Auteur/autrice : Denis Perrin

  • LA CHANSON CIRCULAIRE

    LA CHANSON CIRCULAIRE

    Il existe, dans l’univers de la chanson, des formes discrètes mais redoutablement efficaces. Des structures qui semblent simples, presque naïves, et qui pourtant reposent sur une mécanique très précise.
    Parmi elles, on trouve « la chanson circulaire » : une chanson dont l’histoire revient à son point de départ, comme un serpent qui se mord la queue.

    Le principe de la chanson circulaire

    Le principe est simple : dans les paroles,

    1. On part d’un point A
    2. Le point A mène au point B
    3. Le point B mène au C
    4. Le C au D
    5. Et le dernier point renvoie à A.

    C’est assez amusant, un petit jeu de l’esprit.

    Et cela peut avoir plusieurs formes : linguistique, phonétique, narrative… et laisser une jolie place à un effet absurde !

    La première chanson circulaire

    C’est bien sûr « Trois petits chats », qu’on connait depuis la maternelle !

    C’est un excellent exemple de chanson circulaire linguistique.

    Chaque élément naît du précédent par glissement phonétique :

    Trois petits chats
    → chapeau de paille
    → paillasson
    → somnambule
    → bulletin
    → tintamarre
    → marabout
    → bout d’ficelle
    → selle de cheval
    → cheval de course
    → course à pied
    → pied de nez
    → nez de cochon
    → etc.

    Et dans la version qui nous intéresse, la chaîne continue jusqu’à revenir à « trois petits chats ». Et c’est reparti pour un tour !
    Ici, la boucle est purement phonétique.
    Mais la boucle peut également être narrative !

    Chanson circulaire quand la logique s’en(m)mèle !

    Cette fois, on ne parle plus de phonétique, mais de logique, et c’est une mécanique narrative redoutable !

    La structure reste très simple : chaque événement est expliqué par le suivant…
    jusqu’à ce que le dernier renvoie au premier !

    Autrement dit :
    – Un fait A est expliqué par B
    – B est expliqué par C
    – C est expliqué par D
    – …etc.
    – et le dernier élément renvoie à A

    Cette structure produit plusieurs effets intéressants pour l’auteur-compositeur :

    • un effet comique, parce que la conclusion est souvent absurde
    • un effet mémoriel, car la répétition facilite la mémorisation
    • un effet participatif, idéal pour les chansons chantées en groupe

    Et il suffit de deux éléments pour créer un cercle, comme dans cette petite chanson pour enfants :
    MAPOULE qui n’utilise que la poule et l’œuf !

    Mais bien sûr, on peut aller plus loin :

    Vous connaissez peut-être la vieille chanson « Pourquoi la casbah l’a brûlé ».
    Derrière des relents un poil néocolonialistes dans la forme, l’histoire en elle-même est savoureuse.


    Cela commence par l’incendie d’une casbah, allumé par une femme.
    Pourquoi y a-t-elle mis le feu ?
    Parce qu’elle était saoûle. Et pourquoi était-elle saoûle ?
    Parce qu’elle avait bu ! Pourquoi avait-elle bu ?
    Parce qu’elle avait soif. Pourquoi ?
    Parce qu’elle avait chaud…
    et elle avait chaud parce que la casbah a brûlé.

    La boucle est bouclée. Avec une logique très logique… et très absurde !

    Et dans la chanson de variété ?

    C’est là que ça devient intéressant : il n’existe qu’un seul exemple !
    Il s’agit du savoureux et immoral « scandale dans la famille ».
    A écouter absolument !

    Si vous connaissez une autre chanson circulaire connue, merci de l’indiquer en commentaire ! Moi, je n’en ai pas trouvé !


    Une forme aboutie de chanson cumulative

    La chanson circulaire est proche de certaines chansons dites « cumulatives », où chaque couplet reprend les éléments précédents. Par exemple :

    • « Alouette », où l’on ajoute progressivement des parties du corps à « plumer »
    • « A la foire de l’est », où Angelo Branduardi nous narre les évènements qui s’enchainent inexorablement. Mais il manque une chute et au bout d’un moment, on s’enquiquine ferme !

    La chanson circulaire, elle, va bien plus loin : elle ferme la boucle narrative !
    Et ça, c’est génial !


    Une tradition très ancienne

    Ce type de construction ne date pas d’hier. On la retrouve dans les comptines, les chansons populaires, les contes.

    Dans la tradition orale, ces formes étaient très appréciées parce qu’elles facilitaient la transmission. Une structure répétitive et circulaire est plus facile à retenir, surtout lorsqu’elle est chantée collectivement.

    Plusieurs contes reposent sur des mécanismes voisins : les « contes en chaîne » ou… contes circulaires !

    Comme ces contes africains où une suite d’actions finit par expliquer la situation initiale.
    Un exemple avec mon ami Mamadou Diallo, hélas disparu trop tôt.


    les arts graphiques circulaires

    Cette idée de boucle ne se limite pas à la narration. On la retrouve dans de nombreux domaines artistiques.

    Comme Maurits Cornelis Escher par exemple.
    Avec le célèbre « Drawing Hands », deux mains se dessinent mutuellement : chacune est la cause de l’autre.

    Le système est auto-référentiel, exactement comme dans une chanson circulaire.

    Idem dans certaines architectures impossibles représentées par Escher, comme Relativity, où les escaliers semblent tourner indéfiniment.

    Dans tous ces cas, l’artiste joue avec la même idée : un système qui s’explique lui-même.

    En philosophie aussi, la circularité absurde existe : avec le sophisme !

    En composition musicale enfin,
    Quoi de plus circulaire qu’un rythme qui « tourne » ?

    Je vous en parle dans un article dédié.


    Pourquoi ça marche ?

    Si la chanson circulaire est si efficace, c’est parce qu’elle exploite plusieurs ressorts fondamentaux :

    La surprise
    On s’attend à une conclusion logique, mais la boucle crée une forme d’absurde.

    La mémoire
    Les répétitions facilitent l’apprentissage et invitent le public à chanter.

    Le plaisir de la mécanique
    Le public anticipe la structure et attend le moment où la boucle se referme.

    C’est une forme narrative simple, mais extrêmement solide.


    À vous de jouer !

    Méfiez-vous : l’exercice d’aujourd’hui pourrait bien devenir votre prochaine « vraie » chanson, tant la technique est efficace !
    Voici ce que je vous propose :

    Étape 1 : choisissez une situation de départ.

    Par exemple(s) :

    • « Le train est en retard »
    • « Le chat a renversé le vase »
    • « Le guitariste a cassé une corde »

    Étape 2 : trouvez cinq causes successives.

    Par exemple :

    Le guitariste a cassé une corde
    → parce qu’il a joué trop fort
    → parce qu’il était énervé
    → parce que le public parlait
    → parce que le concert tardait à commencer
    → parce que… le guitariste cassait ses cordes pendant la balance

    La boucle est refermée.

    Étape 3 : mettez tout cela en couplets.

    Chaque couplet explique l’événement précédent.

    Vous obtiendrez ainsi une chanson courte, drôle, facile à mémoriser — et surtout construite sur une architecture narrative solide.
    Et si vous la publiiez en commentaire ?

