Auteur/autrice : Denis Perrin

  • Écrire une VRAIE chanson avec l’IA : mode d’emploi

    Écrire une VRAIE chanson avec l’IA : mode d’emploi

    Qu’on le veuille ou non, l’intelligence artificielle s’est définitivement invitée dans tous les domaines de la création, y compris la musique.
    Alors une question se pose : peut-on écrire une VRAIE chanson avec l’IA ?

    L’IA au service des paroles : une plume qui ne vole pas très haut

    Vous le savez : les outils d’IA sont capables de générer des paroles en quelques secondes. Des plateformes gratuites comme ChatGPT, DeepBeat, LyricStudio et bien d’autres permettent de proposer des lignes de texte en fonction d’un thème ou d’un style donné.
    Mais concrètement, qu’est-ce qu’on peut en tirer ?

    IA pas de problème

    • L’IA est capable d’écrire en quelques instants une chanson de qualité médiocre qui ne surprendra personne. Pratique si vous êtes à cours de temps pour fêter l’anniversaire d’une vielle tante un peu déconnectée.
    • L’IA sait analyser des milliers de chansons pour proposer des idées dans un registre particulier (romantique, engagé, humoristique…). Elle trouvera donc des thèmes porteurs… mais ordinaires.
    • L’IA peut vous aider à surmonter le syndrome de la page blanche : un auteur peut utiliser une IA pour générer des suggestions et stimuler son inspiration.
    • Ben… c’est à peu près tout ! 😁

    IA pas moyen

    • Créer des métaphores originales : Impossible. L’IA se base sur des données préexistantes, donc zéro inventivité : elle recycle du déjà-vu.
    • Donner une âme aux textes : non plus. Elle ne ressent ni émotions ni intentions profondes. Pire encore, l’IA ne comprend souvent rien aux paroles de chansons qu’on lui soumet !
      Essayez, pour voir, vous serez édifié ! 😕
    • Comprendre les subtilités de la langue française : que nenni ! Les jeux de mots, les doubles sens et la poésie fine, tout ça, ça n’est pas son truc du tout !
    • Trouver des rimes : là c’est carrément risible 😁 ! Les IA peuvent aligner des vers qui semblent rimer, et en plein milieu, patatras : un mot qui n’a rien à faire là vient tout flanquer par terre ! C’est sans doute dû au fait qu’elle ne maîtrise pas le son des mots.
    • Respecter la métrique : AUCUNE des IA que j’ai testées n’en est capable. Plus largement, tout ce qui fait l’essence de la langue orale (accent tonique, rimes, métrique, etc… lui échappe totalement.

    Bon, allez, soyons sympa ! Offrons à l’IA un poste d’assistante, et ce malgré ses énormes lacunes techniques qui donnent à toutes ses productions une grande banalité et pas mal de lourdeur.

    Mais on la garde à l’oeil, car elle ignore tout de la langue orale, et davantage encore de la langue parlée, qui est l’essence même de la chanson.
    Dans ce domaine, l’IA est pire qu’inutile : elle fait carrément des fautes !

    Et puis on ne lui laissera pas le mot de la fin, car une bonne chanson repose définitivement sur la personnalité de l’artiste, et non sur un assemblage froid -et souvent hasardeux- de mots générés par un algorithme.

    En clair, y’a du boulot !

    Composer avec l’IA : une note médiocre

    Bilan mitigé pour l’IA côté paroles, mais qu’en est-il des mélodies et des arrangements ? Des outils comme AIVA, Boomy ou Amper Music (pour ne citer qu’eux) proposent de composer automatiquement des morceaux en fonction d’un style musical donné.

    Alors ? Qu’est-ce qu’on en retire ?

    IA pas de problème

    • Générer des progressions d’accords : pratique ! Mais bon, l’IA reste dans des schémas habituels ultra-connus.
    • Proposer des arrangements automatiques : orchestre, synthé, guitares… L’IA peut esquisser une direction sonore. C’est de mon point de vue sa seule réelle qualité, même si les claviers arrangeurs font cela depuis belle lurette.
    • Proposer des entames de mélodie : souvent, cela pourra vous donner l’impulsion pour un début de thème musical. Un début seulement, car…

    IA pas moyen

    • Les mélodies ne vont nulle part ! Autant les entames peuvent être une source d’inspiration, autant il faudra vous débrouiller tout seul pour trouver « la sortie », car systématiquement les mélodies s’enlisent après quelques mesures.
    • Aucune émotion authentique : une composition IA peut être techniquement correcte, mais elle manquera cruellement de vie… ou alors ce sera sur un malentendu !
    • Marge de progression très faible : un artiste modifie, affine et improvise selon ses sensations, les retours de son entourage, ce que l’IA ne peut pas faire. L’IA sera juste capable de proposer de nouvelles choses sans s’adapter de façon intuitive comme le fait un artiste.
      Ne perdez pas votre temps à lui faire affiner sa création, c’est peine perdue.
    • Uniformisation des styles : les morceaux générés tendent à tous se ressembler, faute d’une véritable intention artistique. Ce qui fait qu’avec un peu d’expérience, on les identifie instantanément. N’espérez pas lancer votre carrière de cette façon !

    Bref, là encore, on peut au mieux considérer l’IA comme une source d’inspiration parmi d’autres, voire comme un soutien technique, mais il ne faut pas en attendre plus.

    Le public « chanson » et l’IA : I’A un blème !

    Il faut également soulever un point très important :
    Si certains publics, notamment dans les musiques électroniques ou la pop internationale, peuvent tolérer une production en grande partie automatisée, il en va tout autrement pour la chanson francophone.

    Les auditeurs de chanson française ne cherchent pas une prouesse technologique, mais une voix, une plume, une identité. Pourquoi aime-t-on Brel, Véronique Sanson ou Vianney ? C’est pour leur manière unique de raconter une histoire, d’interpréter une émotion et de donner une profondeur humaine à leur art.

    Et là, côté IA, on est carrément hors sujet !

    En résumé : Utiliser l’Intelligence avec intelligence

    On l’a vu, même si la prouesse technologique est remarquable, le résultat objectif produit par les IA est souvent de médiocre qualité. Pourquoi ?

    Il faut prendre l’IA pour ce qu’elle est :
    un assistant dévoué, plein de bonne volonté mais totalement dénué de talent.

    et pas pour ce qu’elle n’est pas :
    un artiste à part entière qui saura vous surprendre ou vous émouvoir.

    Pour bien utiliser l’IA, il faut garder à l’esprit que l’IA ne ressent rien, elle ne vit pas d’expériences, elle ne doute pas, ne cherche pas à provoquer ni à innover par nécessité intérieure.
    Elle n’a aucune marge de progression (j’ai testé la méthode « Pommes » sur ChatGPT… misère !)
    L’IA n’a pas d’intuition, elle ne crée que par association statistique.
    Un musicien, un auteur, un compositeur va parfois aller à contre-courant, casser les codes, oser l’inattendu… Un choix que l’IA ne fera pas.

    Bon, alors l’IA, c’est poubelle ?
    Pas tout à fait : on peut quand même l’utiliser… un peu !

    Le MODE D’EMPLOI

    Voici le moment tant attendu : ce qu’on peut faire ou ne pas faire !

    Côté paroles

    Vous pouvez utiliser l’IA pour :
    – Trouver un thème de paroles
    – Rédiger un texte « juste pour voir » s’il y a un petit truc à en tirer
    mais surtout pas pour :
    – Trouver des rimes fiables
    – Ecrire un texte à votre place

    Côté musique

    Vous pouvez utiliser l’IA pour :
    – Trouver une progression harmonique (pas trop originale)
    – Chercher des idées d’entames de mélodies
    mais surtout pas pour :
    – Faire une mélodie complète
    – Mettre en musique un texte complet
    – Créer à votre place une musique complète, sauf si vous êtes slameur ou rappeur.
    – Interpréter à votre place

    Vous devez donc utiliser votre IA comme un employé un peu neuneu mais très dévoué, sans en attendre de miracle, et en lui pardonnant ses faiblesses.

    Hé oui, désolé, mais… l’IA n’a aucun talent !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion : un outil, mais pas un artiste

    L’intelligence artificielle fait peur à beaucoup. Et bien croyez-moi, il n’y a pas de quoi !
    Car si elle peut être un soutien créatif intéressant pour écrire une chanson, notamment pour surmonter un blocage ou explorer de nouvelles idées, elle n’a ni le talent, ni la sensibilité, ni la vision d’un artiste.

    Vous êtes auteur-compositeur ? Voyez l’IA comme un assistant, mais ne lui laissez jamais le premier rôle.

    Ce que le public attend d’une chanson, ce n’est pas une rime convenue ou une harmonie standardisée, c’est une vérité, une émotion et une signature unique : la vôtre.

    Vive l’inspiration, vive l’humain, et

    Vive la Chanson !

  • Chansons « CLÉ EN MAIN » : la grosse arnaque !

    Chansons « CLÉ EN MAIN » : la grosse arnaque !

    Une chanson faite sur commande… ou par une machine ?

    Un de plus ! J’ai été récemment sollicité par Jean (j’ai changé son nom, mais je pense qu’il se reconnaîtra😉) qui avait un grooos doute sur une prestation musicale qu’il avait achetée : une chanson « clé en main ».

    Et autant vous le dire tout de suite : je suis FURAX !

    Jean, c’est un auteur-compositeur en herbe plutôt prometteur (mais si !😎) qui est abonné à notre page. Et il voulait offrir une chanson unique à sa femme pour son anniversaire.
    Pour assurer le coup, et aussi « pour voir », il a décidé de faire appel à une entreprise qui propose sur le web des chansons « personnalisées ». Drôle d’idée, mais bon…
    Il leur remet donc son ébauche et quelques directives pour mettre en musique ses idées de paroles.

    Premier essai, reçu dans les 48 heures : la mélodie est plate, les paroles manquent d’âme. Il demande des modifications.

    Deuxième essai, là il attend 24 heures : rien à voir, ça sonne carrément différemment, mais avec un je-ne-sais-quoi d’artificiel.

    Troisième (et dernier) essai (après une semaine quand même) : Nouvelle mouture totalement hors-sujet, dans le style « déjà entendu 1000 fois ».

    Et voilà que Jean, qui a quand même dépensé 49 euros (au lieu de 199 grâce à la promo valable si on se décide tout de suite !🥺) pour avoir trois chansons inutilisables, commence à se poser des questions. Il est presque temps !
    Il recontacte le studio (dont je tairai le nom, mais voir ci-dessous) et pose la question fatidique :
    « Qui a composé cela ? » .
    Après quelques (grosses) réticences, la vérité tombe à demi-mot : en réalité, tout a été généré par une intelligence artificielle.
    Sa « chanson sur-mesure » n’était qu’un produit d’algorithme vendue à prix fort.
    Et voilà le travail !💸

    Le scandale des entreprises de « chansons personnalisées »

    Vous l’avez sûrement observé : sur le web, il y en a de plus en plus, de ces sociétés qui promettent une chanson « unique et émotionnelle ».
    Elles parlent de « leurs studios » et de « leurs artistes« , mais voilà la réalité :

    Le « studio » se limite à un simple ordinateur, et
    « l’artiste » n’est autre qu’un algorithme d’intelligence artificielle !
    Ni plus ni moins !

    En réalité, ces entreprises exploitent des IA musicales souvent gratuites comme :

    • Suno (suno.com), qui crée une chanson entière en quelques secondes.
    • Udio (udio.com), qui génère des morceaux dans différents styles en partant de quelques mots-clés.
    • Boomy (boomy.com), qui produit des musiques complètes en un clic.
    • AIVA (aiva.ai), conçue pour composer des bandes-son en fonction d’un style prédéfini.
    • SONGER (https://songer.co/) l’IA musicale de ChatGPT.

    Oui, vous avez bien lu : ces soi-disant prestataires ne font souvent que soumettre vos informations à une IA, ajouter une voix, parfois réelle, le plus souvent artificielle, ou un traitement audio minimal, puis vous revendre le tout à prix d’or.

    Et ça passe !

    Qui sont les entreprises de « chansons personnalisées »

    Vous voulez des noms ?
    NeoMusic,
    HitMySong,
    MaChanson-Personnalisée.com,
    Melodfy,
    MyMusic Studio,
    Melodya,
    My Musik,
    SongSurprise…
    …pour ne citer qu’elles, car il y en a de plus en plus !
    Toutes ces sociétés proposent des « chansons sur mesure ».

