Auteur/autrice : Denis Perrin

  • RIMES MASCULINES / RIMES FEMININES

    RIMES MASCULINES / RIMES FEMININES

    Si vous êtes comme moi, quand on vous parle de rimes masculines et de rimes féminines :
    1) vous ne voyez pas à quoi ça sert
    2) en fait vous ne savez même pas ce que c’est
    3) vous ne comprenez rien quand on essaie de vous expliquer
    Et en plus vous vous sentez bête parce que ça a l’air important !
    Alors, fini le temps du malaise face aux experts, je vais tout vous expliquer de façon simple, et promis, en moins de temps qu’il n’en faut pour changer de genre, vous aurez tout compris !

    Circulez, y’a rien à voir !

    La première chose à savoir, c’est qu’en terme de genre (masculin/féminin), les rimes n’ont aucun rapport avec le genre du mot.

    Allez, je fais mon petit malin juste histoire de frimer ?
    Regardez cette maison.
    « La maison » est un mot féminin avec une rime masculine.
    « La porte », tout comme « Les fenêtres » sont des mots féminins avec des rimes féminines.
    « Le paillasson » est un mot masculin avec une rime masculine, tandis que « le garage » est un mot masculin avec une rime féminine.
    L’ensemble (rime féminine) aurait besoin d’être rafraîchi (rime masculine)

    Bref, ON N’Y COMPREND RIEN !
    Allez, j’explique :

    La rime féminine

    Devinette : à quoi reconnait-on une rime féminine ?

    Allez, lancez-vous ! Une rime féminine, ça finit par..?

    – Euuuh…

    Oui ! Bonne réponse ! Ça finit par « E » !

    Donc si on voit un « e » à la fin du mot, c’est une rime féminine.
    C’est tout.

    Peu importe le genre du mot : Il y a un « e » à la fin (ou « es » au pluriel) ?
    Eh bien c’est une rime féminine !
    NEXT !

    La rime masculine

    Ben… Et les rimes masculines, alors ?

    Les rimes masculines, c’est toutes les autres !

    Peu importe qu’elles finissent par une consonne ou une voyelle, que le mot soit masculin ou féminin, ou même qu’il s’agisse d’un mot « agenre » comme un verbe, ou une interjection, s’il n’y a pas de « e » à la fin (ou « es » si c’est au pluriel), c’est « rime masculine ».

    Et c’est tout !

    A quoi ça sert ?

    Bon, à ce stade de l’article, déjà vous êtes sauvés : vous ne ferez plus « mauvais genre » dans les soirées mondaines.
    Ça, c’est fait !
    Si vous voulez, vous pouvez arrêter la lecture ici.
    Mais si vous voulez en savoir plus, restez avec nous.

    Car c’est ici qu’arrive notre invité surprise : le « e muet » et son grand pote : l’accent tonique, !

    La clé de l’énigme : le « e » muet

    Le « e », c’est lui le responsable de la rime féminine,

    Pourquoi ?
    Eh bien, revenons à notre maison :
    vous ne dites pas « la portEU et la fenêtrEU »
    A l’oral, on va dire « la port’ et la fenêtr’ ».
    Bon ben voilà : c’est pour cela que les « e » sont dits « muets » : ils ne s’entendent pas.
    Pour tout savoir sur le « e muet », vous pouvez aller lire l’article « La malédiction du « e muet » .

    En poésie, on a donné aux vers qui terminent par le « e muet » le nom de rimes « féminines » : parce qu’il y a un « e », comme un féminin.
    Et « du coup », toutes les autres sont… « masculines » ! Logique !

    Sur le plan grammatical, c’est débile, mais sur le plan mnémotechnique, ça marche.

    Je répète : à quoi ça sert ?

    Oui, oui, voilà, j’y viens !
    En poésie classique, on faisait volontiers alterner rimes masculines et rimes féminines.
    Cela favorisait le flow !
    Oui mais : la poésie, c’est de la langue orale !
    Et nous, on fait de la chanson ! Et en chanson,
    – d’une part on pratique la langue parlée
    – d’autre part c’est souvent la musique qui va nous dicter instinctivement le type de rime.

    Alors, toutes les règles comme rime pauvre, suffisante, riche, genre et compagnie, et bien comme dit Emmet Brown dans Retour vers le futur…

    « On s’en tape ! »

    Elle est pas belle, la vie ?

    Pour jouer les experts

    Allez, une exception

    Ah, je m’aperçois que quelques experts ont sauté au plafond face à mon explication iconoclaste et un peu simplificatrice (mais pas simpliste, hein !).

    Il y a effectivement quelques exceptions, que je n’ai pas mentionnées, car elles relèvent du bon sens.
    « elles relèvent », tiens justement en voilà une, d’exception : c’est le « ent » final de « elles relèvent ». On ne dit pas « elles relèvEU ». Une sorte de « ent » muet !
    A l’inverse, il y a des cas où le « e » n’est pas muet : comme dans « tE », « mE », « sE », etc.

    Vous en conviendrez : là on chipote.
    Parce que quand on a compris le principe (ce qui est votre cas si vous avez bien lu), ça tombe sous le sens.

    Les explications qui ne riment à rien

    J’espère que mon explication était claire.
    Sinon, juste histoire de rire un peu, je vous renvoie vers la définition de Wikipédia des rimes masculines et féminines. Et pourtant : c’est la plus claire que j’ai pu trouver !
    Attachez vos ceintures !

    « Une rime est dite :
    féminine lorsque le dernier phonème est un e caduc (nommé autrefois « e féminin ») ; ainsi, les deux fins de vers suivantes ont des rimes féminines : […] abolie, […] Mélancolie
    → Rime féminine /ɔliə/.
    Le e caduc forme une rime féminine même après voyelle, ainsi que devant -s . En revanche, ce n’est pas le cas dans les subjonctifs non plus que dans les imparfaits et conditionnels en -aient – -oient dans l’orthographe classique, en raison de l’évolution phonétique. En effet, dans ces cas précis, le e final a cessé d’être prononcé plus vite que dans les autres cas du type prient.
    masculine dans les autres cas : […] inconsolé, […] constellé
    → Rime masculine /le/. »
    C’est clair’Euh, non ?

    Pour finir avec un sourire, je vous propose deux nouveaux genres de rimes qu’on ne trouve pas encore dans les dictionnaires.

    D’autres genres de rimes

    Il faut vivre avec son époque :
    Je vous présente en avant-première deux nouveaux genres de rimes.

    La rime transgenre

    Certains chanteurs réinventent l’orthographe en nous gratifiant désormais de rimes transgenre !

    Claudio Capéo (on ne s’en lasse pas !) transforme son fils, non pas en fille, mais en « fils.e » à 0:58
    Et la rime masculine devient féminine !

    Si la chanson est « Riche »,
    la rime, elle, ne l’est guère !

    L’écriture inclusive s’empare de la chanson !

    La rime agenre

    Cette fois c’est du côté de la légion étrangère qu’il faut se tourner !

    Finie la gégène ! Désormais on coupe la langue !
    Avec leurs fins de phrases coupées, les chants de légionnaires ont un phrasé assez inattendu, et instantanément identifiable.
    Et du coup, on ne sait plus s’il s’agit de masculin ou de féminin.
    Des rimes agenres, quoi !
    Bon, j’ai l’air de me moquer comme ça, mais en fait j’adore !

    Conclusion :
    Si Claudio Capeo a les moyens de faire parler les  » e muets « ,
    dans la légion, y’a rien qui dépasse !

    A vous de jouer !

    Une fois n’est pas coutume : je vous propose un petit travail d’écoute

    Vous connaissez « Chanson de pirates » de Claude Nougaro ?
    Je vous l’ai mise juste en dessous.
    Je vous propose de l’écouter.

    Ecoutez notamment les paroles (elles sont magnifiques), et notez vos remarques :

    1) Je vous demande d’observer comment sont organisées les rimes masculines et féminines : que remarquez-vous ?
    Notez-le en commentaire .

    2) Vous avez dû remarquer que cette organisation de rimes donne un côté « classique » à cette chanson.
    Et c’est normal.
    Car l’auteur n’est pas Claude Nougaro. Alors qui ?
    Si vous l’avez découvert, notez-le en commentaire

    Enfin, la diction donne beaucoup de puissance au propos.
    Mais d’ailleurs, d’où vient cet accent ?
    Si vous connaissez la région et la ville d’origine de Nougaro, écrivez-le en commentaire.

    Notez vos impressions en commentaire !
    Allez-y sans crainte : masculin.e.s ou féminin.e.s, on est entre ami.e.s !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    POUR RESUMER : Un « e » : féminin / pas de « e » : masculin.

    Même si l’alternance des rimes féminines et masculines, aujourd’hui, c’est fini, il est bon d’avoir en tête la musique spécifique des différents types de rimes, et le balancement particulier que chacune porte.
    La chanson (nom féminin à rime masculine) est un art délicat, et les mots sont notre palette. Sachons en utiliser toutes les subtilités !

    Vive le Féminin, Vive le Masculin, et

    Vive la Chanson !

  • FAIRE UNE CHANSON SANS PAROLES

    FAIRE UNE CHANSON SANS PAROLES

    Holalaaa ! C’est dur d’écrire des paroles !

    Hé les amis… et si on écrivait une chanson… sans paroles ?
    Ah…
    …ça y est, vous vous dites : « Il a encore oublié de prendre son traitement ! »

    Non, non, ça existe ! Et en plus, c’est de la chanson à texte !

    Lisez ça !


    1. Chanson à texte, chanson a-texte !

    Avec un « a » privatif !
    Il y a des chansons qui littéralement, ne disent rien !
    Pas de message, pas d’histoire, pas même de mots construits.
    Rien que du rythme vocal, des onomatopées, des soupirs, des syllabes sans queue ni tête…
    Et pourtant : ça envoie du pâté !

    En voici trois exemples, bien différents :

    « La Compapade » de Jacques Dutronc

    Voilà une chanson qui sent la fin de répétition « fatiguée » !
    Au rythme de son sifflet colonialiste, Dutronc fait un faux chant traditionnel africain, drôle, décalé, et plein d’autodérision.
    Bref, c’est du pur Dutronc : classe, moqueur, et malgré tout élégant.

    « Yapad Papa » de Claude Nougaro

    Là non plus, pas de paroles, juste un délire rythmique scandé, syncopé, bourré d’humour et de jazz.
    Nougaro transforme la voix en percussion, en instrument à part entière… avec une chute inattendue à la fin !
    Je vous propose de découvrir cette chouette réinterprétation par les mouettes.