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    La chanson circulaire, c’est bien plus qu’une curiosité.
    C’est une petite machine à raconter des histoires, héritée de la tradition orale, et qui continue d’offrir aux auteurs-compositeurs un super terrain de jeu.
    Et elle est très peu utilisée dans la chanson d’auteur actuelle !
    Alors, à vous d’écrire la suite, et qui sait?
    peut-être que votre prochaine chanson commencera déjà… par sa fin. !

    Vive la chanson circulaire, et aussi
    Vive la chanson circulaire,
    et d’ailleurs…

    Vive la Chanson !

  • TROUVEZ VOTRE FEELING (2/2)

    TROUVEZ VOTRE FEELING (2/2)

    DEUXIEME PARTIE : feeling et style

    Introduction

    On connait tous les différents styles de musique : Rock, reggae, ballade, folk, chanson pop, etc…

    Et les plus musiciens d’entre nous connaissent parfois la « recette » pour chacun de ces styles : Le « shuffle » pour le swing, l’overbeat pour le reggae, etc.

    Mais pourtant : ce n’est pas « la recette » qui fait que le morceau va « sonner ».
    Non, c’est quelque chose de plus fin qui n’est pas écrit sur la partition.

    Et cette chose, c’est le feeling.
    Dans l’article « Trouvez votre feeling – Première partie », nous avons démystifié ce que beaucoup croient magique.

    Car le feeling, ça peut se mesurer.
    Et on va s’en servir !

    Cette fois-ci, nous allons voir, exemples à l’appui, quels sont les paramètres qui font que pour un même style, « ça va le faire »… ou pas !

    Nous allons détailler, style par style, quelques variations de tempo, de placement, de gamme, qui font que cela « sonne » ou pas.
    Car la sincérité aussi, ça se travaille ! 😉

    0 . Le feeling s’adapte au style

    Le feeling, ce n’est pas quelque chose d’universel : certains artistes ont un feeling incroyable dans leur style de prédilection, et…
    plus rien dès qu’ils sortent de leur zone de confort !
    Et vous, où vous situez-vous là-dedans ?

    Bon allez, je me lance dans une mission impossible : tenter de définir, style par style et en quelques mots les principaux paramètres qui feront qu’on aura le feeling, et que votre musique va « sonner » ou pas.
    Oui je sais, c’est de la haute voltige et je vais encore faire hurler quelques puristes. Tant pis !
    Pire que cela, je vais à chaque fois tenter de donner un exemple, et… un contre-exemple : celui qui a essayé mais qui s’est loupé ! On y va ?


    1. Le groove

    Exemple type : 🎵 Le Reggae

     (relâché, lourd, enraciné)

    Le groove, c’est cette espèce de balancement involontaire qui vous attrape, qui fait que la musique vous prend.
    Mais comment le décrire avec des mots ?
    Eh bien voilà ce qui se passe :

    • Jouer « au fond du temps » (c’est à dire un peu après la pulse)
    • Sentir le poids du silence qui « ouvre » chaque mesure.
    • Laisser la basse porter la structure

      👉 Le reggae ne presse jamais. Il marche pieds nus.
    Un exemple :
    Pierpoljac – « Je sais pas jouer »
    Somptueux !
    Un contre-exemple :
    Julien Clerc – « Hélène »
    Ouille ! Où sont les appuis ? Patatras !

    2. Le swing

    Exemple type : 🎷 Le Jazz

     (élasticité du temps)

    Le swing, ça vous attrape en toute légèreté, ça vous fait claquer des doigts sur les temps pairs, bref ça vous donne des petites ailes !

    • Le temps est un rien inégal mais reste toujours fluide
    • Tension / détente permanente
    • Dialogue rythmique

      👉 Le swing, c’est le temps qui sourit en coin.
    Un exemple :
    Michel Jonasz – La boite de jazz
    ça balance !
    Un contre-exemple :
    Noël Jazz
    on balance !

    3. La blue note

    Exemple type : 🎸 Le Blues

    La blue note, c’est ce truc un peu tendu qui vous attrape les tripes.

    Le “cry” / la plainte habitée

    • Des micro-retards dans le temps.
    • Des notes « pliées » bien sûr, juste un peu fausses
    • Une espèce de « souffrance contenue » (feu mon papa n’a jamais compris pourquoi les bluesmen grimaçaient en jouant).
    • La simplicité : pas de fioritures !


    👉 Chaque note doit avoir vécu quelque chose.

    Un exemple :
    Johnny Hallyday – Toute la musique que j’aime
    Tout y est !
    Un contre-exemple :
    Geoorges Moustaki – Lazy Blues »
    Catastrophe !

    4. La pulse

    Exemple type : 🎶 Funk

    La pulse, c’est ce qui te fait bouger, ce qui te stoppe en plein vol au milieu d’une syncope pour mieux exploser en « Ba-Ba-Ba—Ba-Baaa ! »

    Le “pocket” (précision charnelle)

    • Placement rythmique « chirurgical »
    • Syncopes
    • Groove collectif
    • Peu de notes, mais pile au bon endroit


    👉 Le funk, c’est la danse au millimètre.

    Un exemple : François…
    …Feldman – « Joue pas »
    ça joue !
    Un contre-exemple : François…
    …Valéry – « Mon pote le DJ »
    Pas rancunier, le DJ !

    5. La Rock’n Roll attitude

    Exemple type 🎼 Le Rock

    Le vrai rock porte en lui une révolte, bien loin de la version aseptisée qu’en ont fait les publicitaires et les popstars à la mode.

    L’énergie / l’attaque

    • Engagement physique
    • Pulsation droite ou tendue
    • Impact émotionnel
      👉 Le rock ne demande pas la permission.
    Un exemple :
    Axel Bauer – Eteins la lumière
    On transpire !
    Un contre-exemple :
    Julien Clerc « Lili voulait aller danser »
    Bon courage !

    6. Le Soul feeling

    Exemple type 🎹 La soul

    Le « soul feeling » c’est la sueur et les larmes !

    La chaleur / l’intention vocale

    • Respiration chantée, même à l’instrument
    • Phrasé organique
    • Émotion directe
      👉 La soul, c’est dire je t’aime sans parler.
    Un exemple :
    Ben l’oncle soul – Soulman
    tout est dit !

    7. Le flow

    Exemple type 🎤 Le hip-hop

    Le flow, c’est le « flot », on envoie des salves d’énergie électrique qui relancent sans jamais s’arrêter.

    • Placement rythmique du verbe
    • Relation intime au beat
    • Attitude et intention
      👉 Le flow, c’est marcher dans le rythme comme dans sa rue.
    Exemple :
    La regrettée Diams – « La boulette »
    Indémodable !
    Un contre-exemple :
    Le regrettable Bandolero – Paris Latino
    Un petit chef-d’oeuvre du genre !

    8. Le phrasé

    Exemple type 🎻 la musique classique

    Changement de décor : ici on est dans la pénétration, l’intériorité… avec le risque de « s’écouter jouer ».

