programmes IA gratuits sont à votre disposition. Que valent-ils ? Essai !

    écrire des paroles avec l’IA, c’est possible ?

    Dans les articles « Ecrire une chanson avec l’intelligence artificielle » et « Composer une chanson avec l’intelligence artificielle » (liens en fin d’article) qui restent d’actualité, j’avais testé la création de paroles et de musique par l’Intelligence Artificielle via ChatGPT.

    écrire une chanson avec l'IA ChatGPT 2023
    écrire une chanson avec l’IA ChatGPT 2023

    La question était déjà « Est-il possible de faire écrire et composer ses chansons par une Intelligence Artificielle ? » et la réponse avait été… pas encore ! Mais aujourd’hui ?

    Aujourd’hui, deux petits nouveaux débarquent dans l’univers de l’Intelligence Artificielle : Suno AI et Udio beta. Tous deux sont gratuits, spécifiquement dédiés à la chanson, et là franchement, c’est du sérieux.

    Suno est disponible depuis fin 2023.
    Udio est apparu en avril 2024, avec les mêmes ambitions.
    Pendant que j’y étais, je suis également retourné voir si ChatGPT avait fait quelques progrès depuis la dernière fois. Qui sait ? On dit que les t’Chats ont 9 vies…

    Suno AI Udio beta

    Alors que valent-ils ? Essai obligatoire !

    Les paroles

    Pour écrire les paroles, j’ai proposé à nos trois intelligences une consigne simple :
    Écrire une chanson en français dont le thème est : « la musique créée par intelligence artificielle ».

    La requête ci dessus s’appelle un prompt. C’est très facile : il suffit de l’écrire telle quelle et nos IA se débrouillent !

    Ecrire une chanson IA en rédigeant un prompt
    Rédaction d’un prompt

    Les paroles de chanson par ChatGPT :

    Le texte

    Titre : SYMPHONIE DE L’INTELLIGENCE

    REFRAIN
    Dans un monde numérique, où l’intelligence s’épanouit,
    La musique prend son envol, d’une source sans limite.
    Un algorithme compose, une mélodie infinie,
    Dans ce doux tourbillon, où la magie se décrit.

    Couplet 1
    Au cœur de la machine, une symphonie s’éveille,
    Des lignes de code dansent, une harmonie qui chatouille.
    Les circuits électriques, pulsant d’une vie nouvelle,
    Créent des sons divins, une musique éternelle.

    REFRAIN

    Couplet 2
    Les bits et les octets tissent une toile sonore,
    Des rythmes en cascade, une cadence qui explore.
    L’IA devient chef d’orchestre, dans ce ballet singulier,
    Guidant les notes et les accords, vers l’éternité.

    Pont
    Quelle merveille, cette création sans fin,
    Où la machine devient muse, dans ce destin.
    La musique de demain, façonnée par le virtuel,
    Un voyage sans frontière, vers l’infini du réel.


    REFRAIN

    L’analyse

    Rien qu’à la lecture du titre, on est fixé ! Quelle modestie ! Mais le résultat ?
    Mouais. C’est un peu désolant (ou rassurant ?) : un an après notre précédent essai, ChatGPT n’a pas progressé d’un iota.
    Les paroles restent lourdes et banales.
    Les rimes sont souvent fausses (« épanouit » avec « limite », « éveille » avec « chatouille »).
    La métrique est aléatoire (au lieu des 6 pieds visés, on oscille entre 5 et 10 pieds !).
    Le sens : Très souvent, cela ne veut rien dire. « la magie se décrit », « une cadence qui explore », « la machine devient muse dans ce destin », un rappeur lui-même n’oserait pas écrire ça !.

    Le ChatGPT chante sa chénson ecrite avec IA
    Le t’Chat miaule toute la nuit dès mi-août

    La structure : ChatGPT nous en propose bien une, mais celle-ci est plutôt bancale :
    REFRAIN, Couplet 1, REFRAIN, Couplet 2, Pont, REFRAIN, ça semble correct, mais…
    Mais dans les paroles, on ne voit pas trop de différence entre le refrain, qui est censé présenter l’idée générale, et les couplets qui sont devraient dérouler le propos. Seul le pont apporte comme il se doit un éclairage un peu différent ; mais dans le cas présent il aurait mieux valu en faire le refrain.

    Le verdict

    La production de ChatGPT est totalement inexploitable. Tout au plus peut-on en extraire quelques idées, et encore !

    Au suivant ! J’ai confié la même mission à notre petit nouveau : Suno AI !

    Les paroles de chanson par Suno AI

    Le texte

    Titre : LES MACHINES DANSENT

    COUPLET 1
    Les machines s’éveillent dans la nuit
    Leur coeur électronique bat en rythme
    Elles dansent ensemble en harmonie
    La fusion de l’art et de la mécanique

    REFRAIN
    Dansons Dansons avec l’intelligence artificielle
    Laissons-nous emporter par cette symphonie
    Les machines révèlent leur beauté sans pareille
    Dans un monde où la musique est leur magie

    COUPLET 2
    Les algorithmes tracent des mélodies
    Les mots se transforment en sonorités
    Les machines composent avec précision
    Un nouvel univers Fusion d’émotions

    L’analyse

    Le style est un poil plus tonique que ChatGPT. Mais pour le reste, c’est du même tonneau : lourd et banal. Je reprends l’analyse dans le même ordre que pour Chat GPT :
    Les paroles restent poussives.
    Les rimes sont parfois fausses (« mélodies » avec « sonorités »).
    La métrique est aléatoire (De 9 à 11 pieds).
    Le sens : Très souvent, cela ne veut rien dire ou c’est hors sujet (« la fusion de l’art et de la mécanique », « un nouvel univers fusion d’émotions »).
    Côté structure enfin, il n’y a qu’un seul refrain. C’est donc incomplet.
    je crois que je vais rappeler le rappeur !

    Le Sumo du Suno AI chante sa chanson écrite avec IA
    Le Sun(m)o pratique le ki-AI

    Le verdict

    Le résultat est très médiocre mais un tout petit peu mieux que ChatGPT. Cela ressemble un (tout petit) peu plus à une « vraie » chanson, (d’autant plus qu’une musique est livrée avec!).
    Mais cette production reste insipide et n’a franchement aucun intérêt.

    Pour autant ,J’ai gardé le meilleur pour la fin en demandant la même chose au nouveau-né : Udio beta

    Les paroles de chanson par Udio beta

    Le texte

    Titre : L’HARMONIE DES ALGORYTHMES

    Petit code créé d’acier
    Qui compose et qui façonne
    Mais que l’homme lui pardonne
    Si la machine dépasse l’essayé
    Pareil à aucun autre
    Elle a appris les gammes
    Aséitme, abfouslu
    Noïtme, aplibru vipète
    Et la muse, cachée dans chréni mutier
    Y insérésissable pédé
    Compose dans cesse renouvelé
    Des chants frontière la nouvelle portée.

    L’analyse

    Vous n’avez pas la berlue, et il n’y a pas de fautes de frappe.
    Alors, qu’en dire ? Heu rien.
    Mieux vaut en rire sans doute !

    On analyse, juste pour le plaisir ? Allez, soyons charitable, on s’arrêtera à « Elle a appris les gammes », mais déjà là, on a touché le fond depuis un moment…

    Udio beta chante sa chanson écrite avec IA
    Udio : un incompris en pleine création

    Le style est carrément pesant (heureusement on rigole à la fin !)
    Les paroles sont… heu… pesantes aussi. Ça doit être un hasard !
    La métrique est fausse (de 6 à 10 pieds).
    Le sens : Aïe ! Même quand il y a de vrais mots, ça ne signifie rien. Mais soyons indulgent, car comme dit le proverbe :

    « Que l’homme lui pardonne si la machine dépasse l’essayé ».
    Udio beta (idiot bêta?) 2024

    Et puis bon, Aya Nakamura a bien explosé en France et à l’international avec des mots qui n’existent pas, non ?