    « Iberaim » (Mojo Waka – Tribal Trance Mix) de Antoine Tomé

    Ici, c’est le corps qui parle dans une approche poétique, où la voix se transforme en incantation tribale, hypnotique.
    Antoine Tomé nous ravit depuis toujours avec ses chansons atypiques et ses mots-instruments.
    Moi j’adore !

    Bon, vous avez vu ? Dans cette première catégorie de chansons, les mots cèdent leur place aux sons.
    Et cela n’exclut pas forcément le sens !
    Mais il existe d’autres façons de s’affranchir des paroles !


    2. Remplacer le texte par un clin d’œil

    Quittons le « zéro parole ».
    Certaines chansons contiennent bien du texte, mais s’appuient sur… rien !
    Là, on mise sur l’ironie, l’absurde ou l’autodérision.
    Et ça donne des chansons qui font rire ou réfléchir avec trois mots, un gimmick, une tournure de phrase.

    Voici quatre exemples

    « Les Élucubrations » d’Antoine

    Il ne s’est pas fatigué, Antoine, avec ses blagues de potache aux cheveux longs, avec des rimes approximatives…
    et ça donne un texte engagé (mais si!), volontairement creux, révélateur de la volonté d’émancipation des jeunes dans la société guindée des années 60.

    Au final, un vrai discours protestataire.

    Oh Yeah !

    « Vermifuge Lune » de Nougaro

    J’ai eu le privilège de croiser le chemin de Nougaro, et il disait avec malice en parlant de « Vermifuge Lune » : « Cette chanson est vraiment con ».

    Voici l’histoire : après un concert, ses musiciens et lui regagnaient l’hôtel, passablement éméchés, car comme le disait Claude : « Je connais l’alcool ».
    Ils n’étaient pas les seuls à être bien allumés : sur le chemin de l’hôtel, la pleine lune éclairait le pavé. Nougaro s’est alors souvenu de la vieille publicité pour le vermifuge « Lune ».

    Et il s’est mis à chanter, en mode « poivrot », le refrain, dans une style « alcolo-jazz ».
    Au retour, il en a écrit les paroles.

    Ceux qui ont eu des enfants savent que les vers intestinaux se développent à la pleine lune (d’où le nom du produit), tout comme les vers du poète, que Nougaro nous offre en guise de sirop enfantin…
    C’est sublime et magnifique, comme l’était Claude.

    Bref, Nougaro est un menteur : cette chanson est tout sauf con !

    « Wo I Nee » de Évariste

    Allez, on revient à des élucubrations :
    Evariste (qui est par la suite devenu un scientifique réputé) pond un ovni pop-scientifique où les paroles ressemblent à un cri préhistorique… ou à une équation dadaïste !
    Un peu gadget, mais moi je trouve ça rigolo.

    « Ho ! Hé ! Hein ? Bon ! » de Nino Ferrer

    Nino Ferrer perd tout dans cette chanson, y compris son sang-froid… et ses mots !

    Mais pas son groove ni son humour, qui comme toujours sont bien là !

    Pour en savoir plus sur les onomatopées en chanson, je vous invite à lire cet article :
    « Les mots disent ce qu’ils veulent dire »

    Dans cette seconde catégorie de chansons, la rareté du mot devient un ressort comique ou critique. Ces chansons sont des clins d’œil au public, des apartés complices.


    3. La chanson répétitive

    Enfin, il existe des chansons qui contiennent très peu de paroles, mais qui les répètent en boucle jusqu’à ce qu’elles prennent une force quasi mystique.

    L’exemple le plus connu est bien sûr « Here’s To You », mais il y en a d’autres !

    « Here’s To You » (Joan Baez)

    Ces simples phrases, répétées avec obstination, matérialisent la détermination du propos, tout simplement. On pourrait même dire que le sens finit par dépasser le texte.
    Un demi-siècle plus tard, la chanson n’a pas pris une ride. La mélodie de Ennio Morricone, magnifique et poignante, n’y est pas pour rien.

    En français, on en a aussi, non mais !

    « Je t’aime moi non plus » (Serge Gainsbourg)

    Fidèle à son image, Gainsbourg produit un texte minimal, charnel, presque murmuré, dont la répétition crée la tension.

    « Rock City » (Bernard Lavilliers)

    Cette fois, c’est plus speed !
    On est littéralement ligoté et malmené par ce refrain obsédant, qui renforce le côté hypnotique, narcotinoïde, du texte.

    Ces chansons montrent que la répétition peut donner du poids aux mots. Le texte devient une sorte d’incantation.


    4. Et des chansons sans musique ?

    Ah, mais là on est totalement hors-sujet !
    Eh bien tant pis ! Je ne résiste pas à la tentation de vous présenter deux chansons où la musique disparait totalement.

    « Louxor, J’adore » de Philippe Katerine

    Oui, oui, je sais, celle-là, vous la connaissez par cœur !

    Ce n’est pas une raison pour se priver de cette chronique sociale sur le dancefloor !

    Et en plus, j’adoooore !

    « Le silence » (Stella)

    Ah, celle-là, par contre, vous ne la connaissiez pas, hein ?

    On la doit à Stella Vander, (fille de Maurice et sœur de Christian).

    Un texte paradoxal pour cette anti-pop autoprotestataire au caractère bien trempé !

    J’adoooore autant que Louxoooor !


    5. Un art délicat… à manier avec parcimonie

    Bon, voilà le moment de la déception : faire une chanson sans paroles, ou avec très peu de texte, eh bien… heu…
    Vous êtes prêts ?
    Bon.
    Eh bien ça n’est pas plus facile que d’en écrire une bien remplie.
    Non. Au contraire.
    Cela exige :

    • Un sens aigu du rythme,
    • Une forte musicalité,
    • Une capacité à surprendre.
    • Un vrai contenu
    • Et surtout, une intention

    Et ce n’est pas tout !

    Car non seulement c’est un exercice de style, mais c’est forcément un “one shot”, qui sera le petit piment dans un répertoire.

    En bref, on ne pourra pas en faire sa marque de fabrique (sauf à passer pour un escroc).

    Cela dit… certains auteurs bavards et insipides gagneraient peut-être à tenter l’expérience 😄 .


    6. A vous de jouer !

    Eh bien voici le moment où le crayon se taille !
    Parce que je vous propose d’écrire une chanson sans texte.
    Et comme il est dur de ne rien faire, je vous propose deux options.

    Variante A :

    Vous inventez une ligne mélodique de 8 mesures avec uniquement des onomatopées, des syllabes inventées ou des sons percussifs (ex : “bam-bada boum”).

    Variante B :

    Vous composez un couplet de 2 phrases maximum, à répéter et mettre en musique. Jouez sur l’intonation, le groove, le silence, les effets de surprise.

    🎧 Une astuce (je dis ça, je dis rien) : enregistrez-vous ! Si on comprend l’émotion sans comprendre les mots… vous êtes sur la bonne voie !

    N’oubliez pas de partager votre création en commentaire, et/ou de la poster sur le groupe Auteurs-Compositeurs-Interprètes Académie de la Chanson https://www.facebook.com/groups/academiedelachanson .
    On y écoute avec les oreilles… et avec le sourire.


    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.


    En conclusion

    « C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule… ».

    Vous vous souvenez de ce film de Jacques Besnard ? Eh bien pour nous c’est l’inverse !
    Une chanson sans paroles doit nous dire quelque chose ! Et pas n’importe quoi !

    On dit souvent qu’en société, pour avoir l’air intelligent, il suffit de se taire.
    Mais pas en chanson ! Se taire oui, mais intelligemment !

    Je vous jure, on n’a pas des vies faciles !

    Bonne non-écriture, et

    Vive la Chanson !

  • La ponctuation en chanson : comment coder un texte de chanson

    La ponctuation en chanson : comment coder un texte de chanson

    Vous avez déjà vu comment c’est écrit, une chanson ? Ou pire encore, un manuscrit ? Il y a des trucs soulignés, des mots avec des voyelles qui se répètent trois fois, des tirets au milieu des mots… bref, on n’y comprend rien !
    Peuvent pas écrire comme nous, les auteurs ?
    Ben non : c’est plutôt nous qui devons apprendre à écrire comme eux !

    Allez, je vous donne les règles simples qui vont transformer votre écriture standard en véritable partition de mots.


    La chanson : une écriture spécifique

    En guise d’introduction, un bref retour sur les 3 types de langue, et les 3 types d’écriture.

    1. La littérature (c’est pas nous)

    C’est de la pure langue écrite : si la ponctuation standard est bien là, aucun signe de prononciation n’y a sa place.

    2. La poésie (toujours pas nous !)

    Elle est destinée à être dite à l’oral. Mais comme elle respecte des codes de prononciation très précis (pour les « e muets » notamment, mais aussi pour la diérèse dont je parle plus loin) il n’y a pas besoin de notifier la diction, à part quelques exceptions comme le fameux  « encor » qui perd son « e » final à l’écrit. Donc jusque-là, tout va bien !

    3. La chanson (c’est nous !)

    La chanson enfin, c’est de la langue parlée. Et là, ça se corse !
    On va appliquer les règles tacites de l’usage courant en lieu et place de s règles de la poésie classique.
    Mais ce n’est pas tout : on va en plus combiner cela aux contraintes de la musique.
    Comme les règles de cet art vivant sont fluctuantes, il va falloir baliser un peu tout ça !

    Pour tout savoir…

    Mais revenons à ce qui nous intéresse aujourd’hui :


    Les 4 codes à connaître

    1. La ponctuation standard

    Là, c’est simple : virgule, point, point-virgule…
    Dans notre texte, tout cela disparaît !
    Contrairement à la poésie, où c’est la ponctuation qui dicte le rythme, la diction, et le sens, en chanson, c’est la musique qui fait ce travail.
    Et la ponctuation « standard » n’aurait d’autre effet que de brouiller les pistes, puisqu’on la voit mais on ne l’entend pas.
    Exit donc !

    2. L’élision et son apostrophe

    Ça, c’est le code principal.
    Pour faire court, une élision c’est quand on fait sauter un « e muet ».

    Soit entre deux mots : « comm’ça » (2 syllabes) au lieu de « commE-ça » (3 syllabes)
    Soit à l’intérieur d’un mot : « douc’ment » (2 syllabes) au lieu de « doucEment » (3 syllabes).
    Comme dans « Le Bagad de Lann Bihoué » de Alain Souchon. à 1:00.