    Le phrasé / la respiration

    • Sens de l’arc narratif
    • Nuances fines
    • Gestion du silence
      👉 Ici, le temps est architecturé.
    Un exemple :
    Véronique Sanson – « Bahia »
    Tout en finesse.
    Un contre-exemple :
    Claudio Capeo – « Si j’avais su »
    Et moi donc !

    9. La clave, ou « tension interne »

    🎶 Musiques latines (salsa, afro-cubain, bossa…)

    Ti—tou-tou – Titi—tou-toulou – Tlilii—tou-tou – Titi—tou-toulou. On ne peut pas s’empêcher de bouger les hanches !

    • Sens du cycle
    • Dialogue corps/rythme
    • Danse intégrée
      👉 Si tu ne peux pas danser, tu n’es pas dedans !
    Une exemple :
    Michel Fugain – « Je laisse »
    sur des magnifiques paroles de Claude Lemesle

    10. La trance

    Exemple type 🎧 L’électro / techno

    La trance, c’est cette transe qui te prend comme un stupéfiant sonore qui te tient jusqu’au bout de la nuit (et parfois même de la suivante !).

    • Régularité hypnotique
    • Évolution subtile
    • Gestion de l’énergie sur la durée
      👉 Le feeling est dans la répétition signifiante.
    Un exemple :
    Helmut Fritz – « Ca m’énerve »
    Jusqu’au bout de la nuit, je vous dis !

    11. L’ancrage

    Exemple type 🎻 Les musiques traditionnelles (folk, world)

    • Lien au sol, au pas
    • Répétition fonctionnelle
    • Transmission plus que démonstration
      👉 On joue pour accompagner la vie.
    Un exemple :
    Hugues Aufray – « Santiano »
    Qui d’autre ?
    Un contre-exemple :
    Angelo Branduardi – « La demoiselle »
    où l’on enfile les notes comme des perles

    12. La sincérité

    Exemple type 🎸 La chanson

    Nous voilà sur notre terrain de jeu favori.
    La chanson n’est pas une discipline olympique où l’on envoie les décibels !
    C’est plutôt une ouverture de son intimité, un partage. En confiance.

    • Fragilité assumée
    • Texte porté par le jeu
    • Présence humaine
      👉 Mieux vaut une note vraie que dix jolies.
    Un exemple :
    Alain Chamfort
    Un contre-exemple :
    Mireille Mathieu – « Bravo tu as gagné »
    le cas de le dire !

    EN RESUME : la CLE, c’est le TEMPS !

    👉 Chaque feeling correspond à un rapport différent au TEMPS

    Et si je devais faire un petit tableau succinct, ça donnerait quelque chose comme ça :

    FeelingRapport au temps
    GrooveDerrière le temps
    SwingTemps élastique
    FunkSur le temps
    MerengueEn avant
    ZoukAutour du temps
    BluesEntre les temps
    TranseTemps circulaire

    A VOUS DE JOUER :

    Je vous propose, puor bien ressentir cette histoire de temps, de faie un petit jeu.
    Prenez votre métronome. Il y en a en appli gratuite sur votre smartphone.
    Et faites-le démarrer sur un tempo de 100.

    👉 Avec la voix, ou avec votre instrument,

    • Jouez un accord ou une note, ou chantez-la.
    • Puis ne jouez plus rien pendant 1 ou 2 temps
    • Revenez exactement au bon endroit. Pas si facile !

    🎯 Votre objectif : sentir que le silence est rythmique, et maîtriser ce silence.
    Petit à petit, vous verrez que votre placement va s’affiner, devenir conscient et maîtrisé.


    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    On ne va pas vous dire que le feeling est quelque chose qui s’apprend.
    On l’a en soi et c’est très bien ainsi.
    En revanche, il se peaufine.
    Pour cela, il faut aligner sa technique avec son intention artistique.
    Nombre d’artistes ont ainsi « mûri » tout au long de leur carrière pour aller vers plus de dépouillement, moins d’artifice, et toucher finalement à l’essentiel.
    Sans jamais perdre leur sincérité, qui est la clé de tout.
    Et c’est exactement ce que vous allez faire ! On est là pour ça ! 😊

    Vive le « feel good », et

    Vive la Chanson !

  • L’interaction sociale : un poison pour l’inspiration !

    L’interaction sociale : un poison pour l’inspiration !

    On démarre avec quelques questions :

    Pourquoi les écrivains et les auteurs écrivent-ils le matin ?
    Pourquoi au contraire Erik Satie composait-il la nuit ?
    Pourquoi Beethoven travaillait-il dans des lieux retirés ?
    Pourquoi les artistes en résidence demandent-ils des espaces sans visites ni interruptions ?
    Pourquoi des écrivains comme Haruki Murakami ou Annie Ernaux ont-ils besoin de routines solitaires pour écrire ?
    Pourquoi est-il si difficile de créer à plusieurs ?

    Toutes ces questions ont une même réponse : à cause de l’interaction sociale
    C’est un fait : l’interaction sociale tue l’inspiration.
    C’est comme ça : pour créer, il faut être dans sa bulle. Mais pourquoi ?
    Et surtout : comment faire pour s’en affranchir sans passer pour un sociopathe ?

    Pourquoi l’interaction tue l’inspiration
    (en gros…)

    Cette scène, nous n’avons tous vécue : on est tranquillement en train de créer, touché par la grâce, et là, il y a Marc qui passe par là : « Tu peux me dire où sont les clés du Kangoo, elles ne sont pas dans le tiroir. »

    Et là, c’est fini. Quoi qu’il se passe ensuite, c’est mort pour notre chanson. Plié, rincé, foutu : la panne sèche (ce qui résout la question du Kangoo, NDLR).

    On ne sait même plus si on avait une idée tellement on est passé à autre chose.

    Et le pire, c’est qu’il est impossible de se reconcentrer, on pense à des tas de trucs : « c’est qui qui les a rangées pas à leur place, ah puis y’aura la vidange à faire faire, je sais plus c’est tous les combien maintenant »… bref :c’est mort je vous dis !

    Trois explications simples peuvent éclairer cette sensation :

    La dilution de l’attention

    L’inspiration naît souvent d’un état de concentration profonde, voire de solitude. Les interactions sociales, même superficielles, « fragmentent » l’attention et dispersent l’énergie mentale.
    Le cerveau passe alors d’un mode « créatif » (associatif, intuitif) à un mode « social » (analytique, réactif).

    La pression des attentes

    En société, on est souvent confronté à des attentes explicites (les clés de la Kangoo) mais aussi implicites : plaire, être intéressant, répondre aux normes.
    Cette pression va prendre un malin plaisir à étouffer la spontanéité nécessaire à la création.
    L’inspiration a besoin de liberté, l’interaction impose un cadre.

    Le « bruit mental »

    Les conversations, même enrichissantes, laissent des traces : opinions, jugements, souvenirs.

    Ce « bruit » va parasiter l’espace mental nécessaire à l’émergence d’idées nouvelles.

    On approfondit un peu ?


    Pourquoi l’interaction tue l’inspiration
    (…en détail)

    Voyons quels sont les mécanismes psychologiques profonds mis en œuvre.

