Auteur/autrice : Denis Perrin

  • La diction artistique : maîtrisez le son des mots

    La diction artistique : maîtrisez le son des mots

    Vous avez remarqué ?
    Quand deux chanteurs interprètent la même chanson, mêmes notes, mêmes mots… cela donne deux résultats totalement différents.

    Pourquoi ?
    Bon, il y a le timbre de la voix bien sûr…
    …mais on le sent bien, l’essentiel est ailleurs.

    Parce que les même mots semblent n’avoir pas le même son.
    Bizarre, non ?
    L’explication est simple : cela vient de la diction.

    On en parle assez peu. Et pourtant, elle joue un rôle essentiel dans l’identité d’un interprète.

    La diction, c’est la manière de fabriquer les sons de la langue.
    Les voyelles, les consonnes, les mots eux-mêmes prennent une couleur particulière.
    Et cette couleur participe autant à la personnalité d’un chanteur que sa voix.

    L’accent : la couleur primaire

    La première forme de diction qui s’impose à nous, c’est l’accent.

    Pendant longtemps, on a demandé aux chanteurs d’effacer leur accent régional pour adopter un français parfaitement neutre.
    Heureusement, cette époque est révolue.

    Cabrel : en route vers le sud-ouest (à partir de 0:45)

    Aujourd’hui, personne n’imaginerait Francis Cabrel sans sa douceur du Sud-Ouest, Jacques Brel sans sa couleur belge, Robert Charlebois sans ses intonations québécoises.
    Idem pour Charlélie Couture le nancéien ou Kent le lyonnais, avec leur façon bien personnelle de faire sonner le français.

    Kent et Starshooter, les lyonnais (j’avais l’air de quôôô, lààà)

    Et que serait Jane Birkin sans l’accent anglais qui a accompagné toute sa carrière ?
    Il est devenu une part de son charme et de son identité artistique.

    L’accent raconte une origine, une histoire, un terroir. Il humanise immédiatement celui qui chante.

    Votre orthophonie personnelle

    Au-delà de son accent, chacun possède des particularités qui lui sont propres.
    Et certaines sont presque d’ordre orthophonique.

    Le léger zozotement de Salvatore Adamo en est un excellent exemple. Techniquement, on pourrait considérer cela comme une imperfection.

    Artistiquement, c’est tout le contraire.
    En quelques syllabes, on reconnaît immédiatement celui qui chante.

    Ces petites singularités font partie de la personne. Elles rendent une voix unique.
    Plus encore : elles créent une proximité avec l’auditeur parce qu’elles donnent le sentiment d’entendre un être humain, et non une voix parfaitement calibrée.

    Trouver sa signature sonore

    Additionnez un accent, quelques particularités de prononciation, une façon bien à soi de former les voyelles ou les consonnes…

    Vous obtenez une véritable signature.

    Jean-Louis Murat… c’est nous qui manquons de lui !

    On reconnaît certains chanteurs avant même d’avoir identifié la chanson.

    Manset : une diction complètement ordinaire lorsqu’il parle…
    …et unique lorsqu’il chante !

    C’est un peu comme une écriture manuscrite. Deux personnes utilisent les mêmes lettres pour écrire les mêmes mots, mais personne n’écrit exactement de la même manière.

    Cette singularité constitue souvent l’accroche d’un interprète.
    Celle qui fait qu’on l’identifie instantanément.

    La diction : un choix artistique

    Chez certains artistes, la diction ne relève plus seulement de leur personnalité naturelle. Elle devient une véritable démarche artistique.

    Jacques Higelin en est un magnifique exemple. Il modèle les mots, les déforme, les malaxe presque. Chaque syllabe devient un matériau sonore.

    Même chose chez Hubert-Félix Thiéfaine : sa manière très personnelle de fabriquer certains sons participe entièrement à son univers.

    La diction n’est plus seulement un moyen de transmettre un texte.

    Arno ou la liberté incarnée !

    La diction : un instrument de musique

    La diction n’est pas seulement un style : c’est un véritable instrument de musique.
    Par ses attaques, sa fluidité, ses points d’accroche, votre diction définit votre style autant que le timbre de votre voix.
    On pourrait dire que la diction est aux mots ce que l’attaque est à une note de guitare, de piano ou de violon. Et la comparaison n’est pas inncente : modifiez l’attaque d’un de ces instruments, et vous serez incapable de le reconnaître !

    Christophe Maé ou l’art de faire danser les mots.

    Deux musiciens jouent exactement la même note… mais selon qu’elle est attaquée doucement, sèchement, avec l’ongle, au médiator ou au doigt, le son change complètement.

    Pour les mots, c’est exactement la même chose.

    Listen and you will see

    La diction est aussi l’une des raisons pour lesquelles nous aimons tant les chansons en langue étrangère.
    On ne comprend pas les paroles, et pourtant, elles nous touchent. Parce que nous entendons avant tout des sons.

    Une chanson bouleversante dont nous ne comprenons pourtant pas les paroles.

    Les mots deviennent des notes de musique. Leur couleur, leur matière, leur musicalité suffisent parfois à provoquer une émotion.

    Evidemment, la diction participe pleinement à cette émotion : elle est cette petite alchimie qui transforme un simple texte en une voix reconnaissable entre toutes.

    A vous de jouer !

    Prenez une chanson connue.
    Attention : pas une de vos chansons. Non.
    Une que vous connaissez bien, mais dont l’interprétation vous semble trop lisse.
    Je vous aide ? Des noms ? En respectant la parité ?
    Allez, je me lance : Patrick Fiori ou Isabelle Boulay.

    Comme quoi on peut être corse ou canadien sans avoir une grosse personnalité articulatoire !

    Essayez, pendant quelques minutes, d’oublier le sens des paroles.
    Concentrez-vous uniquement sur le son des mots.

    Et puis lâchez-vous !
    Tentez différentes approches sonores avec des dictions un peu originales.

    Ensuite, vous refaites ça sur une version karaoké.

    Alors, c’est qui qui sonne le mieux, hein ?
    Eh bien je parie que c’est vous !

    Eh oui : la diction est un véritable instrument d’expression !

    Avant de se quitter

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    On y parle écriture, composition, interprétation… et de tous ces petits détails qui font les grandes chansons.

    En conclusion

    La voix ne suffit pas à faire un interprète.
    C’est même assez secondaire finalement.

    Ce qui compte vraiment, c’est cette façon unique de donner une couleur aux mots.
    Vous savez, ce truc que les IA ne savent pas imiter…
    Eh bien c’est ça, votre véritable personnalité artistique !

    Vive la dikchion, et

    Vive la Chanson !

  • Les hallucinations auditives : quand vos auditeurs entendent autre chose que vos paroles…

    Les hallucinations auditives : quand vos auditeurs entendent autre chose que vos paroles…

    « Mais enfin… je ne dis pas ça du tout ! »

    Ca, c’est le cri du coeur de pas mal d’auteurs-compositeurs quand ils découvrent ce qu’un auditeur a cru entendre dans leur chanson !
    Ca vous est déjà arrivé, non ?

    On appelle ce phénomène l’hallucination auditive.
    Pas besoin de prendre un rendez-vous chez l’ORL : le terme ne relève pas de la médecine 😁 !
    Il désigne simplement le fait qu’un auditeur entende une phrase différente de celle qui a réellement été chantée.

    Un exemple ? Laurent Voulzy dans « Belle-Ile en mer marie galante »
    Dès la 15ème seconde, on entend « Loin d’Singapour, c’est long c’est lent »
    Mais non : les paroles, c’est : « Loin Singapour, Seymour, Ceylan »

    Ici, pas de conséquence fâcheuse, mais vous allez voir que ça peut parfois poser un vrai problème.

    Pourquoi on entend de travers

    Il y a deux grandes causes :
    Les ressemblances phonétiques, et les malentendus.

    1. Les ressemblances phonétiques

    Deux suites de mots peuvent produire des sonorités très proches.

    Par exemple, dans « Il venait d’avoir 18 ans » de Dalida, on entend :
    « J’ai mis de l’or dans mes cheveux »
    Eh bien non ! elle chante en réalité :
    « J’ai mis de l’ordre à mes cheveux. »
    Bon il faut dire que c’est « limite pas français » comme formulation !

    Dalida, à 0:38 a mis « de l’ordre À ses cheveux »… finalement je préférais l’or !

    De la même manière, dans « C’est comme ça » des Les Rita Mitsouko, Catherine Ringer nos répète :
    « Hm ! Hm ! Faut que j’mouille »… ouah, c’est chaud !
    ou pas : car elle chante en fait : « Faut que j’move. »

    Voilà ce qui arrive quand on mélange Molière et Shakespeare !

    Il y a pire, quand Johnny, à 1:15 promet des nuits rouges comme…
    …comme tes règles ?

    Ah non : « rouges comme tes rêves ». Bizarre, mais rassurant au fond !

    Diane Tell quant à elle, nous révèle à 2:30 que les hommes sont pressés de prendre…
    ses fesses ?

    Ah non, non, non : « de prendre maîtresse ».
    Même après réécoute, ce n’est pas flagrant !
    Surtout quand une formulation inusitée, voire alambiquée favorise la mauvaise interprétation du texte.
    Même si dans ce cas, ça veut un peu dire la même chose ! 😉

    Eh oui : notre cerveau ne reconnaît pas les mots un par un.
    Il essaie surtout de donner du sens à une suite de sons parfois imparfaitement articulés.
    Il choisit donc spontanément l’interprétation qui lui paraît la plus vraisemblable.


    2. Les malentendus de sens

    Le malentendu ! voilà un mot qui porte bien son nom !

    Parce qu’il arrive que chaque mot soit correctement compris…
    mais que la phrase soit interprétée autrement que ne l’avait imaginé son auteur !

    Dans « Les villes de grande solitude », à 1;30, Michel Sardou veut…
    … »se crucifier le caissier » ! Heu je rêve ou il veut s’émasculer ?
    C’est en tout cas ce qu’a toujours cru ma maman !

    Non, maman, ne t’inquiète pas pour Michel (si on peut dire!)
    « Il a juste envie de « braquer des banques », et de zigouiller le banquier !
    Ouf ! Nous voilà rassurés ! Ou pas.

    Sardou n’est pas le seul à laisser planer des paradoxes douteux :

    Pierre de Maere, lui veut « marier un ange ».
    Avec en plus une esthétique très « Ballet rose », on se demande vraiment de quoi il parle

    Quelques mots mal regroupés par l’oreille suffisent parfois à faire basculer complètement le sens d’une phrase.

    Pourquoi les auteurs ne s’en rendent-ils pas compte ?

    C’est tout simplement parce que l’auteur sait déjà de quoi il parle !
    Et une fois écrit, il connait son texte.

    Et lorsque l’interprète chante sa chanson, son cerveau ne décode plus réellement les sons : il anticipe les mots. Il sait ce qui doit arriver. Les paroles sont déjà présentes dans sa mémoire, si bien qu’il lui est presque impossible d’entendre sa chanson avec les oreilles d’un auditeur qui la découvre.

    Pour France Gall, la baie de Yen Thaï semble une évidence… elle nous en parle à 1:18
    Vous connaissez, vous ?
    …perso je ne sais pas du tout où c’est !