    A l’écrit, vous l’avez déjà compris, on remplace la syllabe escamotée par une apostrophe.
    Autrement dit, on écrit de façon phonétique.
    Et n’allez pas croire comme vous le diront certains que c’est une pratique désuète. Non : tous les auteurs font comm’ça : c’est la seule façon « musicale » d’écrire !
    Pour tout savoir sur le « e muet », je vous invite à aller lire ici l’article consacré à ce sujet : https://academiedelachanson.fr/e-muet-en-chanson/

    3. La diérèse et la synérèse

    Kézako, me direz-vous avec à-propos.
    Question pertinente, vous rétorquerai-je aussi sec !
    Voici la réponse :

    La diérèse

    La diérèse, c’est quand on dédouble un groupe vocalique en deux syllabes.
    Un exemple ?
    La poésie classique en est (hélas) truffée : de Verlaine avec « les sanglots longs des vi-olons » à Baudelaire « en se réfugi-ant dans l’opi-um immense », on a droit par défaut à cette figure un peu lourde.
    D’une façon plus rigolote, le géni-al Ray Ventura l’utilise dans « A la mi-août ». J’adore !

    Petit clin d’oeil à ma maman qui la chantait tout le temps ! ❤️

    Et à l’écrit, alors ?
    En chanson, on marque la di-érèse par un tiret. Pas de tiret, pas de diérèse !

    La synérèse

    On s’en doutait un peu, mais la synérèse, c’est l’inverse : c’est quand on prononce deux voyelles contiguës d’un même mot en une seule syllabe.

    France Gall nous en offre deux d’un coup dans « Il jouait du piano debout » à 0 :46

    Le mot « Jou-ait » (qui compte normalement 2 syllabes) est dit d’un trait (1 syllabe).
    Et le mot « pi-a-no » (qui compte normalement 3 syllabes) prononcé « pia-no » (2 syllabes).
    S’il n’existe pas de marquage officiel pour la synérèse, beaucoup d’auteurs utilisent comme je le fais moi-même le signe musical de liaison : « il jou͜ait du pi͜ano debout ».

    On peut même utiliser ce signe entre deux mots :
    « Le chat qui͜ est à côté » (synérèse en 6 syllabes)
    ne sonnera pas comme « Le chat qu’est à côté » (élision en 6 syllabes)
    ni comme « Le chat qui est à côté » (prononciation classique en 7 syllabes)

    4. La syllabe tenue

    Qui peut oublier l’acouphénoménal « je t’aime » de Lara Fabian (qui nous laisse quand même 1:54 pour nous mettre aux abris).
    Elle y tient son mythique « aime » durant plusieurs secondes, et sur deux notes. Les plus courageux d’entre vous peuvent aller vérifier, mais ne venez pas vous plaindre après !

    A l’écrit (ouf!) comment transcrire ce refrain pour faire ressortir cet effet, et savoir le relire ensuite ?


    Pour marquer simplement la durée, deux codes sont possibles :
    – Multiplier la dernière voyelle : « Je t’aiiiiime »
    – Mettre un tiret long : « Je t’ai  ̶  me »

    Et pour marquer les deux notes distinctes du « ai » on combine les deux codes : « Je t’ai-aime ».

    La règle du jeu

    1. Pour une déclaration SACEM 

    Les paroles doivent être déclarées à la SACEM « dans leur forme intégrale ».
    Le texte déposé doit donc refléter fidèlement la version chantée, car c’est cette version qui sera protégée et laquelle seront calculés les droits et réparties les redevances.
    Dans les faits, si la ponctuation « standard » disparait, seules les élisions, (donc les apostrophes) seront reportées telles que vous les écrivez pour l’interprétation ou la partition finale.


    2. Pour collaborer avec des musiciens

    Entre pairs, il convient de parler le même langage et de faire preuve d’un maximum de clarté. Et là, c’est le bon sens qui est la règle :
    Pour un interprète, un choriste ou un compositeur, vous vous devez de fournir un maximum de précisons. Le texte codé s’impose.
    Pour un metteur en scène ou un technicien, donnez une version simple, sans aucun codage qui lui compliquerait la tâche.


    3. Pour le livret du CD

    Là, c’est simple !
    L’auditeur final n’est pas un spécialiste, et il n’a pas vocation à décrypter vos notes techniques !
    On adopte donc, par respect pour lui, une écriture plus « lisible », en version orthographique standard avec ponctuation, même si elle est moins fidèle au rendu vocal.
    A la marge, on peut éventuellement conserver les apostrophes pour les élisions si cela aide à restituer la version chantée.

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion :

    Écrire une chanson, c’est plus qu’écrire un simple texte : c’est jongler entre sens, sonorité et structure.
    Au moment de coder tout cela, on n’est pas encore dans la partition musicale, mais on s’en rapproche. Et ces petits codes sont là pour servir la musique, alléger la lecture, et surtout clarifier l’intention.
    Vous avez désormais tous les repères pour coder au mieux votre texte selon celui à qui il est destiné.

    Codons, décodons, et

    Viv’ la chansooon !

  • LA MALEDICTION DU E MUET

    LA MALEDICTION DU E MUET

    S’il est un muet qui fait parler, c’est bien lui :

    Oui ! En français, il y a un minuscule son, discret, insignifiant… et qui, pourtant, fait toute la différence quand on écrit ou chante une chanson.
    Ce son, c’est le fameux « e » muet.
    Indétectable pour une oreille distraite de l’auditeur insouciant, souvent ignoré de l’auteur approximatif, il est pourtant crucial pour le sens, pour la musique… et pour l’élégance du texte.

    Alors, comment le traiter quand on écrit une chanson en français ?
    Faut-il adopter les méthodes de la DZ-Mafia, pour :
    – le faire chanter ?
    – le faire taire ?
    – le supprimer ?
    Je vais tout vous dire !


    Le « e » muet, c’est quoi ?

    Le « e » muet, c’est ce « e » qu’on retrouve à la fin des mots comme :
    femme
    petite
    Colline
    repose
    …et d’autres…
    heu je veux dire le MOT « autres »

    À l’oral, on ne le prononce que rarement.

    Par exemple, dans la phrase « une petite fille chante », on dira souvent :
    « un’ petit’ fill’ chante » et non pas :
    « UnE petitE fillE chantE »
    .
    Evident, non ?

    Mais attention : c’est en poésie et en chanson que ce petit « e » va se faire remarquer !.


    En poésie : ça ne rigole pas !

    Nos amis les poètes ne sont pas aussi détendus qu’ils en ont l’air : parce qu’en poésie classique, la règle est stricte :

    Le « e » muet est prononcé si :

    – Il est suivi d’une consonne.
    Comme dans :
    « La petite fille s’endort » qui se dit :
    « La petitE fillE s’endort » → 8 syllabes
    (le « e » de « petite » compte, il est suivi du « f » de « fille », une consonne
    et le « e » de « fille » compte, suivie du « s » de « s’endort », une consonne)

    Le « e » muet compte pour du beurre si :

    – Il est dans un de ces 2 cas :

    –  S’il est suivi d’une voyelle
    Comme dans :
    « La petite amie »
    qui se dit : « La petit’amie→ 5 syllabes
    (le « e » de « petite » ne compte pas : suivi d’une voyelle)
    S’il est à la fin du vers (ou avant un signe de ponctuation)
    Comme dans :
    « Je vais sur la colline. » qui se dit
    « Je vais sur la collin’ » → 6 syllabes
    (le « e » final de « colline » ne compte pas, car il est en fin de vers)

    Pour faire simple :

    Faisons confiance à notre langue orale : elle est en phase avec la poésie classique !


    En chanson : la fête au village !

    Bon, finalement, la gestion du « e muet » n’est pas si compliquée en poésie.
    Mais qu’en est-il en chanson ?
    Eh bien c’est encore plus simple !

    Parce que en gros, on fait comme on veut !
    Youpi, c’est la fête au village, alors ?
    Heu eh bien pas tout à fait ! Certes, tout est admis, mais cette liberté impose une responsabilité qui fait la différence entre une bonne et une mauvaise chanson.

    Cette différence, c’est la musicalité !

    Allez, je vous détaille ça !

    Le choix de la musicalité

    Le choix de chanter ou non un « e » muet dépend de plusieurs facteurs.
    Et pour cela, il ne faut pas oublier que la chanson, c’est de la langue parlée.

    Au milieu du vers : chanter ou non ?

    La plupart du temps, tout comme dans la vraie vie, on ne prononcera pas les « e muets » au milieu du vers, surtout s’ils ralentissent la ligne mélodique.
    Mais au besoin, pour maintenir le rythme ou la métrique, on peut le chanter, surtout s’il tombe sur un temps faible.
    Pratique non ?


    En fin de vers : attention !

    En fin de vers, le « e muet » est généralement élidé (vous avez vu, on apprend plein de mots, ici !). Bon en clair on ne le chante pas.
    Oui, mais : si la musique le réclame — par exemple pour prolonger une note — on peut choisir de le chanter comme une voyelle pure (« eu »), à condition de le faire avec goût.

    Un bon exemple ? Francis Cabrel, qui magnifie l’élégance de son écriture en passant de façon fluide les « e muets » de « Je l’aime à mourir » à 0:48.

    On a beau dire, l’accent du sud-ouest, ça aide !

    🎙️ En résumé :
    on
    chante le « e » muet si ça sert le rythme ou la mélodie, sinon on l’escamote.
    Et puis on n’en met pas trop quand même, hein ? C’est quand même un poil connoté vieillot !

    Pour tricher, c’est bien pratique !

    C’est vrai !
    Pas mal d’auteurs compositeurs interprètes utilisent le « e muet » comme variable d’ajustement pour faire « rentrer » leur texte dans la musique.
    Hou ! Les vilains tricheurs !

    Reprenons notre petite fille du début, vous savez, celle qui chante :
    « Une petite fille chante »

    Si l’on enlève tous les « e muets », ça donne
    « un’ petit’ fill’ chant’ » donc 5 pieds.

    Si on les garde tous (y compris les dernier), ça fait
    « UnE petitE FillE ChantE » soient 9 pieds !

    Et puis il y a toutes les formules intermédiaires !

    A 6 pieds, on a 4 nouvelles possibilités :
    1) « UnE petit’ fill’ Chant’ », ou
    2) « Un’ petitE fill’ chant’ », ou
    3) « Un’ petit’ fillE chant’ », ou
    4) « Un’ petit’ fill’ chantE »

    Je ne vais pas toutes vous les faire (amusez-vous à les chercher), mais entre les, 5, 6, 7, 8 et 9 pieds, selon où l’on prononce ou pas le « e muet », on obtient rien moins que 18 combinaisons différentes !