    Et la structure ?
    Hein ?
    Quoi, la structure ? Quelle structure ?
    Y’a PAS de structure !

    Le verdict

    Udio le bien nommé est de loin le plus mauvais des trois. Il n’y a rien, mais alors RIEN à tirer, d’autant que la version écrite des paroles n’est pas facile à trouver dans l’interface.

    En résumé

    Ce n’est pas encore cette fois-ci qu’on peut espérer vraiment écrire une chanson avec l’IA. Même si dans le meilleur des cas, le français est correct, le style reste pesant.
    De plus, hormis ce bon vieux ChatGPT, la production n’est pas pensée comme une chanson.
    Seul Suno AI tirerait ‑un peu‑ son épingle du jeu, sans toutefois être très convaincant.

    A vous de jouer !

    Devenez musicien programmateur en Intelligence Artificielle,
    ça claque, non ? Allez on y va !

    Je vous propose de faire vos premiers pas dans la rédaction de chanson par IA. C’est vous qui allez écrire une chanson avec l’IA ! Votre mission : faire rédiger un petit quatrain par l’IA de votre choix : ChatGPT, Suno AI ou Udio beta (cliquez dessus).

    Vous allez pour cela rédiger « un prompt », c’est-à dire une consigne pour l’IA.
    Attention : c’est bien l’IA qui doit écrire la chanson, création humaine prohibée !

    Donnez une consigne de vers de 8 pieds (on verra bien si c’est respecté)
    Le thème est : une IA écrit des chansons, elle nous raconte ses sensations (c’est l’IA qui parle, le texte est donc à la première personne).

    Spécimen de Ver à 8 pieds muni d'Intelligence Artificielle musicale.
    Spécimen de Ver à 8 pieds muni d’Intelligence Artificielle musicale.

    De mon côté je prends un engagement :
    Dès qu’il y aura quatre quatrains dans les commentaires, je les compilerai et je demanderai à une IA d’en faire une « vraie » chanson. Chiche ? Je compte sur vous !

    Ecrivez votre quatrain dans les commentaires.

    Pour aller plus loin

    Malgré toutes les réserves énoncées plus haut, il est possible d’utiliser l’intelligence artificielle, mais pas aveuglément, sous peine de voir l’IA écrire une chanson pas très… intelligente.

    Voici mon conseil pour utiliser intelligemment l’intelligence :

    Lorsque vous avez votre thème de chanson,

    1. Faites votre travail de recherche comme d’habitude (idées, mots, rimes).
    2. Ensuite seulement allez demander à ChatGPT et Suno AI ce qu’ils auraient fait.
    3. Prenez les idées intéressantes, uniquement s’il y en a.
    4. Intégrez ces idées dans vos recherches du point 1.
    5. Ecrivez vos paroles avec votre style et vos mots.

    En bref, on ne confie pas les clés de la maison à l’IA !
    Et ce n’est pas parce qu’elle risque d’y mettre la pagaille :
    non, c’est parce qu’elle ne sait pas où est la porte !

    Et la musique ?

    Si le ChatGPT donne sa langue au t’Chat dès qu’il s’agit de chanter, il n’en est pas de même de Suno AI et Udio beta qui sont de vraies IA musicales !

    Non seulement ces applications incroyables écrivent des paroles, mais elles composent, orchestrent et interprètent votre chanson. Et vous n’avez plus qu’à télécharger !
    Ecrire des chansons avec l’IA est aujourd’hui une réalité !

    J’ai croisé plusieurs blogueurs et YouTubeurs très enthousiastes à ce sujet.

    Mais pour nous, auteurs, compositeurs et interprètes, ces programmes sont-ils utiles ? Sont-ils dangereux ? Et surtout, comment peut-on s’en emparer ?

    Suno AI et Udio beta ou Daft Punk ?
    Suno AI et Udio beta : Les enfants cachés des Daft Punk !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    Avant de découvrir comment nos IA ont interprété la chanson que je viens de vous présenter (suspense!!!), je vous propose ce petit instrumental signé SunoAI histoire de patienter un peu, car…

    ...je vous dis tout dans la seconde partie de cet article !
    (cliquez sur le lien ici)

    D’ici là, comme dit Udio le bêta : ablipru vipète,

    et Vive la Chanson !

    Comme promis, voici les liens vers les articles sur ChatGPT :

    « Ecrire une chanson avec l’intelligence artificielle »
    https://academiedelachanson.fr/ecrire-une-chanson-intelligence-artificelle/

    « Composer une chanson avec l’intelligence artificielle »
    https://academiedelachanson.fr/composer-une-chanson-intelligence-artificelle/

  • la musique en Tchétchénie peut vous mener en prison !

    la musique en Tchétchénie peut vous mener en prison !

    La musique en Tchétchénie, ça peut se révéler dangereux. Mieux vaut bien respecter la partition !

    Musique sous contrôle en Tchétchénie

    Ramzan Kadyrov, vous connaissez ? Le président autoritaire et alcoolique de la Tchétchénie, fidèle toutou de Poutine, vient de se lancer dans la musique… du moins à sa manière, la seule qu’il connaisse : la répression et la censure.

    Jamais à court d’idées, notre despote musical vient de sortir son dernier chef-d’œuvre : une censure rythmique orchestrée par le ministre de la Culture, Moussa Dadayev.

    Kadyrov s'intéresse à la musique Tchétchène

    Excès de musique en Tchétchénie

    A compter du 1er juin 2024, toutes les musiques en Tchétchénie devront justifier d’un tempo contenu entre 80 et 116BPM.
    Vous avez bien lu : il sera désormais interdit d’écouter de la musique en Tchétchénie si le tempo n’est pas compris entre 80 et 116 pulsations minutes !
    Cette décision annoncée début avril 2024 n’a rien d’un poisson d’avril 🐟 !

    Tempo ma non troppo

    N’allez pas croire qu’il s’agit d’une nouvelle lubie de Ramdam Ramzam ! Cette décision de censurer la musique en Tchétchénie résulte d’une étude scientifique !

    Enfin… de la science à la sauce soviétique, naturellement !
    C’est le ministre de la culture en personne, Moussa Dadayev, qui a été chargé (pour ce qui est d’être chargé, on peut lui faire confiance !) de définir le style de musique qui correspond vraiment à la « mentalité tchétchène » avec pour mission de rendre obligatoire la musique « conforme aux coutumes, aux traditions, à l’éthique et à la morale de la Tchétchénie ». Tout un programme !

    Kadyrov Président Tchétchène pour la musique aussi.

    Et voilà le verdict : désormais, en Tchétchénie, il faudra danser au rythme d’un métronome réglé entre 80 et 116 battements par minute, faute de quoi la danse se transformera en  contredanse ! On remplacera le métal par la tôle !

    Musique sous contrôle en Tchétchénie

    En Tchétchénie, deux types de musique sont ciblés : les musiques langoureuses qui ramollissent l’esprit et incitent à la débauche, et les musiques électroniques, qui par une troublante coÏncidence sont beaucoup consommées par la communauté gay… du moins ceux qui n’ont pas encore été emprisonnés !
    Ces deux styles sont également représentatifs de la « décadence de l’Occident ».
    Dadayev le sinistre ministre l’a bien dit : « Il est inadmissible d’emprunter la culture musicale d’autres peuples ».

    Avec un tel esprit d’ouverture, on risque de s’enquiquiner grave en discothèque !
    Et pas moyen de se consoler en écoutant du classique : les adagios, largo et larghetto de la musique classique se situent tous en deçà des 80Bpm !