    Le basculement du mode pensée divergente / pensée convergente

    J’en ai parlé dans d’autres articles (notamment « La stratégie du cerf-volant ») : l’inspiration émerge souvent d’un état de pensée divergente (libre, associative, introspective).

    Or une interaction sociale, même minime, active le mode mental « social », et la pensée convergente : écoute active, adaptation, filtrage de soi.

    Ce basculement peut être brutal et difficile à inverser.
    Car lorsqu’il perd le fil après une conversation, notre cerveau doit littéralement « redémarrer » le processus créatif.

    La charge cognitive invisible

    La moindre interaction, même un simple café avec un proche, implique :
    – L’attention partagée (écouter, répondre, observer).
    – La gestion de nos émotions (même positives).
    – Solliciter la mémoire de travail pour suivre la conversation.

    Pour certaines personnes, ce coût cognitif crée une sorte de « latence » : le cerveau a besoin de temps pour revenir à un état propice à l’inspiration.

    Et bien sûr, nous, auteurs, compositeurs, créateurs, dont le cerveau est souvent sensible aux stimuli externes ou aux changements d’état mental, faisons partie de ces gens-là !

    La rupture de la « bulle »

    Chez de nombreux auteurs ou compositeurs, l’inspiration dépend d’un état d’immersion totale. Ce qu’on appelle « la bulle ».

    La moindre interaction sociale rompt cet état.

    Certains cerveaux (devinez lesquels ?) mettent des heures à retrouver cette concentration profonde, comme un ordinateur qui redémarre après une mise à jour.

    Des émotions résiduelles

    Une interaction, même courte, même agréable, laisse des traces :
    – D’une part des pensées intrusives (« Qu’a-t-il voulu dire par ça ? », « Dois-je rappeler untel ? »).
    – D’autre part une dépense d’énergie émotionnelle (même pour des échanges légers).

    Ces résidus occupent l’espace mental et vont durablement bloquer l’accès aux idées fluides.

    Le phénomène de « contamination mentale »

    Immanquablement, notre cerveau associe les interactions sociales soit à des obligations, soit à des distractions.
    Résultat : après une conversation, l’esprit reste dans ce maudit mode « alerte sociale » au lieu de retourner vers l’introspection créative. Grrrr !

    Notre sensibilité aux stimuli externes

    Bon, évidemment, tout cela dépend de la personnalité de chacun.

    Et certaines personnes, souvent les haut potentiels, les introvertis ou les hypersensibles, ont un système nerveux très réactif.

    Ha ben flûte ! C’est ballot : nous cumulons souvent les trois facteurs !).

    Une stimulation sociale, même mineure, peut donc nous « surcharger »…
    …et épuiser les ressources nécessaires à notre création !

    Et il y a pire encore !

    Noooon ?!?
    Si !Parce que même lorsqu’on est seul,on n’est pas à l’abri de l’interaction sociale !
    C’est l’interférence du quotidien ! Comme dit Véronique Sanson, « besoin de personne » pour avoir une interaction sociale :

    L’arrivée d’un SMS, une simple facture qui traine sur une table… même en solo, l’interaction nous guette !
    Quand ce n’est pas notre maison elle-même qui, telle un manoir hanté, devient « interaction » : de la vaisselle non rangée, une lampe restée allumée, un volet qui claque au vent… tout est bon pour nous distraire !

    Il vous faut donc éviter l’environnement familier qui ne manquera pas de vous détourner de votre oeuvre.

    Comment gérer ?

    L’interaction, même si elle est omniprésente, n’est pas une fatalité.
    Mais il convient de connaître l’ennemi pour le combattre.

    Mieux vaut prévenir….

    Notre monde hyperconnecté nous impose de plus en plus d’interactions.
    Alors, sur le temps de la création, il faut s’en protéger : mettre le téléphone en mode avion, l’ordinateur hors connexion.

    Un peu d’organisation : il convient de protéger ses plages d’inspiration en planifiant ses moments créatifs avant les interactions sociales.

    Mais aussi : on peut se couper de son cadre ordinaire, où chaque objet est un appel à l’action ou une tentation.

    S’imposer un lieu neutre comme une pièce dédiée, ou à défaut… le bistrot du coin !
    Le bistrot ? Oui ! Paradoxalement, le brouhaha ambiant va vous recréer la « bulle » dont nous parlions plus haut.

    Enfin, on peut saisir au vol les moments d’ennui ou de solitude forcée (transports, attentes), car ils sont propices aux idées créatives.

    …que guérir !

    Que faire si on a été irradié ? Si une interaction nous a fauché en plein envol ?

    Eh bien, il est temps d’expérimenter des rituels de transition : Après une interaction, accordez-vous 10-15 minutes de silence, de marche ou d’écriture libre pour « réinitialiser » votre esprit.

    Ne lâchez pas l’affaire, et trouvez la routine qui va remettre votre esprit créatif en route.

    Par ailleurs, profitez-en pour faire un point :
    Est-ce que la « rupture créative » se produit lors de toutes les interactions, ou seulement certaines ?
    Avec certaines personnes particulièrement ?
    Dans certains lieux et pas d’autres ?
    Certains moments vous semblent-ils préservés ?
    Ce petit bilan vous aidera àanticiper votre organisation pour mieux vous protéger.

    Un phénomène universel

    Ce que je développe dans cet article n’est pas réservé aux seuls artistes.
    La question de l’interaction sociale est un sujet connu dans de nombreux autres domaines.

    Ainsi, le monde de l’entreprise a souvent opté pour le télétravail, constatant une augmentation de la productivité en l’absence d’interaction.

    Plus étonnant : les travaux sur la dynamique des groupes et la créativité montrent que les brainstormings menés en groupe produisent souvent des idées moins originales que celles générées individuellement.

    Enfin, on a constaté que les projets créatifs collaboratifs (films, albums) nécessitent toujours des phases de travail solitaire malgré la présence d’une équipe.

    Nous, auteurs et compositeurs ne sommes donc pas l’exception mais la règle : nous réagissons de façon normale aux interactions.

    L’interaction sociale : source d’inspiration

    Savez-vous que l’interaction sociale peut aussi stimuler l’inspiration ?
    Alors là vous vous dites : Non mais faudrait savoir !
    Eh bien tout dépend du contexte :

    Des échanges avec des personnes inspirantes, des débats, ou des rencontres culturelles peuvent nourrir la créativité. On s’en doutait.

    Mais à l’inverse, la fréquentation de certains abrutis peut vous emmener sur des terrains insoupçonnés ! Eh oui ! 😁

    C’est ainsi que nos interlocuteurs, dans leur générosité parfois involontaire, vont nous offrir un thème, une expression, un angle, une attitude à exploiter…
    …quand ils ne deviennent pas tout bonnement le sujet de notre nouvelle chanson !

    Certes, l’interaction sociale peut être un poison.
    Mais comme tout poison qui se respecte, consommé avec stratégie, elle devient son propre antidote !

    A vous de jouer !

    Aujourd’hui, on ne va rien créer !

    Non : je vous propose simplement de réfléchir à la façon de préserver votre créativité.

    Prenez 5 minutes.