    Alors, Grosse triche ?
    Eh bien pas tant que cela !

    Pour appuyer les temps forts, c’est royal !

    Parlons un peu d’accents !

    Contrairement à ce que pensent pas mal de gens, la langue française a bien un accent tonique. Moins appuyé que dans d’autres contrées, mais bien présent quand même.

    La musique aussi a des accents : chaque mélodie, chaque phrase musicale s’appuie sur certaines notes fondamentales, quand d’autres sont plus transitoires.

    Tout le talent de l’auteur sera de faire coïncider les appuis des mots avec ceux des notes.

    Un exemple ?
    Toujours notre petite fille, vous savez, celle qui chante !

    Prenez une chanson classique dont le texte est à 6 pieds, par exemple :
    « Que serais-je sans toi » de Jean Ferrat. Très linéaire, n’est-ce pas, et pourtant…
    Mettez dessus les paroles de « la petite fille », et vous verrez que l’une des quatre formules « fonctionne » là où les autres patouillent péniblement.

    Essayez la même chose avec la musique de « L’internationale », elle aussi en 6 pieds, et le résultat sera totalement différent !

    C’est tout l’art de l’auteur que de savoir faire coller ainsi le texte avec la musique.
    Et c’est pour ça qu’on est là !


    A vous de jouer

    Inventez une phrase qui comporte plusieurs « e muets »

    Amusez-vous à trouver toutes les « formules rythmiques » qu’on peut faire avec cette phrase en jouant avec les « e muets ».

    Ecrivez-les phonétiquement, c’est-à-dire en écrivant « E » majuscule si le « e » est prononcé, et une apostrophe s’il est élidé.

    Pour la petite histoire, c’est comme cela qu’on écrit un texte chanson pour qu’il soit lisible.

    Testez ces formules à l’oral.
    Avez-vous vu et entendu toute la richesse de votre phrase ?
    Eh bien vous voilà devenu un maître du « e muet » !
    Mettez-nous donc votre phrase en commentaire pour qu’on puisse en profiter !

    Le « EUH ? » muet

    Avant de vous quitter, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer quelques « Eeeuuh ? » qui auraient mieux fait de rester muets !
    C’est pas beau de se moquer, mais tant pis !

    On commence avec Claudio CAPEO qui dans « Riche » nous gratifie à 0:58 d’un splendide « mon fils-EUH »

    Quand il y a un « e » à « fils », on dit « une fille »

    On continue avec Indochine dans « J’ai demandé à la lune » avec à 1:27 le mythique « Et toi et moi, on était tellement sûrs-EUH »

    Tu as demandé à la lune, mais elle s’est bien moquéE de toi…

    Et pour finir, l’ineffable GIMS qui dès la quinzième seconde nous balance deux « EUH » de compétition dans « Sois pas timide » :
    « sur le côté VIP-EUH »
    suivi de « que des dix sur dix-EUH »

    Maître GIMS, mais pas maître d’école ! Ouf !

    J’en reste muet !
    Comme quoi, même à l’oral, l’illettrisme ça s’entend !

    Avant de se quitter

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    En conclusion

    Finalement, il n’est pas si terrible, ce « E muet » !
    Il faut simplement savoir l’apprivoiser un peu, et utiliser ses qualités plutôt que de se laisser passivement emmener par lui !
    C’est un peu comme faire du cheval : On peut se faire désarçonner ou aller jusqu’au bout du monde !

    Alors, tous en selle, et

    Vive la Chanson !


  • Le cerveau et le refrain : pourquoi on retient une chanson

    Le cerveau et le refrain : pourquoi on retient une chanson

    Il y a des chansons qu’on oublie à peine entendues.
    D’autres nous collent à la mémoire comme le sparadrap du capitaine Haddock.
    Pourquoi ce refrain-là, et pas tel autre ?
    Pourquoi se surprend-on à chantonner « Alors on danse » ou « C’est moi le maître du jeu » sans même y penser, même si on a déjà oublié les couplets ?

    Aujourd’hui, je vous propose une plongée légère mais sérieuse dans la tête de votre auditeur.

    Ou plutôt… dans son oreille interne, son cortex auditif, son hippocampe, et tout ce joyeux petit monde qui transforme une suite de mots et de sons en tube intersidéral.

    Parés à l’embarquement ?


    🧠 Le cerveau adore les refrains… Heu… pas tous !

    Il faut bien l’avouer : notre cerveau est un organe un peu paresseux : il aime ce qui est prévisible, structuré, répétitif.
    Mais attention, il est un peu capricieux : il déteste s’ennuyer. Il veut être surpris juste ce qu’il faut.

    Eh bien ça, c’est exactement le boulot du refrain dans une chanson :

    • Il revient (répétition)
    • Il contraste avec le couplet (surprise)
    • Il rassemble (c’est là que tout le monde chante)
    • Et surtout, il s’imprime dans la mémoire

    C’est pour cela que nous, pauvres Auteurs et Compositeurs devons soigner la forme, autant que le fond.


    🎵 Une mélodie simple et cohérente

    La première règle pour un refrain qui « colle aux oreilles » c’est une ligne mélodique rapide à mémoriser.

    Des exemples ?

    « Je veux » de Zaz (Zazie à la coécriture) : une montée en gamme quasi enfantine, claire comme une comptine.

    « Alors on danse » de Stromae : une ligne presque parlée, répétitive, hypnotique.
    oupements, des « blocs » que notre cerveau retiendra mieux. Une mélodie courte, bien découpée, qui s’appuie sur des motifs réguliers (et parfois répétitifs), est plus facile à retenir.

    « J’ai demandé à la lune » d’Indochine (et Mickey 3D) : dans une forme « couplet-refrain » une scansion douce, aérienne, qui repose sur un motif très simple. (on appréciera au passage le : « toi et moi, on était tellement Sû-ûrE »).

    C’est ce que les neuroscientifiques appellent le CHUNKING : créer des regroupements, des « blocs » que notre cerveau retiendra mieux.
    Appliqué à la musique, ça donne une mélodie courte, bien découpée, qui s’appuie sur des motifs réguliers et parfois répétitifs.
    C’est plus facile à retenir pour notre cerveau délicat.


    🔁 Répétition… avec modération

    Oui, il faut répéter. Je vous le répète tout le temps.
    Mais pas n’importe quoi !

    Un bon refrain fait deux choses :
    1) Il répète souvent un mot-clé, ou une formule percutante (« Résiste », « Je te promets », « Formidable »…)

    2) Il varie parfois subtilement à d’une reprise à l’autre (ajout d’un mot, modification de la dernière ligne, modulation musicale…)

    Mais faisons preuve de modération :
    Ben oui : trop de répétition tue l’effet…
    …oui mais trop peu, et la mémoire fait défaut. !
    On n’a pas des vies faciles, je vous le dis !


    💬 Des mots qui sonnent

    Le choix lexical du refrain est crucial. Non pas pour faire le malin, mais pour chanter de façon naturelle.
    De nombreux auteurs amateurs veulent impressionner en utilisant un vocabulaire alambiqué.
    Mais ils font fausse route !

    Les mots efficaces sont :

    • Simples : pitié ! Pas de tournure tarabiscotée.
    • Chargés d’émotion : l’émotion fixe les mots dans la mémoire.
    • Sonores : les voyelles ouvertes (a, o, é) chantent mieux que les syllabes ternes ou « encombrées ».

    🎯 Exemple imparable : dans « Femme Like U », K-Maro répète simplement « Donne-moi ton corps, baby, ton corps… ». Oui, oui, je sais, c’est basique (m’en fous, moi j’adore !).
    Mais ça rentre… et ne ressort plus !


    🧩 Une structure limpide

    On ne retient bien que ce qu’on comprend bien.

    Un refrain clair, c’est :

    • Un début repérable (souvent précédé d’un pré-refrain)
    • Un nombre de mesures constant
    • Une rime attendue, bien calée
    • Un rythme régulier, qui permet de taper dans les mains, hocher la tête, ou chanter en chœur

    Les tubes anglo-saxons suivent souvent la structure Couplet – Refrain – Couplet – Refrain – Pont – Refrain final.
    Comme Ed Sheeran dans « Perfect » (Mouais, « perfect » faut le dire vite, perso je trouve ça pas terrible mais bon, ça fonctionne).

    Nous, bons français, nous nous autorisons une plus grande liberté… mais gare au flou !
    Un refrain trop long, trop changeant ou mal positionné glissera sur les mémoires comme une gouttelette de rosée sur une flaque de gazole.


    🤔 L’intention émotionnelle

    Un bon refrain, c’est aussi une émotion forte portée par un propos clair.

    C’est lui qui porte l’idée générale de la chanson, mais pas que ! Il doit :

    • Exprimer un sentiment universel (amour, regret, colère, liberté…)
    • Le faire de façon personnelle et singulière
    • Et mettre en mots ce que beaucoup ressentent sans savoir comment le dire

    Prenons :« Dégage » de notre Johnny national quoi qu’ultramarin : un seul verbe, une simple vérité, une mélodie saisissante.

    « Je suis malade » de Serge Lama : le refrain, théâtral et dramatique, est un cri, un uppercut.


    📌 À vous de jouer

    ✍️ Allez, assez de théorie : On prend 10 minutes pour un petit exercice…
    …qui sera peut-être, sinon un tube, du moins une révélation !

    1. Choisissez un thème qui vous inspire une émotion forte : la joie, la peur, la colère, le désir, la nostalgie…
    2. Dites à voix haute une phrase simple (voire même un simple mot) qui exprime cette émotion (ex. : « Tu vas voir », « C’est trop tard », « Dis-moi encore »…) sous forme de gimmick, presque comme un cri.
    3. Trouvez une petite ligne mélodique autour de ce gimmick, sur 2 ou 3 phrases, en chantant à voix haute.
    4. Répétez, ajustez, testez ! Et choisissez toujours l’option la plus simple et la plus directe.!

    💡 Quoi ? Vous tenez le refrain de votre prochain tube ? J’en étais sûr !
    Mettez-nous donc ça en commentaire !


    Avant de se quitter

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    ✨ En conclusion

    Sacré cerveau ! Il ne retient que ce qu’il peut chanter, ressentir et structurer dès la première écoute ! Et nous, simples Auteurs-Compositeurs-Interprètes, ne devons pas l’oublier quand nous créons un refrain !
    Le refrain, ça n’est pas un « machin », c’est le cœur battant de la chanson.
    C’est lui qu’on emporte avec soi, qu’on fredonne sous la douche, qu’on reprend en concert…
    Alors il faut le soigner un peu ! Il le mérite, et notre public aussi !