    Kadyrov danse sur la  musique Tchétchène le jour de son investiture

    D’ailleurs sur le fond, le raisonnement du dictateur se tient : le tempo a une influence sur la perception de l’œuvre musicale et de l’esprit qui s’en dégage, comme le sentiment de liberté par exemple… J’en parlerai dans un prochain article.

    Concrètement, 80 à 116 BPM, ça fait quoi ?

    80 BPM

    80 BPM (battements par minute, ça donne ceci :

    116 BPM

    et 116, ça donne ça :

    Si vous êtes entre les deux, c’est bon ! Roule Kady !
    Pour ceux qui ne sont pas dans les clous, Kadyrov est quand même sympa : les artistes tchétchènes ont jusqu’au 1er juin 2024 pour réécrire leurs morceaux façon « Musique Tchétchène ».
    Il faudra vivre avec son temps… ou mourir avec son tempo !

    Un peu de signalétique

    Comme l’affaire est un peu compliquée, l’Académie de la Chanson a des propositions pour simplifier la vie du dictateur mélomane et lui éviter de trop surcharger ses prisons.

    Des panneaux indicateurs

    Vitesse minimum  musique Tchétchénie 80BPM

    Pour que les musiciens puissent s’y retrouver lors des Ram’Zam’Jams de musique en Téchétchénie, je propose d’installer des panneaux de limitation de tempo sur les scènes tchétchènes.

    Vitesse limite  musique Tchétchénie 116BPM

    Des métronomes pédagogiques

    Les ingés-son tchétchènes pourraient aussi équiper les studios de répétition de musique de métronomes avec limiteurs afin de modérer les éventuels emballements de musiciens trop enthousiastes.

    Métronome avec limiteur  musique Tchétchénie

    Un label de conformité

    Enfin, les musiques tchétchènes qui respectent la norme en vigueur pourraient se voir délivrer un label KK « Kadyrov Kompatible » garantissant la qualité du produit… et la vie du consommateur !

    Label Kadyrov Kompatible musique Tchétchénie

    Petite note technique à l’attention des truands

    « La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique », disait Georges Clémenceau. On peut remercier Dadaïev d’avoir fait la jonction entre ces deux domaines, entre tube de l’été et tube de bazooka !
    Et pourtant, comme toutes les lois, celle-ci peut être contournée. Encore une fois, ce sont les mathématiques qui vont venir à notre rescousse : Voici la formule magique de Kadyrov :

    Comment contourner la loi ?

    En remplaçant les noires

    On peut remplacer les noires par des croches pour ralentir artificiellement le tempo :
    La vitesse maxi est 116 à la noire ? Utilisons des croches !
    116 : 2 = 58. On peut donc s’autoriser des tempos en dessous de 58 !

    En musique une noire égale deux croches, même en Tchétchénie

    On peut aussi remplacer les noires par des blanches pour l’accélérer artificiellement aussi :
    La vitesse mini est 80 ? Repeignons-les en blanches ! 80 x 2 = 160.
    On peut donc jouer au dessus de 160 !

    En musique,  deux noires égalent une blanche même en tchétchénie

    Seuls sont donc encore éliminés les tempos de 58 à 80, et de 116 à 160
    Voici la nouvelle formule de Kadyrov V2.0. :

    En jouant sur la marge d’erreur

    Mais ce n’est pas tout ! Si les radars musicaux sont comme les radars routiers, la vitesse retenue bénéficiera d’une marge de 5% d’erreur en votre faveur (même en dictature on sait parfois se montrer magnanime) ! Et voilà la version définitive de la FORMULE DE KADYROV :

    En résumé

    Finalement, à part ce qui est entre 61 et 76BPM et entre 122 et 152BPM, vous pouvez tout jouer !
    Le slow et la techno Hardcore reviennent même dans la course !!!

    Mais bon je me demande si je ne surestime pas un peu l’intelligence des dirigeants tchétchènes sur ce coup-là.

    Un petit entonnoir pour un petit cerveau tchétchène.

    OUPS !

    Aïe ! Il y a quand même une composition qui pose un gros problème :
    celle d’Aleksandre Aleksandrov, compositeur de Государственный гимн Российской Федерации.

    Vous ne connaissez pas ??? C’est l’Hymne national de Russie, dont fait partie la Tchétchénie, et qui ne plafonne qu’à 71 Bpm. Même avec les aménagements présentés ci-dessus, ça ne passe pas !

    Pour le coup, Ramzan Kadyrov, « le fidèle fantassin de Vladimir Poutine », a peut-être fait une gosse boulette !

    Hymne national de Russie, musique Tchétchène

    Il pourra se consoler en écoutant le très bel hymne national ukrainien Šče Ne Vmerla Ukraïny, qui est parfaitement dans les clous, puisqu’il affiche un très réglementaire 92 BPM.

    Et que dire de la chanson russe (décidément!) Kalinka, qui débute de façon illégale à 36BPM seulement, pour accélérer à fond jusqu’à dépasser les 200 !
    Y’a plus de respect chez Les choeurs de la zone rouge !

    A vous de jouer !

    Voici un petit quiz pour tester votre capacité de survie musicale en milieu hostile :
    Il s’agit pour vous de savoir si les chansons suivantes sont KK ou no-K! (c’est-à-dire non compatibles).
    Pour ceux qui auraient des trous de mémoire concernant lesdites chansons, il y a les liens. 🙂

    Je vous propose pour commencer « Ma liberté » (Gerorges Moustaki) et « La danse des canards » (J.J. Lionel). On y va ?

    On continue ? « Je chante avec toi Liberté » (Nana Mouskouri) et ‘Le roi des cons » (Georges Brassens)

    On termine avec DjaDja (Aya Nakamura) et pour finir « Love Lioubov Amour » (Les Poppys).

    La musique en Tchétchénie, c’est tout un art !

    Pour aller plus  loin :

    Allez, je me suis fait plaisir !
    J’ai écrit un petit quatrain pour mon dictateur préféré, que j’ai mis en musique dans un style électro-slave via une Intelligence Artificielle dont je vous parlerai très bientôt.
    J’ai veillé à respecter scrupuleusement la loi tchétchène : la chanson est à 116 BPM!
    Elle peut donc passer dans les discothèques de Grozny !
    Je vous joins une invitation !
    Ça s’appelle : « Viens danser Ramzan »

    Invitation à une soirée musique en Tchétchénie

    Voici mes paroles écrites -je l’avoue- un peu « vite fait »
    « Viens danser Ramzan
    Garde bien ton bonnet d’âne
    Tu conserveras au chaud
    Ton minuscule cerveau »
    (oui je sais on a connu mieux, mais c’est pour l’exemple, et je n’avais pas l’intention de consacrer une énergie démesurée pour chanter ce cher despote)

    A votre tour d‘inventer d’autres paroles à la gloire du régime sans matière grise de ce cher Kadyrov, ou de tout autre dictateur de votre choix (merci d’éviter les polémiques de politique intérieure qui ne seront pas validées).
    En 2 ou 4 vers à votre choix ! Le ton doit être léger et irrévérencieux, mais pas grossier. Et si possible chantable sur la jolie musique ci-jointe !
    On vous attend en commentaire !

    Conclusion

    Malgré son QI aussi limité qu’un BPM tchétchène, Kadyrov a même compris une chose : les artistes sont dangereux pour les dictatures !
    Et il n’y a pas qu’en Tchétchénie que la musique est réprimée !
    Et tout particulièrement la chanson, qui véhicule avec légèreté des messages parfois essentiels ! On pense à Victor Jara bien sûr, aux Pussy Riot… ou même à Bernard Lavilliers, emprisonné à deux reprises en Amérique latine.
    Nous, auteurs compositeurs interprètes, avons -modestemement- le pouvoir de faire bouger un peu les lignes.
    Ne nous en privons pas !