    Trouvez une routine créative que vous pourriez mettre en place pour ne pas subir d’interaction quand vous créez. Horaire, lieu, cadre, installation matérielle…

    Peut-être existe-t-elle déjà ? Formalisez-la.
    Et puis soyez sympa : partagez-nous en commentaire votre façon de protéger votre créativité !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    La création exige un espace mental protégé, où l’esprit peut :

    Associer librement sans filtrage social.
    – Prendre des risques sans peur du jugement.
    – S’immerger profondément sans fragmentation de l’attention.

    L’interaction sociale, même positive, introduit des contraintes invisibles qui perturbent cet équilibre.

    Il convient d’en être conscient, et surtout de s’organiser pour n’en prendre que le meilleur.

    Vive l’interaction sociale… mais pas toujours ! Et

    Vive la Chanson !

  • TROUVEZ VOTRE FEELING (1/2)

    TROUVEZ VOTRE FEELING (1/2)

    PREMIERE PARTIE : Le feeling, c’est quoi

    Introduction

    Le feeling, le groove… Certains musiciens l’ont, d’autres non. Et cela n’a rien à voir avec leurs qualités techniques.
    Alors, à quoi tient ce petit miracle qui fait que certains auront le swing, d’autres le flow, et d’autres enfin nous enverront de l’émotion… ou rien de tout cela ?
    Et nous, artistes, comment allons-nous nous situer là-dedans ?

    Et d’ailleurs : le feeling, c’est quoi exactement ?

    Le feeling, c’est quoi ?

    Eh bien c’est un truc qui porte bien son nom !
    Le feeling, littéralement, c’est quelque chose que l’on ressent.
    Là où ça devient intéressant, c’est que ce que l’on ressent, on le transmet aussi !
    L’auditeur ressent le feeling envoyé par l’artiste. Comment ça marche ?

    C’est un fait : une même partition, jouée à la note près par différents musiciens, « sonnera » différemment d’un artiste à l’autre. Pour preuve, les multiples interprétations des mêmes oeuvres en musique classique.

    Un peu comme un texte déclamé par un comédien : le texte reste le même, mais chacun l’interprétera à sa façon, en transmettant une émotion différente… avec plus ou moins de bonheur selon le registre.

    la célèbre scène de l’audition dans « Le schpountz » à 3:20
    …ou la tirade du nez de « Cyrano » à 2:00 !

    Oui mais voilà : autant dans un texte une grande liberté de ton est laissée au comédien,
    autant dans une partition, tout est très codifié : Hauteur des notes, durée, rythme, tempo (vitesse), type d’instrument (son), et même les indications d’expression : piano-forte, attenuando, liaisons, « amplification ? », etc…
    Tout le monde serait donc être censé jouer la même chose, non ?

    Alors, le feeling, c’est de la magie ? Pas vraiment.
    Car même si la marge de manœuvre est étroite, sur une partition, tout n’est pas écrit… et même ce qui est écrit peut être interprété !

    Le feeling, c’est de la magie ?

    Lorsque quelque chose de merveilleux et inexplicable se produit, on parle de « magie ».
    « Magic Senna » en Formule 1, « Magic Johnson » en basket et…
    …« Magic system » en musique ? Pourquoi pas ?

    Bien sûr, la magie n’a rien à voir là dedans. Tout est histoire de « centre de gravité ».
    C’est un point essentiel en chanson : ce qui fait qu’une musique respire, même avec trois accords et peu de notes.
    Chaque style a une espèce de centre de gravité émotionnel et rythmique, autour duquel l’ artiste peut articuler son feeling propre.
    Hum je vais expliciter car ça devient nébuleux…

    …nébuleux ? Justement !

    Dans « l’univers » de l’artiste, la chanson, c’est la planète.
    Le feeeling, ce sont des satellites qui l’entourent, qui dévient légèrement leur course sans jamais quitter l’orbite (la partition), et qui donnent en jouant avec le point d’équilibre une lumière particulière à l’œuvre

    Et pour prouver que ce n’est pas de la magie, voici quelques-uns de ces changements de trajectoire.

    Les points caractéristiques du feeling

    On attaque le concret :
    Voici ce qui va donner à chacun son propre feeling.
    Consciemment ou pas, chaque artiste (chanteur ou instrumentiste) a sa signature :
    Et voici sur quoi cela se joue :

    L’attaque des notes

    Certains artistes ont une façon très « lisse » de jouer ou de chanter. Cela donne un style très pur, très beau, un peu comme un lac paisible.

    D’autres ont des attaques tranchées, des contrastes dans la puissance sonore, comme une mer démontée. Y compris dans un même style !

    La précision métronomique

    Certains artistes chantent ou jouent les notes pile sur le temps.
    D’autres « flottent » un peu, ce qui donne une espèce d’incertitude, de tension émotionnelle.
    Franck Sinatra était évidemment le maître du genre !

    Le placement du rythme

    On rejoint un peu le point précédent.
    De nombreux chanteurs, et d’encore plus nombreuses chanteuses « trainent » avant d’attaquer les notes. Cela crée un effet d’attente qui peut être magnifique… ou catastrophique quand on a l’impression que l’artiste « s’écoute chanter ».

    A l’inverse, certains sont toujours un peu en avance sur la mesure, ce qui tonifie le morceau.
    Un bon exemple est « Ella elle l’a ».
    France Gall attaque la note un tout petit peu devant les musiciens. Ecoutez attentivement : c’est ténu mais ça change tout !

    Le grain

    Evidemment, le grain de la voix, tout comme le son d’un instrument, constitue une signature essentielle en matière de Feeling.
    Un bon exemple est « Quand on arrive en ville ».

    Daniel Balavoine chante les premiers couplets, avec sa voix pure. Et la chanson est déjà inquiétante…
    …et à 2:38, patatrack, la voix rauque et sauvage de Nanette Workman débarque, et la chanson prend presque un autre sens.

    La tenue de note

    Vibrato, durée, fin de note… les variations sont nombreuses !
    Mais en terme de feeling, c’est sur des tout petits détails que cela se joue parfois !

    Voici deux exemples que j’affectionne, parce qu’ils sont très fins :
    Tout d’abord Gérard Blanc, qui remonte sur les fins de notes en fin de phrase.

    Ecoutez à 2:57, 3:14, 3:33, 3:47, et plusieurs autres fois dans la chanson.

    Et le génialissime Alain Chamfort, qui quant à lui fait une petite « vague », en montant brièvement la note. C’est particulièrement flagrant dans le magnifique « Géant ».

    A l’arrivée, tout cela fait qu’une même chanson sonnera différemment en fonction de celle ou celui qui l’interprète. Et nous ne sommes pas tous égaux face à cela !

    Le talent de l’auditeur

    Mais ce n’est pas tout : en sport, que l’on comprenne ou pas ce que fait le pilote, le chrono est là pour nous dire si « Magic Senna » est bien aussi « magique » qu’on le dit.
    Qu’on aime ou non la Formule1, le plus rapide est devant !

    En chanson, c’est différent : pas de chrono.
    Il faut donc que le public ait du talent. LE talent qui correspond au feeling de l’artiste.
    Voilà pourquoi nous sommes pas tous touchés par les mêmes artistes.
    Nous devons être en phase avec « l’univers » de l’artiste que nous apprécions.

