Enregistrer son EP : Toutes les étapes

Bon, ça y est c’est décidé : vous allez immortaliser vos œuvres, devenir une vedette, ou au moins laisser une trace indélébile de votre passage artistique sur cette terre.
Sage décision un peu folle !
Mais comment ça se passe ? Eh bien je vous dis tout !

Toujours mettre la charrue avant les boeufs

Pour savoir où l’on met les pieds, il va falloir se projeter… et donc mettre la charrue avant les bœufs ! Parce qu’un enregistrement, ça se prépare !

Comment s’y prendre ? Et quelles sont les étapes clés, de l’idée initiale au produit fini masterisé, qui transformeront votre œuvre en produit fini ?
Voici, phase par phase, toutes les étapes de votre parcours, le déroulé complet d’un enregistrement audio de chanson.
Et en plus, je vais appeler les choses par leur nom, parce qu’il y a un petit jargon ! Ça vous permettra d’être au clair avec vos différents interlocuteurs.
Record ON !

Quatre grandes étapes

L’enregistrement d’un EP, c’est trois étapes :
– La pré-production : c’est tout ce qui précède l’enregistrement
– La production : c’est l’enregistrement proprement dit
– La post-production : c’est ce qui se passe après la dernière prise enregistrée
– La distribution : comment diffuser son oeuvre

Allez, je vous détaille tout ça !


1. La pré-production

Définition : C’est la phase de préparation créative et technique avant l’enregistrement.
Les étapes :

  • Écriture : Création des paroles et de la structure musicale (couplets, refrains, pont, etc.).
  • Composition : Arrangement des mélodies, harmonies, et choix des instruments.
  • Maquette (démo) : C’est un enregistrement sommaire pour valider la structure et les idées. La maquette peut être faite sur un logiciel ou avec des instruments basiques.
  • Répétitions : Cela sert à affiner les parties instrumentales et vocales. En vue du studio, les musiciens sauront jouer leur partie indépendamment les uns des autres.
    Et ça n’est pas réservé à ceux qui travaillent en groupe. Car même si vouz jouez seul.e, il vous faudra assurer sans faillir vos parties instrumentales le jour J.
  • Planification : Choix du studio, du matériel, des musiciens, et du budget. C’est un moment très important. Il y a beaucoup de charlatans dans le milieu des studios, mais aussi de vrais génies. Appuyez-vous sur les avis de vos pairs, et surtout : demandez à entendre des productions proches de votre style !

Tout ça, bien sûr, ça se fait au début !
Parce que si vous arrivez au studio les mains dans les poches, vous allez perdre votre temps et votre argent !


2. La production (Enregistrement)

Définition : C’est la capture des performances audio en studio (ou en home studio).
Les étapes :

  • Prise de son des instruments :
    • Pistes rythmique (batterie, basse, percussions). On enregistre toujours la section rythmique en premier pour servir de base.
    • Pistes mélodiques (guitares, claviers, cuivres, etc.) ajoutées ensuite.
    • Pistes vocales (voix principale, chœurs) enregistrées en dernier pour s’adapter au mix instrumental.
  • Techniques :
    • Utilisation de micros adaptés (chaque type de prise de son demande un microphone adapté : résistance à la ression acoustique coloration, etc.).
    • Enregistrement en multipiste : chaque instrument (ou chaque voix) est enregistré sur une piste séparée.
    • Prises multiples : Pour chacune de ces parties plusieurs essais sont enregistrés afin de choisir la meilleure version.

Un conseil : pensez aux petits détails que l’on oublie :
– changement des cordes de guitare une semaine avant la prise, et jeu de cordes d’avance
– rappel téléphonique des musiciens étourdis
– etc.


3. La post-production

Définition : C’est la transformation et l’optimisation de chacune des pistes enregistrées.
On va diviser ça en trois parties :
– Edition
– Mixage
– Mastering
Vous suivez toujours ? Alors voici le détail.

A. L’édition (Editing)

Définition : On va faire le ménage pour pouvoir mixer dans de bonnes conditions.