    La chanson : une arme de musique en Tchétchénie contre les dictatures

    Vive la dé-mesure et

    Vive la Chanson !

  • Parce qu’on vient de loin de Corneille

    Parce qu’on vient de loin de Corneille

    Dans la nuit du 15 au 16 avril 1994, le jeune Cornelius Nyungura, alias Corneille, assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
    Loin de se laisser sombrer, il en tirera, avec « Parce qu’on vient de loin » une magnifique leçon de vie et de résilience. Découvrons-la ensemble.

    Les paroles de « Parce qu’on vient de loin »

    COUPLET 1
    Nous sommes nos propres pères
    Si jeunes et pourtant si vieux, ça m’fait penser
    Tu sais
    Nous sommes nos propres mères
    Si jeunes et si sérieux, mais ça va changer

    (On passe le temps)
    À faire des plans pour le lendemain
    (Pendant que le beau temps)
    Passe et nous laisse vides et incertains
    (On perd trop de temps)
    À suer, s’écorcher les mains

    PRE-REFRAIN
    À quoi ça sert si on n’est pas sûrs de voir demain
    À rien

    REFRAIN
    Alors on vit chaque jour comme le dernier
    Et vous feriez pareil si seulement vous saviez
    Combien de fois la fin du monde nous a frôlés
    Alors on vit chaque jour comme le dernier
    Parce qu’on vient de loin


    COUPLET 2
    Quand les temps sont durs
    On se dit « Pire que notre histoire n’existe pas »
    Et quand l’hiver perdure
    On se dit simplement que la chaleur nous reviendra
    Et c’est facile comme ça
    (Jour après jour)
    On voit combien tout est éphémère
    (Alors même en amour)
    J’aimerai chaque reine
    Comme si c’était la dernière
    (L’air est trop lourd)
    Quand on ne vit que sur des prières

    PRE-REFRAIN
    Moi je savoure chaque instant
    Bien avant que s’éteigne la lumière

    REFRAIN

    Parce qu’on vient de loin, parce qu’on vient de loin
    Parce qu’on vient de loin, parce qu’on vient de loin

    PRE-REFRAIN
    On voit combien tout est éphémère
    Alors vivons pendant qu’on peut encore le faire
    Mes chers

    REFRAIN
    REFRAIN

    Parce qu’on vient de loin (ad lib.)

    Carte d’identité de la chanson « parce qu’on vient de loin »

    Paroles musique et interprétation : Corneille Nyungura
    Date de sortie : 10 septembre 2002

    L’histoire de « parce qu’on vient de loin »

    Pour comprendre cette magnifique chanson, il faut en rappeler le contexte.
    Il y a 30 ans, le 6 avril 1994, débutait avec l’assassinat du président rwandais et de son homologue burundais un génocide qui allait faire 800 000 morts au Rwanda.
    Cent jours d’horreur qui ont détruit la vie de tout un peuple. Les Tutsis, bien sûr, mais également des Hutus. Je vous invite à en découvrir toute l’histoire ici.

    Comme toujours, ce conflit global est composé de destins individuels. Celui de Corneille est l’un d’entre eux. Il commence dans la nuit du 15 au 16 avril 1994.

    Nuit de cauchemar pour Corneille

    Alors que le jeune Cornelius Nyungura, âgé de 17 ans, est dans la maison familiale, un groupe armé pénètre dans le domicile et assassine toute la famille. Sa mère, son père, ses deux frères, sa petite sœur sont massacré sous ses yeux.
    C’est alors que survient un incident qui lui sauvera la vie : une coupure de courant qui lui permet de se cacher derrière le canapé sans être vu. Les tueurs ne le trouvent pas et repartent.

    La longue marche de Corneille

    Cornelius, qui n’a plus de famille, part se réfugier au Zaïre, à plusieurs jours de marche de là.
    Puis il contacte des amis de ses parents en Allemagne. Ceux-ci qui vont lui proposer de le recueillir.

    Le retour aux sources pour Corneille

    Remontons en 1977, année de sa naissance.
    Né d’un père Tutsi et d’une mère Hutu qui faisaient leurs études en Allemagne, Cornelius a vécu sa petite enfance dans ce pays.
    La famille est revenue au Rwanda quand il avait  6 ans, son père devenant alors un des dirigeants du PSD, parti d’ouverture entre les ethnies.
    C’est à ce moment-là que Cornelius commence à faire de la musique : écriture, composition, et groupe de RnB.
    Hélas on connait la suite des évènements.

    Après le traumatisme, la résilience

    A 20 ans, Cornelius part poursuivre ses études au Canada, qui deviendra sa patrie d’adoption.
    C’est là qu’il rencontre Gage et Gardy Fury avec qui il fonde O.N.E., un groupe Rn’B.
    A partir de là, il fait sa place dans le milieu de la musique.
    Et c’est en 2002 qu’il sort le magnifique album « Parce qu’on vient de loin ».

    Le temps du succès pour Corneille

    La réussite se construit de façon solide et durable : des collaborations avec Craig David et Sting, des chansons, des tournées et des albums, notamment pour aider l’Association Mondiale des Amis De l’Enfance, Africa Live, Fight Aids ou la Croix Rouge…

    Mode d’emploi de la chanson

    On a ici une chanson à la fois forte, simple et magnifiquement construite. C’est pourquoi l’analyse technique proprement dite sera assez brève.
    Ce qui va nous intéresser sera davantage le processus psychologique mis en oeuvre lors de sa création.

    Les paroles de « Parce qu’on vient de loin »

    Connaissant le parcours de Corneille, les paroles deviennent limpides et nous ne les détaillerons pas.
    Le résultat est ce texte magnifique tant dans le verbe que dans l’esprit : un véritable ode à la résilience, une leçon de vie à la fois profonde et légère.
    Techniquement, ce texte illustre une des règles de base de la chanson : la concision. Ici, chaque mot prend sens.
    Corneille ne parle jamais des faits eux-mêmes, mais il les frôle, les sous-entend, ce qui permet à chaque auditeur de projeter sa propre histoire et de transposer le propos pour se l’approprier.

    Corneille se permet même un clin d’oeil :
    « Moi je savoure chaque instant
    Bien avant que s’éteigne la lumière »

    La lumière qui s’éteint symbolise la mort bien sûr. Mais dans le cas présent, Corneille fait aussi référence à l’évènement qui lui a sauvé la vie : la coupure de courant.
    Cette coupure de courant qui a préservé son existence, mais au prix de la perte de tout ce qui en faisait la substance. Il parle donc à la fois de sa vie biologique, mais aussi de « sa vie » d’avant ce traumatisme majeur.

    La musique de « Parce qu’on vient de loin »

    Corneille sait faire du RnB, et ça s’entend : l’accompagnement est dépouillé, presque heurté, et c’est la voix qui constitue le liant. Des syncopes qui nous prennent à contrepied, une batterie qui tient sobrement le beat, tout y est ! Un véritable cas d’école.
    L’ensemble est constitué de ruptures et de relances, qui maintiennent la tension… et l’attention !
    Avec bien sûr ce « Palap Pap’ Paaa » qu’on reprend en choeur !

    La construction est classique : une alternance couplet / refrain, avec un pont aux 2/3 de la chanson.
    On observe l’utilisation d’un pré-refrain qui a comme son nom l’indique annonce l’arrivée du refrain, ce qui permet de le lancer efficacement.

    Côté orchestration, c’est simple et efficace : la première minute de la chanson est soutenue par une simple guitare. Il faut attendre le refrain pour que l’orchestration démarre.
    Et là, c’est parti ! On est embarqué jusqu’à la fin !

    Bref, du classique, parfaitement maîtrisé… et très beau !