    Toutes font créer par IA les chansons qu’elles vous facturent !

    Protégez-vous des escrocs

    1. Qui sont les escrocs ?

    Dans le lot, il y a certes quelques prestataires honnêtes, mais alors qui sont les escrocs ?

    Des particuliers qui montent un site web pour tenter leur chance dans le style « brouteur ».
    Des grosses sociétés, parfois basées à l’étranger, qui ont pignon sur rue et qui « travaillent » parfois dans toutes les langues.

    Quant aux « anciens » prestataires historiques, qui proposaient ces services réalisés « à la main », ils disparaissent du paysage les uns après les autres.

    2. Comment les repérer ?

    Avant même de passer commande, voici quelques signes qui doivent vous alerter :

    – Allez écouter leurs exemples de productions. Je ne peux hélas pas citer de nom, mais la plupart « puent l’IA » à plein nez !

    – Regardez les images d’illustrations : si c’est de l’IA (ça se repère facilement), méfiance !
    – S’ils communiquent via des robots ou des formulaires électroniques, mauvaise limonade, fuyez !

    3. Que faire si je me suis fait avoir ?

    La réponse est simple : rien du tout ! Vous l’avez dans le baba !

    D’une part rien n’interdit d’utiliser l’IA pour vendre des « création ».

    D’autre part Il y a bien eu intervention humaine, puisque votre demande a été saisie par un « artiste » pour l’algorithme et produit dans « leurs studios ».

    Officiellement, le contrat est rempli.

    Quelle est la solution ?

    Vous avez en fait trois solutions :

    1. Si l’IA vous suffit

    Dans ce cas, nul besoin d’aller vous faire plumer chez les brouteurs : vous vous rendez directement sur un des sites IA gratuits mentionnés au-dessus et le tour est joué !

    2. Un travail sur-mesure et artistique

    Si vous avez tout de même un minimum d’exigence, allez rencontrer un auteur, compositeur, arrangeur, ingé-son. Bref un être humain qui va discuter avec vous, comprendre vos attentes, proposer des ajustements réels et ajouter une touche artistique unique.
    Un texte bien écrit, une mélodie adaptée à votre voix et des arrangements pensés pour une réelle interprétation : ça, une IA ne le fait pas encore !

    3. Apprendre à composer : la vraie solution

    En vous faisant épauler un peu, vous pouvez écrire et composer vous-même votre propre chanson ! Et c’est pour ça qu’on est là ! Avec l’Académie de la Chanson : vous allez apprendre à traduire vos émotions en musique, avec des méthodes accessibles à tous.

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion : Soyez acteur de votre musique !

    On est parfois tenté de payer un service rapide pour une chanson soi-disant « unique », mais voilà : c’est de l’IA ! Et vous savez la meilleure ?

    Il y a aussi des faux auteurs qui sont à la SACEM et qui vous guettent pour une escroquerie aux droits d’auteurs :
    cliquez ici pour lire l’article.

    Alors plutôt que de laisser une machine créer des souvenirs à votre place, faites appel à de vrais artistes, ou mieux encore : prenez le temps d’écrire et de composer vous-même ! On est là pour vous y aider !

    A bas les brouteurs, Vivent les humanoïdes, et

    Vive la Chanson !

  • ÉCRIRE DES CHANSONS EN FRANÇAIS : MALÉDICTION !

    ÉCRIRE DES CHANSONS EN FRANÇAIS : MALÉDICTION !

    Allez, vous êtes comme moi : il vous arrive d’écouter une chanson en anglais et de vous laisser emporter par la mélodie sans vraiment prêter attention aux paroles ?
    Et puis, un jour, HORREUR ! Vous découvrez leur traduction et vous réalisez qu’elles sont d’une platitude affligeante… Et pourtant, l’illusion a fonctionné…

    En revanche, dès qu’une chanson est en français, là, impossible d’y échapper : chaque mot, chaque phrase nous frappe de plein fouet, pour le meilleur comme… pour le pire.

    C’est toute la « MALÉDICTION » de la langue française.

    La malédiction du biais cognitif

    Dès que nous entendons une chanson en français, nous en saisissons automatiquement le sens.
    C’est comme ça.
    Mais pourquoi ?
    Et bien cette perception immédiate est due à un mécanisme cognitif imparable : C’est une question de langue maternelle !

    Depuis notre naissance, notre cerveau est programmé pour en extraire du sens et en jauger la forme dès le premier son.

    Comme dirait Monk, c’est un don
    C’est comme cela qu’on communique de façon fluide avec ses compatriotes, sans avoir besoin de réfléchir.
    et une MALEDICTION.
    C’est ce qui explique aussi qu’une phrase maladroite ou une métaphore bancale nous saute immédiatement aux oreilles.

    En anglais ou dans d’autres langues, nous n’avons pas ce réflexe : nous nous laissons porter par la sonorité des mots, sans ressentir immédiatement leur éventuelle pauvreté.

    Ce phénomène repose sur plusieurs biais cognitifs bien connus :

    • L’effet cocktail party 🍸 : Notre cerveau est toujours en alerte pour capter des informations pertinentes dans notre langue maternelle. Même noyé dans un flot sonore, il détectera instantanément une phrase qui fait sens.
    • L’attention involontaire 🎯 : Contrairement à une langue étrangère, où l’on doit fournir un effort de compréhension, le français impose son sens sans qu’on puisse y échapper.
    • La curiosité spontanée 🔍 : Entendre des paroles dans sa langue maternelle déclenche un besoin instinctif d’interpréter et d’analyser.
    • Le biais de surveillance sociale 👂 : La musique étant une expression culturelle forte, nous cherchons instinctivement à comprendre les discours qu’elle véhicule.

    Les chansons en anglais : l’illusion du génie

    Si nous avons souvent l’impression que les chansons anglophones sont mieux écrites, c’est en grande partie à cause de cette « malédiction ».

    Nous n’avons pas la même exigence lorsque nous écoutons une chanson dans une langue étrangère, parce que nous n’en percevons pas instantanément les maladresses.

    De plus, l’exotisme liée à cette langue qui nous est étrangère (c’est le cas de le dire), en renforce la poésie apparente.

    Le piège est renforcé par un autre biais cognitif : l’effet Eaton-Rosen. Ce phénomène nous pousse à croire qu’une rime (ou une allitération) donne plus de crédibilité à un propos.
    Alors oui, ça fonctionne dans toutes les langues, et donc aussi en français.
    Seulement voilà : vidé de sons sens, un texte simpliste en anglais peut paraître profond s’il est bien rythmé et sonne bien.
    A ce sujet, jetez donc une oreille sur les fausses rimes en « o » de Magic System ! Rigol »o », non ?

    La musique mène la danse

    Si la langue française impose son sens, il ne faut pas oublier que la musique, elle, touche directement l’émotion.
    Une bonne chanson est celle qui crée une cohérence entre le discours et la mélodie.
    Ainsi, le rock inspire la révolte, le slow évoque l’amour, et les musiques de relaxation plongent dans un état méditatif…

    Dans une langue étrangère, la musique des mots suffit à renforcer cette émotion.
    En français, ça ne marche plus, puisque les mots ont un sens.

    Mais bon on va relativiser :
    En fait, la musique des mots marche aussi en français, même si l’effet est « parasité » par le sens.

    Alors là, deux solutions : soit le sens est plat et ça saute aux oreilles ! Ouille !
    Soit le sens est intéressant et ça s’appelle du talent !
    Et c’est pour cela qu’on est ici ensemble !

    Mais cette mécanique peut aussi être détournée… lisez donc la suite !

    Le pouvoir des mots : persuasion ou manipulation ?

    Et c’est ici qu’on retrouve une autre malédiction de la langue !
    Car la combinaison musique-parole a été exploitée bien au-delà du domaine artistique.
    Dans la publicité, bien sûr, pour influencer notre perception d’un produit.
    Mais il y a pire :

    Certains prédicateurs utilisent des musiques « enveloppantes » pour rendre leur message plus persuasif.
    Le rap, souvent décrié, joue justement sur cette puissance du verbe alliée au rythme… et pas toujours dans un but respectable !

    Et que dire des meetings politiques ou idéologiques, où les musiques choisies renforcent les slogans et conditionnent l’auditoire ?

    La musique ne se contente pas d’accompagner un discours, elle en devient une arme.

    Le public « musique » préfère l’anglais

    Disons le : face à cette « malédiction », il est plus confortable pour certains d’écouter des chansons en anglais : le sens devient secondaire, et l’émotion musicale prime.

    A mon grand désespoir, ma propre fille est dans ce cas !
    Quelle ingratitude… 😉

    Alors, on fait quoi ? On abandonne ?

    Et bien non ! Car le public « musique » (qui privilégie l’atmosphère sonore) n’est pas le public « chanson » qui se concentre sur les paroles.

    Rassurons-nous ! « Notre » public, c’est le public « chanson »
    Et il aime le sens des mots !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Alors, malédiction ou bénédiction ? Tout dépend du point de vue.
    Une chose est sûre : en français, les mots comptent.
    Et ça, notre cerveau ne nous laissera jamais l’oublier ! 😎

    C’est ce qui fait toute la beauté de la chanson française.
    Et toute sa difficulté aussi !

    Alors, toujours prêt à relever le défi ? 😉
    Moi oui !

    Vive la Malédiction du Français, et

    Vive la Chanson !

  • Écrire des chansons pour des chanteurs

    Écrire des chansons pour des chanteurs

    Auteur-compositeur pro : un rêve accessible !

    Vous aimez écrire des chansons, pas vrai ?
    Mais voilà : l’idée de les chanter vous-même ne vous emballe pas plus que ça ?
    Ou peut-être aimez-vous l’idée de voir vos mots portés par la voix d’un(e) autre artiste, avec une interprétation qui leur donne une dimension inédite ?

    BINGO ! De nombreux interprètes sont à la recherche d’auteurs et/ou de compositeurs !

    Ecrire des chansons pour d’autres est une passion (et même un métier !) qui peut ouvrir bien des portes. Mais comment faire pour que vos textes ou vos mélodies trouvent preneur ?

    L’équilibre entre style personnel et adaptation

    L’un des plus grands défis lorsque l’on écrit pour un autre artiste, c’est de marier son propre style avec la personnalité musicale et artistique du chanteur ou de la chanteuse.

    un auteur compositeur et son interprète

    Comprendre l’artiste

    Avant même de poser les premières paroles ou les premiers accords, il est essentiel de bien cerner l’univers musical de celui ou celle pour qui vous écrivez.
    Quels sont ses thèmes de prédilection ?
    Quel ton préfère-t-il/elle ? Plutôt poétique, percutant, léger, introspectif ?

    Garder sa touche personnelle

    Si l’on doit s’adapter à l’artiste, il faut également veiller à ne pas totalement s’effacer. Les plus grands auteurs-compositeurs ont un style reconnaissable, même en écrivant pour plusieurs interprètes.
    J’ai le privilège d’être l’ami de Claude Lemesle, le plus grand auteur français à qui l’on doit des titres aussi différents que « La bête immonde » et « Big bisou ». Sacré grand écart, non ?

    Fugain – La bête immonde

    Malgré deux univers très éloignés, on reconnait la patte de l’immense auteur qu’est Claude Lemesle

    Carlos – Big Bisou

    Vous ne connaissez pas d’artiste ?

    C’est normal au début ! Vous avez trois solutions.

    Ecrivez pour vous-même

    Avant de proposer votre œuvre à divers artistes, écrivez votre chanson comme vous le feriez pour vous-même. C’est un gage d’authenticité (mais pas d’universalité).

    Pensez à un artiste célèbre

    Imaginez-le en train de chanter votre chanson, cela guidera votre inspiration.

    Pensez à un artiste peu connu

    Peu connu certes, mais que vous, vous connaissez, pour l’avoir vu sur une petite scène !
    Le contact sera facilité et vous pourrez ainsi faire vos premières armes… avant de lui proposer directement votre chanson !

    Une thématique forte

    Une chanson marquante repose souvent sur une idée forte. Quand on écrit pour soi, on peut se permettre une certaine « errance poétique », mais quand on écrit pour un artiste, finies les expérimentations : il faut que le message soit percutant et cohérent.

    Une thématique forte pour les chansons

    Raconter une histoire

    Beaucoup des plus grandes chansons sont construites comme des mini-récits, avec un début, un développement et une conclusion.
    C’est une bonne façon de construire votre chanson !