  • Correction de timing : Alignement des pistes (ex. : correction des décalages de batterie ou de voix avec des outils comme Quantize ou Elastic Audio).
  • Nettoyage : Suppression des bruits parasites (souffles, clics, bruits de fond).
  • Montage : Sélection des meilleures prises et assemblage des morceaux (ex. : combiner le meilleur couplet de la prise 3 et le meilleur refrain de la prise 5).

B. Le mixage

Définition : A présent, on va équilibrer et traiter les pistes pour créer un son cohérent et professionnel. Et ça comprend plusieurs actions :

  • Égalisation (EQ) : Ajustement des fréquences pour clarifier chaque instrument (ex. : booster les aigus d’une guitare, couper les basses d’une voix).
  • Compression : Réduction de la dynamique pour uniformiser le volume (ex. : compresser la voix pour qu’elle reste audible même dans les passages calmes).
  • Effets :
    • Réverbération : Ajout d’un espace sonore (ex. : simuler une salle de concert).
    • Delay/Écho : Création d’effets de répétition.
    • Chorus/Flanger : Épaississement du son (souvent utilisé sur les guitares ou voix).
  • Panoramique (Pan) : Répartition des instruments dans le champ stéréo (ex. : batterie au centre, guitares à gauche/droite).
  • Automation : Ajustement dynamique des paramètres (ex. : baisser le volume d’un instrument pendant un solo vocal).

C. Le mastering

Définition : C’est la dernière étape pour finaliser le son et le rendre compatible avec les standards de diffusion. Là encore, plusieurs actions sont à effectuer :

  • Égalisation globale : Ajustement fin des fréquences pour équilibrer le mix sur tous les systèmes audio.
  • Compression multibande : Contrôle de la dynamique sur des plages de fréquences spécifiques.
  • Limitation : Augmentation du volume global sans distorsion (pour atteindre un niveau compétitif, souvent autour de -8 à -14 LUFS pour le streaming).
  • Ajout de métadonnées : Intégration des tags (titre, artiste, album, etc.) et du code ISRC pour la distribution.
  • Export final : Création du fichier master (généralement en WAV 24 bits/44,1 kHz ou MP3 320 kbps).

4. La distribution

Ah, vous pensiez que c’était fini ? Eh bien non, il vous reste une étape très importante ! Et celle-ci n’a pas grand chose d’artistique !

Définition : Mise à disposition du produit fini au public.

  • Choix des plateformes : Streaming (Spotify, Apple Music, Deezer), téléchargement (iTunes, Bandcamp), ou support physique (CD, vinyle).
  • Upload : Envoi du fichier master et des visuels (pochette, booklet) via un distributeur numérique (ex. : DistroKid, TuneCore) ou directement sur les plateformes.
  • Promotion : Communication via les réseaux sociaux, médias, ou concerts.

Une remarque :
Tout cela n’est pas figé !

Vous verrez que souvent, certaines étapes se chevauchent : Il n’est pas rare de procéder à la réécriture pendant les répétitions.
Elles peuvent même être être itératives (oui j’aime bien mettre de temps en temps un petit mot bien compliqué pour asseoir mon autorité).
Bon en clair, parfois, on fait un petit retour en édition après un premier mix, parce qu’on a repéré un petit truc qui cloche.


Qui fait quoi ?

Bien, ça en fait, des choses, tout ça !
Et même si la plupart d’entre nous enfilons toutes les casquettes à la fois, voici la répartition des rôles dans ce long processus… et le nom de chaque casquette !

1. La pré-production

  • Artiste : Écrit les paroles, compose la musique, crée une maquette (même basique).
  • Producteur (si présent) : Aide à structurer les morceaux, conseille sur les arrangements.
  • Ingénieur du son (optionnel) : Peut donner des conseils techniques (choix des micros, matériel).

2. Enregistrement

  • Artiste : Joue/chante ses parties (instruments et voix).
  • Ingénieur du son :
    • Règle les micros, les niveaux, et gère la prise de son.
    • Guide l’artiste sur la performance (ex. : « Recommence ce couplet, ta voix était trop forte »).
  • Technicien (si home studio) : L’artiste peut tout faire lui-même avec un logiciel (ex. : Reaper, GarageBand).