    Par contre l’auditeur connait très bien « La paix de Yalta », et ses fameux accords signés en 1945.

    Celui qui écoute pour la première fois ne dispose d’aucun repère.
    Son cerveau reçoit uniquement un flux sonore, puis il tente de le transformer instantanément en mots et en phrases cohérentes.

    Et comme notre cerveau déteste les zones floues

    Eh bien dès qu’une syllabe est peu articulée, qu’une consonne disparaît ou qu’un enchaînement de mots ressemble à un autre, il complète les blancs. Il choisit l’interprétation qui lui semble la plus logique… même si ce n’est pas celle que vous avez écrite.

    Autrement dit, l’auditeur ne fait pas une erreur :
    il fait exactement ce que son cerveau est conçu pour faire.

    Comment éviter ces pièges ?

    Heureusement, il existe plusieurs moyens de limiter ces problèmes.

    Travaillez toujours votre texte à voix haute.

    Une phrase qui fonctionne parfaitement sur le papier peut devenir ambiguë dès qu’elle est chantée.

    Soyez attentif aux accents toniques.

    En français, certains mots changent complètement de perception selon les syllabes que l’on met en valeur.

    Vérifiez les accents :
    – pendant l’écriture
    – pendant l’interprétation.

    Une mauvaise accentuation peut faire naître un tout autre mot dans l’oreille de l’auditeur.

    Soignez votre diction.

    Il ne s’agit pas d’articuler comme un comédien de tragédie classique.
    Mais certaines consonnes ou certaines voyelles doivent rester suffisamment audibles pour éviter les confusions.

    Réécoutez votre enregistrement… en traquant volontairement les ambiguïtés.

    Ne cherchez plus à entendre ce que vous avez écrit.

    Essayez au contraire de vous demander :
    « Si je ne connaissais pas cette chanson, qu’est-ce que je comprendrais ?
    C’est une étape qu’il faut faire à froid, en ayant un peu « oublié » sa chanson.

    C’est ce qu’a fait Daho, mais un peu tard, quand il a réalisé qu’on comprenait « J’aime l’ail ». dès 1:30 dans sa chanson…

    …alors qu’il disait « Gemini » !
    La solution ?
    Ecrire en gros caractères le mot « GEMINI » tout au long du clip !
    Un sacré rafistolage !

    Faites écouter votre chanson à des proches.

    C’est probablement le meilleur test.

    Ne leur donnez pas les paroles.
    Demandez-leur simplement : « Qu’as-tu compris ? »

    Les réponses sont souvent très instructives… et parfois franchement hilarantes !

    À vous de jouer !

    Le jeu de la mauvaise foi

    Vous allez choisir une chanson.
    Idéalement, une de vos oeuvres,
    à défaut une chanson existante.

    Ecoutez-la avec mauvaise foi,
    en essayant de lui faire dire ce qu’elle ne dit pas :

    Soit pour des raisons phonétiques :
    Certains mots en évoquent d’autres

    Soit pour des raisons sémantiques :
    Certains mots peuvent être mal interprétés

    Soyez impitoyable !

    Si vous n’y arrivez pas, bonne nouvelle :
    Votre chanson dit exactement ce que vous vouliez dire, sans équivoque.
    ou alors :
    Si vous n’y arrivez pas, mauvaise nouvelle :
    Vous n’avez pas su vous décentrer suffisamment pour trouver la faille !

    Si vous avez réussi :
    Tâchez, sans trahir l’esprit de votre texte ni l’alourdir, de le clarifier afin d’éviter toute mauvaise interprétation.
    Cela peut se jouer sur :
    – une formulation malencontreuse
    – un champs sémantique mal adapté
    ou plus musicalement sur :
    – un parti-pris rythmique inadapté
    – un accent tonique mal placé

    Vous constaterez que votre chanson a gagné en légèreté et en fluidité.
    Un peu de mystère, c’est bien, mais pas quand on ne comprend plus rien ! 😁

    Avant de se quitter

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    En conclusion

    Une chanson est écrite avec des mots… sur du papier !
    mais elle est portée par les airs, et reçue par… une oreille !

    Et cette oreille reconstruit en permanence ce qu’elle croit entendre.

    Être auteur-compositeur, ce n’est donc pas seulement choisir les bons mots.
    C’est aussi veiller à ce qu’ils arrivent intacts jusqu’à l’auditeur.

    Car entre ce que l’on écrit, ce que l’on chante… et ce que l’on entend, il existe parfois un monde.

    Vive les hallucinations
    qui nous font quand même parfois bien rigoler, et

    Vive la Chanson !

  • Chanson : d’abord les paroles… ou d’abord la musique ?

    Chanson : d’abord les paroles… ou d’abord la musique ?

    Ah, le débat éternel dans le monde de la chanson ! 😁

    Faut-il commencer par les paroles ?
    Par la musique ?
    Ou créer les deux simultanément ?

    En général, on vous répond « ça dépend », « il n’y a pas de bonne méthode »…
    …eh bien pas ici : nous, on va vous apporter une VRAIE réponse !
    On parie que cet article va vous éclairer vraiment ? Allons-y !.

    Avant d’aller plus loin, précisons une chose : dans cet article, je parle “d’auteur” et de “compositeur” uniquement pour définir les rôles. Bien entendu, vous pouvez être auteur ET compositeur… et aussi interprète !

    1) Commencer par les paroles

    Ça, c’est le cas le plus fréquent.

    L’auteur écrit un texte, puis le confie à un compositeur chargé de le mettre en musique.

    Les arguments “pour”

    En chanson, ce qui compte avant tout, c’est souvent l’idée. Ce qu’on raconte. La façon dont on le raconte. Les émotions, les images… et les mots.

    Dans cette logique, la musique viendra ensuite servir le texte.

    Le compositeur travaille alors comme un metteur en scène : il met en valeur l’intention de l’auteur.

    Les arguments “contre”

    Le problème, c’est que le compositeur se retrouve souvent enfermé dans une structure peu musicale. On détaille ?

    – une métrique aléatoire.
    – des accents toniques mal placés.
    – des vers trop réguliers… ou trop irréguliers
    – des rimes qui “tombent” au mauvais endroit.
    – et surtout… les éternels octosyllabes et alexandrins que tout le monde nous sert depuis des décennies !

    Résultat : le compositeur doit parfois faire des miracles pour rendre chantable un texte qui, au fond, a été pensé comme de la poésie… et non comme une chanson.

    « Emmenez-moi », une chanson
    – d’abord écrite par Aznavour,
    – puis composée ensuite par Garaventz

    La réalité

    Fréquemment, commencer par les paroles est une solution naturelle pour les auteurs qui ne sont pas musiciens. Oserai-je dire que c’est souvent une solution de facilité ?
    Un texte écrit un peu à la va-comme-je -te pousse, et puis débrouillez-vous avec ça !
    Mais non !!!

    Commencer par les paroles implique une responsabilité : écrire un texte conçu pour être chanté.
    Notamment en le scandant soi-même. C’est un minimum.
    Car un compositeur n’est pas un magicien.

    2) Commencer par la musique

    Cette démarche est moins fraquente.

    Le compositeur travaille d’abord sur une ambiance, une émotion, une couleur harmonique ou mélodique. Ensuite seulement viendra le texte.

    Les arguments “pour”

    Une chose est certaine : lorsqu’on commence par la musique, il y a immédiatement une musicalité.
    Vous allez me dire qu’on s’en doutait un peu 😁.
    Pourtant c’est loin d’être un détail.

    Parce qu’une bonne chanson doit d’abord… donner envie d’être chantée.
    Et ça, c’est d’abord le boulot de la musique !

    Les arguments “contre”

    Le danger, c’est que le texte passe au second plan.

    Or une chanson qui ne raconte rien, ou qui ne repose sur aucune idée forte, a peu de chances de marquer durablement les esprits.
    Même avec une excellente musique !

    Dans le duo Souchon Voulzy, on commence toujours par la musique.
    Et franchement ça s’entend !
    Comme ici dans « My Song Of You »

    La réalité

    Quand un compositeur “tient” une bonne musique, il voit souvent l’écriture des paroles comme une contrainte, voire une corvée.

    Le morceau est déjà né émotionnellement.
    Le texte devient alors une formalité… parfois bâclée.

    3) Faire paroles et musique simultanément

    C’est souvent la méthode des « vrais » auteurs-compositeurs.

    Une phrase surgit… et porte déjà son rythme, son phrasé, parfois même sa mélodie.

    Le refrain apparaît.
    Puis le premier couplet vient naturellement s’y accrocher.

    Et toute la chanson se construit ensuite sur cette base.

    L’avantage

    C’est probablement le Graal.
    Et s’il fallait vraiment répondre à la question du début, on dirait que paroles et musique doivent naître simultanément.

    Le sens et le son avancent ensemble.
    Tout semble organique. Naturel. Évident.

    Les mots épousent la musique… et la musique souligne les mots.
    Magnifique. Mais tout n’est pas si simple !

    L’inconvénient

    Cette façon de travailler demande un état d’esprit particulier.

    Pas forcément des connaissances musicales complexes, mais une capacité à penser simultanément le rythme, les sonorités, le sens, la mélodie et l’interprétation.

    Tout le monde n’a pas ce fonctionnement créatif.

    Brassens écrivait paroles et musique simultanément… et ça s’entend !
    Il a quasiment créé le style « récitatif ».

    La réalité

    Le jaillissement initial est souvent extraordinaire.

    Mais une fois le refrain et le premier couplet trouvés… le reste peut devenir du remplissage.

    Car la partie la plus euphorique du travail est déjà passée.
    Et là, il reste le travail modeste et ingrat de l’artisan de l’ombre !

    4) Existe-t-il une réponse unique ?

    Non, bien sûr. Mais cette réponse serait un peu trop facile.

    C’est vrai que chaque artiste travaille selon sa sensibilité, son parcours et ses facilités naturelles.

    Certains entendent d’abord des mots.
    D’autres des mélodies.
    D’autres encore ressentent les deux en même temps.

    « La chanson »,
    des paroles de Nougaro sur une musique de Michel Legrand…
    Mais aussi des arrangements réalisés en live au studio lors de l’enregistrement. Magique !

    Tout cela fait qu’il n’existe pas de méthode universelle.
    Bon, mais quand on a dit cela, on n’a rien dit du tout !
    AIors allons un peu plus loin.

    5) Existe-t-il une “bonne” méthode ?

    Et là, la réponse est OUI.

    Cette bonne méthode pourrait se résumer en un mot : le respect.
    J’explique :

    Si vous commencez par les paroles…

    Respectez le compositeur !

    – écrivez avec une métrique régulière.
    – placez vos accents toniques de manière cohérente.
    – construisez une structure claire.
    – et évitez les sempiternels octosyllabes si vous voulez aider votre compositeur à trouver quelque chose d’original (les métriques impaires donnent souvent de meilleurs résultats : 5 pieds, 7 pieds, structures asymétriques…).

    Un bel exemple de connivence artistique empreinte de respect :
    Texte de Claude Lemesle, en rimes riches, s’il vous plait,
    Musique de Alice Dona, sa grande complice,
    Le tout magnifiquement servi par Serge Reggiani . WOUAH !