    Éviter les clichés

    L’amour, la solitude, le dépassement de soi… Ce sont des thèmes universels… et donc galvaudés !
    Pitiééé ! On n’en peut plus des auteurs amateurs et de leurs grands poncifs !
    Aborder ces thèmes oui, mais sous un angle original !

    S’adapter à l’artiste et au public

    Une chanson écrite pour un jeune chanteur pop et une chanson destinée à une icône de la chanson acoustique n’auront pas le même langage ni la même profondeur de texte.
    Restez cohérent avec l’image que l’artiste envoie à son public.

    Ecrire des paroles qui sonnent

    Lorsqu’on écrit pour soi, on peut se permettre quelques libertés de diction.

    Mais écrire pour quelqu’un d’autre impose un autre niveau d’exigence !
    Et ça, ça va influencer votre façon d’écrire !

    Le phrasé doit être fluide

    Méfiez-vous de l’écrit : une phrase qui paraît naturelle à l’écrit peut se révéler difficile à chanter.
    A l’inverse, un texte nul à lire peut se révéler génial à chanter ! Pourquoi ?
    La chanson, c’est de la langue orale !
    Il faut toujours tester son texte à l’oral, et même « écrire à voix haute » !

    Faire attention aux accents toniques

    En français, certains mots sont difficiles à chanter si l’accentuation tombe au mauvais endroit.
    Dites adieu aux phrases qui sonnent bizarrement une fois mises en musique !
    Méfiez-vous donc des syllabes « muettes » (ou pas), et gare à la malédiction du « e » ! 😲

    Le pouvoir des répétitions

    Un bon refrain repose souvent sur des répétitions de mots ou de sons, qui facilitent la mémorisation et renforcent l’impact.

    Composer une mélodie efficace

    Si vous êtes à la fois auteur et compositeur, vous savez que la mélodie est un élément clé.

    On peut faire toutes les paroles qu’on veut, une bonne chanson, c’est avant tout une mélodie accrocheuse et adaptée à la tessiture de l’artiste.

    Cibler sa musique

    Trouver un gimmick

    Un gimmick, c’est ce petit motif musical récurrent qui peut faire toute la différence. C’est lui qui donne vraie une identité à la chanson. A utiliser sans modération ! Quelques exemples ?
    L’intro des « démons de minuit », ou « comme toi, comme toi » que répète JJ.Goldman.

    Garder en tête la voix de l’artiste

    Certains artistes préfèrent des mélodies très linéaires, d’autres adorent les envolées lyriques.
    Chacun son style, et vous vous faudra l’analyser, puis le respecter.
    Ne l’oubliez pas, surtout si votre œuvre est destinée à quelqu’un en particulier !
    Pour vous, ça peut même être un exercice plutôt rigolo !

    Penser à l’instrumentation

    Une même mélodie peut être prévue pour une simple guitare, ou un piano.
    Mais elle peut prendre une toute autre ampleur si elle est avec un arrangement orchestral complet !
    Et ça marche dans les deux sens : certaines chansons se révèlent ou au contraire « s’écroulent » en passant d’un état à l’autre !
    Une qualité du compositeur est de garder en tête le potentiel orchestral de sa musique…
    …et ne pas oublier d’en parler à son interprète !

    Proposer ses chansons aux artistes

    Bon, c’est bien beau d’écrire et/ou de composer une jolie chanson…
    …encore faut-il qu’elle trouve un interprète !

    Créer du réseau pour proposer ses chansons.

    Réseauter

    Fréquentez les cercles musicaux, les concerts, les tremplins d’artistes. Mais aussi les groupes facebook dédiés à la chanson. Souvent, une simple rencontre peut déboucher sur une collaboration.

    Envoyer ses démos

    Certains artistes ou maisons de disques acceptent les propositions de chansons.
    Mon conseil : envoyez une maquette simple mais propre. Evitez les orchestrations complexes (ou pire : maladroites) qui peuvent escamoter le potentiel de votre chanson.

    Ne pas prendre la grosse tête

    Il est probable que les artistes à qui vous proposerez vos œuvres vous suggéreront des adaptations, voire des modifications.
    Ne prenez pas la mouche : c’est une étape normale dans ce type de démarche.
    Sans renier votre œuvre, soyez adaptable, c’est une vraie qualité dans ce métier !

    S’inscrire à la SACEM

    Si vous commencez à écrire pour d’autres, pensez à protéger vos créations.

    Et l’IA dans tout ça ?

    On voit fréquemment des auteurs ou compositeurs proposer (le plus souvent sans s’en vanter) des productions largement « inspirées » par l’IA.
    Qu’en penser ?

    Une IA peut-elle écrire des chansons ?

    L’IA comme support :

    Pour donner une musicalité aux textes

    F.B.I. : Fausse Bonne Idée ! Les IA sont pour l’instant (et pour encore longtemps) incapables de gérer correctement l’accent tonique, surtout en français, et elles vont saboter vos effets.
    De plus, le compositeur à qui vous proposerez votre texte n’aura nullement besoin qu’on lui tienne la main pour trouver une musique ! Au contraire.

    Pour mettre en mots une musique

    Re-F.B.I. ! Car il faut bien le dire, les IA ne connaissent rien aux textes de chansons, à fortiori en français. Elles ne pourront que tirer vers le bas votre ligne mélodique.

    L’IA comme aide

    Aide à l’écriture

    Les IA peuvent éventuellement vous fournir des pistes, mais veillez à garder le contrôle, car elles vont souvent limiter votre imaginaire dans des chemins très convenus.

    Aide à la composition

    C’est sans doute le seul domaine où l’IA peut offrir une vraie aide.
    Les IA proposent parfois de beaux départs de lignes mélodiques… qui se vautrent lamentablement après quelques mesures ! Si vous arrivez à attraper au vol quelques notes pour les mettre à votre sauce, pourquoi pas ?
    C’est une source d’inspiration (presque) comme une autre.
    Mais là encore, gardez le contrôle !

    Le vrai danger de l’IA

    Le seul véritable danger de l’IA n’est pas l’IA elle-même.
    Car Aucun alien ne va venir siphonner votre cerveau !

    En revanche, si l’on apprend que vos œuvres sont le fruit d’une IA (et croyez-moi, ça se saura très vite !) vous pourrez dire adieu à votre réputation !

    L'IA ne peut pas écrire des chansons pour vous.

    …Hum ! Et accessoirement, ceux qui envisagent déjà de s’en remettre à une IA pour écrire ou composer à leur place devraient peut-être s’interroger sur leur réelle motivation, non ?

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    Conclusion : un métier passionnant mais exigeant

    Écrire des chansons pour d’autres, c’est à la fois un exercice technique et un vrai travail d’empathie artistique. Il vous faudra savoir vous adapter tout en conservant votre patte, proposer des mélodies qui restent en tête et des textes qui touchent.

    Ecrire pour d'autres, c'est passionnant.


    Alors, si vous rêvez de voir un jour un artiste chanter vos mots, lancez-vous : l’aventure en vaut la peine !

    Vive l’écriture, vive la composition, et

    Vive la Chanson !

  • ÉCRIRE UNE CHANSON D’AMOUR pour la Saint Valentin

    ÉCRIRE UNE CHANSON D’AMOUR pour la Saint Valentin

    Le 14 février approche et vous cherchez une idée pour dire « je t’aime » de la plus belle des façons à l’élu(e) de votre coeur. ❤️
    Ne cherchez plus ! Cette année, vous allez lui offrir le plus beau des cadeaux :
    Ecrire Une chanson d’amour pour la Saint Valentin !
    En voilà une idée romantique !

    Ecrire une chanson d’amour ? Mais comment faire ?
    A cœur vaillant (et amoureux), rien d’impossible ! Suivez, moi, je vous guide pas à pas pour créer LA chanson qui fera fondre son cœur.

    Cet article existe aussi en vidéo : cliquez ici !

    Faire simple !

    Règle n°1 : on va faire simple !

    Pour écrire une chanson d’amour, pas besoin d’effets de style ni de rimes compliquées. Pour la musique, pas de rythmique complexe ni d’accords alambiqués.
    Vous allez faire une ballade romantique toute simple qui va parler directement au coeur de l’être aimé.

    Prenez date

    Prendre date ?…
    C’est ça qu’on nous explique à l’Académie de la Chanson ? Ben BRAVO ! 🙃
    La Saint-Valentin, c’est le 14 février, tout le monde le sait !

    Raison de plus pour ne pas se louper ! Vous allez faire ce que font tous les artistes : prendre votre agenda et réserver tout de suite votre soirée.

    Cela parait anecdotique, mais ça ne l’est pas du tout !
    Parce que d’une part, cela vous obligera faire votre chanson sans procrastiner ni vous laisser piéger par le temps, et d’autre part, ça va vous permettre de vous organiser.
    Vous me remercierez plus tard 😉 !

    Et là justement, vous vous apercevez qu’en cette année 2025, le 14 février tombe un vendredi, jour de départ, au beau milieu des vacances scolaires de la zone B et au début de celles de la zone C.
    Vous l’aviez anticipé, ça ? 🧐

    Bon, ça suffit avec les préalables, on attaque, oui ou non ?

    Paroles ou musique ?

    Oui, on attaque ! Alors ? Paroles ou musique ?

    Laissez parler votre cœur : si une mélodie ou un gimmick vient spontanément, vous avez la réponse !

    Dans ce cas, notez-le tout de suite dans votre dictaphone : ce sera le point de départ de votre travail.

    Sinon, vous commencerez par les paroles !

    Inventer les paroles

    Nous allons utiliser des paniers : « paniers d’idées », « paniers de mots » et « paniers de rimes ».
    Pour cela, il vous faut trois feuilles et un stylo. 📜📜📜🖋️

    Si vous voulez tout savoir sur « les paniers », je vous recommande de lire cet article https://academiedelachanson.fr/ecrire-bonne-chanson-chansons-technique-des-paniers/.

    1) Les paniers d’idées

    📜 Sur la première feuille, notez toutes les idées qui vous viennent quand vous pensez à votre amoureux(se).
    C’est ça, les paniers d’idées.
    Pour trouver l’inspiration, je vous conseille deux axes :

    – Les petites choses du quotidien

    Pas de grandes idées pour parler de grand amour : pensez aux petites choses qui rendent votre relation unique. Ces moments qui n’appartiennent qu’à vous : ce café du matin, ce fou rire inexplicable ou encore ce surnom affectueux que vous seuls comprenez. Et notez ! 🖋️

    – Les beaux souvenirs

    Repensez aux moments forts de votre histoire d’amour. Votre première rencontre, un voyage inoubliable ou simplement un regard échangé. Notez ces instants magiques qui résonnent avec vos émotions. 🖋️

    Pour en savoir plus sur les paniers d’idées, vous pouvez lire cet article : https://academiedelachanson.fr/trouver-idee-chanson/  

    Cette phase dure environ 10mn

    2) Les paniers de mots

    📜📜 Prenez la seconde feuille.

    A présent, vous allez lister les mots qui comptent dans votre histoire d’amour.

    Deux axes vont vous aider :

    – Vos petits mots à vous

    Vous savez, ces petits mots mignons, touchants (et parfois ridicules) qui n’appartiennent qu’à vous.
    Notez-les bien, ils vont vous servir. 🖋️

    – Des lieux ou des moments

    Listez des mots qui comptent dans votre histoire : le prénom de l’être aimé bien sûr, mais aussi des lieux marquants, des moments inoubliables, des instants magiques… 🖋️

    Vous avez vu ? Les idées et les mots se rencontrent déjà !
    C’est la magie de l’amour qui commence à opérer ! 😍
    Ça et votre talent, 😎 bien sûr !

    Allez, on se donne 5mn maximum pour trouver plein de mots !

    3) Les paniers de rimes

    📜📜📜 Prenez votre troisième feuille.
    Vous allez y reporter les mots importants de vos précédents paniers.
    Pour chacun de ces mots, vous aller lister des rimes qui leur correspondent.
    Vous utiliserez des « patates » ! 🥔

    Commencez par regrouper dans vos « patates » ceux qui riment déjà (c’est magique, je vous dis !).

    NB : une « patate », c’est une sorte d’ensemble de maths, comme sur le schéma.

    Puis trouvez des nouvelles rimes pour les mots importants. 🖋️

    Pour trouver facilement plein de rimes, je vous recommande d’aller lire cet article : https://academiedelachanson.fr/trouver-les-mots-pour-vos-paroles-de-chansons/

    Et vous savez quoi ?
    Pour cette chanson, vous avez même droit au dictionnaire de rimes (en papier ou en ligne), car je vous l’ai dit : on va faire simple pour privilégier l’émotion !
    Là encore, 10mn maximum !