3. Post-production

Édition

  • Ingénieur du son/Éditeur : Nettoie les pistes (bruits, timing), sélectionne les meilleures prises.
  • Artiste : Valide les corrections (ex. : « Garde cette prise de voix, elle a plus d’émotion »).

Mixage

  • Ingénieur du son : Équilibre les volumes, applique EQ/compression, ajoute les effets.
  • Artiste : Donne son avis (« J’aime pas trop la réverb sur ma voix, réduis-la »).

Mastering

  • Ingénieur mastering (spécialisé) : Finalise le son pour la diffusion (niveau, cohérence).
  • Artiste : Approuve le rendu final.

4. Distribution

  • Artiste : Choisit les plateformes, gère la promo.
  • Distributeur numérique (ex. : DistroKid) : Upload les fichiers et métadonnées.

Et si je suis tout seul ?

Il ne vous aura pas échappé qu’au niveau des casquettes, ça se bouscule dans la penderie !
Mais il est un cas où quelqu’un porte seul toutes les responsabilités.
Et ce quelqu’un, c’est vous !
On est tous passés par là (et on y est souvent resté). Lorsqu’on est artiste débutant, on travaille souvent en solo dans son « home studio » !
Dans ce cas, quelques recommandations :

  • Faites-vous aider pour le mixage et le mastering si vous manquez d’expérience.
  • Priorisez un bon enregistrement brut. Pas d’effet, mais une prise « propre ». Il existe d’excellents micros (allez voir l’article ce sujet) à moins de 100€.
    C’est au mixage qu’on mettra les effets, et ça c’est impossible si la prise n’est pas bonne.
  • Outils : Utilisez des logiciels simples (ex. : GarageBand pour Mac, Cakewalk pour PC) et des tutos YouTube pour l’édition basique.

À vous de jouer !

Pour savoir un peu ce qu’est un enregistrement -et le stress que cela engendre- je vous propose de vous roder un peu à l’enregistrement.

L’exercice est simple et se fait en deux étapes :

Etape 1 :

Prenez une de vos chansons, et enregistrez-la avec votre smartphone.
Tout simplement

Deux choses vont sans doute vous frapper :
– la grande qualité de l’enregistrement : le son d’un smartphone est souvent supérieur à ce que font pas mal d’ingé-son ! Eh oui ! car le matériel a considérablement évolué, et les réglages « tout terrain » des smartphones sont optimisés pour donner en toute circonstance un super résultat.
– on entend toutes les erreurs : Ah, oui, ça c’est le pendant du point précédent : tout s’entend !
Vous allez ainsi pouvoir repérer les enchainements douteux, les notes accrochées, les hésitations, etc. et les travailler. C’est indispensable pour être au top le jour J !

Etape 2 :
Notez vos points forts et vos erreurs, et recommencez jusqu’à avoir un enregistrement écoutable.

Bravo : vous venez de faire la démarche « maquette » !
Vous pouvez même l’utiliser pour démarcher, car les professionnels savent reconnaitre une bonne chanson même si elle est enregistrée avec les moyens du bord.
Elle est pas belle, la vie ?

Avant de se quitter

Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

En conclusion

Enregistrer un EP, ça n’a pas grand’ chose à voir avec ce qui nous intéresse vraiment : écrire, composer ou interpréter nos chansons… et pourtant !
C’est une aventure passionnante, pas toujours simple, qui vous ouvrira tout un nouvel univers technique, artistique et médiatique… le tout agrémenté de surprises !
Hum… toutes sortes de surprises !

Ah ! Un dernier conseil : avant de vous lancer, choisissez avec soin vos partenaires : musiciens, ingé-son, diffuseur. C’est essentiel.
Votre critère ? Il faut que le courant passe sur le plan humain. C’est le seul point vraiment incontournable, et croyez-moi : ça s’entend sur le disque !

Vive l’enregistrement, et

Vive la Chanson !

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