    Vous pouvez même (certains très grands auteurs le font !) écrire (en secret) un texte sur une musique existante.
    Puis livrer votre texte au compositeur sans parler de votre « truc » : votre texte aura déjà naturellement une cohérence rythmique.

    Si vous commencez par la musique…

    Ne vous prenez pas pour le roi du monde !
    Car en tant que compositeur, vous avez aussi des contraintes, et même des devoirs.

    On compose une chanson… pas un opéra !

    On doit donc penser « structure » : couplets, refrains, ponts, respirations, répétitions…
    Pas question de partir dans tous les sens !

    Un magnifique contre-exemple : Emmanuel BOOZ dans sa « symphonie catastrophique »,
    Avec « Ode aux Rats ».
    Génial, mais… on n’est déjà plus tout à fait dans l’univers de la chanson !

    L’auteur, qui devra ensuite analyser précisément cette structure, aura à respecter des contraintes : nombre de pieds, accents toniques, découpage des phrases…
    Il faut donc lui faciliter la tâche ! Et ça, c’est votre job ! Un travail d’orfèvre…

    Si vous créez tout simultanément…

    Alors les deux logiques se rejoignent ! La belle vie, non ?
    Oui et non !

    Parce que dès qu’un premier couplet existe, il devient lui-même une contrainte de composition pour toute la suite de la chanson.

    Et il faudra respecter sa métrique, ses accents et sa musicalité, etc.
    Et c’est là qu’un travail précis et laborieux vous attend.
    On n’a pas des vies faciles, moi j’vous l’dis !

    6) À vous de jouer !

    Si vous êtes auteur

    Choisissez une chanson existante (pas forcément française) dont la mélodie vous plait.

    Sans recopier le texte, relevez simplement sa structure métrique :

    • nombre de pieds ;
    • découpage des phrases ;
    • emplacement des accents toniques ;
    • alternance couplet / refrain.

    Par exemple, si vous avez choisi « La maladie d’amour » de Sardou, ça fait :
    1 2
    1 2
    1 2 3 4 5 6
    1 2 3 4 5 6
    1 2 3 4 – 1 2 3 4

    A présent, soulignez les accents toniques, ça fait :
    1 2
    1 2
    1 2 3 4 5 6
    1 2 3 4 5 6
    1 2 3 4 – 1 2 3 4

    Puis oubliez l’original, et écrivez un nouveau texte entièrement différent… en respectant exactement cette architecture.
    Vous avez vu ? Vos obtenez un résultat cohérent et exploitable pour un compositeur !
    Vous pouvez même le publier en commentaire.

    Vous découvrirez très vite que la chanson est aussi un travail de précision.

    Si vous êtes compositeur

    Prenez un mini texte sans musique (quatre lignes suffisent).
    Par exemple :
    « Je vous le dis encore
    Au risque de me répéter
    Tout condamné à mort
    Aura la tête tranchée »
    (oui on a reconnu « Le Schpountz » avec Fernandel)

    « Le Schpountz » : Un exercice d’interprétation transposable à la chanson.

    Notez la métrique (allez je vous aide) :
    1 2 3 4 5 6
    1 2 3 4 5 6 7 8
    1 2 3 4 5 6
    1 2 3 4 5 6 7

    Puis soulignez les accents toniques :
    1 2 3 4 5 6
    1 2 3 4 5 6 7 8
    1 2 3 4 5 6
    1 2 3 4 5 6 7

    En vous appuyant sur ces accents, inventez une musique.
    Vous pouvez comme dans la méthode « Pomme », commencer par le rythme, en scandant simplement ces paroles, et y greffer une mélodie ensuite.

    Et comme on est dans « Le Schpountz », on va jouer sur l’intention :
    vous pouvez même composer trois versions différentes :

    • une version mélancolique ;
    • une version énergique ;
    • une version humoristique.

    Vous constaterez que la musique transforme complètement le sens émotionnel des mots !

    7) Avant de se quitter

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    En conclusion

    Alors… faut-il commencer par les paroles ou par la musique ?

    N’écoutez plus ceux qui répondent d’un air entendu « ça dépend » en vous laissant dans le flou.
    Si on devait répondre de façon binaire à cette question, la réponse serait :
    Choix 1 : Paroles et musique simultanément
    Choix 2 : Musique d’abord (mais dans une optique « chanson »)
    Choix 3: Paroles d’abord (mais dans une optique « chanson »)

    …en restant conscient qu’on fait une chanson.
    Pas une poésie, un opéra ou un délire psychédélique.

    Parce que, on l’a vu, s’il n’y a pas de réponse universelle, il y a quand même des méthodes.
    Et surtout, un maître mot : la musicalité.
    On pourrait aussi appeler ça du respect pour celui ou celle qui travaille avec vous… ou pour les différentes facettes de vous-même si vous êtes auteur-compositeur-interprète.
    Auteur : écrivez un texte chantable
    Compositeur : composez une mélodie simple et logique
    Auteur-compositeur : ne vous fourvoyez pas en route dès la fin du premier couplet.
    Et ça, ça demande du travail, de la technique… et donc encore… du travail 😉 !

    Parce qu’une bonne chanson, c’est à la fois un travail d’artiste… et un travail d’artisan !

    Vive les paroles, Vive la musique, mais surtout :

    Vive la Chanson !

  • Enregistrer son EP : Toutes les étapes

    Enregistrer son EP : Toutes les étapes

    Bon, ça y est c’est décidé : vous allez immortaliser vos œuvres, devenir une vedette, ou au moins laisser une trace indélébile de votre passage artistique sur cette terre.
    Sage décision un peu folle !
    Mais comment ça se passe ? Eh bien je vous dis tout !

    Toujours mettre la charrue avant les boeufs

    Pour savoir où l’on met les pieds, il va falloir se projeter… et donc mettre la charrue avant les bœufs ! Parce qu’un enregistrement, ça se prépare !

    Comment s’y prendre ? Et quelles sont les étapes clés, de l’idée initiale au produit fini masterisé, qui transformeront votre œuvre en produit fini ?
    Voici, phase par phase, toutes les étapes de votre parcours, le déroulé complet d’un enregistrement audio de chanson.
    Et en plus, je vais appeler les choses par leur nom, parce qu’il y a un petit jargon ! Ça vous permettra d’être au clair avec vos différents interlocuteurs.
    Record ON !

    Quatre grandes étapes

    L’enregistrement d’un EP, c’est quatre étapes :
    – La pré-production : c’est tout ce qui précède l’enregistrement
    – La production : c’est l’enregistrement proprement dit
    – La post-production : c’est ce qui se passe après la dernière prise enregistrée
    – La distribution : comment diffuser son oeuvre

    Allez, je vous détaille tout ça !


    1. La pré-production

    Définition : C’est la phase de préparation créative et technique avant l’enregistrement.
    Les étapes :

    • Écriture : Création des paroles et de la structure musicale (couplets, refrains, pont, etc.).
    • Composition : Arrangement des mélodies, harmonies, et choix des instruments.
    • Maquette (démo) : C’est un enregistrement sommaire pour valider la structure et les idées. La maquette peut être faite sur un logiciel ou avec des instruments basiques.
    • Répétitions : Cela sert à affiner les parties instrumentales et vocales. En vue du studio, les musiciens sauront jouer leur partie indépendamment les uns des autres.
      Et ça n’est pas réservé à ceux qui travaillent en groupe. Car même si vouz jouez seul.e, il vous faudra assurer sans faillir vos parties instrumentales le jour J.
    • Planification : Choix du studio, du matériel, des musiciens, et du budget. C’est un moment très important. Il y a beaucoup de charlatans dans le milieu des studios, mais aussi de vrais génies. Appuyez-vous sur les avis de vos pairs, et surtout : demandez à entendre des productions proches de votre style !

    Tout ça, bien sûr, ça se fait au début !
    Parce que si vous arrivez au studio les mains dans les poches, vous allez perdre votre temps et votre argent !


    2. La production (Enregistrement)

    Définition : C’est la capture des performances audio en studio (ou en home studio).
    Les étapes :

    • Prise de son des instruments :
      • Pistes rythmique (batterie, basse, percussions). On enregistre toujours la section rythmique en premier pour servir de base.
      • Pistes mélodiques (guitares, claviers, cuivres, etc.) ajoutées ensuite.
      • Pistes vocales (voix principale, chœurs) enregistrées en dernier pour s’adapter au mix instrumental.
    • Techniques :
      • Utilisation de micros adaptés (chaque type de prise de son demande un microphone adapté : résistance à la pression acoustique, coloration, etc.).
      • Enregistrement en multipiste : chaque instrument (ou chaque voix) est enregistré sur une piste séparée.
      • Prises multiples : Pour chacune de ces parties, plusieurs essais sont enregistrés afin de choisir la meilleure version.

    Un conseil : pensez aux petits détails que l’on oublie :
    – changement des cordes de guitare une semaine avant la prise, et jeu de cordes d’avance
    – gestion des repas
    – rappel téléphonique des musiciens étourdis
    – etc.


    3. La post-production

    Définition : C’est la transformation et l’optimisation de chacune des pistes enregistrées.
    On va diviser ça en trois parties :
    – Edition
    – Mixage
    – Mastering
    Vous suivez toujours ? Alors voici le détail.

    A. L’édition (Editing)

    Définition : On va faire le ménage pour pouvoir mixer dans de bonnes conditions.

    • Correction de timing : Alignement des pistes (ex. : correction des décalages de batterie ou de voix avec des outils comme Quantize ou Elastic Audio).
    • Nettoyage : Suppression des bruits parasites (souffles, clics, bruits de fond).
    • Montage : Sélection des meilleures prises et assemblage des morceaux (ex. : combiner le meilleur couplet de la prise 3 et le meilleur refrain de la prise 5).

    B. Le mixage

    Définition : A présent, on va équilibrer et traiter les pistes pour créer un son cohérent et professionnel. Et ça comprend plusieurs actions :

    • Égalisation (EQ) : Ajustement des fréquences pour clarifier chaque instrument (ex. : booster les aigus d’une guitare, couper les basses d’une voix).
    • Compression : Réduction de la dynamique pour uniformiser le volume (ex. : compresser la voix pour qu’elle reste audible même dans les passages calmes).
    • Effets :
      • Réverbération : Ajout d’un espace sonore (ex. : simuler une salle de concert).
      • Delay/Écho : Création d’effets de répétition.
      • Chorus/Flanger : Épaississement du son (souvent utilisé sur les guitares ou voix).
    • Panoramique (Pan) : Répartition des instruments dans le champ stéréo (ex. : batterie au centre, guitares à gauche/droite).
    • Automation : Ajustement dynamique des paramètres (ex. : baisser le volume d’un instrument pendant un solo vocal).

    C. Le mastering

    Définition : C’est la dernière étape pour finaliser le son et le rendre compatible avec les standards de diffusion. Là encore, plusieurs actions sont à effectuer :

    • Égalisation globale : Ajustement fin des fréquences pour équilibrer le mix sur tous les systèmes audio.
    • Compression multibande : Contrôle de la dynamique sur des plages de fréquences spécifiques.
    • Limitation : Augmentation du volume global sans distorsion (pour atteindre un niveau compétitif, souvent autour de -8 à -14 LUFS pour le streaming).
    • Ajout de métadonnées : Intégration des tags (titre, artiste, album, etc.) et du code ISRC pour la distribution.
    • Export final : Création du fichier master (généralement en WAV 24 bits/44,1 kHz ou MP3 320 kbps).