    4) La structure

    Ça y est : vous avez la matière pour écrire la chanson qui fera craquer l’âme sœur !
    Il ne vous reste plus qu’à organiser tout cela.
    Et une fois de plus, ça va être simple ! Voici comment vous y prendre :

    – Refrain accrocheur

    Le refrain sera l’idée forte de votre chanson. Parmi toutes les idées et rimes que vous avez notées, choisissez celles qui constitueront votre fil conducteur.
    Une phrase qui reviendra tout au long de la chanson, quelque chose de simple et mémorisable.

    Cette phrase doit être emblématique de votre relation.
    Vous pouvez bien sûr y inclure le prénom (ou le petit nom) de votre chéri(e) ! 🖋️

    Ça, c’est fait ! 👍

    – Couplets évocateurs

    Les couplets (idéalement au nombre de trois) évoqueront des images, des détails ou des moments importants. Utilisez des images fortes et des anecdotes personnelles.
    Comme « en hiver à Amsterdam », « l’été 2023 » par exemple…
    Pas besoin de développer votre idée : une image suffit pour que l’émotion soit là.

    Le petit « plus » qui va la ou le faire craquer : le dernier couplet qui parle l’avenir de votre amour éternel…

    Côté technique, faites une structure simple :
    4 vers de 7 ou 8 pieds, en rimes suivies (AABB). C’est la meilleure formule pour vous laisser la liberté de vous exprimer. 🖋️

    N’oubliez pas : restez simple et sincère, et surtout, soyez personnel ! Cette chanson est destinée à une personne bien précise : on ne parle pas de l’amour en général, mais de votre histoire d’amour à vous deux ! Ça, c’est vraiment important.

    Amour ou Tue-l’amour ?

    👍 Amour

    Tout ce qui sert l’émotion est bienvenu. Y compris un petit clin d’œil : un souvenir très « sexe » ou un loupé mémorable. ✔️

    Mais n’en faites pas trop : on est dans une chanson d’amour, pas d’humour ! ❌

    👎 Tue-l’amour

    Les lieux communs, les généralités, les grandes vérités sur l’amour. Alors ça, c’est no way ! ☠️

    Vous écrivez une chanson d’amour, pas une chanson sur l’amour. Restez sur votre histoire spécifique, et n’enfoncez pas les portes ouvertes, ça fait courant d’air ! 🤧

    Inventer la musique

    La musique, c’est ce qui va porter l’émotion. Et pour créer la « chanson magique », rien de tel qu’une mélodie lente et simple (69 BPM est idéal). Avec des couplets qui créent une attente, et un refrain qui décolle.

    1) Instrument ou pas instrument ?

    Instrument, bien sûr ! Mini-clavier, guitare, ukulélé…

    Et même si vous ne jouez pas très bien, ce n’est pas un problème !

    Je vais vous proposer de faire quelque chose de très simple, avec des accords basiques..
    Vous verrez, 4 simples accords suffisent ! Emotion garantie !

    Ah..? Vous qui ne jouez d’aucun instrument ? Et bien pas de souci : ne lisez que ce qui concerne la mélodie sans vous soucier des accords. Ça marche aussi ! C’est ça l’amour ! 😎

    2) La musique des couplets

    La suite d’accords

    On va attaquer avec deux accords : do (do majeur) et lam (la mineur). C’est tout !

    Soit do do lam lam,

    soit lam lam do do.

    Vous voulez quelque chose de plus complet ?
    D’accord, vous pouvez prendrez une suite de 4 accords basiques, par exemple :

    à la guitare
    au ukulélé

    do lam fa sol

    ou do lam rém sol.

    L’entame « do lam » est une bonne façon de poser votre texte et de susciter l’écoute…

    au clavier

    Vous voulez plus complexe encore ?
    Pas de problème…
    …mais ce sera pour une autre fois ! 😜 Là, on fait simple !

    La mélodie

    Pour la mélodie, restez assez « statique » : pas de grandes envolées, 2-3 notes suffisent. Ainsi, vous créerez une tension qui explosera au refrain.

    3) La musique du refrain

    Changement d’ambiance : le refrain va être « solaire » avec une montée qui va faire décoller l’émotion !

    La suite d’accords

    Je vous conseille d’attaquer sur un fa, par exemple :

    fa do sol do

    ou fa sol do lam

    Vous verrez, l’entame en fa est une super rampe de lancement 🚀 pour envoyer une mélodie qui « décolle » !

    La mélodie

    C’est le grand moment de la chanson, la mélodie va décoller !

    Allez, allez, montez, montez, envolez-vous vers les étoiles, et je vous le dis : on va faire couler le Rimmel !

    (ne pas confondre avec le Titanic, même s’il y avait aussi des étoiles et de la musique) !

    N’oubliez pas de noter à mesure toutes vos idées sur votre dictaphone : rien n’est plus volatile qu’un air léger 😇 .

    L’interprétation

    Pour une déclaration d’amour, l’interprétation ça compte beaucoup ! 🥰
    Mais si vous avez suivi la démarche, votre chanson sera simple et ne vous mettra pas en difficulté technique.

    Soyez sincère

    Mais bon, chanter, ce n’est jamais facile ! Alors on va revenir à l’essentiel : la sincérité.
    Pas besoin d’une grande technique : il ne s’agit pas de faire une démonstration , mais d’ouvrir son cœur.
    Et bien, croyez-le ou non, la sincérité, ça se travaille. Ah bon ?
    Oui ! Lisez la suite !

    Répétez, répétez, répétez !

    Ah oui, là ça calme un peu, hein ?

    Parce que comme disait Thomas Edison, « Le génie, c’est 1% d’inspiration et 99% de transpiration ». Donc après le travail de création, il va falloir travailler votre prestation, et pour cela, répéter, répéter, répéter.

    Prévoyez un lieu et des moments tranquilles pour pouvoir travailler sereinement.
    Cela peut être dans la maison à des moments où vous êtes seul, dans la voiture, voire même aux toilettes ou sous la douche… heu oui je reconnais que lire sa feuille sous la douche, c’est pas facile, surtout si on joue du piano en même temps.

    En bref : débrouillez-vous ! 😝

    Faites simple

    Bannissez de votre prestation tout ce qui est purement technique : pas de vocalise inatteignable ni de doigté compliqué ! Ce qui compte, ce sont les mots et la mélodie, pas les fioritures.

    Si comme moi vous peinez à mémoriser votre texte, prenez votre feuille, ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est de ne pas trop bafouiller, de ne pas paraître besogneux le moment venu.

    Le regard

    Vous allez vous adresser à l’être aimé, c’est une déclaration d’amour en musique.

    Donc le regard est vraiment important. Entraînez-vous face à un miroir pour les passages importants pour savoir vous connecter directement de coeur à coeur (c’est-y pas mignon comme formule?).

    Le scénario

    Votre chanson, ce sera le point d’orgue de votre soirée de Saint Valentin.
    Pas question de la gâcher en la casant n’importe où, n’importe comment. Prévoyez l’instant, le lieu, l’organisation pour qu’elle soit mise en valeur.

    L’effet de surprise

    Ménagez votre effet :
    votre chéri(e) a beau se douter qu’une surprise l’attend, il ou elle va craquer si vous dégainez, sorti de nulle part, un mini clavier, un ukulélé ou une guitare cachée depuis le début !

    La finition

    A la fin de la chanson, vous allez tout déchirer si vous offrez un petit bonus : un cadeau, une bague, un simple bouquet de fleurs, un jet de pétales de rose (ça se trouve pour quelques euros).

    Peu importe ce que vous choisirez, créez la surprise une nouvelle fois, et enfoncez le clou de l’émotion.

    Et bien sûr, fendez-vous d’un « Je t’aime » qui vous assurera définitivement le statut (mérité) de « Personne la plus merveilleuse de la Terre ».

    L’after

    Votre soirée ne s’achève pas ici : vous aurez prévu la suite pour que votre belle chanson ne retombe pas comme un soufflé…

    Mais là, cela ne me regarde plus ! 😎

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    Conclusion

    Vous l’avez vu, une chanson, ça ne se fait pas tout seul ! Celle-ci va vous demander du travail, du temps, beaucoup d’amour et un peu de technique.

    Ne vous bridez pas, n’ayez pas peur : personne n’attend de vous une prestation professionnelle ! Au contraire !

    Remerciez vos fragilités. Elles seront vos meilleures alliées pour faire passer une émotion que l’être aimé saura apprécier à leur juste valeur.

    Et qui sait ? Peut-être bientôt aurez-vous besoin d’aller lire cet article : Inventer une chanson pour un mariage

    Et puis, tant que « amour » rimera avec « toujours », on continuera de faire de belles chansons, non ?

    Vive l’Amour, et

    Vive la Chanson !

  • LES RIMES IMPOSSIBLES

    LES RIMES IMPOSSIBLES

    Vous êtes coincé par une rime inextricable, pas moyen d’en sortir ?

    Un mot essentiel pour votre chanson, mais qui « bloque » tout ?

    Car oui, certains mots ne sont pas nos amis !
    Pas de quoi attraper… les vers ! Dans ce premier article sur le sujet, je balance grave : je les dénonce, et toc ! 😉

    Les mots qui ne riment pas :

    Aussi incroyable que cela paraisse, parmi les 100000 mots et plus que compte notre belle langue, certains ne riment avec…rien !

    Et ce sont des mots très courants ! Méfiez-vous d’eux, car avec leur tête de français moyen, ils vous attendent au tournant pour saboter votre chanson !

    On balance ?

    Le premier, c’est simple : c’est « simple »
    Essayez de trouver un mot qui rime avec ça ! Pas si simple !

    D’aucuns prétendent que le second n’est pas complètement français : pour tout dire, c’est même « belge ».
    Si rien ne rime avec « belge », c’est que les belges sont uniques et inimitables !

    Le troisième mot est tellement unique qu’il fait un « triomphe ». Du coup, il ne répond même plus à ses petits camarades.

    On a beau dire, le succès, ça change les mots comme les gens !

    Bêrk !
    Le suivant évoluera peut-être, mais pour l’instant, à l’état de « larve », il ne rime à rien !

    Faisons preuve de patience, car avec les larves, tout peut changer très vite.

    Méfiez-vous du mot suivant :
    il a tellement flanqué les miquettes aux autres mots que plus aucun d’entre eux n’ose désormais l’approcher.

    Et pour cause ! C’est « un monstre » !

    C’est sans doute pour la même raison que les mots ne s’approchent pas du mot « goinfre » !

    On a entendu parler de livres entiers qui s’étaient fait dévorer.

    Sans parler (ne mâchons pas nos mots) des syllabes mangées et des « h » aspirés !

    On comprend aisément pourquoi les rimes fuient le « meurtre ».

     Ne cherchez pas une rime à ce mot infréquentable : c’est mort.

    On compare parfois l’écriture à un bateau ivre.

    Eh bien n’essayez pas d’arrimer votre bateau au « golfe », vous n’y trouverez pas d’attache.

    Prenez plutôt votre Golf et allez faire un golf.

    On arrive à combien de mots, là ?

    « quatorze » ? « quinze » ?
    Ah ben tiens, ces deux-là non plus ne s’arriment avec rien…

    il y en a qui ont essayé de les faire rimer avec une « partouze », ils ont eu des problèmes… heureusement, avec 16, les choses s’arrangent.

    Passons rapidement sur le « meuble » qu’on ne retrouve que dans les « immeubles », ces deux-là pratiquent l’entre-soi.

    Passons aussi sur le « sceptre » qui est d’une autre époque, ou sur le « pourpre » pourtant bien pratique pour planter le décor d’une chanson d’amour.

    Avez-vous déjà cherché des rimes avec « moult » ? Eh bien je peux vous les dire, il n’y en a pas moult ! Là, il y a carrément tromperie sur la marchandise !

    « Puisque » la fin approche, je ne vais pas « perdre » un « siècle » sur ce sujet « abrupt » comme le ferait un « cuistre », car aucun de ces mots ne rime.

    Nous allons finir avec un mot qui me fait vraiment de la peine. Non seulement la vie ne l’a pas épargné, mais il se retrouve esseulé : c’est « pauvre ».

    Pas une rime, même pas une rime pauvre !
    Le pauvre !

    Et vous ?