    Vivent les refrains inoubliables, et

    Vive la Chanson !

  • Pas un jour sans une ligne : Routines d’auteur-compositeur

    Pas un jour sans une ligne : Routines d’auteur-compositeur

    Dans l’article « Le bon moment pour se lancer » (lien en bas de page), je vous donnais une méthode infaillible pour mettre à bas la procrastination.
    Dans celui-ci, je vais davantage vous parler de discipline.

    Attention, pas de discipline façon coup de règle sur les doigts
    Non, non : plutôt quelques routines qui vont vous permettre de créer « en douceur » vos chansons, de progresser presque sans vous en rendre compte…

    …et tout ça sans jamais souffrir !

    Pourquoi des routines ?

    Beaucoup d’auteurs-compositeurs amateurs vivent avec un paradoxe : ils ont peu de temps… mais énormément d’idées !

    Et souvent, ils attendent « le bon moment » : un week-end parfait, une inspiration soudaine, une journée rien qu’à soi.

    Problème : ce moment n’arrive jamais.

    Et là, on inverse la logique ! Au lieu d’attendre d’avoir du temps, on va se créer un rythme créatif qui s’insère dans la vie réelle.

    Car ce sont des petites routines, modestes mais régulières, qui finissent par faire naître les chansons.


    Pas un jour sans une ligne

    Alors comment s’organiser ?
    « Nulla dies sine linea » : pas un jour sans une ligne.
    Zola avait affiché ça au mur de son bureau.
    Cette devise, on la doit à Pline l’Ancien, qui parlait du peintre grec Apelle qui chaque jour traçait au moins une ligne sur son chevalet, pour garder la main.

    Depuis, les auteurs s’en sont emparés : pas une journée sans écrire.
    Pas une journée sans chanter, tester, tenter, chercher.
    Et c’est justement cette régularité — même minuscule — qui va nous permettre d’avancer sans nous brûler les ailes.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise de l’électricien

    Et voilà comment on va s’y prendre !


    Des routines simples et concrètes

    Allez, C’EST PARTI !
    Je vous propose de mettre en place quelques petites routines toutes simples, peu contraignantes, qui vont offrir à votre talent un espace pour s’exprimer.

    Au quotidien

    Le mot du jour (5 minutes)

    Chaque matin, piochez un mot au hasard (dans le dictionnaire ou via une appli).

    Écrivez une ligne avec ce mot, ou même un début de couplet.

    C’est tout. Facile, non ?

    Et surtout :
    Ne vous jugez pas : il s’agit juste de faire exister l’écriture.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise de la chiromancienne

    Le riff du soir (5 minutes à… toute la nuit !)

    Chaque soir, avant d’aller dormir, posez les doigts sur votre guitare ou clavier.

    Jouez « au hasard ».
    Laissez aller…
    Et enregistrez 20 secondes sur votre téléphone.
    Accumulez ces fragments : ils entretiennent votre créativité, et dans certains cas ils pourront même constituer vos « matières premières ».

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise du chauffard

    Mais méfiez-vous : il m’est arrivé de commencer comme ça, et de me retrouver deux heures plus tard avec une chanson complète ! 😀


    Sur la semaine

    Le semainier des chansons

    Votre semaine est déjà bien remplie, pas vrai ?
    Et quand vous essayez de repérer les moments où vous auriez du temps pour travailler vos chansons, ça ne fait pas rire : alors voyons…

    Le lundi, éventuellement 10 mn dispo en rentrant du travail.
    Le mardi 30 mn de libre entre la gym et les courses.
    Ah, le mercredi une bonne heure et demie en attendant le retour des activités du petit dernier.
    Le jeudi… ben rien ! Juste 5mn le matin avant de partir !
    Et les autres jours, un petit quart d’heure à midi…
    Dimanche par contre, tranquille !
    Et bien en fonction de ces paramètres, vous aller organiser votre semaine musicale comme un semainier.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise de l’aviateur

    Sur chacun des 7 jours, vous allez poser un projet : il y aura donc 7 textes ou musiques (que vous allez enregistrer) distincts.

    Vous allez instaurer :
    la chanson du lundi,
    la chanson du mardi,
    celle du mercredi, etc.

    Vous allez ainsi faire démarrer chaque jour une idée musicale différente, mais sur laquelle vous revenez la semaine suivante le même jour.
    Et faire ainsi avancer 7 projets simultanément, chacun à son rythme.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise du nageur

    L’objectif : garder le feu allumé (comme Johnny) chaque jour, sans pression (Ah non finalement, pas comme Johnny).


    À temps perdu… pas perdu pour tout le monde !

    Le refrain muet

    Dans les transports ou en marchant, fredonnez une mélodie.
    Inventez un bout de refrain.
    Notez-le sur votre smartphone.
    Le soir, tentez de le rejouer avec votre instrument.
    Et pas grave si c’est bancal : l’idée est là, et la pratique entretenue !

    L’aide précieuse d’un collectif

    Dans votre ville, il existe sans doute des « collectifs chanson ».
    Groupes d’écriture, atelier chanson, scènes ouvertes thématiques…
    Renseignez vous : rejoindre un groupe de création, c’est s’imposer un rythme sans solitude, et grandir avec les autres.

    Si vous ne trouvez rien près de chez vous, pas de panique : suivez bien la page de l’Académie de la Chanson : bientôt, on vous y proposera une scène ouverte thématique, mais (chut !) pour l’instant c’est un secret !

    Vous verrez : ce type de collectif nous pousse à produire, à présenter, à améliorer, à progresser. Et ça marche !

    Pas un jour sans une ligne…
    La devise de Maginot

    Le piège de l’inspiration

    Alors j’entends d’ici quelques « vrais artistes » objecter :
    « Naaan, moi j’attends d’être inspiré… » Mouais.
    Celui-là, il n’a pas attendu pour trouver un prétexte bidon, oui ! Une belle excuse pour ne rien faire !

    L’inspiration est le fruit de l’action, jamais l’inverse !

    C’est en écrivant qu’on devient inspiré.
    Comme c’est en jouant qu’on devient musicien.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise de Pierre Palmade

    Attendre que tout soit parfait avant de commencer revient à vouloir jouer du violon… sans jamais toucher l’instrument.
    Hum… Quoi que dans certains cas, ça vaut mieux ! 😜

    À vous de jouer !

    …et ça se passe dès cette semaine !

    Faites « le mot du jour » le matin, et « le riff du soir » le soir.
    On parie qu’avant la fin de la semaine vous avez déjà les graines d’une nouvelle chanson ?
    Il ne vous restera alors plus qu’à mettre en place la routine du semainier !

    Cela ne demande qu’une décision, et un peu de détermination.
    Allez, courage, on se lance !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.


    En conclusion

    Contrairement à ce que croient la plupart des gens, écrire et composer, ce n’est pas une grâce tombée du ciel.

    Ben non. Dommage…

    …ou tant mieux !

    C’est juste un entraînement discret, quotidien, humble et joyeux.
    À raison d’une ligne par jour, vous bâtirez pierre par pierre une œuvre cohérente, fidèle à votre style.

    Pas un jour sans une ligne :
    La devise de la fin de l’article !

    Alors plus besoin d’attendre l’inspiration.
    Il suffit de vous mettre en route. Maintenant !

    Allez, un petit cadeau avant de se quitter : Mathias ! J’adore !

    Et n’oubliez pas d’aller lire l’article anti-procrastination !

    Bon travail, et

    Vive la chanson !

  • Le bon moment pour se lancer : Passez à l’action !

    Le bon moment pour se lancer : Passez à l’action !

    Faire de la chanson, ce n’est pas juste écrire et composer : c’est aussi présenter ses oeuvres à un public !

    Seulement voilà : au moment de passer à l’action, vous vous apercevez que ce n’est pas si simple : les textes ne sont pas parfaits, on n’arrive pas à « passer » un passage technique à la guitare, on n’arrive pas à tout mémoriser…

    Bref on se dit qu’on n’est pas encore prêt.

    Et le temps passe comme ça, et malgré votre talent, rien de concret ne s’est vraiment passé.

    Eh bien ça, c’était avant !
    Parce que je vais vous dévoiler MON secret : celui qui a mis fin à des années d’atermoiements et de faux prétextes !
    Quand vous aurez fini de lire cet article, vous pourrez comme moi jouer sur scène où vous voulez, quand vous voulez, si vous voulez !
    Je vous dis tout ici !

    Les recettes qui ne marchent PAS

    On ne va pas se mentir : cette quête de perfection qui fait que vous ne vous sentez pas prêt, c’est un phénomène connu, et cela porte un nom :
    Ce nom, c’est la procrastination.
    Alors on peut appeler ça du perfectionnisme, du peaufinage, ou affirmer que c’est une façon de travailler…
    …et on est bien d’accord : c’est ça la procrastination.
    Rien à voir avec la fainéantise ou le je-m’en-foutisme.
    Et c’est elle qui vous empêche d’avancer.

    Alors si vous êtes comme moi, vous avez sans doute cherché à y mettre fin !

    Pour cela, les pistes ne manquent pas :

    Les coaches anti procrastination, les « 5 routines quotidiennes », les « 7 secrets imparables pour avancer », les « 10 habitudes qui vont changer votre vie », les « 36 recettes à la poudre de Perlimpipin », et autres « mindset »…

    Evidemment, tout ça c’est super sur le papier ou sur l’écran, mais en vrai ça ne marche pas !

    Alors je vous livre MA technique pour être sûr de vous produire en public.
    Je n’en ai qu’une seule, elle n’exige aucune volonté, et elle fonctionne à tous les coups.

    Et je suis tellement sûr de moi que pour la peine cet article participe à l’événement interblogueurs « Vos secrets pour passer à l’action » de Mon Bagage Culturel, qui propose des contenus carrément géniaux pour développer sa culture générale, comme Comment se cultiver ? ou Ce qu’il faut savoir en culture générale. Et toc !

    Allez, je vous dis tout.

    Mon « secret » pour passer à l’action

    Voici mon secret : vous fixez une date pour un passage sur scène.

    Oui… et.. ?

    Quoi, « et » ?
    Y’a PAS de « et ».
    C’est tout.

    Hein ?!? C’est ÇA le truc ??? Mais c’est NUL !!!