    4. La distribution

    Ah, vous pensiez que c’était fini ? Eh bien non, il vous reste une étape très importante ! Et celle-ci n’a pas grand chose d’artistique !

    Définition : Mise à disposition du produit fini au public.

    • Choix des plateformes : Streaming (Spotify, Apple Music, Deezer), téléchargement (iTunes, Bandcamp), ou support physique (CD, vinyle).
    • Upload : Envoi du fichier master et des visuels (pochette, booklet) via un distributeur numérique (ex. : DistroKid, TuneCore) ou directement sur les plateformes.
    • Promotion : Communication via les réseaux sociaux, médias, ou concerts.

    Une remarque :
    Tout cela n’est pas figé !

    Vous verrez que souvent, certaines étapes se chevauchent : Il n’est pas rare de procéder à la réécriture pendant les répétitions.
    Elles peuvent même être être itératives (oui j’aime bien mettre de temps en temps un petit mot bien compliqué pour asseoir mon autorité).
    Bon en clair, parfois, on fait un petit retour en édition après un premier mix, parce qu’on a repéré un petit truc qui cloche.


    Qui fait quoi ?

    Bien, ça en fait, des choses, tout ça !
    Et même si la plupart d’entre nous enfilons toutes les casquettes à la fois, voici la répartition des rôles dans ce long processus… et le nom de chaque casquette !

    1. La pré-production

    • Artiste : Écrit les paroles, compose la musique, crée une maquette (même basique).
    • Producteur : Aide à structurer les morceaux, conseille sur les arrangements.
    • Ingénieur du son : Peut donner des conseils techniques (choix des micros, matériel).

    2. Enregistrement

    • Artiste : Joue/chante ses parties (instruments et voix).
    • Ingénieur du son :
      • Règle les micros, les niveaux, et gère la prise de son.
      • Guide l’artiste sur la performance (ex. : « Recommence ce couplet, ta voix était trop forte »).
    • Technicien : Gestion des aspects techniques de l’enregistrement. (NB ! l’artiste peut tout faire lui-même avec un logiciel (DAW ou STAN pour les intimes).

    3. Post-production

    Édition

    • Ingénieur du son/Éditeur : Nettoie les pistes (bruits, timing), sélectionne les meilleures prises.
    • Artiste : Valide les corrections (ex. : « Garde cette prise de voix, elle a plus d’émotion »).

    Mixage

    • Ingénieur du son : Équilibre les volumes, applique EQ/compression, ajoute les effets.
    • Artiste : Donne son avis (« J’aime pas trop la réverb sur ma voix, réduis-la »).

    Mastering

    • Ingénieur mastering (spécialisé) : Finalise le son pour la diffusion (niveau, cohérence).
    • Artiste : Approuve le rendu final.

    4. Distribution

    • Artiste : Choisit les plateformes, gère la promo.
    • Distributeur numérique (ex. : DistroKid) : Upload les fichiers et métadonnées.

    Et si je suis tout seul ?

    Il ne vous aura pas échappé qu’au niveau des casquettes, ça se bouscule dans la penderie !
    Mais il est un cas où quelqu’un porte seul toutes les responsabilités.
    Et ce quelqu’un, c’est vous !
    On est tous passés par là (et on y est souvent resté). Lorsqu’on est artiste débutant, on travaille souvent en solo dans son « home studio » !
    Dans ce cas, quelques recommandations :

    • Faites-vous aider pour le mixage et le mastering si vous manquez d’expérience.
    • Priorisez un bon enregistrement brut. Pas d’effet, mais une prise « propre ». Prenez un bon micro : il en existe d’excellents (allez voir l’article ce sujet) à moins de 100€.
      Ce n’est qu’au moment du mixage qu’on mettra les effets, et ça c’est impossible si la prise n’est pas bonne.
    • Outils : Utilisez des logiciels simples (ex. : GarageBand pour Mac, Cakewalk pour PC) et des tutos YouTube pour l’édition basique.

    À vous de jouer !

    Pour savoir un peu ce qu’est un enregistrement -et le stress que cela engendre- je vous propose de vous roder un peu à l’enregistrement.

    L’exercice est simple et se fait en deux étapes :

    Etape 1 :

    Prenez une de vos chansons, et enregistrez-la avec votre smartphone.
    Tout simplement

    Deux choses vont sans doute vous frapper :
    – la grande qualité de l’enregistrement : le son d’un smartphone est souvent supérieur à ce que font pas mal d’ingé-son ! Eh oui ! car le matériel a considérablement évolué, et les réglages « tout terrain » des smartphones sont optimisés pour donner en toute circonstance un super résultat.
    – on entend toutes les erreurs : Ah, oui, ça c’est le pendant du point précédent : tout s’entend !
    Vous allez ainsi pouvoir repérer les enchainements douteux, les notes accrochées, les hésitations, etc. et les travailler. C’est indispensable pour être au top le jour J !

    Etape 2 :
    Notez vos points forts et vos erreurs, et recommencez jusqu’à avoir un enregistrement écoutable.

    Bravo : vous venez de faire la démarche « maquette » !
    Vous pouvez même l’utiliser pour démarcher, car les professionnels savent reconnaitre une bonne chanson même si elle est enregistrée avec les moyens du bord.
    Elle est pas belle, la vie ?

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Enregistrer un EP, ça n’a pas grand’ chose à voir avec ce qui nous intéresse vraiment : écrire, composer ou interpréter nos chansons… et pourtant !
    C’est une aventure passionnante, pas toujours simple, qui vous ouvrira tout un nouvel univers technique, artistique et médiatique… le tout agrémenté de surprises !
    Hum… toutes sortes de surprises !

    Ah ! Un dernier conseil : avant de vous lancer, choisissez avec soin vos partenaires : musiciens, ingé-son, diffuseur. C’est essentiel.
    Votre critère ? Il faut que le courant passe sur le plan humain. C’est le seul point vraiment incontournable, et croyez-moi : ça s’entend sur le disque !

    Vive l’enregistrement, et

    Vive la Chanson !

  • N’ÉCOUTEZ PAS LES PROS !

    N’ÉCOUTEZ PAS LES PROS !

    Oui, vous avez bien lu !

    Si vous voulez progresser comme auteur, compositeur ou interprète, je vais vous donner un conseil qui parait bizarre :

    N’écoutez pas les professionnels !

    Et surtout, n’en faites pas votre principale source d’apprentissage.

    On apprend par ses pairs

    Alors comme ça, ça ne sert à rien de s’inspirer des grands artistes ?
    Ben… presque !

    Ce n’est pas qu’il faut snober les vedettes, non.
    D’ailleurs, comme vous, j’écoute avec plaisir les meilleurs chanteurs, musiciens et auteurs-compositeurs. Je collabore même avec des professionnels, dont parfois des grands noms de la chanson.

    Mais lorsqu’il s’agit de progresser concrètement dans votre pratique, ce n’est pas forcément eux qui vous en apprendront le plus.

    Non : les personnes dont vous pouvez le plus apprendre sont souvent…


    …vos pairs, les musiciens amateurs !
    Et voilà pourquoi :

    1. Ils jouent avec les mêmes cartes que vous

    Lorsque vous regardez un artiste professionnel sur scène, vous ne voyez que le résultat final.

    Mais vous ne voyez pas les dizaines d’années d’expérience, les équipes techniques, les arrangeurs, les coachs, les ingénieurs du son, les producteurs, les budgets ou les centaines d’heures de répétition qui se cachent derrière chaque prestation.

    Tout semble facile.
    Trop facile, même !

    Le problème, c’est qu’il devient alors très compliqué de savoir ce qui est réellement à votre portée.

    À l’inverse, lorsque vous observez un musicien amateur, vous regardez quelqu’un qui travaille avec les mêmes contraintes que vous : peu de temps, peu de moyens, peu de matériel et parfois même peu d’expérience.

    Ses solutions sont donc beaucoup plus directement transposables à votre propre situation.

    2. Ils trouvent des idées ingénieuses

    Les contraintes obligent à être créatif.

    Combien de fois avez-vous vu un musicien bricoler une solution astucieuse pour enregistrer une maquette, organiser une répétition, animer une scène ou promouvoir ses chansons ?

    Ces petites trouvailles valent de l’or !

    Regardez un peu ce qui se passe quand à 1:20, la guitare de Steve Lukather tombe en panne !

    Le professionnel dispose généralement de ressources qui rendent ces problèmes invisibles. L’amateur, lui, doit les résoudre avec les moyens du bord.

    Et c’est précisément là que naissent les idées dont vous pouvez vous inspirer.

    3. Ils font aussi des erreurs

    Et c’est une excellente nouvelle !

    Quand tout est parfaitement exécuté, il est parfois difficile de comprendre ce qui fonctionne réellement.

    À l’inverse, les erreurs sont très instructives.

    Une introduction trop longue.
    Un texte difficile à comprendre.
    Un arrangement qui étouffe la mélodie.
    Une présentation maladroite entre deux chansons.
    Un mauvais positionnement sur scène.

    Toutes ces petites imperfections deviennent des leçons gratuites.

    En observant ce qui fonctionne moins bien chez les autres, vous développez votre regard critique et vous évitez parfois de reproduire les mêmes erreurs.

    C’est un peu comme quand on commence à conduire :
    On en apprend plus en observant la circulation qu’en regardant les champions de Formule 1.

    4. Vous avez accès à l’envers du décor

    C’est probablement l’avantage le plus important.

    Avec les pros, vous voyez le spectacle côté salle, et puis…
    vous rentrez chez vous !

    Avec vos pairs, vous pouvez voir le travail.

    Vous pouvez discuter après le concert, poser des questions, comparer vos méthodes et comprendre les choix qui ont été faits.
    Parfois même, vous pouvez en amont assister aux répétitions, observer la préparation.

    Vous découvrez alors non seulement ce qu’ils font, mais surtout comment ils le font.

    Cette compréhension est infiniment plus précieuse qu’une simple admiration à distance.

    5. Alors faut-il arrêter d’écouter les pros ?

    Bien sûr que non !

    Les professionnels restent une formidable source d’inspiration :
    Ils montrent ce qu’il est possible d’atteindre au plus haut niveau.
    Ils nourrissent notre imaginaire, élargissent notre vision et nous donnent envie d’aller plus loin.

    Hum… ou pas ! Hein Katy Perry ?

    Mais attention à ne pas tomber dans le piège de l’imitation.

    Vous n’avez pas leurs moyens, ni leur équipe, ni même leur parcours.

    Chercher à reproduire exactement ce qu’ils font est souvent le meilleur moyen de se décourager… ou de paraître un peu ridicule en proposant une pâle imitation.

    LA FORMULE MAGIQUE :
    Inspirez-vous des professionnels, apprenez des amateurs.

    Et surtout, comparez-vous à des personnes qui jouent dans la même catégorie que vous.
    Regardez un peu ce que ça donne quand Lil Wayne se prend pour un guitariste !