    Vous en connaissez, vous, des mots qui ne riment à rien, ou à pas grand’chose ?
    A l’inverse, avez-vous trouvé une rime aux mots que je viens d’énumérer ?

    Si la réponse à l’une de ces questions est « oui » ou si vous avez un témoignage sur la question des rimes récalcitrantes, n’hésitez pas à nous en faire part en commentaire !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Certains mots ne riment pas, et alors ? Faut-il les bannir de nos chansons ?
    Surtout pas ! Je vous dirai dans le prochain article comment contourner l’obstacle avec élégance !
    Et je conclurai par un quatrain:

    Fais confiance à l’Académie
    Qui te dit tout de façon simple :
    Pour que rime ta poésie,
    Il suffit de… de… euh…

    …oh flûte y’a rien qui rime !!!

    Vivent les rimes, et

    Vive la Chanson !

  • Léo Ferré – C’est extra

    Léo Ferré – C’est extra

    Lorsqu’il sort « C’est extra » en 1969, Léo Ferré signe bien plus qu’une chanson, qu’un succès ou qu’un tube : c’est une révolution musicale et culturelle ! 🎵
    Après Mai 68, les mentalités sont ébranlées, et là, BAM ! Un morceau arrive qui met tout le monde d’accord… ou presque !
    Vous voulez savoir pourquoi et comment ? Suivez le guide ! 🚀
    Mais d’abord, les paroles !


    Les paroles de « C’est extra »

    COUPLET 1
    Une robe de cuir comme un fuseau
    Qu’aurait du chien sans l’faire exprès
    Et dedans comme un matelot
    Une fille qui tangue un air anglais
    C’est extra
    Un moody blues qui chante la nuit
    Comme un satin de blanc d’marié
    Et dans le port de cette nuit
    Une fille qui tangue et vient mouiller

    REFRAIN
    C’est extra, C’est extra, C’est extra, C’est extra


    COUPLET 2
    Des cheveux qui tombent comme le soir
    Et d’la musique en bas des reins
    Ce jazz qui d’jazze dans le noir
    Et ce mal qui nous fait du bien
    C’est extra
    Ces mains qui jouent de l’arc-en-ciel
    Sur la guitare de la vie
    Et puis ces cris qui montent au ciel
    Comme une cigarette qui brille

    REFRAIN
    C’est extra, C’est extra, C’est extra, C’est extra


    Ces bas qui tiennent hauts perchés
    Comme les cordes d’un violon
    Et cette chair que vient troubler
    L’archet qui coule ma chanson
    C’est extra
    Et sous le voile à peine clos
    Cette touffe de noir jésus
    Qui ruisselle dans son berceau
    Comme un nageur qu’on attend plus

    REFRAIN
    C’est extra, C’est extra, C’est extra, C’est extra


    Une robe de cuir comme un oubli
    Qu’aurait du chien sans l’faire exprès
    Et dedans comme un matin gris
    Une fille qui tangue et qui se tait
    C’est extra
    Les Moody Blues qui s’en balancent
    Cet ampli qui n’veut plus rien dire
    Et dans la musique du silence
    Une fille qui tangue et vient mourir

    REFRAIN
    C’est extra, C’est extra, C’est extra, C’est extra


    Carte d’identité de « C’est extra »

    • Titre : C’est extra
    • Paroles : Léo Ferré
    • Musique : Léo Ferré / Jean-Michel Defaye
    • Année de sortie : 1969
    • Album : « Amour Anarchie »
    • Durée : 4 25 minutes

    L’histoire de « C’est extra »

    Léo Ferré l’anar

    L’histoire commence en 1967.

    Léo Ferré (1916-1993), chanteur anarchiste, libertaire et poète, est déjà connu comme auteur : on lui doit notamment « Jolie môme » (pour Juliette Gréco) ou « Paname » (pour Catherine Sauvage).
    Il a également -de façon plus confidentielle- une carrière d’interprète, avec « La Vie d’artiste », « Merde à Vauban » (le fameux titre censuré), « Comme à Ostende », « Pauvre Rutebeuf », etc.

    Une chanson va tout changer

    Et voilà que, comme dans le proverbe, « Une chanson va tout changer » !
    Cette chanson, c’est « Nights in White Satin » des Moody Blues, sortie en 1967.

    C’est sur son autoradio, alors qu’il circule entre deux concerts, que Léo Ferré l’entend pour la première fois. Et là, c’est l’électrochoc !

    Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé, ce genre de truc. C’est comme un coup de foudre !
    Moi, ça m’est arrivé plusieurs fois : pour « Walking on the Moon » (Police), « Le temps qui court » (Alain Chamfort), « Scatman » (Scatman John) ou « Alarma » (666)…

    Hum… bon bref on n’est pas là pour parler de moi ! 😶

    Revenons aux Moody Blues.
    Wouah, ces violons, ce tempo, cette ambiance… impossible de passer à côté d’un son pareil !
    Léo Ferré qui est en train de préparer son nouvel album avec son vieux complice Jean-Michel Defaye, se dit qu’il tenterait bien l’aventure de la pop post 68 version anglaise !
    Et bien sûr Jean-Michel Defaye est partant ! Il invente le sonocopieur ! 💡
    Même tempo, même type d’orchestration, il va nous faire du Moody Blues façon chanson française !
    Mais à propos, c’est QUI, ce Jean-Michel Defaye ???

    Le chef d’orchestre

    Jean-Michel Defaye, c’est LE grand ami de Léo Ferré, le complice musical qui l’aura accompagné durant toute sa carrière.
    Cet article lui rend hommage, car il vient de nous quitter ce 1er janvier 2025.

    Mais bon, pour moi, c’est surtout celui qui a bercé mon enfance, puisqu’on lui doit le générique de « Bonne nuit les petits ».

    Ben oui, vous n’avez pas connu, vous êtes trop jeunes, bande de gamins ! 😊

    Bon, vous avez une deuxième chance avec « Colargol ». C’est lui aussi ! 😉

    Allez, allez, on s’égare !

    Avec « C’est extra », la petite histoire rencontre la grande !
    Pendant l’enregistrement de l’album, en France, c’est la révolution ! Mai 68 ! Et « les événements » seront un catalyseur pour la suite de la carrière de Ferré.
    Début 1969, quand sort le 33 tours de l’anar, c’est l’explosion ! Les radios s’en emparent instantanément !

    « C’est extra », avec son rythme envoûtant, devient un tube incontournable en quelques semaines.
    A l’instar des étudiants matraqués par les CRS, le tube est matraqué sur toutes les ondes. Il passe dans tous les night-clubs 🕺💃, et le titre propulse Léo Ferré au rang de véritable star. ⭐

    De la face B à la Face A

    Ferré, ce paria qu’on ignorait dans les sphères officielles et sur les plateaux télé, devient une icône. Les médias se battent pour l’avoir !

    Le succès est tel qu’il faut lancer de nouveaux pressages du disque.

    Mais cette fois-ci, c’est en Face A qu’on grave désormais « C’est extra » ! Regardez les deux versions de la pochette !

    Et sur le 45t, on a inversé les étiquettes !

    Une vraie consécration. 🎶

    Un texte ouvertement érotique

    À l’instar de « Je t’aime… moi non plus » de Gainsbourg et Birkin, sorti la même année, on ne va pas faire dans la dentelle ! Mais plutôt dans la lingerie !!! 😉
    Franchement… vous avez lu les paroles ? 😵

    On peut dire que c’est explicite !
    « C’est extra » sera pourtant épargné par la censure et passera en boucle dans les médias sans être inquiété !
    Même les restrictions horaires (à l’époque, certaines chansons avaient des « bons de sortie » la nuit sur les radios nationales) lui seront épargnées.
    Hé oui : Mai 68 est passé par là ! les esprits se sont libérés. Entre révolte et érotisme, « C’est extra » correspond exactement aux aspirations de la jeunesse de son époque !

    C’est ainsi que Léo Ferré le mal-aimé se retrouve classé dans tous les hit-parades ! Et pas seulement en France ! Ecoutez-donc « Niente più », la version transalpine. Elle est pas extra ?

    Une seconde carrière

    « C’est extra », c’est le début d’une seconde carrière pour Léo Ferré.
    Suivront « Avec le temps », « Monsieur William », « La Mémoire et la Mer », « Ni Dieu ni Maître », « Les anarchistes », etc.
    Et, surtout, avec « C’est extra », Léo Ferré a renouvelé son public en touchant une nouvelle génération, celle de Mai 68, des étudiants et de la jeunesse tout entière.


    Emporté par son élan, Léo Ferré se lance même dans des productions avant-gardistes, notamment avec le groupe Zoo qui colore de sonorités rock tout son répertoire, le nouveau comme l’ancien.

    PITIÉÉÉÉ !

    Que ceux qui tiennent jusqu’à la fin me disent en commentaire comment ça se termine : moi je suis parti me coucher à 1:23 !

    Depuis « C’est extra » a été repris par de nombreux artistes. Je vous propose de découvrir les versions de Bernard Lavilliers, Liane Foly ou Hubert-Félix Thiéfaine.

    Lavilliers : la version pédagogique
    Liane Foly : la version suave
    Thiéfaine : la version « authentique »

    La recette de « C’est extra »

    Comment Léo Ferré a-t-il réussi l’exploit de produire cette chanson qui après plus d’un demi-siècle garde toute sa magie ?

    Côté paroles

    Sexe, drugs and rock’n roll

    Bon, on en a parlé plus haut, on ne va pas y revenir : c’est une formule qui (rock’n) roule !

    La métrique

    Léo Ferré ne s’est pas compliqué la vie : il a utilisé l’octosyllabe (le vers à 8 pieds).

    Cette métrique était le grand standard des auteurs de l’époque…
    Aujourd’hui elle est carrément datée même si elle reste efficace.

    La métaphore

    « C’est extra » est une suite de métaphores érotiques, pour ne pas dire sexuelles.

    On ne va pas les énumérer ici, il y en a à chaque couplet.
    Et franchement, elles ont beau être signées « Léo Ferré », elles ne sont pas toujours d’une élégance exemplaire.

    Le néologisme

    Hormis cette réserve , on trouve dans « C’est extra », comme dans toute l’oeuvre de Léo Ferré d’ailleurs, de nombreux néologismes.
    Hein ? Késkidi ?!? C’est quoi une néologisme ?
    Quoi ? Y’en a qui ne savent pas ce que c’est ? 👨‍🏫
    C’est une forme de licence poétique qui consiste à détourner un mot pour en inventer un autre : comme ici « ce jazz qui d’jazze dans le noir ».

    L’ellipse

    Dans le même esprit, Léo Ferré utilise volontiers l’ellipse.
    Hein ? Ça y est, ça recommence !?! 😖 L’ellipse, mais c’est quoi encore ce truc ?!?

    Bon j’explique : l’ellipse, c’est une économie de langage propre à la poésie et à la chanson. On condense deux mots en un seul pour donner une formule percutante et imagée.
    C’est souvent utilisé pour préserver le rythme ou créer un effet d’immédiateté.
    Ici, Léo Ferré dit par exemple « une fille qui tangue un air anglais » au lieu de « une fille qui danse en tanguant sur un air anglais ».
    C’est très symptômatique de la chanson de cette époque.

    Personnellement je déteste mais bon… Il parait que ce n’est pas un article sur moi. 😢

    Côté musique

    Les accords magiques

    La base est d’une simplicité… simpliste :

    Ferré et Defaye s’appuient sur une suite d’accords archi-connue qui a fait ses preuves :
    Les fameux « 4 accords magiques » : Do Lam Rém Sol, qui tournent en boucle.
    Pas très novateur pour le coup !
    Pour tout savoir sur ce sujet, cliquez ici pour lire l’article « Les 4 accords magiques ».

    L’orchestration

    Ici au contraire, Ferré innove.
    Inspirés par le rock symphonique des Moody Blues, lui et Jean-Michel Defaye ajoutent des violons 🎻 à une base plutôt pop-rock 🎸.
    Le résultat ? Une ambiance envoûtante qui colle parfaitement aux paroles.

    Le gimmick

    En vieux briscard de le production, Jean-Michel Defaye nous fait aussi « le coup du gimmick ».

    Dès les premières mesures, il place un gimmick de guitare clairement identifiable qui fait qu’on reconnait la chanson dès les premières secondes.

    La production

    Et ce n’est pas tout : la production est ultra-soignée, ce qui donne à la chanson un son moderne pour l’époque.

