Vous avez remarqué ?
Quand deux chanteurs interprètent la même chanson, mêmes notes, mêmes mots… cela donne deux résultats totalement différents.
Pourquoi ?
Bon, il y a le timbre de la voix bien sûr…
…mais on le sent bien, l’essentiel est ailleurs.
Parce que les même mots semblent n’avoir pas le même son.
Bizarre, non ?
L’explication est simple : cela vient de la diction.
On en parle assez peu. Et pourtant, elle joue un rôle essentiel dans l’identité d’un interprète.
La diction, c’est la manière de fabriquer les sons de la langue.
Les voyelles, les consonnes, les mots eux-mêmes prennent une couleur particulière.
Et cette couleur participe autant à la personnalité d’un chanteur que sa voix.
L’accent : la couleur primaire
La première forme de diction qui s’impose à nous, c’est l’accent.
Pendant longtemps, on a demandé aux chanteurs d’effacer leur accent régional pour adopter un français parfaitement neutre.
Heureusement, cette époque est révolue.
Aujourd’hui, personne n’imaginerait Francis Cabrel sans sa douceur du Sud-Ouest, Jacques Brel sans sa couleur belge, Robert Charlebois sans ses intonations québécoises.
Idem pour Charlélie Couture le nancéien ou Kent le lyonnais, avec leur façon bien personnelle de faire sonner le français.
Et que serait Jane Birkin sans l’accent anglais qui a accompagné toute sa carrière ?
Il est devenu une part de son charme et de son identité artistique.
L’accent raconte une origine, une histoire, un terroir. Il humanise immédiatement celui qui chante.
Votre orthophonie personnelle
Au-delà de son accent, chacun possède des particularités qui lui sont propres.
Et certaines sont presque d’ordre orthophonique.
Le léger zozotement de Salvatore Adamo en est un excellent exemple. Techniquement, on pourrait considérer cela comme une imperfection.
Artistiquement, c’est tout le contraire.
En quelques syllabes, on reconnaît immédiatement celui qui chante.
Ces petites singularités font partie de la personne. Elles rendent une voix unique.
Plus encore : elles créent une proximité avec l’auditeur parce qu’elles donnent le sentiment d’entendre un être humain, et non une voix parfaitement calibrée.
Trouver sa signature sonore
Additionnez un accent, quelques particularités de prononciation, une façon bien à soi de former les voyelles ou les consonnes…
Vous obtenez une véritable signature.
On reconnaît certains chanteurs avant même d’avoir identifié la chanson.
…et unique lorsqu’il chante !
C’est un peu comme une écriture manuscrite. Deux personnes utilisent les mêmes lettres pour écrire les mêmes mots, mais personne n’écrit exactement de la même manière.
Cette singularité constitue souvent l’accroche d’un interprète.
Celle qui fait qu’on l’identifie instantanément.
La diction : un choix artistique
Chez certains artistes, la diction ne relève plus seulement de leur personnalité naturelle. Elle devient une véritable démarche artistique.
Jacques Higelin en est un magnifique exemple. Il modèle les mots, les déforme, les malaxe presque. Chaque syllabe devient un matériau sonore.
Même chose chez Hubert-Félix Thiéfaine : sa manière très personnelle de fabriquer certains sons participe entièrement à son univers.
La diction n’est plus seulement un moyen de transmettre un texte.
La diction : un instrument de musique
La diction n’est pas seulement un style : c’est un véritable instrument de musique.
Par ses attaques, sa fluidité, ses points d’accroche, votre diction définit votre style autant que le timbre de votre voix.
On pourrait dire que la diction est aux mots ce que l’attaque est à une note de guitare, de piano ou de violon. Et la comparaison n’est pas inncente : modifiez l’attaque d’un de ces instruments, et vous serez incapable de le reconnaître !
Deux musiciens jouent exactement la même note… mais selon qu’elle est attaquée doucement, sèchement, avec l’ongle, au médiator ou au doigt, le son change complètement.
Pour les mots, c’est exactement la même chose.
Listen and you will see
La diction est aussi l’une des raisons pour lesquelles nous aimons tant les chansons en langue étrangère.
On ne comprend pas les paroles, et pourtant, elles nous touchent. Parce que nous entendons avant tout des sons.
Les mots deviennent des notes de musique. Leur couleur, leur matière, leur musicalité suffisent parfois à provoquer une émotion.
Evidemment, la diction participe pleinement à cette émotion : elle est cette petite alchimie qui transforme un simple texte en une voix reconnaissable entre toutes.
A vous de jouer !
Prenez une chanson connue.
Attention : pas une de vos chansons. Non.
Une que vous connaissez bien, mais dont l’interprétation vous semble trop lisse.
Je vous aide ? Des noms ? En respectant la parité ?
Allez, je me lance : Patrick Fiori ou Isabelle Boulay.
Comme quoi on peut être corse ou canadien sans avoir une grosse personnalité articulatoire !
Essayez, pendant quelques minutes, d’oublier le sens des paroles.
Concentrez-vous uniquement sur le son des mots.
Et puis lâchez-vous !
Tentez différentes approches sonores avec des dictions un peu originales.
Ensuite, vous refaites ça sur une version karaoké.
Alors, c’est qui qui sonne le mieux, hein ?
Eh bien je parie que c’est vous !

Eh oui : la diction est un véritable instrument d’expression !
Avant de se quitter
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En conclusion
La voix ne suffit pas à faire un interprète.
C’est même assez secondaire finalement.
Ce qui compte vraiment, c’est cette façon unique de donner une couleur aux mots.
Vous savez, ce truc que les IA ne savent pas imiter…
Eh bien c’est ça, votre véritable personnalité artistique !
Vive la dikchion, et
Vive la Chanson !

