    Et si le public n’a aucun goût, me direz-vous ?
    Eh bien pas de problème : il aimera des artistes sans talent ! 😁
    Tout s’explique ! 😉

    A titre d’exemple, je vous propose trois approches, et même trois feelings différents sur une même chanson : « voooolaaare ». Personnellement, j’ai choisi mon camp !

    L’originale…
    …un « magic touch »…
    …et la médaille d’HORRE.. des JO !

    Et nous dans tout ça ?

    Eh bien on va relancer un débat vieux comme le monde : l’inné et l’acquis !
    Pas celui de la naissance, mais de la naissance en tant qu’artiste !
    Laissons de côté la génétique, parlons de la« naissance artistique ».

    Au départ de sa vie d’artiste, chacun de nous a des prédispositions : liées à son enfance, aux musiques entendues et/ou pratiquées à la maison, etc.
    Tout cela donne un « terrain » qui forge le goût et l’approche qu’il a de la chanson.
    Voici pour « l’inné artistique ».

    Ensuite, en fonction de ses rencontres, de ses ambitions artistiques, de l’intention qu’il veur donner, chaque artiste va travailler, affiner, peaufiner, (re)découvrir, et surtout… travailler !
    Ca, c’est « l’acquis artistique ».

    Et c’est pour cela que l’Académie de la Chanson existe !
    Vous trouverez dans nos articles de nombreuses pistes pour découvrir tous les codes !

    Connaître les codes

    Oui, parce que selon les genres de musique ou de chanson, il y a des « codes » qui, au delà du style, posent littéralement le feeling de l’artiste.
    Ce sujet nécessite un article complet, et ça tombe bien : c’est le prochain !
    Et promis, vous saurez tout sur les finesses qui font toute la différence !

    D’ici-là je vous invite à pratiquer « l’écoute active » non seulement sur les caractéristiques des autres chanteurs (comme ceux cités en exemple), mais aussi sur vos propres caractéristiques, car je suis sûr que vous ne les avez pas toutes explorées !
    Pour cela, enregistrez-vous en vidéo, écoutez-vous, regardez-vous, critiquez-vous, et surtout : aimez-vous !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion : l’intention artistique

    Le feeling, ça n’a rien de magique, mais cela nécessite cet ingrédient indispensable :
    L’INTENTION ARTISTIQUE.
    De nombreux artistes ne savent pas vraiment pourquoi ils écrivent, pourquoi ils composent, pourquoi ils chantent…
    et au final, ils ressemblent à des IA !
    Ne soyez pas comme eux : exploitez vos goûts, vos qualités, et aussi vos défauts, vos fêlures.
    Jouez-en, travaillez-les, trouvez votre groove.
    Le feeling, votre feeling n’attend que vous !

    Feel good, et

    Vive la Chanson !

  • S’inscrire à la SACEM ? SUPER SIMPLE !

    S’inscrire à la SACEM ? SUPER SIMPLE !

    Le guide pas à pas

    Ça fait un moment que tout le monde vous le dit : « Protège tes chansons, adhère à la SACEM ».
    Oui, mais comment faire ?

    Dans moins de 5mn, vous serez sociétaire de la SACEM. Pour toute la vie.
    Vous paierez une fois pour toutes les droits d’inscription (100€), et vous serez membre. A vie.

    On y va ?

    0. Les préalables

    Avant de commencer, il faut quand même vérifier que vous êtes éligible, mais à coup sûr vous l’êtes !
    Car la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique) est réservée aux auteurs, compositeurs, éditeurs ou artistes-interprètes ayant créé ou contribué à des œuvres musicales.

    Il vous faut donc au choix remplir une de ces 4 conditions (oui ! Une seule suffit) :

    Option 1 : Vous avez déjà joué en public

    Vous avez déjà joué en public, même une seule fois, même une seule chanson, même il y a 10 ans ? C’est bon !
    Plus simple encore : une de vos chansons a déjà été diffusée (N’importe où : radio, TV, spectacle, attente téléphonique…) ? C’est bon aussi !

    Option 2 : Vous avez 1000 vues

    Vous avez 1000 vues sur une chanson sur une plateforme (YouTube, ou Facebook, ou Soundcloud…) ? C’est bon !
    Attention : pas 1000 vues cumulées (genre vous avez 10 chansons avec 100 vues chacune, ça ne marche pas !), mais 1000 vues sur une chanson sur une plateforme.

    Option 3 : vous êtes sur une plateforme de streaming

    Vous avez une chanson sur une plateforme de streaming (Spotify, Deezer, Apple Music…) ? Ici, même pas de nombre de vue minimum, c’est bon !

    Option 4 : vous avez fait un disque

    Vous avez fait un CD (ou un vinyle ou un DvD) ? C’est bon aussi !

    Si vous avez répondu OUI, même une seule fois, ON EST BON !

    Pour l’option 1, il suffit de faire remplir une attestation (lien ici pour télécharger) par la société ou l’association qui a diffusé votre œuvre.
    Si c’est l’option 2 ou 3, vous préparez simplement une capture d’écran de la plateforme.
    Pour l’option 4, vous préparez une photo recto-verso de la pochette de votre CD.

    Si vous n’avez rien fait de tout cela, PAS DE SOUCI !

    Dans ce cas, je vous conseille de vous inscrire à une scène ouverte dans une petite salle de spectacle (il y en a dans toutes les villes). Ou plus simple encore de participer à une soirée associative « officielle », d’y chanter une chanson, et donc d’opter pour l’option 1.

    C’est bon ?

    Alors on y va : INSCRIPTION !

    Top chrono !


    1. Préparez les documents nécessaires

    Avant de commencer, rassemblez :

    • La preuve de votre activité musicale (ce qu’on vient de voir au point précédent).
    • Une pièce d’identité (CNI, passeport…).
    • Un justificatif de domicile (facture récente par exemple).
    • Un RIB (pour toucher vos droits, Yi-Haaaa !).
    • 100 €uros (pour payer votre inscription à vie)
    • Votre ordinateur et votre téléphone (pour les mots de passe)

    2. Rendez-vous sur le site officiel de la SACEM

    • Allez sur www.sacem.fr.
    • En haut à gauche, vous lisez « sacem », puis « Créateurs et éditeurs »
    • Cliquez sur « Créateurs et éditeurs ».

    Vous arrivez ici.

    Cliquez sur « Comment devenir membre » à gauche.


    Et ici sur « Adhérer en ligne ».

    3. Choisissez votre type d’adhésion

    La SACEM propose plusieurs catégories :

    • Auteur (si vous écrivez ou composez).
    • Compositeur.
    • Éditeur (si vous gérez des droits pour d’autres).
    • Artiste-interprète (si vous chantez ou jouez sur des enregistrements).
    • Producteur (si vous financez des enregistrements).