    Ha ! Ha ! Ah oui, vous croyez ça ? Et bien lisez un peu la suite :

    Jules Cesar attitude & Napoleon touch

    « Alea jacta est » : « les dés sont jetés »

    Ce sont les mots qu’a prononcé Jules César en franchissant le Rubicon, ce fleuve qui marquait la frontière à ne pas franchir sous peine de guerre civile.

    En le traversant, César brisait le retour en arrière.
    Il passait à l’action, quoi qu’il en coûte.

    Napoléon, dans une stratégie comparable, faisait couper les ponts derrière ses troupes, pour qu’elles n’aient pas d’autre choix que d’avancer.

    Hum… Bon, pour le reste, on évitera de s’inspirer de ces deux empereurs qui n’ont pas très bien fini.
    Mais leur stratégie fonctionne : ne pas rendre possible le retour en arrière.
    Car ce sont les gestes radicaux qui les ont obligés à aller de l’avant.
    Eh bien pour nous c’est pareil !

    S’engager sans filet

    C’est ce que je fais moi-même : je programme un concert.
    Même si mes chansons ne sont pas tout à fait prêtes.
    Même si le spectacle est encore flou.
    Et même si j’ai les chocottes.

    En fixant une date, en annonçant publiquement que j’y serai, je n’ai plus de marche arrière possible.
    Je dois écrire.
    Je dois composer.
    Je dois faire naître les chansons.
    Et curieusement… ça marche.
    Les idées arrivent. L’urgence devient moteur.
    Le feu sacré se rallume.

    La question magique

    Qu’est-ce que je risque ?

    Pour être sûr de n’avoir aucun regret, voilà la question à se poser avant de programmer un concert :
    Quelle est la chose la plus grave que l’on risque en se lançant comme ça ?
    Posez-vous la question concrètement :
    Allez-y : quel est le pire scénario catastrophe que vous puissiez imaginer ?
    Oublier votre texte, vous planter à la guitare, avoir les mains qui tremblent ?
    Ou tout cela à la fois ? Possible.

    Car des foirages, j’en ai vu quelques-uns ! Autant dans les petites scènes que dans de gros festivals : une salle vide, des problèmes de son, une extinction de voix…
    Ça, c’est pour les autres, mais je peux balancer sur moi-même : un émetteur guitare qui tombe en panne totale, le multi-effet qui lâche au milieu d’une chanson, une corde qui casse, un couplet oublié, et même… le trou noir complet ! Parfois en cumulant jusqu’à 5 ou 6 galères dans un seul et même spectacle !

    Et donc ? Donc ça s’est passé, et je ne regrette rien.
    Et pour tout dire, ça fait partie du truc.

    Le pire du pire

    Mais on va aller encore plus loin.

    Imaginons VOTRE galère. Votre PIRE galère possible. Imaginez-la.
    Prenez quelques instants pour y penser.
    Vous la tenez ?
    Que va-t-il se passer ensuite ?

    Quelle est la conséquence la plus grave qui puisse en découler pour vous ?
    Prenez le temps de l’imaginer.
    Qu’on vous siffle ou qu’on vous jette des tomates ? Non. Ce temps-là est révolu !

    Le plus drôle, c’est que souvent il ne se passera rien, parce que personne ne se rend compte de rien ! Comme dit mon ami Steve : « le public n’a pas la partition ». Et la plupart du temps, il n’aura même pas vu que vous avez eu un problème (c’est presque frustrant !).

    Mais bon admettons que le public se rende compte qu’il y a un gros souci.
    Eh bien s’il s’en rend compte, c’est encore mieux : les gens vont mesurer le travail et admirer votre courage ! Je vous jure que c’est vrai !

    Mais au pire du pire, même en admettant que vous tombiez sur le pire des publics, vous aurez quand même droit à des applaudissements polis.

    Voilà. C’est ce que vous risquez. Visualisez le bien.
    Et au risque de vous décevoir : non, vous n’allez pas perdre vos amis ni brûler en enfer.

    Alors ? Est-ce que vous êtes prêt à affronter cela ?
    Oui ? Alors…

    Les actions concrètes

    Assez papoté, on agit :

    Quoi ? Déjà ? Mais on n’a même pas eu le temps de finir de lire l’article !
    Eh bien oui, maintenant : car là, tout de suite, vous allez prendre une décision : celle de présenter votre œuvre.
    Et voilà comment ça se passe.

    Car vous êtes forcément dans l’un des 5 cas suivants :

    Cas 1. Vous avez un répertoire complet

    C’est-à dire 14 chansons (même si elles ne sont pas prêtes). Contactez une salle locale (il y en a dans toutes les villes grandes ou petites) et prenez la première date qu’on vous propose.
    A défaut, proposez à vos amis qui ont une maison ou un grand appartement de faire un concert privé chez eux.
    A défaut organisez ce concert privé chez vous, et contactez 20 personnes de vos proches pour les inviter.
    Faites-le. Maintenant.

    Cas 2. Vous avez 7-8 chansons

    Faites un co-plateau avec un artiste de vos connaissances. C’est plus sympa qu’une « première partie », et de nombreuses salles locales proposent cette formule.
    Proposez-le dès aujourd’hui à plusieurs artistes (même modestes) de vos connaissances.
    A défaut de salle, le co-plateau se fait aussi chez des particuliers lors de concerts privés. Proposez-le à vos amis, ou même organisez-le chez vous.

    Cas 3. Vous n’avez que 4 chansons

    Inscrivez-vous à un plateau-découverte. De très nombreuses petites salles proposent cette option. Quatre artistes, souvent modestes, se succèdent et jouent chacun 20mn. La bienveillance et l’entr’aide y sont la règle.
    Appelez les salles les plus proches de chez vous et prenez la première date qu’on vous propose.
    Parallèllement, et sans attendre, proposez à vos amis d’animer une fin de repas ou un début de soirée. Prévenez-les que vous n’avez que 4 chansons, et prenez date.

    Cas 4. Vous n’avez qu’une seule chanson

    Inscrivez-vous à une scène ouverte. De nombreuses salles proposent cette formule : une douzaine d’artistes amateurs ou débutants se succèdent pour une seule chanson chacun, présentés par un animateur bienveillant qui saura vous mettre à l’aise. Le public (constitué des amis des artistes) est toujours amical.
    Faites-le tout de suite.

    Cas 5. Vous n’avez pas de chanson du tout

    Quel est le prochain évènement auquel vous êtes convié ?
    Un mariage, un anniversaire, un diplôme, etc. ?
    Engagez-vous à offrir une chanson à la personne qui vous invite.
    Pour cela, on peut vous aider : Allez lire par exemple cet article pour une chanson de mariage, ou cet article pour une chanson de Saint-Valentin. Et transposez si besoin !
    Et surtout, n’attendez pas : le prochain évènement prévu est le bon : sortez votre agenda dès à présent, repérez la prochaine date et engagez-vous auprès de la personne concernée.

    A vous de jouer !

    Bon.
    Je sais qu’à ce stade, la majorité des gens qui lisent cet article ont déjà renoncé. Ils ont trouvé des prétextes pour ne pas agir. Ils ont peut-être même arrêté de lire. C’est comme ça.

    Mais VOUS, qu’est-ce que vous allez faire ?
    Quelle formule avez-vous choisie ?
    Allez, on ne lâche pas : on est là pour ça, non?

    DITES-MOI EN COMMENTAIRE ce que vous avez choisi.
    Et faites-le.

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    N’attendez pas d’être prêt pour vous engager. Cela ne vous conduirait nulle part.

    Votre heure, c’est maintenant !
    Parce que cela transforme la création en nécessité.
    Et n’attendez plus je ne sais quelle inspiration.
    L’inspiration c’est le fruit de l’action, pas l’inverse.

    Moi je crois déjà en vous. Et vous ?

    Croyez en vous, foncez, et

    Vive la Chanson !

  • Inventer une chanson pour un mariage : la bonne recette

    Inventer une chanson pour un mariage : la bonne recette

    Une chanson « ONE SHOT »

    Pour le mariage de votre meilleur.e ami.e, vous allez offrir le plus beau des cadeaux : une vraie chanson !

    C’est aussi beau qu’un feu d’artifice !
    Mais comme pour le feu d’artifice, vous n’aurez droit qu’à un seul tir.
    Il faut que ça explose, que ça touche au cœur, et surtout… que ça fonctionne tout de suite.

    Le public ? Une assemblée hétéroclite, souvent émue (et parfois légèrement euphorique), qui n’attend qu’à chanter avec vous… à condition que vous lui en donniez les moyens !

    Et ça tombe bien : dans cet article, je vais vous guider pas à pas pour écrire une chanson de mariage qui fera mouche. Car oui, ce genre particulier obéit à des codes : légèreté, accessibilité, émotion partagée… et une pincée d’humour bien dosée.
    Alles, je vous dis tout !

    Des paroles simples

    Une seule écoute, pas une de plus

    Contrairement à une chanson que l’on découvre sur un album ou en concert, la chanson de mariage est un « one shot » : elle doit séduire instantanément. Pas le temps d’analyser des métaphores tortueuses ou des doubles-sens intellos : on est là pour célébrer, pas pour décortiquer.

    👉 La règle d’or : si un enfant de 8 ans ne comprend pas les paroles, c’est trop compliqué.

    Des souvenirs qui parlent à tous

    Le truc, c’est de viser juste mais large.
    Exit les anecdotes intimes, les private jokes ou les propos cryptés, on fait dans les souvenirs universels.

    Le voyage scolaire à Rome,

    Le premier baiser au cinéma,

    Les repas du dimanche midi,

    Le chat qui squatte le canapé…

    Bref, des images qui parlent à tout le monde, même à ceux qui ne connaissent pas bien les mariés !

    Le gimmick, l’invité incontournable

    Une bonne chanson de mariage efficace s’appuie toujours sur un gimmick textuel et/ou mélodique. Un mot, une expression ou une mélodie qui revient comme un refrain familier :

    « On s’est dit oui, oui, oui… »
    « Et depuis, c’est parti pour la vie ! « 

    Ce petit crochet linguistique (hook textuel, for ze anglicist pipole) permet à tout le monde de participer… même sans connaître toute la chanson.

    Une musique à entonner sans réfléchir

    Suivez la gamme (littéralement !)

    Votre meilleure amie ici, c’est la simplicité mélodique. Ne vous compliquez pas la vie ! La première mélodie qui vous vient est la bonne ! On monte la gamme et hop !
    Une structure en boucle, une gamme majeure, peu de sauts d’intervalles, et vous tenez un air facile à mémoriser.
    Vous pouvez même vous inspirer de chansons enfantines ou de ritournelles populaires : ce n’est pas un hasard si tout le monde peut chanter Joyeux anniversaire !