    Il faut savoir où on se situe, pour progresser en conséquence.
    En pédagogie, on appelle ça la « sphère proximale de développement ».
    L’espace dans lequel on peut faire les progrès les plus rapides.

    6. À vous de jouer !

    La prochaine fois que vous irez à un concert, une scène ouverte, ou que vous irez voir une vidéo sur YouTube, faites cet exercice simple.

    Choisissez un musicien amateur.
    Et observez-le attentivement.

    Repérez une chose (une seule!) qu’il fait particulièrement bien.

    Puis notez une erreur (ou une maladresse) que vous aimeriez éviter dans votre propre pratique.

    C’est tout.

    Ah non, j’oubliais !
    A présent, il vous reste à transposer ça sur vos propres productions !

    Vous serez surpris de tout ce que l’on peut apprendre lorsqu’on cesse de regarder uniquement les sommets… pour s’intéresser aux grimpeurs qui avancent sur le même sentier que nous !

    7. Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Dire que les pros ne nous aprennent pas grand chose, ce n’est pas être présomptueux.

    C’est au contraire être conscient des moyens dont on dispose et ne pas mettre la charrue avant les boeufs.

    Et si les pros restent un phare qui nous indique la direction, ce sont bien nos pairs qui, modestement, éclairent notre chemin.

    C’est ça, être un amateur éclairé ! 😉

    Vivent les amateurs, et

    Vive la Chanson !

  • Tension et relâchement : L’art de la relance

    Tension et relâchement : L’art de la relance

    Pourquoi certaines chansons nous tiennent-elles en haleine du début à la fin, tandis que d’autres semblent tourner en rond malgré une belle mélodie et une belle suite d’accords ?

    La réponse tient souvent à un principe fondamental de l’écriture musicale :
    la tension et le relâchement.

    La chanson, c’est un mouvement

    Allez, ne lâchez pas votre stylo, mais cette fois, on va dessiner !
    Imaginez que vous dessiniez une courbe représentant l’énergie de votre chanson.
    Si cette courbe reste plate, l’auditeur va décrocher rapidement.
    En revanche, si elle monte puis redescend, si elle alterne moments de tension et moments de détente, l’écoute devient dynamique, et beaucoup plus intéressante.

    La tension crée une attente.
    Le relâchement apporte une satisfaction.
    C’est aussi simple que cela !
    Et c’est ce mécanisme qui maintient l’attention de l’auditeur et lui donne envie d’écouter jusqu’au bout.

    Une chanson, ce n’est donc pas seulement une succession d’accords ou de paroles :
    c’est un voyage émotionnel qui traverse différents paysages !
    Alors concrètement, ça donne quoi ?

    Les paroles en tension

    Dans de nombreuses chansons, les couplets servent à installer une situation, un problème, une question ou un mystère.

    Le refrain, lui, apporte souvent une réponse.

    Prenons une chanson d’amour : le couplet raconte une histoire, décrit un manque ou un conflit. Puis le refrain libère l’émotion accumulée.

    Pendant les couplets, Lara Fabian décrit, suggère, installe une atmosphère.
    Et puis arrive le refrain, qui libère d’un coup l’émotion, vide la tension.

    Et le pont ?
    Dans pas mal de chansons, il y a un pont.
    Et il n’est pas là par hasard, car il a une fonction particulière.
    So rôle ? Accélérer la tension, introduire un nouvel élément, ou pousser l’émotion à son maximum avant le retour du dernier refrain.

    La mélodie fait monter la pression

    La tension ne vient pas uniquement des mots, bien sûr !

    Une mélodie qui monte progressivement vers l’aigu crée naturellement une sensation d’élévation et d’attente.
    Jusqu’à ce que le la phrase musicale atteigne son point culminant pour redescendre enfin.
    Alors l’auditeur ressent une forme de résolution.

    C’est l’une des raisons pour lesquelles le refrain doit apporter une autre musicalité que les couplet (rythme, mélodie, ambiance…).
    Et aussi pourquoi tant de refrains sont plus hauts que les couplets.

    Dans « J’oublierai ton nom », les couplets restent relativement contenus, puis la mélodie prend progressivement de l’ampleur…
    …et notre Johnny national attend 1:53 avant de faire exploser le refrain !
    C’est un exemple de tension mélodique qui trouve sa résolution dans le point culminant de la chanson.

    Si on n’a pas ce relief mélodique, la chanson peut rapidement paraître monotone, même avec de bonnes paroles.

    Les accords racontent une histoire

    Les progressions harmoniques fonctionnent souvent comme un aller-retour.

    Elles partent d’un point d’équilibre, s’en éloignent pour créer de l’instabilité, puis reviennent vers une sensation de repos.

    Cette tension harmonique est parfois discrète, mais elle joue un rôle essentiel dans notre perception de la musique.

    Sous son apparente simplicité, la chanson « Boomerang » (ici dans sa version « brouillon » inédite) joue sur les mouvements harmoniques. Cela crée une sensation permanente d’avancée puis de retour à l’équilibre.
    Comme quoi la tension ne dépend pas forcément du volume sonore !

    Quand une progression ne semble aller nulle part, l’auditeur va ressentir une espèce de lassitude, même sans pouvoir expliquer pourquoi…

    L’instrumentation comme outil dynamique

    Écoutons les productions modernes.

    Souvent, les instruments disparaissent momentanément avant de revenir quelques mesures plus tard. Ce simple procédé crée une attente.

    Quand la batterie revient, quand la guitare rugit de nouveau ou quand les chœurs entrent subtilement dans le mix, la relance est bien là !

    Un exemple ? Le génialissime « Ca m’énerve » de Helmut Fritz !
    Les arrangements évoluent constamment. Des éléments apparaissent, disparaissent puis reviennent pour soutenir la montée d’énergie générale.
    Et la chanson grandit naturellement sans même que l’auditeur s’en rende compte.

    Le silence, ou la quasi-absence de certains instruments, c’est au moins aussi puissant que leur présence !

    Pourquoi certaines chansons sont fades ?

    Lorsqu’une chanson manque de relief, il convient de vérifier plusieurs points :

    • Les paroles racontent-elles réellement quelque chose ?
    • La mélodie possède-t-elle une direction claire ?
    • Les accords créent-ils une impression de voyage harmonique ?
    • L’instrumentation évolue-t-elle au fil du morceau ?
    • Le sujet est-il abordé sous un angle personnel ou original ?

    Très souvent, le problème n’est pas un manque de qualité, mais un manque de contraste.

    « Toi plus moi » plus nous plus eux égal… pas grand chose au final !
    Ici, il n’y a rien.
    Pas de changement, pas de contraste, les quatre mêmes accords, la même mélodie.
    Ce qui n’a pas empêché ce parfait contre-exemple de devenir un tube, mais pour d’autres raisons.
    Si vous voulez savoir pourquoi, allez lire cet article 😉 : « Les quatre accords magiques » !

    Une chanson qui reste constamment au même niveau d’intensité finit par perdre son pouvoir émotionnel.

    L’avis du pro

    La dynamique est toujours relative : imaginons deux conversations.

    Dans la première, quelqu’un parle très fort depuis le début. Pour créer un effet de surprise, il devra varier énormément son volume ou son énergie.
    Dans la seconde, quelqu’un parle calmement. Un simple changement de ton suffira à attirer immédiatement l’attention.

    C’est exactement la même chose en musique.

    Une chanson rock très énergique nécessitera souvent des contrastes importants pour créer de la dynamique. À l’inverse, une ballade acoustique pourra produire un effet puissant avec des variations beaucoup plus subtiles.

    Dans « Je joue de la musique », Calogero utilise toutes les formes de relance.
    Et en plus, « ça joue » !

    La clé n’est donc pas de faire « plus », mais de créer des différences perceptibles.

    À vous de jouer !

    Allez, au boulot !
    Prenez l’une de vos chansons et dessinez trois courbes simples sur une feuille :

    • l’énergie générale ;
    • la hauteur moyenne de la mélodie ;
    • l’intensité de l’instrumentation.

    Placez l’introduction à gauche et la fin du morceau à droite.

    Observez ensuite les courbes.

    Montent-elles et descendent-elles de manière cohérente ?
    Les moments forts de la mélodie coïncident-ils avec les moments forts de l’instrumentation ?
    Existe-t-il des passages où tout reste identique pendant trop longtemps ?

    Cet exercice très simple permet souvent de repérer en quelques minutes des problèmes de dynamique qui passaient totalement inaperçus à l’écoute.

    Et vous, dans vos chansons, utilisez-vous consciemment la tension et le relâchement, ou laissez-vous ces mécanismes agir de manière instinctive ?

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Pour comprendre la tension et le relâchement, pas besoin d’ouvrir un traité d’harmonie.
    Écoutez simplement vos chansons préférées.
    Vous verrez : elles sont rarement une ligne droite : elles respirent, elles avancent, elles retiennent parfois leur souffle avant de se libérer. Comme une bonne histoire.

  • Conclure sa chanson en beauté : toutes les recettes !

    Conclure sa chanson en beauté : toutes les recettes !

    Dans l’article « Offrez un FINAL GENIAL à votre chanson ! », je vous donne des pistes pour terminer en beauté votre chanson.
    Cela concerne notamment des prestations scène ou studio, bref, des versions orchestrées.
    Oui mais quand on joue seul.e avec juste une guitare, un piano ou un ukulélé, ce qui est le cas la plupart du temps, comment faire un final de chanson qui ait de l’allure ?
    Eh bien les réponses sont aussi simples que nombreuses.
    Et je vous les donne ici !

    1. UN FINAL RYTHMIQUE

    Pour cette première partie, si vous avez déjà lu l’article « Offrez un FINAL GENIAL à votre chanson » vous serez en terrain connu. Car certaines « recettes » d’orchestre peuvent être transposées à un instrument seul.

    a) La fin en feu d’artifice

    Arrivé à la fin de votre chanson, même si vous êtes seul avec votre instrument, envoyez les watts !
    Comme une fin d’orchestre classique ou de groupe de rock !
    Et rythmiquement, vous pouvez vous lâcher :
    – Taaaaaaaa… TA ! ou
    – Taaaaaaaaa… TaTA ! ou
    – Ta ! Ta ! Ta ! Ta ! TA !
    Bref les options sont nombreuses et faciles à trouver !

    On peut même la jouer « surprise », comme Vianney dans « La même ».

    b) Le ralentissement ou l’extinction

    Un grand classique, qui fonctionne bien.
    Ralentir laisse à l’auditeur le temps de comprendre que « voilà, c’est fini », de savourer les derniers instants et de s’approprier la chanson.

    c) La voix seule

    Arrivé à la toute fin de votre chanson, chantez vos derniers mots sans instrument. Juste la voix.
    Cela crée un double effet :
    – Le signal que votre chanson s’achève
    – Une connexion intime avec votre auditeur, comme une confidence

    2. UN FINAL HARMONIQUE

    On peut aussi jouer sur l’harmonie de son morceau.
    Un bel accord qui dit « Eh bien, voilà : c’est fini ! »
    Pas besoin d’être musicien chevronné pour cela : je vous donne quelques recettes qui marchent à tous les coups :

    a) Si votre chanson est en majeur :

    – Option 1 : Jouez « I IV iv I »

    Heu… ça veut dire quoi ???