    À noter :

    Le refrain emploie une technique particulière :
    un dialogue entre les chœurs et le soliste.

    Ceci renforce l’aspect introspectif du propos, comme si Corneille était en conversation avec des voix intérieures.

    Si vous pratiquez ce jeu de questions-réponses dans vos chansons, il est important d’utiliser des rimes croisées comme le fait Corneille :
    Les chœurs riment avec les chœurs,
    Le soliste rime avec le soliste.

    L’écriture comme thérapie

    L’écriture comme thérapie pour Corneille

    Corneille le répète souvent : c’est l’écriture qui l’a sauvé.
    L’écriture, et non pas seulement la parole.
    En effet, l’écriture a ceci de plus que la parole qu’elle permet d’exprimer l’indicible.
    Corneille développe cette idée dans l’interview qui suit.

    Corneille raconte son histoire tragique dans « Allo docteurs »

    Corneille se livre davantage encore dans un très beau livre « Là où le soleil disparait » qui retrace son histoire.
    En voici un court extrait.

    Il y instaure notamment un dialogue avec son père décédé.
    Un peu comme les « voix intérieures » évoquées plus haut.
    Vous pouvez facilement trouver cet ouvrage neuf en cliquant sur ce lien affilié ou en occasion (à partir de 5 €uros sur Le Bon Coin).

    L’écriture comme thérapie pour tous

    Par bonheur, nous n’avons pas tous subi les drames qu’a connus Corneille. Mais nous avons tous vécu des traumas. L’écriture de chansons est une façon de s’en libérer… et de créer ! Le bénéfice est double.

    Je vous invite à ce sujet à visiter le blog Psycho-Plume de Olivia Quetier.
    Psychologue et écrivaine, Olivia Quetier est une spécialiste de l’écriture thérapeutique. Elle a organisé l’événement “Histoires de résilience”, où elle invite divers blogueurs (dont votre serviteur) à partager des expériences et leçons de vie.
    L’idée : inspirer et soutenir ceux qui font face à des épreuves de vie ou qui simplement souhaitent prendre soin de leur santé mentale.
    Son site est une mine d’or pour les créateurs que nous sommes, car les pistes qu’elle propose sont très souvent transposables à la chanson.
    Je vous conseille notamment son article sur les Haïkus.

    Pourquoi Corneille s’appelle-t-il Corneille ?

    Comme dit Jacques Prévert : « Pourquoi pas libellule ou papillon? »
    Pas question de terminer cet article sans répondre à cette question essentielle !
    Et bien, oui ! Il y a une raison… ou plutôt 3 raisons !

    C’est son vrai prénom

    Ou presque puisqu’il se prénomme Cornelius !

    C’est une bonne raison, me direz-vous !

    Mais ce n’est pas la seule !

    En référence à Pierre Corneille

    Pierre Corneille, dit « Le grand Corneille » dramaturge et poète du XXVIIe siècle, auteur notamment du « Cid » que tout le monde connait. Corneille (Cornélius), lui-même poète, se réfère au maître.

    En référence à la corneille

    Bien sûr, cet oiseau noir et intelligent… qui chante !
    Tout comme Corneille !

    Ce que l’on sait moins, c’est que la corneille est également la victime de campagnes d’élimination dans certains pays, alors même qu’elle est en voie de disparition dans d’autres.

    Encore un symbole fort.

    A vous de jouer

    Je vous propose de faire à votre tour -une fois n’est pas coutume- un petit travail d’introspection.
    Chacun de nous porte en lui une douleur, un regret, une nostalgie, ou même une simple difficulté, un mal-être qui revient le hanter.
    Je vous propose de vous servir de cette base pour libérer votre parole… et votre créativité !
    De nombreuses « premières chansons » trouvent d’ailleurs leur origine dans cette démarche personnelle… cela permet souvent aux auteurs d’exprimer, et même de dépasser un traumatisme… sans pour autant divulguer de secret à l’auditoire.

    Votre mission :
    Tirer un message positif d’une situation difficile.
    Pour cela, je vous propose de rédiger un distique (un mini texte de 2 vers) qui fait écho à une situation personnelle sans pour autant l’exposer.
    Et de nous le proposer en commentaire si vous le souhaitez.

    Pour aller plus loin

    Je vous invite à vous rendre sur le blog de Olivia Quetier dont je vous parlais plus haut (non, non, pas de copinage : son blog est vraiment génial). Vous y trouverez des techniques d’écriture thérapeutique applicables à la chanson, et vous verrez que les intitulés mêmes de ses articles sont souvent une source d’inspiration pour l’écriture de chanson.

    Heu… dites ! Vous revenez ici, après, quand même, hein ?

    Soyez résilient, et

    Vive la chanson !

  • Protéger ses chansons

    Protéger ses chansons

    Protéger ses chansons, on n’y pense pas, et pourtant !
    Ça y est ! Votre chanson est prête ! Paroles, musique, arrangement, tout est là ! Vous avez même commencé à la chanter en public. Seulement voilà : une inquiétude vous gagne : et si quelqu’un vous volait votre œuvre ?

    Tout ce travail perdu ? Vous y pensez tellement que vous hésitez même à diffuser votre propre chanson. Et vous vous dites que là, c’est le monde à l’envers !
    Car l’idée est bien de faire connaître votre travail. Alors comment faire ? Rassurez-vous : les solutions sont simples et parfois même gratuites !

    Les solutions gratuites

    Une fois n’est pas coutume, on va commencer par le meilleur : certaines solutions sont gratuites et très simples à mettre en œuvre. Voici les deux principales.

    Protéger vos chansons par R.A.R.

    Il s’agit de la méthode de protection la plus ancienne pour protéger vos chansons, et elle fonctionne toujours ! Cela consiste à vous envoyer à vous-même votre œuvre sur le support de votre choix (texte, papier, partition, ou enregistrement CD ou USB), par courrier Recommandé avec Accusé de Réception. Lorsque vous recevez votre propre courrier, surtout ne l’ouvrez pas, mais gardez-le précieusement en lieu sûr. L’enveloppe vous servira de preuve d’antériorité de votre création en cas de plagiat.

    Vous pouvez même le faire de façon numérique, en expédiant directement des fichiers audio. Ça se passe ici, et c’est protégé pendant 15 ans !

    Protéger vos chansons à la B.N.F.

    La B.N.F., ce n’est pas une banque ! C’est la Bibliothèque Nationale de France !
    C’est la seule solution 100 % gratuite pour protéger vos chansons, puisqu’elle ne nécessite même pas d’affranchir votre envoi. Il s’agit de faire enregistrer le dépôt légal de votre œuvre à la Bibliothèque nationale de France. Pour cela, vous devez déposer à la poste en double exemplaire votre œuvre sur CD, fichier audio ou partition accompagné du formulaire de la BNF. Vous trouverez ici le formulaire.

    Dès cet instant, votre œuvre est accessible au public tout en étant protégée. La seule difficulté sera parfois de devoir expliquer à l’employé de la poste (qui ne connaît la plupart du temps pas cette démarche), pourquoi vous n’avez pas affranchi l’envoi.

    Les solutions à oublier

    On a vu le meilleur, voyons maintenant le pire : ce sont des solutions connues, qui fonctionnent, mais qui ont selon moi des défauts rédhibitoires.

    Protéger ses chansons avec l’enveloppe soleau

    Une « enveloppe soleau », c’est un emballage d’expédition qui vous permet de déposer votre œuvre à l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle). Le principe est le même que le recommandé avec accusé de réception, mais cette fois-ci, la démarche est officielle, et la date du dépôt fait foi devant les tribunaux. L’enveloppe coûte 15 €.
    Le problème, c’est que la protection n’est valable que cinq ans, et qu’on ne peut y déposer que du papier !