    N’ayez pas peur de répéter les motifs !
    On ne le répètera jamais assez : la redondance, la redondance, vous dis-je ! Ca permet à tout le monde de comprendre comment fonctionne la chanson et de la reprendre avec vous ! C’est comme ça qu’on crée un vrai moment collectif !

    Moins d’accords, plus d’ambiance

    À la poubelle les accords de jazz compliqués !
    Vous allez prendre trois-quatre accords de base, et hop !

    C’est comme ça qu’on crée une ambiance conviviale.

    Par exemple : les classiques Do Fa Sol fonctionnent à merveille.

    L’interprétation : récital no, fiesta si !

    C’est un mariage, pas un concert !
    Le jour J, vous allez essayer de chanter juste (si possible), mais surtout, surtout : mettre l’ambiance et entraîner tout le monde avec vous !

    Mes conseils

    Répétez votre chanson plusieurs fois avant le grand jour. En solo, puis devant deux ou trois amis bienveillants.
    Imprimez les paroles pour que toute le monde les ait (distribuez-les ou affichez-les).
    Attaquez avec l’énergie. Si vous y croyez, les autres suivront !
    Méfiez-vous de l’émotion. Pas question de vous laisser submerger à l’instant T !
    Choisissez le bon moment : pas trop tôt dans le repas (personne n’écoute), ni trop tard (personne ne tient debout).

    À vous de jouer !

    Allez, on va s’entraîner à écrire une chanson de mariage réussie !
    Et vous allez voir qu’on ne va pas se compliquer la vie !

    Votre mission :

    Vous allez faire une micro-chanson sur un souvenir universel.
    Par exemple : un pique-nique, un départ en vacances, un premier slow…

    1) Commencez par un refrain très court, avec une formule répétitive qui revient, dans le genre « On s’est dit oui », « Main dans la main », que vous allez faire en un seul jet, paroles et musique en même temps.

    2) Trouvez une mélodie de couplet qui s’enchaine bien avec ce refrain. La première qui vient sera la bonne !


    3) Ecrivez un petit couplet de 4 lignes qui évoque ce moment simplement. Même si ça ne rime pas !
    Vous avez vu ? Le côté « brut de décoffrage », c’est d’une efficacité diabolique.

    Pour aller plus loin :

    Ben… vous avez deviné, non ?
    Il ne vous reste plus qu’à faire une chanson entière pour le mariage de vos amis !
    Au boulot ! et n’hésitez pas à mettre votre production en commentaire !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Ce n’est pas parce qu’on fait simple qu’on fait n’importe quoi !

    Dans chaque type de chanson, il faut être en phase avec son public… et avec l’évènement !

    Pour votre chanson de mariage, que vous écrirez sans y passer des heures, il vous faut avoir le bon angle.

    Et surtout, n’allez pas essayer de voler la vedette à la mariée, hein? L’important, ça n’est pas de briller, mais de réunir.

    Et pendant qu’on parle d’amour, je vous propose d’aller lire cet article « Ecrire une chanson d’amour pour la Saint-Valentin »…et qui sait ce qui pourrait arriver ensuite ?

    « Les grandes chansons ne sont pas celles qu’on admire, mais celles qu’on chante ensemble. »

    Vive les mariés, et

    Vive la chanson !

  • Faux paroliers, vrais escrocs

    Faux paroliers, vrais escrocs

    On apprend tous les jours !
    Figurez-vous que j’ai découvert il y a peu de temps une nouvelle arnaque !
    Au même titre qu’il y a des sites de désinformation entièrement gérés par IA, ou des vendeurs de fausses « chansons personnalisées » faites sur Suno, il y désormais des faux auteurs SACEM qui vont vous proposer des paroles de chansons… faites par ChatGPT !
    Je vous dis tout ici.

    Comment font les escrocs ?

    Vous en avez sans doute déjà croisé sans le savoir si vous avez cherché un auteur pour une collaboration.

    Vous tombez sur un profil avenant : « Auteur à la SACEM », « Plus de 300 textes déposés », « Collabore avec de nombreux artistes ». Génial : vous avez trouvé la perle rare !

    Seulement voilà : quand on lit les premiers textes proposés, il y a comme un doute… Tout est correct, voire fluide, mais… vide.

    Aucun relief, aucune prise… pas trop d’erreurs non plus d’ailleurs.
    Des rimes attendues, des tournures polies, un lexique vague.
    Et sinon, rien : c’est lisse et inconsistant. Aucune émotion véritable.

    Le secret ? Vous l’avez compris : ces textes n’ont pas été écrits par un être humain. Ils ont été générés par une IA, souvent à la chaîne, parfois retouchés à la marge. Et le « créateur » de ces textes se contente de les déposer ensuite à la SACEM… comme si c’était son œuvre personnelle.

    Où trouvent-ils leurs paroles ?

    Pour trouver des paroles gratuites faites par IA, ce n’est pas bien difficile :
    Des dizaines de sites gratuits proposent ce service.
    Et ils sont souvent assez convaincants.
    Comme par exemple le sympathique petit robot de FRESHBOTS.
    Si vous voulez vous faire une idée, Cliquez ici

    Ce sont ces sites que les escrocs utilisent.

    Pourquoi font-ils ça ?

    Ben oui, c’est la question que je me suis posée : quel est l’intérêt de se faire passer pour un « vrai » auteur ?
    Je me suis même dit « faut être un peu c** ».

    L’explication est pourtant simple : les droits d’auteur !

    Prenons un artiste local (même amateur), qui fait des passages sur scène, dont le EP est diffusé sur des petites radios web, qui fait éventuellement quelques vues sur Youtube.

    A chacun des ses passages, la SACEM rétribue l’auteur et le compositeur des chansons.

    Assez modestement, certes, mais de façon régulière. Normal.
    Ça va de quelques dizaines à quelques centaines d’euros par trimestre.

    Vous avez deviné la suite ?
    Prenons un compositeur, un artiste ou un groupe local qui n’a pas de parolier.
    Et voilà qu’il trouve sur internet un auteur qui propose ses textes gratuitement. Il faut simplement les déclarer à la SACEM. C’est parfait, non ?
    Multiplions des centaines de textes « gratuits » offerts par ce parolier à plusieurs dizaines d’interprètes, ça commence à être une équation plutôt juteuse en terme de droits SACEM.
    Surtout quand on sait que ces textes ont été produits d’un clic par une IA gratuite !

    Eh oui, vous avez compris : nos sympathiques escrocs se servent de votre travail pour toucher les subsides de leurs fausses paroles que vous aurez fait exister pour eux !
    Vous faites la musique, l’interprétation, la promotion, la diffusion…
    En clair, vous bossez pour eux !!!

    Comment les repérer ?

    Comme tout bon escroc, ces faux auteurs ressemblent à de bons pères de famille, sont plutôt sympa et vont vous expliquer combien ils sont attachés à l’authenticité de leur travail !

    Seulement voilà : il y a des signaux d’alerte :

    L’auteur a des dizaines, des centaines de textes déposés, mais aucun titre connu à son actif.
    Il affiche de façon ostentatoire son numéro SACEM comme un gage de son « sérieux » et de son statut d’auteur reconnu.

    Ses textes sont souvent génériques, sans ancrage, sans personnalité.
    Le vocabulaire est lisse, souvent désuet ou platement poétique.
    Les expressions sont figées, sans invention ni souffle.

    Et puis là où un bon auteur vit, doute, affine, vous parle, vous écoute…
    …lui refusera de retravailler un texte sur mesure, ou alors il ne comprendra pas vos remarques.
    Hé oui, pas facile d’écrire avec cœur quand on est un algorithme.

    Ils n’ont honte de rien !

    Pour les besoins de ma petite enquête (j’adore faire ça !) je me suis fait passer pour un compositeur interprète qui cherche un parolier.
    Et j’ai contacté plusieurs faux auteurs.

    Quand on échange avec eux, on tombe sur des gens plutôt sympathiques, mais bon, on comprend vite qu’ils sont davantage intéressés par les aspects pratiques que par les considérations artistiques.

    Contrairement aux faiseurs de « chansons clé en main » (cliquez ici pour lire l’article) ils ne m’ont pas demandé d’argent…

    Et ça bien sûr, ça met en confiance !
    Car eux, c’est la SACEM qui les rémunère !
    Et vous ?
    Vous n’êtes que leur interprète à titre gratuit !

    Quand vous leur posez la question de l’IA, certains admettent parfois du bout des lèvres l’utiliser comme point de départ, mais rassurez-vous, m’sieur-dames : « ils relisent tout » (je cite) et corrigent.

    Alors là, je suis scié !

    Ils « relisent tout » ! Quel talent !

    Je vous jure : ces gens-là n’ont honte de rien ! Et croyez-moi : il n’y en a pas un pour rattraper l’autre !

    Est-ce que c’est légal ?

    Légal ? Parfois. Légitime ? Jamais.

    La SACEM ne demande pas (encore) de preuve humaine à la création d’un texte. Il suffit de payer une cotisation, de remplir un formulaire, et voilà un texte généré automatiquement qui devient une œuvre déposée.
    Il y a donc là un vide éthique, voire juridique.

    Mais ATTENTION : si l’auteur ne déclare pas que le texte est généré par une machine, il ment sur la nature de son travail. Et quand il vend ce texte comme une création artistique, il escroque les interprètes, compositeurs et autres partenaires de la chanson.

    Un peu comme si on vous vendait un costume sur mesure qui est en fait un pyjama de supermarché.

    Des chansons « clés en main »… déjà vues

    Ce phénomène s’inscrit dans une logique plus large, celle des chansons toutes faites, déjà dénoncée dans notre article Chansons clés en main : la grosse arnaque.
    Là aussi, des pseudo-créateurs vous vendent des chansons entières (paroles + musique + maquette) qu’ils affirment « exclusives »… alors qu’elles sont le fruit d’une production IA !

    Résultat : des dizaines d’interprètes chantent des textes creux, qui se ressemblent tous, qui ne racontent rien, mais qui sont bien « déposés SACEM »… Vous avez dit « originalité » ?

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    À vous de jouer !

    Pour ce petit exercice de lucidité créative de 10 minutes, on va s’éloigner de l’IA pour travailler la sincérité. (oui ça parait bizarre de faire un exercice de sincérité, j’en conviens!).
    Prenez un texte que vous avez écrit récemment, ou que l’on vous a proposé.
    Pas forcément de l’IA, hein ?