    Eh bien vous jouez dans l’ordre :

    I : l’accord de tonique (la tonalité du morceau)
    IV : l’accord de sous-dominante (4ème degré majeur)
    iv : l’accord de sous-dominante mineure (dit accord emprunté) (4ème degré mineur)
    I : retour pour finir à l’accord de tonique


    C’est clair, non ? NON ?

    Alors : autrement dit, si vous êtes en Do majeur, cela donne Do, Fa,Fam, Do
    Si vous êtes en tonalité de Mi, cela donne Mi, La, Lam, Mi
    Si votre morceau est en sol : Sol, Do, Dom, Sol
    etc.

    A l’oreille, cela crée une couleur plus sombre ou mélancolique.
    Cela ajoute de la tension avant de revenir à la tonique (I).
    Essayez, vous verrez, c’est beau !

    Option 2 : Envoyez la septième !

    Celle fin-là, je la dois à mon ami Steve : en guise de conclusion,
    Envoyez la septième Compagnie !
    ….un accord 7ème, quoi !

    Concrètement, si votre chanson est en Do majeur, jouez un accord final de Do7

    Si vous êtes en Fa, finissez sur un Fa7

    etc.


    Finir par la septième, ça crée une sensation d’inachèvement ou de suspension.
    Cela peut donner un effet ouvert, jazzy ou rétro, comme si la musique « restait en l’air »
    ou invitait à une reprise !

    Option 3 : Passez en Sixième !

    Ici, le même principe, avec une sixième.

    Si votre morceau est en Do, jouez un accord final de Do6.

    Où trouver le doigté d’un Do6, me direz-vous ?
    Eh bien vous tapez « Do6 guitare » ou « Do6 piano » sur internet, et voilà !

    Des questions ?

    Cela apporte une nuance douce et mélancolique, plus ouverte que l’accord parfait.
    Une fin apaisée, nostalgique ou poétique, comme une conclusion en demi-teinte.

    Option 4 : L’accord suspendu

    Vous finissez par un sus2 ou un sus4. Hein ? KEZAKO ?
    Ah oui, pour cela, il faut connaître les accords suspendus, comme sus2 ou sus4, ou…
    ou aller regarder dans des grilles d’accords sur internet, ou…
    ou tout simplement compter sur ses doigts !

    Car les notes ont des numéros : do, ré, mi, fa, sol, etc. c’est 1, 2, 3, 4, 5, etc.

    Donc si on est en Do :

    Sus2, ça veut dire qu’on ajoute un (2ème note de la gamme)
    Sus4, ça veut dre qu’on ajoute un fa (4ème note de la gamme)

    Simple, non ?

    Cela donne une ambiance mystérieuse, flottante, comme en apesanteur.

    b) Si votre chanson est en mineur :

    – Option 1 : Finissez en majeur

    Ben… je croyais qu’on était en mineur ?

    Oui : justement !

    Votre morceau est en Lam ? envoyez un La Majeur en guise de fin !

    On appelle ça la « tierce de Picardie ». Mozart en raffolait, et il avait raison : ça donne une fin lumineuse et optimiste, très « musique classique » !

    Et en plus, le silence qui suit, c’est encore de lui 😉.

    – Option 2 : la « cadence iv i »

    Un exemple vaut mieux qu’un discours :
    si vous êtes en Lam, ça donne Rém Lam

    Cela donne une touche à la fois élégante et émouvante.

    – Option 3 : la septième

    Ha, revoilà le truc qui marche à tous les coups : la fameuse septième !

    Si votre chanson est en Lam, au lieu de conclure sur un Lam, vous finissez sur un Lam7.

    Cela donne un côté jazzy et sophistiqué à votre chanson.

    3. UN FINAL MELODIQUE

    La troisième grande famille, pour finir votre chanson, c’est d’envoyer une mélodie qui vient gentiment vous dire à l’oreille : « On va bientôt partir ».

    a) Egrénez l’accord

    Pour cela, vous allez simplement égréner les notes de votre accord final, en ralentissant légèrement, comme un ruisseau qui coule.
    Mas il existe plusieurs façons de le faire !

    – dans l’ordre ascendant

    Pour obtenir un effet de conclusion définitive et positive

    – dans l’ordre descendant

    Pour obtenir une fin plus sombre et inquiétante

    – dans le désordre…

    …ou plus exactement : dans un ordre différent.
    On ne va pas monter, ni descendre, mais envoyer les notes de l’accord un peu « au hasard ».
    Cela va créer une petit déséquilibre tout en conservant l’harmonie.
    Beau, tout simplement !

    ASCENDANT
    DESCENDANT
    EN DESORDRE

    b) La note suspendue

    Cette fois, c’est une simple note ou un simple accord qui va partir dans les airs, un peu comme un petit bout de mélodie qui s’échappe de la chanson, telle l’âme d’un cher disparu qui rend son dernier soupir. Je vous propose trois façons :

    – la note qui s’envole

    Au piano, mon ami Bernard, pianiste émérite, s’en est fait une spécialité : on joue la note fondamentale de l’accord (do si on est en Do), d’octave en octave, de plus en plus haut, jusqu’au bout du clavier.

    C’est également possible à la guitare sur la petite corde de mi.

    – Faire sonner les harmoniques

    Hum j’admets qu’au piano, ce n’est guère facile 😁

    Mais si vous êtes à la guitare, cherchez les harmoniques (les plus accessibles sont à la 12ème case et à la 7ème case à vide), et lâchez-les comme on laisse un oiseau s’envoler.
    L’effet est toujours magique !

    – Une petite montée finale

    Cette fois, c’est mon ami Chris qui sera ma référence !

    Je ne sais pas si c’est son côté cycliste, mais il finit souvent ses chansons à la guitare par une petite phrase musicale ascendante du plus bel effet.

    Ca peut être quelques notes romantiques,
    ou une petite mélodie tonique dans l’esprit de « On rase gratis ».

    4. A vous de jouer !

    Encore un petit travail simple… et utile (Si ! Si !) .
    Vous allez offrir une jolie fin à une de vos chansons.

    Vous avez une chanson « presque finie » ?
    C’est-à-dire pratiquement au point à un ou deux détails près. Vous l’avez ?
    C’est la bonne !

    Posez-vous maintenant ces quelques questions :

    – Quelle ambiance ai-je posé dans les paroles ?
    – Quelle ambiance ai-je posé dans la musique ?
    – Quelle sensation ai-je envie de laisser à la fin (accomplissement, espoir, malaise, joie…) ?

    Puis piochez dans les techniques que je vous ai données plus haut.
    Expérimentez, écoutez le résultat.
    Est-ce beau, est-ce cohérent avec votre intention ?

    Testez votre chanson en entier avec son final.
    Alors ? Pas mal, non ?

    5. Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    EN CONCLUSION : L’intention

    La fin d’une chanson, ce n’est pas anodin.
    C’est le dernier mot que vous laissez à votre auditeur..

    Alors il faut savoir ce que vous voulez lui donner envie de faire : lever les bras, fermer les yeux, sourire au dernier moment , selon l’ambiance de votre chanson…

    Mais surtout, surtout, ne laissez pas votre chanson “s’éteindre par défaut”.

    Alors il faut savoir ce que vous voulez lui donner envie de faire : lever les bras, fermer les yeux, sourire au dernier moment , selon l’ambiance de votre chanson…
    Mais surtout, surtout, ne laissez pas votre chanson “s’éteindre par défaut”.

    👉 Faites-la finir comme elle mérite : avec une intention.
    Pour en savoir plus, allez lire l’article « Offrez un FINAL GENIAL à votre chanson ».

    Parce qu’une bonne chanson ne s’arrête pas.
    Elle résonne encore longtemps après le silence.

    Vive les histoires qui finissent bien, et

    Vive la Chanson !

  • Offrez un FINAL GENIAL à votre chanson !

    Offrez un FINAL GENIAL à votre chanson !

    (ou comment faire en sorte qu’on appuie sur “replay” au lieu de zapper)

    Soyons honnêtes : combien de chansons formidables… se terminent mollement ?

    On a tous vécu ça. Un super couplet, un refrain qui accroche…
    et puis une fin qui tombe comme un soufflé. Pfffttt !

    Erreur fatale.

    Parce qu’une chanson, ce n’est pas seulement ce qu’elle raconte pendant qu’on la joue.
    C’est ce qu’elle laisse derrière elle à la fin.

    Et ça, ça se joue dans les dernières secondes, et c’est trop souvent négligé !

    Alors aujourd’hui, on va voir comment offrir à votre chanson une vraie sortie de scène.
    Pas une fuite par la porte de service : une sortie mémorable !

    1. L’importance de la dernière impression

    On parle souvent de l’importance de la première impression dans une rencontre.
    En chanson, c’est l’inverse : c’est la dernière impression qui compte.
    Celle qu’on laisse en partant.

    Parce qu’on a construit une vraie connexion avec l’auditeur, et qu’on ne peut pas à la fin le planter là tout seul sans aucune forme de procès.

    Il faut donc faire ça bien, un peu comme quand on dit « à bientôt » un ami.

    2. Trois grandes familles de final

    Bien sûr, comme il existe une multitude de chansons et de styles, il y a de nombreuses façons de terminer une chanson.

    Mais on peut les regrouper en trois catégories :
    – L’apothéose
    – L’extinction
    – La surprise

    A ces trois catégories s’ajoute une quatrième, que vous pratiquez sans doute, et qu’on nomme :
    « A la ouane euguène » : un petit accord final vite fait, ou une montée de piano avec la petite note qui va bien, comme on écrirait le mot « FIN » quand on pense avoir tout dit.
    Pourquoi pas d’ailleurs ?
    Mais ça, c’est une fin, mais pas un final.
    Ça passe quand on joue devant des copains, mais c’est un peu léger sur un enregistrement ou sur une scène.

    a) 🔥 Le final en apothéose

    Bon on attaque avec du lourd : là, on ne plaisante pas !

    Ça monte, ça s’élargit, ça respire de plus en plus fort… et BOUM : explosion finale !

    C’est la grande tradition du rock, du classique, des refrains qu’on répète une dernière fois en ouvrant tout.

    L’effet est garanti : frissons + sensation d’accomplissement.

    👉 Si votre chanson parle de libération, d’amour assumé ou de victoire : foncez.
    Heu mais bon n’en faites pas trop quand même, ça risque de faire « pompier » !

    b) 🌙 Le final en extinction

    À l’inverse, ici… on disparaît.

    Un fade-out, une orchestration qui s’efface, un dernier accord suspendu…
    La chanson ne “s’arrête” pas vraiment. Elle s’éloigne.

    Et cet effet a quelque chose de magique : on reste dedans, même après la fin.

    👉 Parfait pour la nostalgie, le doute, les histoires qui ne se ferment pas complètement.

    c) 🎭 Le final surprise

    Alors là… on joue, au sens propre !
    L’auditeur écoute la chanson, il croit savoir comment ça va finir — et puis non !
    Une rupture, un silence, un accord inattendu, et voilà une chute qui change tout…

    Effet : mémoire immédiate.