    A l’arrivée, on obtient une pépite musicale qui traverse les décennies sans prendre une ride ✨.


    À vous de jouer !

    A votre tour d’écrire une petite phrase en vous inspirant de la technique de « C’est extra ».

    Allez, un papier, un stylo (heu ou un clavier, soyons modernes on n’est plus en 68!).

    Je vous propose d’inventer une petite phrase qui contient une métaphore, un néologisme ou une ellipse.

    N’oubliez pas de la publier en commentaire !

    Pour aller plus loin

    Je vous propose cette fois-ci d’inventer un couplet pour « C’est extra ».
    Le texte est simple, c’est de l’octosyllable.
    Vous allez donc faire un couplet de 4 vers, avec des images, toujours sous forme de métaphore, de néologisme ou d’ellipse.

    J’ai confié la mission à une IA, juste pour voir.
    Et voilà le résultat :

    « Des éclats de lune dans ses cheveux 🌙
    Un regard qui dessine la nuit 🌌
    Et dans ses pas comme un aveu 💃
    Un tango qui brûle et qui s’enfuit… 🔥 »

    Mouais… pas mal mais pas franchement torride, non ?


    En conclusion

    « C’est extra », c’est bien plus qu’une chanson. C’est une claque musicale, une poésie audacieuse qui a marqué son époque, et un Léo Ferré au sommet de son art.
    Cette chanson est tellement en phase avec cette période particulière qu’on n’arrive pas à dissocier les deux. Une nouvelle preuve que la chanson est intimement liée aux évènements qui marquent notre vie.

    La chanson, c’est extra !

    Vive la Chanson !

  • Démasquer les chansons faites par IA

    Démasquer les chansons faites par IA

    Sur Youtube ou sur facebook, des petits malins dépourvus de talent mais pas de malice essaient de vous faire prendre les vessies pour des lanternes en présentant leurs « nouvelles chansons » qui sont en fait créées par des IA.
    Et bien aujourd’hui, voici comment les démasquer !

    L’IA, ça le fait ou pas ?

    Pour avoir une idée objective sur la question, j’ai écouté, créé et testé plusieurs dizaines de chansons.

    En tant qu’auditeur, en analysant des productions IA qui m’étaient soumises.

    En tant que « créateur », en programmant moi-même des prompts sur ChatGPT-Pro, Udio, Suno.

    En tant que « testeur à l’aveugle », en démasquant au passage certains petits malins qui fréquentent les pages des Auteurs-Compositeurs, qui s’étaient bien gardés de dire que leurs œuvres étaient signées par des IA. Je pense qu’ils se reconnaitront dans cet article !

    J’ai même, juste pour voir, tenté d’enseigner la méthode « RIME » à ChatGPT-Pro ! Y’a du boulot ! 😂

    Alors, l’IA est-elle capable de nous berner ? On va voir ça !

    Côté paroles

    Les rimes

    Ça démarre fort : on va du « pas terrible » au hors-sujet total.

    Alors que Suno et Udio se contentent de proposer des rimes plutôt « bateau », ChatGPT-Pro lui, fait carrément 20% de fautes !
    Vous avez bien lu : une fois sur cinq, il va faire rimer ensemble des mots qui ne riment pas : « Maison » avec « Bateau » (hé oui, 🐠 encore!) par exemple.

    D’autre part, les IA testées se mélangent allègrement les pinceaux entre les rimes dites « masculines » et « féminines », ainsi qu’avec la prononciation des « e ».
    Par exemple, elles croient que « mange » se dit « man-ge » en 2 syllabes et rime donc avec « jeu ».

    Le lexique

    Les mots proposés sont souvent éloignés du lexique particulier de la chanson.
    Rien qui « claque », rien qui « sonne ».
    Ça ne ressemble même pas à du « dictionnaire de rimes », ce sont juste des mots sans intérêt qui n’excitent pas l’imaginaire. Et bien sûr, le choix est fermé, puisque l’éventail des propositions est très limité… quand il ne s’agit pas de mots qui n’existent pas, comme c’est souvent le cas avec Udio notamment !

    Fautes de style / fautes de français

    De ce côté-là on est gâtés : quelques exemples ?

    « Je ressens l’horizon », « Un café froid, posé sans détour », « tout retombe, désarmé ». Et ce ne sont que quelques-unes des innombrables perles que j’ai relevées. 😀

    Les IA adorent aussi les appositions : « une main tendue, expressive », « un regard perdu, sans amitié ». 🤔

    On trouve également des métaphores assez exotiques «  la brise emporte un souffle effleuré ». Je vous jure que je n’invente rien !

    Enfin, il y a un problème de « niveau de langage » : l’IA ne sait pas faire la différence entre langage soutenu, courant, familier, argotique… et ça s’entend vraiment !

    L’accent tonique

    Là, on va appeler l’orthophoniste !
    On aura beau tenter d’expliquer à nos chères IA qu’il s’agit de langue orale, elles ne savent toujours pas parler !
    Ce qui donne :
    – Des mots ou des suites de syllabes imprononçables (comme le « oufléfleu » du « souffle effleuré » ci-dessus),
    – Des « e » muets qui prennent de la voix (« jEu mar-chEu à l’om-brEu »).
    – Des syllabes fantômes qui apparaissent au détour d’un mot (« chanté Dune chanson »).
    Bref du Molière version Ghostbusters 👻 !

    Le sens

    Ah, oui, le sens ! C’est vrai que ça compte un peu aussi !

    Globalement, malgré quelques contresens qui brouillent les pistes, les IA respectent l’idée générale de « l’auteur ».

    Mais du point de vue de l’auditeur, c’est là que les choses se compliquent ! Pour toutes les raisons vues plus haut, les textes sont souvent tellement alambiqués 🤔 qu’ils en deviennent incompréhensibles !

    Objection, votre honneur !

    On pourrait nous dire ceci :

    « Certes l’IA ne connait pas les règles de l’écriture de chanson, mais nous non plus ! Du moins si on n’a pas fait la formation « Académie de la Chanson » ». 👩‍⚖️
    Eh bien, ce serait oublier que les « règles » d’écriture ne font que formaliser ce que nous, humains, faisons spontanément, instinctivement.

    La règle ne précède jamais l’usage…
    …sauf pour l’IA, qui s’appuie sur ces règles pour créer !
    Et comme le manque de sources est patent, elle ne sait pas quoi faire. CQFD !

    Côté musique

    La musique, on le sait, c’est l’aspect abstrait et subjectif de la chanson : c’est elle qui va amener l’émotion.
    De nombreux spécialistes de l’IA illustrative affirment avec enthousiasme « avoir enfin trouvé l’IA ultime, et qu’il est impossible de détecter l’origine non-humaine des créations« .
    Heu… OUI, mais NON.
    Car ce qui est parfois vrai pour la musique d’illustration -assez standardisée et plutôt vide de sens- ne l’est plus du tout quand il s’agit de chanson… et donc d’authenticité ! 📜

    Une image vaut mieux qu’un long discours : voici deux images : une « vraie » photo et une image IA.

    Et un prompt commun : « image photographique de format carré d’un pique-nique en famille au bord d’une rivière ».

    Inutile de vous indiquer où est l’IA : ça saute aux yeux, non ?
    Tout est bien là, mais on n’y croit pas : ça sonne faux.
    Et bien en musique, c’est pareil !

    Composition

    Si les départs des lignes mélodiques sont généralement assez bonnes (en même temps, ce n’est pas ça le plus difficile à inventer!), les mélodies proposées ne nous « emmènent » nulle part. 🔃

    L’IA produit juste une suite de notes sans intention, parfois sans cohérence.
    Or, une ligne mélodique, c’est comme une phrase, avec un début, une fin, une construction.
    Ici, rien de tout cela.
    Un peu comme une route sans destination. 🛑

    Orchestration et instrumentation

    C’est sans doute le seul domaine où l’IA est performante.
    Les instruments sont assez réalistes, c’est vrai. Et malgré un côté un peu « mécanique » qui fait penser aux musiques de jeux vidéos, l’ensemble reste cohérent…

    …du moins en terme de spectre sonore, car à l’oreille il ne s’en dégage souvent aucune chaleur, oserai-je dire aucune humanité.
    Le discours de la chanson aura donc bien du mal à être portée par cette musique sans âme. 👂

    Voix de la chanteuse ou du chanteur

    Les voix proposées sont soit « mécaniques » (on connait par cœur ces voix de femmes un peu funky), soit caricaturales (façon Edith Piaf, un autre grand classique des IA).

    Dans tous les cas, les voix sonnent « bizarre », comme si elles étaient mal mixées. 🤖
    Pas de chaleur, pas vraiment d’intention.
    Bref on ressent davantage une tentative d’imitation qu’une interprétation.
    C’est carrément malaisant !

    Diction

    Aïe ! Là, on attaque les vrais problèmes : il y a quasi-systématiquement des fautes de diction dans les chansons IA : des « e » muets prononcés, des appuis toniques erronés… 👅

    Bref, on commence à sacrément s’éloigner de la chanson française !

    Carton rouge ! 🟥

    En résumé

    Ben, désolé les IA, mais ce n’est pas cette fois-ci que vous décrocherez le job ! ✋
    On vous a démasquées sans difficulté !
    Comme toujours, on peut s’extasier sur l’exploit technique de nos robots préférés, mais en terme de résultat, on reste loin du compte : le résultat est maladroit et artificiel, et surtout, surtout : il y a de vraies « fautes » tant en terme d’écriture que de composition.

    En fait, c’est assez facile à comprendre :

    Les IA génératives puisent leurs sources sur le net, et prioritairement en anglais. Alors côté paroles, c’est pas gagné. Mais ce n’est pas tout !
    Car même si de nombreuses chansons sont disponibles sur le net, il n’y a que très peu de sources qui proposent une méthode pour créer une chanson.

    Pire encore, la plupart de ces « méthodes » sont désormais générées par… des IA elles-mêmes !
    On connait les ravages de la consanguinité ! 😉

    Enfin, les IA n’ont (pour l’instant) aucune marge de progression : chacune de leurs productions est un résultat fini, qui ne peut être modifié que dans sa globalité : même pour changer un détail, l’IA va reprendre l’ensemble du travail… et donc plafonner à un niveau médiocre.

    Que demande le peuple ?

    Ça, c’est la bonne question !
    Le public « chanson » n’est nullement intéressé par des produits finis, des productions parfaites. Ce qu’il recherche, c’est de l’authenticité, une personnalité, avec ses richesses et ses failles. La meilleure preuve est le succès des sessions « unplugged ». Autant dire que l’IA est disqualifiée !
    Assumons-donc nos faiblesses : ce sont elles qui font notre richesse !

    Que cherchent ceux qui utilisent l’IA ?

    Et ça, c’est la deuxième bonne question ! 👤💰

    Pour commencer, Ce sont essentiellement des auteurs (et des auteurs-compositeurs) qui utilisent l’IA pour faire des chansons. Les « purs compositeurs » qui utilisent des textes IA pour enrichir leurs instrumentaux s’aperçoivent vite que ça ne marche pas, et ils lâchent l’affaire. 🏃🏼‍➡️

    Que cherchent-ils donc, ces auteurs ? Eh bien je le leur ai demandé ! Et il y a deux réponses :


    – Certains auteurs cherchent simplement à publier leur œuvre… mais ils ne sont pas musiciens ! Ils ont donc recours à l’IA pour mettre leur texte en musique… Et c’est une erreur, car le résultat, loin de faire honneur à leur texte, les dessert la plupart du temps ! 😕
    – D’autres cherchent des collaborations avec des compositeurs. Ils espèrent, en faisant entendre leur texte déjà « musicalisé » leur donner envie. Là encore : erreur ! Car non seulement cela induit une musique qui va brider la créativité des compositeurs en question, mais surtout l’IA ne sera pas capable d’exprimer les mots correctement, ce qui va dévaloriser le texte.

    Ne nous méprenons pas : l’IA c’est génial… mais pas pour la chanson !
    Et -sauf à être définitivement un charlatan– on n’a pas grand’chose à en tirer…
    …on se fait même parfois prendre la main dans le sac. Pas vrai, B.H. ? 😉 🕵️🙃
    Alors que faire ?

    Mon conseil : si vous êtes un auteur en mal de musique, publiez directement votre texte écrit, ou mieux : lisez-le ou slammez-le. Là, on se rendra vraiment compte de son potentiel !
    Et au passage vous éviterez de passer pour un escroc aux yeux des « anti-IA » qui restent encore nombreux dans le milieu !