    Pour nous c’est la première catégorie : « Auteur / Compositeur – Autrice / Compositrice ».
    Cliquez sur « Continuer en ligne »

    On va alors vous proposer de prendre connaissance du guide pratique.
    Vous pouvez le faire, mais ce n’est pas nécessaire.
    D’ailleurs, voici le lien si vous le voulez : https://www.createursediteurs.sacem.fr/brochures-documents/auteur-compositeur-comment-adherer-en-ligne-la-sacem

    Cliquez sur « Continuer l’adhésion ».

    Et c’est là qu’on entre dans le vif du sujet.
    On y est presque !

    Cliquez sur « Continuer en ligne ».

    4. Créez votre compte en ligne

    À partir d’ici, vous n’avez plus vraiment besoin de moi :

    1. Vous remplissez le formulaire d’inscription avec vos informations personnelles (nom, adresse, email, téléphone).
    2. Vous téléchargez les documents demandés (pièce d’identité, justificatif de domicile, RIB, preuves d’activité musicale).
    3. Vous validez et vous payez les frais d’adhésion (100 € par CB)
    4. Et… euh… vous… ah ben plus rien : c’est fini !

    On stoppe le chronomètre :

    moins de 5 min !

    Je vous l’avais dit !


    5. Attendez la confirmation

    • La SACEM traitera votre dossier sous 2 jours environ.
    • Vous recevrez un email de confirmation une fois votre adhésion validée.
    • Vous aurez alors accès à votre espace personnel pour déclarer vos œuvres et suivre vos droits.
    • Et voilà ! Vous êtes sociétaire SACEM !

    6. Déclarez vos œuvres

    Une fois inscrit, vous pourrez :

    • Déclarer vos œuvres (titres, albums, collaborations).
    • Suivre vos droits (diffusion, streaming, concerts).
    • Recevoir vos revenus (trimestriellement ou annuellement, selon les droits perçus).

    Et en plus…

    Si vous débutez, la SACEM propose des webinaires et des guides pour comprendre le fonctionnement des droits d’auteur.
    Consultez la rubrique « Ressources » sur leur site.
    Franchement, elle est pas belle la vie ?


    7. Un peu d’histoire (amusante) !

    Allez, rions un peu : lorsque j’étais jeune artiste, s’inscrire à la SACEM, c’était la croix et la bannière !
    Voilà comment ça se passait à l’époque :

    1. Le Parrain

    Jusqu’aux années 1990, il était souvent nécessaire d’être parrainé par un membre existant de la SACEM pour faciliter son adhésion, surtout pour les jeunes artistes.
    Bon courage !

    2. Prouve que tu existes

    Il fallait prouver que nos œuvres étaient diffusées (disques, radios, concerts, etc…).
    A l’époque où il n’y avait pas d’internet pour la diffusion, où les concerts étaient souvent « pirate », et où « faire un disque » voulait dire « vrai disque » en vinyle (donc être signé par une maison de disques), je vous laisse imaginer la galère.

    3. La dictée musicale

    Ça, c’était la terreur des candidats : une bonne vieille dictée, où il fallait reconnaître des notes, des accords, et les écrire sur une partition !
    Au secours !

    Comme je pense à vous, je vous en ai préparé une juste en dessous ! 😉

    4. Papiers siouplait !

    On n’utilisait pas le stylo que pour écrire les chansons : les démarches étaient super lourdes et très « administratives », avec plein de paperasse, des formulaires compliqués et des délais à rallonge.

    Pas très artistique tout ça !

    5. Prière de laisser sa chemise à l’entrée

    Et pas seulement celle qui contient les documents : il fallait à l’époque débourser des sommes exorbitantes (plusieurs centaines de francs)…

    Autant dire que les artistes indépendants n’en étaient pas capables.

    6. Les fourches de l’inquisition

    Enfin, d’érudits et impitoyables examinateurs scrutaient les dossiers avec une certaine sélectivi… une sélectivité certaine !
    Notamment pour éviter les adhésions « fantaisistes ».

    On n’était pas là pour rigoler !


    8. A vous de jouer !

    Pour finir, je vous propose un petit jeu : une dictée musicale « à l’ancienne » à la sauce SACEM, tirée des archives 1980.

    Niveau :
    Premier cycle de conservatoire (environ 3-5 ans de solfège).

    Consigne :
    « Vous allez entendre une mélodie jouée 3 fois au piano. Notez-la en clé de sol, avec la mesure et les altérations. Puis, identifiez les accords joués en accompagnement (ex : Do Majeur, La mineur, etc.). »

    Première écoute avec la consigne :

    Deuxième écoute, mesure après mesure :
    (vous avez le droit de mettre en pause entre chaque mais pas de rejouer)

    Troisième et dernière écoute (enchaînée) :

    Alors, prêt.e.s ? Je vous fournis le support : 😈


    Alors, on sèche ? 🤭 Voici le corrigé :

    Et vous ? Vous y êtes arrivés ?
    Dites-nous ça en commentaire !


    9. Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe Facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos œuvres, échanger, et trouver des conseils.


    10. En conclusion

    En guise de conclusion cette fois-ci, une confidence : entre mes peurs fantasmées et les complications réelles (aujourd’hui disparues), je ne me suis inscrit que très tardivement à la SACEM, laissant le champ libre à d’éventuels pillards, et ne touchant jamais le moindre centime pour l’exploitation de mes œuvres (disques, comédies musicales, spectacles et passages TV…).

    Alors, ne faites pas comme moi : n’attendez pas, inscrivez-vous !

    Vive la SACEM qui défend nos droits, et

    Vive la Chanson !

  •   La chanson à récapitulation : Un fil pour capturer l’auditeur !

      La chanson à récapitulation : Un fil pour capturer l’auditeur !

    Une chanson à récapitulation, c’est quoi ?
    Eh bien, c’est l’art de l’accumulation !

    Car le principe est simple : chaque couplet reprend les éléments précédents et en ajoute un nouveau.
    Exemple type ? « Mon âne », qui a mal un peu partout, et à qui « Madame » a fait faire
    – un bonnet pour sa tête
    – Des lunettes pour ses yeux,
    – Un joli cache-nez
    et j’en passe !

    Vous allez me dire : « Mais c’est un truc de gamin, ça, juste bon à faire des comptines pour les petits ! ».
    Hum ! Pas si sûr !
    Vous allez voir que cette technique peut aussi inspirer des créations pour adultes, qu’elles soient humoristiques, poétiques ou narratives.

    1. Pourquoi ça marche

    Un jeu avec la mémoire

    « Le public adore découvrir ce qu’il connait déjà ». Et c’est exactement ce qui se passe ici : dès la première écoute, l’auditeur s’approprie la chanson… tout en découvrant la suite !
    Cerise sur le gâteau, cela crée une forte connivence avec l’artiste !

    Un effet hypnotique

    La répétition des éléments crée une espèce de rythme, comme les arbres qui défilent le long de la route, ou le pendule du magicien. L’auditeur est happé ! Il est entre vos mains !

    Des thèmes à l’infini

    La chanson à récapitulation, c’est finalement une liste.
    Mais qui a dit qu’il fallait se limiter aux listes d’objets, comme dans les chansons pour enfants (« dans mon sac à puces ») ?
    Non, on peut lister :
    – Des actions (« Pour faire une tarte »)
    – Des portraits (« Les gens de mon quartier »)
    – Des émotions (« Quand tu me souris »)
    – etc.