    Quand on sait que des œuvres sont parfois piratées des décennies après leur création, cela relativise l’efficacité de cette méthode. A noter, il existe désormais un service soleau qui permet de faire le dépôt de manière numérique pour 15 € les 10 MO. Cela peut rester intéressant pour ceux qui ont un grand volume d’œuvres à déposer.

    Le dépôt numérique en ligne

    Il existe sur le Net d’autres portails qui proposent le même type de dépôt numérique : entre 10 € et 30 € pour protéger vos chansons. Je vous les déconseille en raison du caractère non officiel de ce dépôt, qui nécessitera de toute façon l’intervention d’un huissier en cas de litige.

    L’huissier de justice pour protéger vos chansons ?!?

    Revenez ! L’huissier de justice n’est pas seulement cet être malfaisant qui vient saisir votre guitare préférée sous prétexte que vous n’avez toujours pas réglé les traites de votre nouveau synthétiseur ! Il peut aussi être la personne qui va authentifier la date de dépôt de votre chanson sur un acte authentique, revêtu du sceau de l’État. Le seul problème, c’est que cela va vous coûter un bras et qu’il n’est pas exclu que vous voyiez revenir ce même huissier pour vous réclamer de payer les droits de dépôt !

    Protéger vos chansons : copyright en ligne

    Plusieurs sites permettent de déposer de façon numérique vos œuvres et de les horodater. C’est une solution extrêmement simple qui ne coûte que 10 à 20 € par dépôt et qui inclut parfois une assistance juridique. Le problème, c’est que si elles constituent effectivement une aide en cas de plagiat, ces solutions, par leur côté non officiel, ont moins de poids juridique que celles présentées ci-dessus. Par ailleurs, on ne sait pas ce qu’il advient si la société venait à disparaître. À oublier donc.

    La protection pour les geeks : la blockchain

    La blockchain, kesako ? Cette question résume à elle seule tout le problème ! La blockchain relève de la même technologie que celle qui gère le Bitcoin. Et elle a de nombreux avantages : vous restez seul dépositaire de votre œuvre, tout est horodaté, puis protégé, sans avoir à payer de nouveau. Même une œuvre incomplète peut être protégée ! Tous les échanges concernant une œuvre en cours sont tracés, et vous obtenez en prime un certificat de dépôt téléchargeable avec numéro d’enregistrement !

    Oui mais : le problème, c’est qu’on manque de recul sur cette technologie récente, qui reste encore peu développée en France, même si elle a fait ses preuves en Chine.
    Wait and see…

    Ce que vous faites déjà sans le savoir

    Et oui ! Tout comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, vous protégez déjà vos chansons !
    Du moins si vous les avez partagées sur le Net ! Et oui ! Car la diffusion dont vous vous méfiez le plus est sans doute celle qui vous protège le mieux !
    Vos chansons publiées sur Deezer, YouTube, et autres plateformes vous permettent de prouver l’antériorité de votre propriété. Et vous pouvez faire valoir cet argument devant les tribunaux en cas de litige.

    Le seul problème, et il est de taille, c’est que vous n’êtes pas propriétaire du site. Ainsi si votre compte YouTube est fermé (et ça arrive !), vous avez tout perdu ! C’est donc une protection très relative même si elle est bien réelle.

    Les fausses bonnes idées

    Deux organismes vous proposent des protections sensiblement analogues à celles de la Sacem, à quelques détails près :
    Ils ne rémunèrent pas leurs sociétaires.
    Ils sont moins connus et donc moins identifiables.
    Ils coûtent souvent plus cher au final.

    Protéger ses chanson avec le SNAC

    Mauvaise nouvelle : non, le SNAC, ce n’est pas le resto du cœur des musiciens qui crèvent la dalle (quand d’autres explosent le plafond).
    Le SNAC, c’est le Syndicat National des Auteurs et Compositeurs.
    Il fonctionne exactement comme la Sacem. Le seul problème est que chaque dépôt coûte 37 € et n’est protégé que pour cinq ans. À oublier donc.

    Protéger ses chansons sur les autres plateformes

    Il existe d’autres supports plus ou moins performants qui vont vous proposer de protéger votre œuvre. La plupart sont peu connues et ne font pas vraiment référence.
    Citons en deux à titre d’exemple : Ipocamp, qui offre une bonne protection mais ne fournit pas publiquement ses tarifs, ou EasyZic qui offre une protection gratuite, mais qui exige que vous soyez membre (donc susceptible d’être banni).
    Tous ces systèmes ne sont pas suffisamment fiables ni universels pour être retenus.

    Le Graal : la Sacem

    La Sacem, tout le monde connait ! Oui mais voilà : c’est compliqué et c’est cher !

    Eh bien pas du tout ! L’adhésion, payable une seule fois, est valable à vie, y compris pour vos descendants (si vous avez l’intention de laisser une trace immortelle dans la postérité).
    L’adhésion coûte 100€ tout rond et vous protège universellement et éternellement. Cerise sur le gâteau, vous serez rétribué à chaque diffusion de vos œuvres.
    Pour adhérer, il vous faut prouver que vous êtes déjà diffusé. Ce qui était compliqué autrefois devient très simple à l’ère du numérique : apportez simplement une justification d’exploitation (concert, diffusion radio, streaming) de vos œuvres.

    Si vous avez une chaîne YouTube, ou si vous avez joué dans une salle de spectacle, c’est bon ! Pas besoin de concours d’entrée ni de fournir de partition comme dans le passé. Alors franchissez le pas, et rejoignez la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique, elle est efficace sur la planète entière, et franchement c’est la plus sérieuse de toutes les plateformes.
    On vous dit tout ici !

    Pour les réfractaires : aucune protection

    Si comme moi vous êtes tétanisé à l’idée de toute démarche administrative, je vous conseille une chose : continuez à chanter quand même ! Le risque de piratage de vos œuvres ne doit pas vous servir de prétexte pour ne pas les diffuser…
    …mais bon, pensez quand même à la Sacem !

    Avant de se conclure

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    Les deux gagnants : Sacem et RAR

    En résumé, deux solutions sortent du lot.

    La solution simple : le RAR

    C’est celle qui vous permet, dès aujourd’hui, de protéger votre œuvre en allant simplement à la poste de votre quartier.

    La solution pro : la Sacem

    C’est celle qui vous fait entrer de plain pied dans le monde des « vrais » auteurs, compositeurs de musique. N’hésitez plus : foncez !

    Sortez couvert, et

    Vive la chanson !

  • Aya Nakamura aux JO de Paris : Pour ou contre ?

    Aya Nakamura aux JO de Paris : Pour ou contre ?

    Aya Nakamura aux JO de Paris 2024 ! Voilà un sujet qui divise !
    Peut-on répondre par OUI ou par NON ?
    Je vous propose de peser objectivement les arguments des uns et des autres.

    👎 CONTRE Aya Nakamura aux JO

    De bonnes raisons

    C’est vrai qu’il y a quelques raisons objectives de douter de la pertinence de ce choix…
    Car en apparence, Aya Nakamura ne semble guère relever le niveau de la chanson française.

    Aya Nakamura c’est pas du français (épisode 1)

    C’est le principal reproche fait à cette artiste : ses textes sont écrits dans un style bien peu académique, et pour tout dire, on ne comprend rien.
    Et c’est tant mieux, car quand on comprend, on a tout compris ! Des histoires insipides de ruptures amoureuses, de fashion victims ou de défiance vis-à-vis de machos. Bref niveau tondeuse à gazon !

    La vulgarité de Aya Nakamura

    Là encore, on n’est pas tout à fait dans l’élégance à la française ! Autant dans son attitude que dans son style vestimentaire, Aya Nakamura ne se distingue pas par sa distinction !

    Quand à la profondeur de sa pensée philosophique… Heu disons plutôt qu’elle est « nature » et n’a aucun filtre.