    Les IA sauront-elles un jour faire des chansons ?

    Et bien non. Pas dans un avenir proche en tout cas. Et voilà pourquoi :

    Pour prendre un terme « humain », on peut dire que les IA présentent un « profil dysharmonique ».
    En clair, elles sont très compétentes dans certains domaines, et pas du tout dans d’autres.

    En l’occurrence, pour la chanson, on n’y est pas du tout.
    Et on n’est pas près d’y être, car le peu de sources en matière de création ne leur permettra pas de progresser de sitôt !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    Conclusion

    Continuons de faire nos chansons « à la main ». C’est ce qu’attend le public, et c’est ce qui nous donne le plus de satisfaction.

    Et ne soyons pas trop sévères avec ceux qui ont recours à l’IA :

    Ils ne savent sans doute pas que
    le talent, ça s’apprend ! 😉

    Bonnes créations, et

    Vive la Chanson !

  • On va s’aimer

    On va s’aimer

    « On va s’aimer » a défrayé la chronique pour des raisons bien éloignées de la musique : accusés de plagiat, Gilbert Montagné et Didier Barbelivien ont été condamnés en octobre 2024 à verser 1,6 millions d’Euros à un obscur inconnu.
    Alors ? Véritable plagiat ou opération juteuse ? Je vous dis tout dans cet article !
    Mais d’abord, les paroles !

    Les paroles de « On va s’aimer »

    COUPLET 1
    On va s’aimer
    À toucher le ciel
    Se séparer
    À brûler nos ailes
    Se retrouver
    Comme les hirondelles
    On va s’aimer
    Tellement tu es belle

    On va jeter
    Les clés d’la maison
    On va rêver
    À d’autres saisons
    On va quitter
    Ces murs de prison

    REFRAIN
    On va s’aimer
    Sur une étoile ou sur un oreiller
    Au fond d’un train ou dans un vieux grenier
    Je veux découvrir ton visage
    Où l’amour est né


    On va s’aimer
    Dans un avion, sur le pont d’un bateau
    On va s’aimer à se brûler la peau
    À s’envoler, toujours, toujours plus haut
    Où l’amour est beau


    COUPLET 2
    On va s’aimer
    Aux marches des églises
    Se réchauffer
    Au cœur des banquises
    Se murmurer
    Toutes ces bêtises
    On va s’aimer
    J’aime que tu dises

    On va partir
    Au bout d’une île
    Pour découvrir
    L’habit fragile
    Se découvrir
    Amoureux encore

    REFRAIN ad lib

    Carte d’identité de la chanson

    D’habitude, cette partie de l’article est la plus simple : on y trouve qui a fait quoi et puis voilà.
    Mais cette fois-ci, c’est ici que les ennuis commencent !
    Année de sortie : 1983
    Auteur : Didier Barbelivien
    Compositeur : heu… ben… Gilbert Montagné ? Et peut-être Gianni Nazzaro ? Ou plutôt Michel Cywie ?
    Et si on écoutait avant de trancher ? Il parait que la musique adoucit les moeurs ? Tu parles !

    L’histoire de « On va s’aimer »

    Gilbert Montagné, c’est le Mozart de la pop, en mieux.
    Déjà, contrairement à pas mal de stars, il est issu d’une famille modeste.
    Gilbert est un bébé prématuré. Il est donc placé en couveuse à la naissance.
    Seulement voilà, les médecins se plantent dans les réglages et envoient un « air » trop oxygéné. Résultats : ses yeux sont brûlés et il deviendra aveugle !
    Le moins que l’on puisse dire est que Gilbert ne démarre pas avec toutes les chances de son côté !

    Et pourtant ! Son enthousiasme et son génie musical, mis au service de la pop, lui permettent d’enregistrer son premier disque à 16 ans, d’accompagner ensuite les plus grands musiciens, puis d’enregistrer à 19 ans le tube planétaire « The Fool » (700.000 exemplaires).
    Il enchaine trois albums prestigieux dans la foulée. Tout cela va très vite !
    Trop vite pour Gilbert qui choisit de fuir cette notoriété étouffante pour retrouver un peu d’anonymat aux USA.

    En 1979, c’est le tôlier, Johnny Hallyday en personne qui revient le chercher ! Il le veut comme pianiste.
    Parce qu’à ce moment-là, Gilbert Montagné, on se l’arrache ! C’est un instrumentiste génial.
    Mais pas que ! Il est aussi un compositeur hors pair : musiques de films, musiques de pub (l’ami Ricoré, c’est lui !), rien ne lui résiste !

    La suite, on la connait : revenu sur le devant de la scène, il enregistre en 1984 « On va s’aimer ». Il a 34 ans.
    Et là, rebelote ! c’est le tube ! 700.000 exemplaires vendus rien qu’en France ! La chanson passe dans toutes les discothèques et devient disque d’or.

    Seulement voilà… Un certain Gianni Nazzaro avait sorti en 1977 une obscure chanson intitulée « Une fille de France », dont le refrain ressemble (en moche) à celui de Gilbert Montagné.
    Vous ne connaissiez pas Gianni Nazzaro ? Ben moi non plus !

    Pour la peine, je vous propose de découvrir ce chef d’oeuvre ! Notez la position des sourcils et la serviette de table à pois en guise de cravate !

    Bon, je vous passe le détail de la bataille judiciaire franco-italienne qui s’ensuivra, mais voici quelques faits :

    En 2003, Gilbert Montagné, qui s’est aperçu entretemps de l’existence de « Une Fille de France » se dit :
    « Ah ben flûte alors ! Je ne voudrais pas qu’on me pique ma chanson (il avait déjà été copié sans autorisation pour une pub Flunch toute pourrie) je vais protéger ma création ! »

    Manque de chance, c’est l’inverse qui se produit : c’est lui qui se retrouve accusé de plagiat ! 😲

    Une bataille juridique s’ensuit, et après bien des péripéties il est finalement privé de ses droits d’auteur en octobre 2024 (1,67 millions d’euros quand même, ça pique un peu !).
    Mais rassurez-vous, la saga n’est pas terminée, il va aller en cassation ! à suivre…

    C’est la guerre de 100 ans cette histoire !

    Le plus rigolo là dedans, c’est que Didier Barbelivien, auteur des paroles de « On va s’aimer », était aussi co-auteur des paroles de « Une fille de France ». Malin le Didier ! 😜

    La recette de « On va s’aimer »

    « On va s’aimer » côté paroles

    On ne va pas se mentir : « On va s’aimer » n’est pas une chanson à texte.
    Barbelivien y parle de l’amour universel, en jouant sur l’ambigüité entre amour charnel et sentiment amoureux. Et bien que le texte soit assez basique, ce double récit est vraiment bien vu ! On ne sait jamais vraiment s’il est question d’une grande histoire d’amour ou tout simplement d’amour physique. En cela le texte s’adresse à tous.
    Ce sentiment est renforcé lorsque Barbelivien énumère des lieux chargés de symboles, en passant du quotidien à l’universel « sur une étoile ou sur un oreiller ».

    Cela n’empêche pas quelques lourdeurs de style à la limite du hors-jeu :

    « On va s’aimer tellement tu es belle » Hum vous vous voyez dire ça à votre chéri.e, vous ? Essayez, juste pour voir 😂

    « On va quitter ces murs de prison » Mouais… efficace à défaut d’être léger.

    « Je veux découvrir ton visage où l’amour est né » Heu… Découvrir ton visage où l’amour est né… c’est moi ou ça ne veut rien dire ?

    « J’aime que tu dises. » Certes, mais…
    …que tu dises quoi au juste ? Parce que là, on n’a pas la réponse vu que la phrase s’arrête ici.
    A l’origine, on imagine que cela devait enchainer sur un nouveau « on va s’aimer » mais lors du montage des couplets, notre Didier national a dû donner un coup de ciseau malencontreux.

    « Découvrir l’habit fragile » Je dois être fatigué mais là je n’ai pas tout compris.
    Après avoir arraché le petit caraco, il bataille avec le soutien-gorge, c’est ça ? 🤨

    Bon c’est pas beau de se moquer.
    Globalement, ce texte, c’est vraiment du Barbelivien. Pas très classe, pas très français, mais au final diablement efficace !🧛

    « On va s’aimer » côté musique

    L’harmonie de « On va s’aimer »

    La recette est simple, et parfaitement maîtrisée : Gilbert Montagné va créer une tension dans les couplets en restant sur un La mineur, et tout faire exploser dans les refrains avec du Do majeur.
    La mineur, Do majeur… Ça ne vous rappelle pas quelque chose ?
    Ben si, forcément ! Si vous ne voyez pas de quoi je parle, lisez mon article sur les accords majeurs / accords mineurs !

    La mélodie de « On va s’aimer »

    Voilà pour l’harmonie, mais côté mélodie, Gilbert Montagné n’est pas en reste : il ne joue que quelques notes, toujours les 4 mêmes : do ré mi fa !
    Sans aucune variation, en suivant tout simplement les accords… et la même chose en partant du si puis du la…
    Cela crée un effet de répétition et de tension. Simple et efficace !

    Le rythme de « On va s’aimer »

    Le rythme enfin, très syncopé (contrairement au soporifique « une fille de France »), relance perpétuellement la dynamique. C’est particulièrement flagrant sur les fins de « phrases » :

    – Dans les couplets, on « enfonce des clous » : les syllabes sont SUR les temps.
    Quand Montagné dit « Tou-cher – le – ciel » ou « Brû-ler – les – ailes »

    – Dans les refrains au contraire, on est « en l’air » sur toutes les dernières syllabes : les syllabes sont ENTRE les temps.
    « sur un oREIL – LER » ou « un vieux GRE-NIER » et bien sûr « où l’amouR’ EST – NE » 

    Ces relances, qui font toute l’énergie de la chanson en français, sont complètement ratées sur la version anglaise « Just for tonight » (pourtant écrite aussi par Barbelivien).

    Hé oui : l’accent tonique mal compris, et les syllabes imprononçables « Just For To(night) » détruisent la dynamique dès l’entame du refrain.
    Next.

    « On va s’aimer » : Plagiat ou pas plagiat ?

    Pour répondre, il suffit de se poser une simple question :
    Pourquoi « On va s’aimer » est devenu un tube international alors que « Une fille de France » est restée dans l’ombre ?

    Est-ce à cause de cette suite d’accords extrêmement connue ?
    Do Fa Sol Mim Lam Rém Mi
    …tellement connue qu’on la retrouve dans de nombreux titres ?
    NON, naturellement.

    Est-ce par la ligne mélodique, elle aussi archi-connue ?
    do ré mi mi, do ré mi fa mi ré do ré…
    Bien sûr que NON !

    Rien de tout cela : le secret, c’est la rythmique époustouflante de Gilbert Montagné qui fait trembler les dancefloors !

    Et oui, ce sont les mêmes notes !
    Mais Montagné les fait danser dans des syncopes perpétuelles et des phrasés endiablés, là où Gianni Nazzaro se contente de les aplatir dans un déroulé soporifique. 😴

    Aucun plagiat selon moi. Du pur Gilbert Montagné au contraire !
    On retrouve dans « On va danser » tout ce qui faisait déjà le génie de Gilbert Montagné dès ses premiers titres, n’en déplaise aux médiocres héritiers avides de royalties.
    Pour un peu, ils l’auraient accusé d’avoir piqué l’idée des lunettes noires ! 😎

    D’autres exemples de « plagiats »

    Nombreux sont les artistes restés dans l’ombre qui ont accusé de plagiat leurs petits copains plus inspirés qu’eux, en vue de grignoter une part du gâteau.
    Nombreux aussi sont les artistes injustement accusés qui, par lassitude, ont préféré « avouer » un plagiat imaginaire plutôt que se lancer dans des procédures interminables.
    Des exemples ?

    On pense bien sûr à Gotye qui a dû reverser 45% de ses royalties aux héritiers de Luis Bonfá (déjà mort depuis 10 ans) pour un sample plus que discutable.

    Mais il n’est pas un cas isolé : il y a aussi Calogero pour « Si seulement je pouvais lui manquer », Ed Sheeran pour « Shape Of You », Led Zeppelin pour « Stairway To Heaven »… pour n’en citer que quelques-uns !

    Je détaillerai tout cela dans un prochain article. 🤗
    On observera que souvent, ce ne sont pas les artistes eux-mêmes qui se plaignent aux tribunaux, mais leurs héritiers… on a le talent qu’on peut !