    👉 Mais attention : la surprise doit être juste. Sinon, ça fait gadget.
    En clair, on ne fait pas n’importe quoi !
    Mais bien fait, ça peut être une belle signature.

    3. Concrètement, on fait comment ?

    Allez, vous avez des recettes, maintenant, passons à la cuisine.
    Voici vos outils. Simples et efficaces.

    a) 🔥 Pour la fin en apothéose :

    Bon en gros on a compris : on envoie la cavalerie !

    Pas le choix : tous les instruments qu’on a entendu ici et là dans la chanson se rejoint sur la finale pour jouer en même temps, à l’unisson ou en accord parfait, et ça fait, au choix :
    Tata, tataaaa, tatataaaaaa…(aaa…)  TA ! TA ! TA !
    ou si vous préférez plus sobre :
    Tatataaaaa… TA !

    Et si vous voulez que ça claque encore plus, faites arriver des chœurs (même si c’est au synthé !) au moment de la montée finale. Et là vous verrez : soudain… ça s’ouvre.

    Ca rajoute de l’ampleur, de l’émotion collective, bref : frisson garanti !

    b) 🌙 Pour la fin en extinction

    Là, c’est plus ouvert : il y a de nombreuses options.
    Voici les trois plus faciles à mettre en place :


    – 🎤 La voix seule

    Tout s’arrête… et il ne reste que la voix.

    C’est simple, c’est nu, c’est redoutable.
    Effet : on écoute chaque mot comme une confidence.


    – 🎶 L’instrumental seul

    La voix s’efface, la musique prend le relais.

    Effet : on prolonge l’émotion sans discours.


    – 🎸 Un instrument isolé

    Tout le monde s’efface.
    Tout le monde, sauf… une guitare, un piano, un motif…

    Effet : une empreinte sonore qui reste en tête.
    Comme une signature, un effet d’intimité.


    c) 🎭 Pour la fin « surprise »

    Là encore, plusieurs options s’offrent à vous :

    – 🌈 Un nouveau thème

    Et là… surprise élégante !

    On repart ailleurs, comme dans Hey Jude à 4:04.
    On croyait que c’était fini — Mais non ! En fait, ça recommence autrement !

    Effet : une sensation d’infini.


    – 🗣️ La voix parlée

    On casse le chant, et on parle.

    Effet : proximité immédiate, presque cinématographique.


    – 🎭 L’invité surprise

    Une autre voix débarque.
    Pas un invité, un « featuring » ou un « tribute », non : un ami qui vous rend visite !
    Il n’est pas là pour jouer, mais pour vous faire un clin d’œil.
    Il ne joue pas, il vous dit un mot.

    Comme Serge Gainsbourg avec Buzy dans « Gainsbarre ».
    Ou Kim Wilde avec Laurent Voulzy dans « Mes nuits sans Kim Wilde ».

    En version « économique » (tout le monde ne peut pas se permettre de faire venir une célébrité), vous pouvez reprendre quelques notes de votre vedette préférée tout à fait à la fin.

    Effet : décalage, clin d’œil, relief… et crédibilité !


    – 🎵 Les “la la la” et autres vocalises

    Cette fois-ci, on arrête les paroles. On garde juste la mélodie, reprise à la voix, en mode « la la la ».
    Par vous seul, ou par tout un groupe vocal.

    Effet : tout le monde peut chanter, tout le monde retient la mélodie, dans tous les sens du terme.

    A noter : dans les chansons anciennes (années 1920 à 1950), c’est tout l’orchestre qui reprenait à la fin (et sans le chanteur) le thème musical du refrain, incitant le public à le chanter en choeur.

    4. A vous de jouer !

    Le travail d’aujourd’hui est simple et utile.
    Vous allez composer un final !

    Passez un peu en revue la fin de vos chansons existantes.
    Et posez-vous cette question :
    «  Ai-je fait une fin ? 
    Attention : une VRAIE fin, avec une intention artistique ?

    Ou me suis-je contenté de terminer le morceau ? ».
    Si une de vos chansons existantes ne remplit pas ce critère, arrêtez-vous dessus.

    Prenez cette chanson, jouez-la pour vous plonger dedans, paroles et musique.
    Puis demandez-vous :
    Quel sentiment veux-je laisser à l’auditeur ?
    Musicalement, qu’est-ce qui serait pertinent ?
    C’est tout.

    En vous appuyant sur ce qu’on vient de dire, testez différentes approches pour votre final.
    Et bien sûr, choisissez la meilleure !

    Testez de nouveau votre chanson en entier avec son nouveau final.
    Alors ? Ça change tout, non ?

    5. Et si je joue seul.e ?

    Vous êtes tout.e seul.e ? Pas de problème !

    Je vous donne tout un tas d’autres astuces pour finir en beauté votre chanson dans l’article :
    « Conclure sa chanson en beauté »
    Notamment pour celles et ceux qui n’ont que leur voix et leur instrument.

    Allez-y et vous verrez : le peu de moyens n’empêche pas de faire une belle fin !
    Au contraire !

    6. Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion : Une chanson, c’est un feu d’artifice !

    Tout bon feu d’artifice, se termine par un « final » qui indique clairement -et en beauté- que c’est terminé ! Et c’est ce que les gens retiennent !

    Savez-vous qu’en moyenne, le bouquet final représente à lui seul 30% du budget…  pour 5% du temps !

    Eh bien en chanson c’est pareil ! Il faut consacrer du temps et de l’énergie à votre final.
    C’est le prix du « REPLAY » !

    Alors, au travail, jusqu’à la fin ! 😉

    Même en chanson, la fin justifie les moyens !

    Vive la Chanson !

  • Les 7 fautes de français à éviter en chanson

    Les 7 fautes de français à éviter en chanson

    On croit toujours que ça n’arrive qu’aux autres.

    Les fautes de français, c’est pour “ceux qui ne font pas attention”, “ceux qui écrivent vite”, “ceux qui ne maîtrisent pas”… Bref, c’est pas nous !

    Et pourtant…

    Elles s’invitent tranquillement dans nos textes.
    Sans bruit. Sans prévenir.
    Et parfois, elles passent même l’étape de l’enregistrement… pour finir gravées à jamais.

    Bon, on va dire que ce n’est pas dramatique : une chanson ce n’est qu’une chanson.
    Mais disons-le franchement : ça fait un peu désordre.

    Alors tant qu’à écrire en français… autant éviter ces petits pièges.
    Ceux que seuls quelques auditeurs repèrent, mais qui, eux, ne les oublient pas.


    1. je me rappelle de cette faute

    C’est LE classique.

    Dans un bel élan romantique, on écrit “je me rappelle de toi”. Beau départ !
    Oui, sauf que non.
    Vous savez comment on doit dire, en français correct ?

    Ben : « Je Me Rappelle De Toi » . A oublier !

    Eh bien on dit : “je me rappelle toi”.
    Heu oui, ça sonne un peu étrange, hein ? Mais c’est la bonne forme.
    Bon évidemment, nous on dira plutôt : « Je me souviens de toi« .

    Et dans une chanson, ce genre de détail fait la différence entre l’ »approximatif » et le « maîtrisé”.


    2. Pris pour un “on”

    “On”, c’est bien pratique : souple, tranquille, facile…

    Mais vous le savez : grammaticalement, « on » reste au singulier.
    Et pourtant, on le mélange souvent avec « nous », qui est pluriel !
    Et cela donne de jolies fautes !

    Donc ne dites plus “on est originaux”, mais dites : “on est original”. Original, non ?
    Et si vous trouvez qu’ »on est brutaux », dites-vous plutôt qu’ »on est brutal » !
    Bizarre non ?

    Et qu’en dit Céline Dion ?
    Céline dit « on » :

    Céline Dion – Une chance qu’on s’a

    Alors oui, à l’oral, on parle rarement comme ça.
    Mais en chanson, on peut même en faire un jeu !


    3. Les accords pas d’accord

    Les accords, ce sont un peu les lacets qui lient les mots.

    Quand ils sont bien attachés, on ne les remarque pas. Quand ils lâchent… c’est la gamelle !

    Un participe passé mal accordé,
    un pluriel oublié,
    et patatras : votre phrase perd en élégance, et même en clarté.

    Et ne pensez pas passer au travers : c’est typiquement le genre de faute qui trompe les auteurs les plus aguerris !

    Astuce simple : faites lire votre texte à quelqu’un.
    A défaut, laissez reposer une nuit, et relisez.
    Le lendemain, les fautes ressortent souvent toutes seules.


    4. Les liaisons dangereuses

    La chanson, c’est quand même bizarre :

    C’est écrit… mais en fait c’est de la langue orale.
    Ou plutôt, de la langue parlée (voir notre article à ce sujet)
    Et en plus, on « parle » en musique !
    Et au milieu de tout ça, il y a des bouts de trucs qui trainent : les liaisons.

    Et ça, il va falloir gérer :
    Trop de liaisons, ça devient carrément ridicule : on trébuche dessus !
    Pas assez, il y a comme des « vides » et ça fait négligé.
    Et encore : quand ce n’est pas une liaison mal placée qui crée carrément un effet comique…
    pas toujours volontaire !

    L’exemple le plus connu est le fameux « reprenez R’avec moi tous en choeur » à 0:56 de Eddie Mitchell !
    Et même s’il s’est rattrapé depuis, la version « studio » reste gravée à jamais dans la cire !

    Eddie Mitchell – Pas de Boogie-Woogie

    Ici, comme toujours : pas de règle absolue, c’est vous l’auteur.
    Mais juste une vraie vigilance : ça doit sonner comme de la langue parlée.
    Alors, à froid, réécoutez ce que votre texte donne vraiment à l’oral.


    5. Les jeux de mots involontaires

    Un grand classique : la phrase écrite avec soin…
    qui devient carrément cheloue une fois chantée !

    C’est typique de la confusion écrit/oral : à l’écrit, tout va bien.
    Sauf que la chanson, c’est de l’oral : Et à l’oral, certains enchaînements de sons créent des doubles sens involontaires.
    Comme les lionnes de Yannick Noah qui sont vraiment… des Rennes ? C’est une chanson de Noël ?

    Yannick Noah – Les lionnes, les rennes… on s’y perd un peu !

    Et là, votre belle image poétique part dans le décor !

    Il y a aussi l’inverse : le jeu de mots qui passe super bien à l’écrit, sur le papier…
    et qui s’efface tout seul à l’oral !
    Comme « Pas gaie la pagaïe » qui disparait totalement une fois chanté.

    Maurane – Pas gaie la pagaïe

    D’où la règle d’or : toujours tester ses paroles à voix haute.


    6. Les tournures bancales

    “C’est qui qui”, “j’ai été au coiffeur”, “c’est qu’est-ce que je dis”…

    Même si ces tournures malmènent quelque peu la langue de Molière, on les entend tous les jours !
    Donc pourquoi ne pas les utiliser dans nos chansons ?

    C’est vrais que ça peut donner un style : populaire, voire cool.
    Hein, K.Maro (et pourtant j’adore!) à 0:58 « Ché pa kesskisspass, t’as ce regard dans la face »
    Là c’est du lourd !