    Crédit photo : Par Ismoon (d) 13:50, 26 June 2024 (UTC) — Own work. film still extrait de Aya Nakamura attends dinner Parisfashionweek at fouquets, corrigé avec Affinity Photo 2, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=149731222

    Aya Nakamura et les valeurs françaises

    Liberté, Egalité, Fraternité… Les droits humains et les valeurs fondamentales qui ont fait la grandeur de notre culture ne sont clairement pas les préoccupations de Aya Nakamura, du moins dans ses chansons.
    En revanche, c’est une femme libre. Certains chroniqueurs dont le sport favori consiste à instrumentaliser et malmener leurs invités en ont fait l’expérience. Et franchement, ceux-là on ne va pas les plaindre !

    Aya Nakamura en interview chez NRJ

    De mauvaises raisons

    Il y a aussi des explications plus inavouables qui expliquent le rejet de cette artiste. Pour certains Aya Nakamura aux JO c’est tout simplement impensable voire même insupportable.

    La couleur de peau

    Vous l’avez remarqué ? Aya Nakamura n’est pas blanche. Et bien figurez-vous que c’est une caractéristique qui déplait à une certaine partie de la population française.
    C’est ainsi. Comme le chante mon ami Moustaf dans son magnifique opus « 1000 couleurs » : « Faut faire avec ».
    En revanche, on ne va pas contre-argumenter avec ces gens-là. Laissons-les plutôt s’enthousiasmer quand la France Black Blanc Beur est en or !
    Next.

    Moustaf : 1000 couleurs

    C’est Macron qui l’a choisie

    C’est vrai que c’est notre controversé Président de la République qui a annoncé la nouvelle. Et il n’a pas jugé utile d’organiser un référendum au préalable !
    Mais quelle est sa légitimité ?

    Un peu de mathématiques : Emmanuel Macron n’a été choisi que par 27,8% des votants au premier tour, avec 9783058 voix. Quand on sait que sur les 68373433 français recensés, 52445157 seraient en âge de voter, cela ne fait plus que 18,5% de français qui ont réellement fait la démarche de le choisir vraiment. Et encore, parmi ceux-là, tous n’aiment pas Aya Nakamura !
    Question légitimité, on a vu mieux ! CQFD.

    On omet quand même un détail : les Jeux Olympiques n’ont rien d’un concours de chant.
    J’aborderai l’aspect politique dans la seconde partie.

    👍 POUR Aya Nakamura aux JO

    Record de ventes

    aya nakamura chanteuse jo

    Aya Nakamura, victoire de la musique 2024, est la française qui affiche les plus grosses ventes de disques dans le monde ! C’est une star planétaire connue et reconnue dans le monde entier. Donc, qu’on le veuille ou non, c’est une vitrine idéale à l’international.

    aya nakamura jo

    Aya Nakamura c’est pas du français (épisode 2 : Le retour)

    Aya Nakamura ne parle pas français. Je ne sais pas si vous l’aviez observé, mais les étrangers non plus. Donc de toute façon, ils ne comprennent pas les paroles ! Et oui ! seuls 4% de la population mondiale comprennent le français !

    On peut même dire que pour le coup, il y aura une certaine universalité, puisque les 4% en question ne la comprendront pas non plus de toute façon !

    Aya Nakamura c’est pas du français (épisode 3 : tu parles !)

    Benjamin Castaldi a dit d’elle : « Elle chante comme je parle ».
    Et c’est vrai que le langage de Aya Nakamura, même en chanson, c’est celui de la rue… et encore !

    Mais si Castaldi était membre de l’Académie de la Chanson, il le saurait : la chanson, c’est le plus souvent de la langue parlée (et non pas de la langue écrite ni simplement orale) !

    Sur cet aspect, Aya Nakamura est donc dans le vrai !

    nakamura chanson urbaine

    Je développe cette question dans mon article sur les types et niveaux de langage.

    Aya Nakamura c’est pas du français (épisode 4 : Tant mieux !)

    Parlé ou pas, le « français » de Aya Nakamura est incorrect. C’est vrai !
    Et justement ! C’est ça, le renouveau de la chanson française !

    Ca y est ! Vous pensez que je débloque ? Vous allez vous désabonner, c’est ça ?

    Attendez un peu : ce n’est pas moi qui le dit : Corinne Mencé-Caster, Professeure de linguistique hispanique et romane à l’ Université de la Sorbonne, souligne que les textes d’Aya Nakamura sont parsemés de mots issus d’autres contextes linguistiques : du bambara (« djadja»), de l’argot ivoirien (« tchouffer »), du verlan français (« tit-pe ») ou anglais (« de-spi ») de l’argot contemporain (« bails », « seum », « afficher quelqu’un », « c pas mon délire », « genre »), du créole (« boug », « bail », « dachine »).

    Aya Nakamura utilise aussi des structures qui tordent la syntaxe (« donne-moi douceur » ; « il me voulait cadeau ») et qui rappellent le créole (n’oublions pas qu’elle vient du zouk).

    De son côté, Julien Jaubert, alias Shkyd, auteur, compositeur et journaliste expert de rap, nous parle du phrasé : Jamais auparavant une chanson n’avait associé les sons « en-ca-tcha-na-ba-by-tu-dead-ça »
    tout comme avant 1986 aucun tube n’avait précédemment eu l’idée de marier « je-je-suis-li-ber-ti-ne-je-suis-une-ca-tin ».

    Comme de nombreux poètes, écrivains et chanteurs, Aya Nakamura invente une « outre-langue », c’est-à-dire une langue neuve pour réveiller la langue commune.

    Je consacrerai prochainement un article à la question de l’évolution de la langue grâce et/ou avec la chanson française. A ce propos, jetez donc un œil sur ce qui suit :

    Aya Nakamura va chanter Edith Piaf

    De toute façon, il est probable que Aya Nakamura chantera du Edith Piaf. OUF, diront certains ! Voilà qui va résoudre cette question ! Notre belle langue est de retour !
    Et bien laissez-moi vous livrer un petit couplet de « La môme piaf » pris au hasard (au hasard, je le jure !) dans « J’suis mordue » :

    Hum ! Cet argot truffé de fautes, pourtant devenu un classique de la chanson française, est plus proche du langage de Aya Nakamura que du français académique, non ?
    Quant au thème, n’en parlons pas !
    En cela, Aya Nakamura s’inscrit dans la lignée traditionnelle de la chanson française. Et oui !

    Et Macron, dans tout ça ?

    Quant au Président de la République, qu’on l’apprécie ou non, il a bel et bien été élu par 18768639 suffrages, soient 58,55% des voix. A ce titre, il représente la France et les français.
    Qui sait quel(le) chanteur(euse) Marine Le Pen aurait choisi si elle avait été élue ? Michel Sardou peut-être…

    Et puis, on va le voir plus bas, les Jeux Olymp(olit)iques sont tout sauf un concours de chant !

    Un choix de politique extérieure

    Aya Nakamura n’est officellement française que depuis 2021. Elle est née au Mali, pays rongé depuis 2012 par une guerre menée par des rebelles touareg indépendantistes rejoints ensuite par des djihadistes.
    Depuis 2013, la France y intervient militairement pour soutenir les populations contre la barbarie avec les opérations Serval (au Mali) puis Barkhane (dans toute la région du Sahel).
    Choisir Aya Nakamura, c’est aussi envoyer un message de soutien à l’Afrique, au moment où la Russie tente de déstabiliser ce continent pour le retourner contre l’Occident à grand coup de désinformation.