    Pour en finir, rappelons que Gilbert Montagné, qui n’a pas besoin qu’on lui tienne la main pour composer, était aux Etats-Unis lorsque « Une fille de France » est sortie, et qu’il lui aurait suffi de changer une ou deux notes pour échapper à l’accusation.
    La réalité est qu’il ne connaissait même pas l’existence de cette chanson… et que personne d’autre ne la connaissait d’ailleurs !

    A vous de jouer !

    Eh bien justement :
    à vous de jouer les plagiaires !

    Je vous propose un petit jeu coupable.

    Prenez la suite d’accords de « Une fille de France » :
    Do Fa Sol Mim Lam Rém Mi (fastoche : elle n’utilise que les touches blanches sauf pour le Mi final).

    Jouez-la.

    En ne changeant que quelques notes, faites une copie de cette chanson qui ne soit pas identifiable.

    Vous pouvez vous inspirer de cette vidéo (allez directement à 9 :10)

    Et ne soyez pas complexé : vous ne pourrez pas faire pire que l’original !

    En conclusion

    En occident, la musique, c’est 12 notes, en comptant les dièses et les bémols. (plus les notes à l’octave). A titre de somparaison, notre alphabet ne compte 26 lettres (plus les lettres accentuées).
    Avec ces 12 petites notes, nombre de chefs d’œuvres de la musique ont été créés. Moi je trouve ça incroyable !

    Mais il en est des notes comme les mots : Il est impossible de ne pas tomber sur une séquence qui existe déjà ! C’est normal !

    Si on commence à accuser de plagiat tous ceux qui utilisent une séquence de notes, d’accords ou de lettres, on n’a pas fini ! Seules des IA auront des chances de pondre des œuvres aussi inintelligentes qu’inédites.

    Alors ?

    Alors continuons de composer nos chansons sans nous soucier des jaloux ! Ne nous limitons pas, et tant pis si certains grincheux y trouvent à redire !

    Bonnes créations originales, et

    Vive la Chanson !

  • Comprendre toutes les gammes en 5mn chrono !

    Comprendre toutes les gammes en 5mn chrono !

    INTRODUCTION :
    Houlàlà, dorien, ionien, mixolydien, jycomprenrien ! 🤯
    Les « vrais musiciens » nous parlent d’un air entendu 😉 des gammes et des modes (kézako ?), et nous, simples mortels, on est largués !
    Alors bien sûr, on a essayé de comprendre en allant voir des tutos…
    …mais plus on nous explique, moins on comprend ! 🤷‍♂️

    Et bien je prends le pari : je vais tout vous dire de façon simple, et dans moins de 5 mn ⏱️ vous aurez tout compris !
    Oui, je sais, on vous a déjà fait cette promesse.
    Et on vous a déjà expliqué. Mais pas comme moi ! 😎
    Alors si dans 5mn vous n’avez pas tout compris, je vous autorise à m’incendier 🔥 en commentaire ! Pari tenu ?
    On y va ! 🚀


    Pour commencer, un piano (ou n’importe quel instrument) 🎼

    Le truc, c’est qu’on va utiliser uniquement les touches blanches. Donc pas de dièse ♯ ni de bémol ♭ ou que sais-je…
    Non, juste les notes de la gamme, celles qu’on connaît depuis tout petit :
    DO RE MI FA SOL LA SI DO
    Ça fait 7 notes (vu qu’il y a deux fois le DO).
    Et vous verrez que ça tombe bien? vu que comme par hasard il y a justement 7 modes !
    Vous n’avez pas de piano ?
    Aucune importance, tout ce que je vais vous dire fonctionne aussi avec une guitare , une flûte à bec ou n’importe quel autre instrument. Même le carillon à roulettes de votre petit neveu fera l’affaire ! 😂

    Allez, on y va !


    La première gamme : celle de quand on était petit 🎵

    C’est la gamme de base :
    DO RE MI FA SOL LA SI DO
    C’est ce que les musiciens appellent le « mode de DO » ou « mode 1 » (vu qu’on part de la première note)… ou plus pompeusement le mode ionien.
    Mais peu importe le nom, car pour nous…

    …c’est simplement le mode majeur celui qu’on retrouve dans toutes les chansons de notre enfance 🌟… et aussi dans la moitié des chansons qu’on entend à la radio ! 📻
    (NB : en bleu, ce sont les notes de l’accord de base de la gamme : un do majeur)

    🔗 Un exemple représentatif ? Le jardin extraordinaire de Charles Trenet

    Voilà, c’est tout. Et d’une !
    (Et en plus, celle-là vous la connaissiez déjà)


    La deuxième gamme : on fait pareil !

    Sauf que cette fois, on part du 🎶 :
    RE MI FA SOL LA SI DO… et RE !
    Vous entendez, ça ne sonne pas de la même façon. 👂

    C’est ce que les « musiciens » appellent… ben, le « mode de RE » !
    Ou aussi « mode 2 » (vu qu’on part du ré qui est la deuxième note)…
    Ou encore et très pompeusement le mode dorien.

    Alors les experts vont vous expliquer que le demi-ton n’est pas au même endroit, que c’est un mode mineur mais avec des variations majeures ou que sais-je..?
    Sauf que nous on s’en fiche !
    Ne les écoutez pas, et gardez vos oreilles pour écouter cette gamme. Vous ne trouvez pas qu’il y a un petit côté 🎹 Erik Satie ?

    🔗 Une exemple : Le chant des tempêtes (ZELDA)


    La troisième gamme : carrément flippante ! 😱

    Et pourtant, c’est toujours la même !
    Cette fois, on se décale encore d’une note vers le haut :
    après le do et le ré, nous allons donc partir du mi (la troisième note sur le clavier). Ça fait :
    MI FA SOL LA SI DO RE MI
    Ça s’appelle logiquement « mode de mi », ou « mode 3 » ou mode phrygien pour les érudits (donc pas pour nous !).

    Et là, ça sonne carrément mystérieux et inquiétant. 👻 On se verrait bien enfermé dans une crypte.
    D’ailleurs, les métalleux en raffolent ! 🎸

    Allez, moi j’arrête de jouer, ça me flanque les chocottes ! 😱

    🔗 Illustration : The Sails Of Charon (Scorpions)


    La quatrième gamme : fa-stoche ! 🎶

    Continuons notre petite bal(l)ade au fil du clavier.
    Vous avez compris le principe : à chaque fois on va se décaler d’une touche pour commencer.
    Après le do, le ré et le mi, nous allons donc partir de la quatrième note, le fa.

    Ce qui donne :
    FA SOL LA SI DO RE MI FA
    Ça s’appelle bien sûr le « mode de fa », « mode 4 », que les leaders du lied nommeront lydien sous notre œil indifférent. 🙄

    Et à l’oreille, ça sonne un peu mystérieux, merveilleux, onirique… 🌠

    🔗 Illustration : Blue Jay Way (The Beatles)

    https://www.youtube.com/watch?v=Coz0TmK2ZIg

    La cinquième gamme : carrément hors sol ! 🎻

    Eh oui, cette gamme part du sol puisqu’elle est décalée de 5 notes !
    SOL LA SI DO RE MI FA SOL
    Mais c’est surtout son nom qui est hors-sol : mixolydien (tiens, y’a « mix-sol » dedans) ! 😄
    Ou « gamme de sol » pour les incultes, voire « mode 5 » pour ceux qui comptent sur tous leurs doigts. ✋

    À l’oreille, elle évoque le folklore breton ou irlandais. 🍀 Plutôt sympa !

    🔗 Illustration : Irish Jig (Gwendal)


    La sixième gamme : pour faire « la la la » 🎵

    Aaah, la gamme qui arrive, c’est notre deuxième meilleure amie, celle qu’on retrouve dans l’autre moitié des chansons populaires : la gamme mineure. 🎸
    On part du la :
    LA SI DO RE MI FA SOL LA

    Rien que ça, c’est beau, un rien mélancolique. J’adore !

    Même son nom, éolien, est joli (Éole s’y connaît en « airs », pas vrai ? 😉).
    D’ailleurs, on l’appelle aussi « mineur naturel ».

    🔗 Illustration : Equinoxe Pt.4 Jean-Michel Jarre


    La septième gamme : poubelle ! 🗑️

    Ce qu’on appelle « mode de si » ou locrien, c’est la gamme qui commence par un si :
    SI DO RE MI FA SOL LA SI

    Hum… c’est moi ou ça ne ressemble à rien ce truc ? 🤷‍♂️
    Ça ne correspond même pas à un accord ! 😳

    Alors, même si avec des « si », certains mettent Paris en bouteille 🍾, eh bien là, on a beau tourner ça dans tous les sens, il n’y a rien à en tirer.
    D’ailleurs, « locrien », ça commence par « loque » et ça finit par « rien ». 😂
    Allez, hop : poubelle ! 🗑️


    BONUS : Les autres gammes 🎼

    « BONUS », ça veut dire que vous n’êtes pas obligé de lire ce paragraphe. 😉
    Il existe d’autres gammes dont je vous ferai grâce, car elles utilisent les fameuses touches noires. ⚫
    Sauf une, allez hop :
    C’est la « gamme mineure harmonique montante » 🎹 qu’on appelle aussi « gamme orientale ».

    Vous avez reconnu ? Véronique Sanson l’utilise dans « Bahia ».

    🔗 On entend cette jolie note à 0:04, 0:27, 0:35 …et tout au long de la chanson, d’ai!leurs.


    En résumé : deux gammes 🎶 et c’est TOUT !

    Nous, compositeurs, allons utiliser deux modes :
    1️⃣ Le Mode de do (ionien) : la gamme majeure
    2️⃣ Mode de la (éolien) : la gamme mineure

    Et c’est tout ! 🙌

    Car tout le reste ne sert qu’à enjoliver, mais nous on s’en fiche, ça ne nous sert pas en composition. Tout au plus pourrez-vous vous amuser à aller explorer les différents modes pour pêcher quelques idées. 🎣

    Pour en savoir plus sur le mode majeur et le mode mineur, je vous propose d’aller cliquer sur cet article : « Créer une suite d’accords originale : Majeur et mineur amis pour la vie »


    Et pour changer de tonalité ? 🎤

    Ah oui c’est vrai, selon votre tessiture, vous aurez peut-être besoin que votre chanson soit dans une tonalité autre que le do (majeur) ou le la (mineur) pour s’adapter à votre voix. 🎙️
    Ainsi, Alain Chamfort chante « Bahia » en si mineur. Lui est un super pianiste et peut tout transposer sans effort, mais nous, avec nos modestes touches blanches ⚪, ne savons jouer que du la mineur, alors ?…

    Alors ? Pas de problème :

    🎹 Si vous jouez du clavier, utilisez la touche « Transpose » pour modifier votre hauteur de note.

    Dans le cas présent, on fait « +2 » et hop ! nous voilà en si, 2 demi-tons plus haut !

    🎸 Si vous jouez plutôt de la guitare ou du ukulélé, utilisez tout simplement un capodastre, et montez de 2 cases.

    Même résultat !

    🎺 Si vous jouez d’un autre instrument, allez sur Le Bon Coin, revendez-le et avec l’argent achetez un clavier. 😜
    Celui que j’ai utilisé pour les exemples, et que j’adore, ne coûte que 61 euros !
    A toutes fins utiles, je vous mets ici un lien affilié (non obligatoire) et ça m’offrira un café ☕ si vous l’utilisez pour l’acheter.


    Simplifiez-vous la vie ! 🌟

    Une chose est sûre : pas besoin de vous enquiquiner à apprendre des modes ni des gammes compliqués dans tous les tons. 🙅‍♂️
    Nous ne sommes pas des instrumentistes ! Non : nous sommes des compositeurs. ✍️

    Notre talent n’est pas de jouer des musiques, mais de les inventer. 💡
    Aucun besoin donc d’aller se compliquer l’existence à apprendre toutes les positions et les transpositions : laissons cela aux interprètes ! 🎭


    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.


    En conclusion : 🎉

    Avec vos accords simples et vos touches blanches, vous avez tout ce qu’il faut pour faire des centaines de chansons en majeur ou en mineur. ✨
    Alors laissez de côté les singes savants 🐵 de la musique, et tracez votre route pleine de talent ! 🌈

    À propos : pari tenu ?
    Dites-moi en commentaire si vous avez (enfin) compris les gammes… 💬
    …ou pas ! 😜

    Bonnes gammes, et…

    Vive la Chanson !