    K.Maro – Femme Like U

    Oui… sauf que la plupart du temps, tout ceci n’est guère maîtrisé.
    Et à ce moment-là, ce n’est plus un choix… c’est juste un manque d’exigence.


    7. Les mots mal employés

    C’est sans doute le piège le plus discret, le plus sournois !

    On utilise un mot parce qu’il “sonne bien”… sans être totalement sûr de son sens, voire de son existence.
    Ou pire : on croit qu’on est sûr et donc : on ne vérifie pas !

    “Disgression”, “croivent”, “pécunier”… avec un peu de chance, ça peut passer inaperçu.
    Mais ça, c’est comme « Air Cocaïne » : quand on se fait pincer à « l’aréoport », ça pique !
    Même le grand Jacques s’est fait piéger à 3:46 avec son « système pénitencier ».

    Jacques Higelin – Cayenne, c’est fini

    Et puis il y a les mots un peu “prétentieux” qu’on place pour faire joli… mais qui ne collent pas vraiment.
    Comme le « millésime » de Pascal Obispo, carrément hors-sujet.

    Pascal Obispo – Millésime

    Là, le risque est simple : passer pour un… non : perdre en crédibilité.


    A vous de jouer

    Prenez une de vos chansons. Une vraie. Pas un brouillon.

    Relisez-la tranquillement. Puis dites-la à voix haute, comme si vous étiez sur scène.

    Et repérez :

    • les endroits où ça accroche
    • les mots qui sonnent “bizarrement”
    • les phrases que vous n’assumez pas complètement

    Corrigez, ajustez… ou assumez pleinement. Mais choisissez.


    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.


    En conclusion

    Bar bonheur, une chanson ne se résume pas à un exercice de grammaire.
    Mais quand même…
    Ce sont souvent des petits détails qui font la différence.

    Alors bon… une faute, ça passe… heu ben en fait non ! Ca ne passe pas !
    L’auditeur, quand il l’aura repérée, n’entendra plus que cela ! Adieu la magie !

    Parce qu’un texte juste, ce n’est pas seulement un texte correct… c’est un texte qu’on écoute sans être distrait.

    Soigner la langue, c’est servir la chanson !

    Vive la Chanson !

  • Écriture de chanson : trouvez le bon ANGLE !

    Écriture de chanson : trouvez le bon ANGLE !

    Quand on parle d’une chanson, on évoque souvent son thème (“l’amour”, “ la solitude”…) et ses mots (“il faut que ça sonne bien”).
    C’est très bien. Indispensable, même.
    Mais bon, il y a un truc super important entre les deux !
    C’est…, c’est..? (oui je sais c’st discret)
    C’est…
    👉 l’angle !
    C’est lui qui transforme une idée banale en chanson mémorable.
    C’est lui qui fait qu’on écoute… Hum… ou qu’on décroche.

    Allez, je vous dis tout !


    L’angle : une caméra invisible

    En chanson comme dans d’autres arts, l’angle, c’est le « point d’observation » de l’auteur.
    – Au cinéma, c’est simple : la caméra regarde les personnages de l’extérieur.
    – Dans le roman, on alterne entre “je” et narration externe, mais le cadre reste clair.
    – En poésie, on observe souvent, parfois caché, comme un photographe qui capturerait un instant volé.

    Mais en chanson, c’est différent !

    👉 Vous pouvez être dedans, dehors, partout, nulle part… ou à plusieurs endroits à la fois !

    Et surtout :
    👉 le choix de l’angle va changer totalement la perception de votre chanson.

    C’est pourquoi il faut le poser avant la version finale !
    (oui parce qu’après c’est un peu tard ! )
    Or, trop d’auteurs (vous, peut-être) écrivent “au fil de la plume”… et se retrouvent avec un angle flou.

    Concrètement, ça donne quoi ?
    Jetons un coup d’œil pour voir, selon les thèmes abordés, ce qu’induit le choix de l’angle.


    1) Si votre chanson parle d’un personnage

    La tendance naturelle, c’est d’utiliser le « il » ou le « elle ». Logique.
    Seulement voilà : en écrivant à la 3ème personne, on reste un simple observateur.
    A l’extérieur. Mais ce n’est pas tout !

    Rapidement, sans le vouloir et sans même s’en rendre compte, on va se retrouver à glisser dans une forme de jugement, (souvent même de façon implicite) vis-à-vis du personnage.
    Résultat : cela empêche l’auditeur de s’approprier le propos : il aura l’impression qu’on lui dicte ce qu’il doit penser.

    Le remède ? Le « je » !

    Le personnage, c’est vous ! Essayez : réécrivez à la première personne ! Voilà que votre texte prend une tout autre dimension.
    Et l’auditeur appréhende plus librement le propos.

    Bon, c’est vrai qu’il y a quand même un risque : certains vont penser que vous parlez réellement de vous !
    Vous pensez que je plaisante, mais pas du tout : ça arrive, surtout si vous écrivez bien !. Si on raconte l’histoire d’un psychopathe, ça peut être trèèès gênant ! 😉

    Michel Sardou – Je suis pour

    Ca a joué des tours à un certain Michel Sardou… quoi que dans son cas… bon passons !


    2) Si votre chanson parle de vous

    C’est souvent le premier outil des auteurs débutants :
    👉 “Je ressens… je pense… je souffre…”
    Une chanson qui parle de soi à la première personne, c’est logique !

    Surtout quand on écrit ses premières œuvres : on a des tas de choses à dire, des opinions à exprimer, des comptes à régler.
    Et c’est très bien : la chanson peut avoir une fonction « art thérapie ». Pourquoi pas ?

    Mais voilà : le problème, c’est que pour l’auditeur, ça devient vite trèèès pesant !
    Croyez-moi, je sais de quoi je parle : pour avoir accompagné quelques dizaines de débutants dans leurs premiers pas d’auteurs, j’ai vu pas mal de chansons autobiographiques !
    La plupart d’entre elles étaient très personnelles, trop personnelles.
    Un exemple : ce titre de Jean-Pierre Virgil, doublure de Sardou en spectacle.

    Jean-Pierre Virgil – Je veux chanter

    Quand on parle de soi, on y met son cœur, ses rancoeurs, ses références personnelles.
    Et ce n’est pas ce que l’auditeur attend de nous.


    Ce travers est exacerbé quand l’auteur, au lieu de dire les faits, nous livre explicitement ses pensées, en mode « donneur de leçon », ou « explicateur de vie ». Vous voyez de quoi je parle ?
    Insupportable !

    Le remède ? Bannir le « je » !

    Racontez plutôt votre histoire de l’extérieur, avec « il » ou « elle »,
    Ainsi délesté de votre pure « vérité historique », vous pourrez l’adapter pour la rendre plus fluide, en modifier certains aspects si besoin, sans pour autant sacrifier la sincérité.
    Une chanson n’est pas une confession. Plutôt une mise en scène.


    3) Si votre chanson décrit des faits de société.

    Ici, on peut clairement se décentrer.
    👉 Pensez portraits. !
    Une galerie de portraits n’a pas besoin du « je » : quand on parle du monde, inutile de se mettre au centre.
    Quelques traits, quelques situations… et le lien apparaît.
    Un modèle du genre, c’est « Il changeait la vie » de Jean-Jacques Goldman.

    Jean-Jacques Goldman – Il changeait la vie

    Tout y est ! Ou plutôt rien du tout : pas de discours, pas de morale, juste des vies.
    Et pourtant… tout est dit !


    4) Si votre chanson parle d’une « vérité sociale »

    Vous savez, les grands thèmes : l’amour, la paix, l’injustice, bref tout ce qui nous touche au plus profond…
    Ici, danger ! Parce que vous avez des choses importantes à dire, et bien sûr vous voulez qu’on les entende. Alors comment faire ?

    Pas de façon frontale, bien sûr ! C’est lourd, et à coup sûr vous perdrez l’auditeur qui déteste qu’on pense à sa place.

    Deux grandes voies s’offrent à vous :

    a) La vision extérieure

    Rester dans le « général » avec une vision extérieure et presque détachée, mais dont on sait qu’elle va toucher l’auditeur.
    Vous n’êtes pas au centre de l’histoire, mais vous observez, décrivez, suggérez.

    Un bel exemple : La fleur aux dents de Joe Dassin

    Joe Dassin – La fleur aux dents

    Une légèreté apparente… mais un regard très fin sur un thème universel.

    b) La métaphore

    Utiliser une métaphore : on sait de quoi on parle sans jamais le nommer.
    Pas besoin de nous expliquer : on a compris !

    comme dans le saisissant « La bête immonde » de Michel Fugain.

    Michel Fugain – La bête immonde

    On doit ces deux chefs-d’oeuvres à la plume de mon ami le génial Claude Lemesle. Who else ? 😉


    5) La chanson qui dénonce : Les fausses bonnes idées

    Voilà deux angles très répandus… et souvent catastrophiques :

    ❌ Le “vous” accusateur

    Holàlà, que c’est lourd ! L’artiste qui s’adresse à… (à qui d’ailleurs ? son public ?) en mode “ Regardez-vous, vous êtes responsables…”.
    C’est moralisateur, fermé, agressif et surtout : inefficace.
    Tel Maxime Le Forestier dans « Le steack ».

    Maxime Le Forestier – Le steack

    Hum Maxime ! On t’a connu plus inspiré !

    ❌ Le “ils” complotiste

    Alors là, on est dans la pure démagogie version « petit bout de la lorgnette »
    “Ils nous manipulent…”, « Ils ne m’auront pas ». Aïe ! Aïe ! Aïe !
    Tout ça est est flou, sans ambition, et pour tout dire, facile.

    Un exemple ? le début de « l’encre de tes yeux », de Cabrel. (je sens que je vais me faire des ennemis).


    Dans les deux cas, l’auditeur se ferme.

    Mon conseil

    👉Si vous voulez dénoncer, faites-le avec intelligence narrative, pas avec le doigt pointé.


    Ce que vous pouvez encore explorer

    Cet article n’a pas la prétention d’être exhaustif.
    Mais simplement d’insister sur l’importance trop souvent négligée de l’angle.

    Parce que oui,il reste du terrain ! Comme par exemple,
    – Le “tu” intime (à manier avec délicatesse)
    – Le changement d’angle en cours de chanson (effet de bascule)
    – Voire le narrateur peu fiable (ce qu’il dit n’est pas toute la vérité)
    – etc.

    👉 Bref : l’angle est un terrain de jeu immense !


    A vous de jouer !

    Après la théorie, passons à la pratique pour bien comprendre ce qui se joue.

    🎯 Prenez une chanson connue

    (par exemple Il changeait la vie)

    🔄 Changez complètement l’angle… juste pour voir !

    • Passez du “il” au “je”
    • Ou du “il” au “tu”
    • Ou racontez du point de vue d’un personnage secondaire

    ✍️ Réécrivez un couplet et observez :
    👉 Ce n’est plus
    – ni la même chanson,
    – ni la même émotion, et plus encore,
    – ni le même message !


    Avant de se quitter

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    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.


    En conclusion

    Une bonne chanson, ce n’est pas seulement ce qu’on raconte.
    C’est d’où on le raconte.
    Et ça… ça change tout.

    Alors, pensez « angle », et

    Vive la Chanson !