    Un choix de politique intérieure

    Quand on parle d’ouverture des jeux, on ne parle pas que de chanson française !
    Le choix de Aya Nakamura est aussi un message en direction des oublié.e.s. La France n’est pas composée que d’intellectuels de salon ni de beaufs en gilet jaune. Il y a dans nos banlieues des gens qui se débrouillent au quotidien, qui souffrent d’un manque de considération, et qui se reconnaissent en elle :
    Aya Nakamura, femme, noire, née à Bamako, arrivée enfant à Aulnay sous bois, a grandi en banlieue, et s’est intégrée tout en s’assumant comme femme sans jamais se laisser museler.
    En cela elle est un symbole.

    ⚖️ Le verdict

    Alors, Aya Nakamura aux Jeux Olympiques, c’est oui ou c’est non ?
    Ce n’est bien sûr pas à moi de donner la réponse.

    Nous avons parlé de mathématiques et de statistiques dans cet article. Je vais donc laisser le mot de la fin à un grand mathématicien français : Henri Poincaré (1854-1912).

    « Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. »
    Henri Poincaré – La science et l’hypothèse, 1902

    Et vous, qu’en pensez-vous ? Je suis sûr que vous avez votre idée sur la question :
    écrivez-la en commentaire.

    Et surtout : soyez pompélup !

  • Victoires de la musique 2024 : tout sur les gagnants !

    Victoires de la musique 2024 : tout sur les gagnants !

    Ça y est ! Vendredi 9 février 2024 , la 39e édition des Victoires de la musique a fait vibrer la « Seine Musicale de Boulogne-Billancourt », sous la présidence d’honneur de Zazie !

    Le préalable qui calme

    Rappelons que, hormis la chanson originale de l’année, tous les prix sont décernés par les professionnels du milieu… donc les marchands de musique ! Et comme toujours le bon goût y a laissé quelques plumes !
    Ce préalable étant posé, il faut vivre avec son époque, et je vous propose, loin des discours et de l’émotion, de (re)découvrir quelques œuvres représentatives de chacun des lauréats.

    On note cette année une forte représentation de la musique urbaine, même si la cérémonie a couronné plusieurs artistes émergents ou confirmés venant d’autres horizons.

    On commence par le vieux de la vieille :

    Victoire d’honneur : Bernard Lavilliers

    « Une main ouverte et un poing fermé
    L’une pour connaître, l’autre pour cogner »

    A 77 ans, celui qui a été chanté par Terrenoire, Catherine Ringer, Olivia Ruiz, Jeanne Cherhal et Faada Freddy reçoit une Victoire d’honneur amplement méritée pour l’ensemble de sa remarquable carrière, avec des hommages poignants de la part de ses pairs.

    Bernard Lavilliers, éternel défenseur des opprimés et des travailleurs, infatigable voyageur, ne se contente pas de bourlinguer à travers les pays : il a aussi exploré tous les continents musicaux, du rock de ses débuts à la salsa, en passant par le reggae

    Chanson originale de l’année : Zaho de Sagazan

    La symphonie des éclairs

    C’est le seul prix décerné par le public, mais pas le seul prix pour cette chanson qui va tout rafler ! « Cette chanson est importante pour moi, elle raconte toute ma vie », dit Zaho qui, dans un discours très touchant, évoque son hypersensibilité et le rôle qu’a joué la musique dans le fait de pouvoir assumer et exprimer ses émotions.

    Etant à la fois autrice, compositrice et interprète de son titre, à 24 ans elle repart avec trois trophées ! Qui dit mieux ?
    Qui dit mieux ? Zaho de Sagazan elle-même !

    Album de l’année : Zaho de Sagazan

    La symphonie des éclairs

    Cette fois-ci, au tour des professionnels d’honorer Zaho de Sagazan ! Son second prix de la soirée est décerné à son album La symphonie des éclairs.
    Un album très personnel dans lequel elle expose avec pudeur et délicatesse toute sa sensibilité.

    Révélation scène de l’année : Zaho de Sagazan

    Et ça continue ! Troisième  prix, et troisième discours de la soirée pour Zaho de Sagazan qui déclare avec humour : « Et voilà, je ne sais plus quoi dire » ! 

    Révélation féminine de l’année : Zaho de Sagazan

    Et de quatre ! Cette fois-ci, il n’y a plus de mots ! Zaho de Sagazan en profite pour rendre hommage aux « autres femmes talentueuses » à qui elle prédit une victoire « une autre année, j’en suis persuadée ». Jugeant « qu’on a assez parlé [d’elle] », elle dédie son prix aux soignants et aux professions qui n’ont « pas de Victoire ». Wouaw ! Je suis sous le charme !

    Autant vous le dire tout de suite, le paragraphe suivant est moins réjouissant :

    Création audiovisuelle de l’année : Shay, « Commando »

    La rappeuse belge Shay (qui n’a pas fait le déplacement) a décroché la première victoire de la soirée dans la catégorie « Création audiovisuelle de l’année » pour son clip « Commando ».

    Hum… un prix qui illustre assez bien mon article sur le RAP, non ? 😉

    Allez, il y a encore du rap à suivre, mais qui va nous réconcilier avec ce style, promis !

    Artistes masculins de l’année : Vianney et Gazo

    Pour la première fois, égalité parfaite en haut du classement : Vianney et Gazo se partagent le prix d’Artiste masculin de l’année.
    Même si on connait bien Vianney, sa démarche toujours novatrice et son engagement pour la chanson française, je vous propose de découvrir une autre facette du personnage : le guitariste.
    Car Vianney est un excellent guitariste, au point que la marque française Lag a créé un modèle « signature ». NB : je ne touche (hélas) pas de royalties sur cette promo.

    Et oui, ça n’a aucun rapport avec sa Victoire, mais vous connaissez déjà ses chansons, alors…

    Quant à Gazo, rappeur attachant (Oui ! Oui ! Ca existe !), il a déclaré « Être ici c’est déjà une victoire, donc c’est une deuxième victoire » !
    Découvrez celui pour qui Vianney a un « respect de fou » :   

    Concert de l’année : Damso, QALF Tour

    Hum… alors j’ai beau essayer de ne pas être dans le jugement, là il y a quelque chose qui m’échappe. En concert, le rappeur Damso (qui lui aussi était absent de la cérémonie) est tout seul sur une scène vide avec une bande son et des lumières. J’ai dû rater un truc.
    Allez, je mets le lien, inutile de me remercier. Voilà.

    « QALF », ça veut dire « Qui Aime Like Follow »…
    Dans ce cas, je préfère m’intéresser aux « perdants » :
    Bigflo & Oli, pour « Le grand Tour »
    Pomme pour « Consolation »
    Shaka Ponk, pour « The Final Fucked Up Tour »
    Le génie ne paie pas toujours !

    Révélation masculine de l’année : Yamê

    Ouah ! Voilà un vrai souffle nouveau pour la chanson française ! Arrivé en « bécane », ce fan de moto franco-camerounais remporte la révélation de l’année. Il a éteint de son talent le laborieux Nuit Incolore et le soporifique et anglophone Aime Simone.
    Quoi ? Je suis dans le jugement ?
    Ecoutez ça et vous saurez pourquoi ! Bah ouais !

    Artiste féminine de l’année : Aya Nakamura

    Que dire de Aya Nakamura ?
    Tout ? Rien ? Je vous laisse vous faire une idée, non pas en musique : vous connaissez déjà (et je dirais même Dja!), mais en interview.

    En conclusion

    Comme toujours, les Victoires de la musique nous laissent un peu sur notre faim. Et c’est bien normal ! Il ne faut pas les voir comme une réelle consécration pour les élus, ni comme un désaveu pour les oubliés, mais plutôt comme un indicateur de la tendance du marché.
    La chanson française qui fonctionne aujourd’hui, c’est ça.

    A nous, à VOUS d’en écrire l’histoire future !
    Alors, à vous de jouer, et…

    Vive la Chanson !