    Lisez-le à voix haute.

    Puis posez-vous ces 3 questions :
    1) Sent-on une émotion sincère à travers ce texte ?
    2) Ce texte pourrait-il être chanté par n’importe qui ?
    3) Est-ce que je reconnais une part de moi dans ces mots ?

    Si vous répondez « non » à toutes ces questions…
    …heu non : si vous dites oui à la 2 et non aux autres, enfin bon vous m’avez compris,
    il est temps de retravailler votre texte… ou de changer de collaborateur.

    Pour aller plus loin

    Réécrivez votre texte en remplaçant 3 tournures convenues par des images personnelles.
    L’objectif : remettre de la vie, du vécu, et du style dans vos paroles.

    En conclusion : la chanson n’est pas un produit

    La chanson est un art. Pas un prétexte à une escroquerie numérique.

    Alors c’est vrai : tout le monde n’est pas capable de détecter des textes (ou des musiques) IA.
    Mais personne ne va s’extasier devant leur résultat médiocre.
    Une « œuvre » IA n’aura pas d’intérêt pour le public « chanson française ».

    Le remplissage algorithmique n’est toujours pas capable de remplacer le style, l’engagement, ni la sincérité. Pour les IA, comme pour ceux qui en font un usage malhonnête, de ce côté-là, il y a encore du boulot !

    Hé oui : pour faire de bonnes chansons, il faut bosser un peu et surtout… être un humain !

    Foin des escrocs, et

    Vive la chanson !

  • LES MOTS : LE SENS vs LE SON

    LES MOTS : LE SENS vs LE SON

    Que choisir entre le sens et le son ?
    Pas besoin de lire cet article ! Parce qu’on connait déjà la conclusion :

    Ben… c’est évident : les deux !

    Allez, circulez, y’a rien à voir !
    Oui… sauf que ce n’est pas si simple que cela.

    Allez, on commence vraiment par le début. Lisez ça !

    1. Une chanson, c’est quoi ?

    Pour celui qui la crée comme pour celui qui l’écoute, une chanson, ce n’est pas juste des mots qu’on a posé sur des notes : on cherche à transmettre quelque chose. Une émotion, une image, un souvenir, une humeur…

    Et pour cela, le sens des mots est essentiel.

    Mais ce n’est pas tout : le son des mots joue, lui aussi, un rôle clé. Il va donner une ambiance, une couleur.

    Il arrive donc qu’on doive choisir entre le sens parfait et le mot qui sonne mieux.

    C’est de cette tension, quelque part entre littérature et musique, que naît la chanson.

    2. Chanter, c’est dire quelque chose

    Pourquoi faisons-nous de la chanson ? Parce qu’on a quelque chose à dire.
    Les mots, on ne les choisit pas au hasard, ni par souci d’effet : on les choisit parce qu’on veut porter un message, un élan, une histoire.

    D’ailleurs, si l’on ne voulait transmettre que du rythme ou de l’énergie, on ferait de la dance, de l’électro ou de la pop en anglais, avec des paroles qu’on entend à peine.

    Mais voilà : on fait de la chanson.
    Et en chanson française, le sens compte.
    La langue, c’est à la fois un support et un vecteur.

    Et ça implique une responsabilité :
    cela nous oblige à la précision, à la justesse, à la sincérité.

    3. Les mots sont aussi de la musique

    Mais un mot, ce n’est pas juste un sens.
    Un mot, ça a un son, une couleur, un timbre.

    Prenons par exemple la photo ci-contre :

    Diriez-vous que c’est une auto, une automobile, une voiture, une caisse, une tire, une bagnole ..?

    Tous ces mots désignent la même chose, mais sonnent différemment…

    …sans parler de la « Benz » de NTM ou de la « Chrysler » de Souchon !


    Eh oui : Les mots sont exactement comme les notes de musique :
    – Comme les notes, les mots ont un son. De la même façon qu’une note de musique peut être interprétée par différents instruments, un même concept pourra être exprimé par différents mots, dont chacun « sonnera » différemment.
    – Et ce n’est pas tout : Comme la suite des notes d’une musique, l’enchainement des mots aura une mélodie propre, plus ou moins élégante. Au fil du vers, les mots vont se succéder. Parfois de façon fluide, parfois de façon imprononçable.

    Prenons comme exemple le vers de Balavoine dans « Tous les cris les S.O.S. » , magnifique chanson malgré un texte un peu laborieux : à 2 :52, on entend :
     « Tout était clair comm’ de l’eau ».
    TouTéTaitClaiRCom… le début du vers est très accroché… pas terrible !
    …coMM’DeL’eau : en revanche la fin est fluide (c’est le cas de le dire vu que c’est de l’eau !)

    Il faut s’y résoudre : parfois, le mot juste n’est pas le mot bon.
    Et inversement, un mot poétique n’a pas toujours sa place.
    Il nous faudra donc louvoyer entre sens et son pour trouver l’équilibre parfait.
    Mais quand on a dit cela, on n’a pas tout dit : lisez donc la suite !

    4. Les dérives du son ou du sens mal dosés

    1ère dérive : les mots compliqués

    Première dérive : les auteurs de chanson novices utilisent souvent des mots compliqués, qui sonnent mal, qui s’enchainent mal, ou dont le sens est approximatif.
    Par manque d’assurance, ils veulent souvent impressionner : ils mettent des mots rares, alambiqués, qui cassent le rythme ou sonnent faux. Une chanson, ce n’est pas une dissertation. Le mot doit trouver sa place naturelle dans la phrase, sans faire de vague.

    Un exemple : le fameux « anathème » de Francis Lalanne à 1 :25
    …ou quand un dictionnaire devient indispensable pour comprendre le sens d’une chanson plutôt insipide.
    D’ailleurs la plupart des gens ne comprennent pas ce texte trop compliqué (qui parle du décès d’un être cher et non d’un amour impossible).

    2ème dérive : les mots ronflants

    Autre piège : Quand les rimes sont là, que le flow est présent, mais qu’il n’y a aucun sens !
    Certains auteurs se gargarisent volontiers de mots creux, les grandes phrases qui ne veulent rien dire.
    C’est le cas de la plupart des rappeurs dont le niveau dépasse rarement un petit CE2 (pour le slam, on atteint un bon niveau CM1).

    Allez, je vous offre en guise d’illustration une chanson au 2ème degré qui a un flow du diable…
    …et qui ne veut (presque) rien dire !

    3ème dérive : les fautes de français

    Là encore, on peut dire un grand merci à nos amis les rappeurs qui ont fait de ce travers une véritable discipline olympique.
    Mais il n’y a pas qu’eux ! Si Indochine n’existait pas, il faudrait l’inventer !
    à 1:40, on entend :
    Tu me donnes un baiser et nos langues vont juste s’emmêler, et ta peau se mouilla, elle aura comme un goût, un goût de lait, Je te respire » Ouatchh !
    …et, à 3:35, un prémonitoire quoi qu’involontaire « corrige-moi mes fautes »

    Pour éviter une telle débâcle, jetez un œil à notre article « Chanson : gare aux fautes de français ».

    5. Trouver l’équilibre entre le sens et le son

    Alors dans tout cela, où est le bon équilibre ?

    A chacun sa réponse

    Il faut savoir se détacher du sens pour écrire un joli mot, voire même changer un peu le discours pour qu’il gagne en poésie et en musicalité.
    C’est la position de Boby Lapointe, qui a fait du son des mots la base de ses chansons.

    A l’inverse, il faut parfois savoir sacrifier une rime pour exprimer une belle idée. C’est la position que défend inlassablement mon ami Claude Lemesle, le plus grand auteur français contemporain, ici interprété par Joe Dassin.
    Entre 1:24 et 1:42, il choisit délibérément de sacrifier la rime pour privilégier l’émotion.

    Et nous, dans tout cela ?

    Apprenons à parfois « tordre » un peu l’idée de départ pour que la phrase soit chantable, changer un verbe pour que la mélodie respire, ou troquer un synonyme plus doux, plus évocateur.
    Et ce n’est pas trahir son message, au contraire : c’est l’épouser mieux.

    Mais l’inverse est aussi vrai : sachons parfois renoncer à une tournure parfaite pour laisser place à la musicalité des mots.

    Dans la chanson, la langue n’est pas reine : elle est danseuse.

    👉 Retrouvez notre article « Les mots disent ce qu’ils veulent dire » pour aller plus loin.

    6. À vous de jouer !

    Bon, tout ça c’est bien gentil, mais concrètement, comment fait-on ?
    Eh bien, comme il n’y a pas de raison que je sois le seul à travailler ici, je vous propose un petit jeu qui va exercer votre plasticité cérébrale à l’art de l’équilibre.
    Le jeu des 3 versions (10 minutes chrono)

    Pour commencer, choisissez une idée forte, une phrase clé : ex. « Je ne t’attends plus ».
    Puis rédigez trois versions :

    Version 1 (le sens) : écrivez une version très claire, sans chercher à faire joli. Juste ce que vous voulez dire.

    Version 2 (le son) : faites une version purement sonore, avec des mots qui chantent, riment, résonnent. Quitte à déformer un peu le sens.

    Version 3 (la synthèse) : trouvez un équilibre entre les deux. Réécrivez la phrase en gardant l’idée ET le style.

    NB : travaillez à l’oral, idéalement à voix haute.

    Vous voyez la différence ?
    Ou plutôt : vous l’entendez ?
    Si oui, c’est le moment de sortir la guitare ou le piano pour tester !

    Pour aller plus loin

    Transformez cette phrase en chanson. Vous tenez votre refrain, attaquez les couplets !

    Pour les couplets, vous pouvez avoir deux approches différentes :
    privilégier le sens pour favoriser une bonne compréhension du propos
    privilégier le son et vous autoriser des bons mots
    En revanche, l’ensemble doit rester cohérent : il ne s’agit pas d’avoir un couplet rempli d’onomatopées tandis qu’un autre développe un discours construit.

    Comme toujours, je vous invite à poster votre production en commentaire !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Ecrire un texte, composer une musique, c’est très bien.

    Mais écrire une chanson, c’est beaucoup plus complexe : nos mots font partie intégrante de la musique.
    Il nous faut fusionner les deux, dans un petit miracle d’équilibre.

    Ce qu’on qualifie d’ »art mineur » est en réalité un art complexe, un travail d’orfèvre.

    Et l’Académie de la Chanson est là pour vous accompagner dans cette alchimie fragile.

    Vive le mariage du sens et du son,

    Vive la chanson !