    Et la créativité, alors ?

    Bougez pas, ça arrive ! Accumuler, ce n’est pas juste empiler bêtement des éléments les uns sur les autres !
    On peut réserver à l’auditeur (soit en fin d’énumération, soit dans le refrain) une « surprise » qui éclaire toute la chanson.

    2. Des exemples

    Alouette, gentille alouette (traditionnel)

    La structure

    Là, on est sur du super basique : pas de rime, pas de surprise, on se contente d’énumérer les différentes parties du corps de cette pauvre alouette qui aurait mieux fait de ne pas survoler la résidence de Poutine.

    Couplet 1 :
    Alouette, gentille alouette
    Alouette, je te plumerai
    Je te plumerai : le bec (x2)
    – Et le bec (x2)
    Ah, ah, ah, ah
    Couplet 2 :
    Alouette, gentille alouette
    Alouette, je te plumerai
    Je te plumerai : la tête (x2)
    – Et la tête (x2)
    – Et le bec (x2)
    Ah, ah, ah, ah
    Couplet 3
    etc.

    Variante adulte

    Vu qu’on est au niveau zéro de la créativité, on peut faire un peu ce qu’on veut, genre « Mon voisin a perdu ses clés / Il cherche sous le paillasson / Sous le paillasson, dans sa poche / Dans sa poche, sous le pot de géranium ». Bref, on va passer à la suite, hein ?

    Mon âne (traditionnel)

    La structure :

    Ici, nous avons une construction bien plus élaborée, avec :
    – Un « vrai » couplet qui pose le cadre
    – Une accumulation qui s’y insère non pas à la fin, mais au cœur du couplet
    – Une rime avec l’objet accumulé, avec un effet de suspense, puisque l’objet n’est qu’au deuxième vers.
    – Une approche surréaliste qui apporte une touche de poésie.

    Couplet 1 :
    Mon âne, mon âne a bien mal à sa tête
    Madame lui a fait faire : un bonnet pour sa tête
    – Un bonnet pour sa tête
    Et des souliers lilas, la-la, et des souliers lilas
    Couplet 2 :
    Mon âne, mon âne a bien mal à ses yeux
    Madame lui a fait faire : une paire le lunettes bleues
    – Une paire de lunettes bleues
    – Un bonnet pour sa tête
    Et des souliers lilas, la-la, et des souliers lilas
    Etc.

    Variante adulte

    Nous pouvons apporter nous aussi une touche de poésie à ce type d’énumération ! Soit par les objets énumérés, soit par l’interprétation qu’on en donne.
    Pour reprendre le « chercheur de clés », les clés qu’il cherche peuvent être celles de son bonheur, par exemple.

    Dans mon sac à puces (Gérald DALTON)

    La structure

    Deux choses à remarquer ici :
    1) A l’inverse des deux chansons précédentes, l’énumération suit la chronologie de la chanson, ce qui est inhabituel.
    2) Il y a une chute, un twist final assez drôle, qui justifie tout le déroulé de la chanson, et explique au passage la chronologie de l’énumération !

    REFRAIN :
    Dans mon sac à puces,
    Dans mon sac à bosses,
    Mais qu’est-ce que j’ai ? (x2)
    – Un serpent qui siffle (sss sss sss)
    – Un crapaud qui chante (coa coa coa)
    – Une limace qui colle (pouah pouah pouah)
    – Un monstre qui grogne (grr grr grr)
    DERNIER REFRAIN :
    Dans mon sac à puces,
    Dans mon sac à bosses,
    J’n’ai rien retrouvé
    Le gros monstre a tout mangé
    Et puis il s’est envolé !

    Je vous invite à écouter l’orchestration calamiteuse de cette chanson : un vrai cas d’école, c’est le cas de le dire ! Les « musiciens » ont littéralement saboté la chanson !

    Variante adulte

    On raconte une histoire avec une rupture finale qui justifie toute l’énumération.
    Par exemple, Le « chercheur de clés » vu plus haut pourrait décider de laisser sa porte ouverte, comme dans « San Francisco ».

    3. Comment créer une chanson à récapitulation

    1. Choisissez un thème

    Un objet (« Ma valise »), un lieu (« Dans ce café »), une action (« Pour cuisiner ce plat »), ou une métaphore poétique (« Ce matin, j’ai croisé l’automne »).

    2. Pensez à la chute

    Un twist, une rupture, une histoire, un gag…

    3. Définissez votre stratégie narrative

    Allez-vous mettre vos « objets » : Au cœur du refrain, à la fin, dans un couplet ? Dans quel ordre allez-vous les énumérer ?

    4. Écrivez un vers de base

    Exemple : « Dans ce parc, il y a un banc ».

    5. Ajoutez un élément par couplet

     « Dans ce parc, il y a un banc / Un banc, un vieux chien endormi »« Un banc, un vieux chien, une enfant qui rit ».

    6. Jouez avec le ton

    Humour (« Ma liste de courses »), nostalgie (« Les souvenirs de grand-mère »), satire (« Les promesses des politiques »), etc.

    Une dernière remarque

    On a observé que l’accumulation peut se faire de deux façons :
    à rebours de la chanson. C’est le cas le plus fréquent : on commence par le dernier objet pour remonter vers le début de l’histoire.
    Cela permet à l’auditeur de fixer le texte (puisque l’objet le plus récent est répété rapidement, alors que le plus ancien est celui qui aura été répété le plus souvent.
    Chronologiquement : plus rare, moins facile pour l’auditeur… et souvent moins intéressant en terme de narration ! Il vaut mieux dans ce cas se tourner vers la « Chanson en randonnée » décrite dans cet article : « La chanson en randonnée »

    4. A vous de jouer !

    Allez, on se lance !

    Votre mission : écrire une chanson à récapitulation sur le thème : « J’ai perdu la mémoire, mais j’ai retrouvé des souvenirs ».

    Ce thème vous permet toutes sortes d’approches, tant dans le ton que dans le déroulé… à vous de choisir celle qui vous convient le mieux !

    Et mettez votre oeuvre en commentaire !

    5. Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    On l’a vu : la chanson à récapitulation n’est pas réservée aux enfants.
    Au contraire, c’est une forme qui va surprendre votre auditoire. Mais ce n’est pas tout !
    Vous allez attraper votre public avec le suspense que cette forme induit.
    Et surtout : Votre chanson sera facile à retenir et à reprendre en chœur.

    Vive la chanson,
    Vive la chanson, vive la récapitulation,

    Vive la chanson, vive la récapitulation, vive l’accumulation, et…

    Vive la chanson !

  • La chanson en randonnée : l’art de l’accumulation poétique

    La chanson en randonnée : l’art de l’accumulation poétique

    Dans l’univers de la chanson, certaines œuvres ont une structure aussi captivante qu’un sentier qui s’allonge et se enrichit à chaque pas. On les appelle les « chansons en randonnée« .
    Comme un livre ou une comptine où chaque couplet ajoute un nouvel élément à la liste précédente, ces chansons créent un effet d’attente et de surprise, tout en jouant avec la mémoire et le rythme.
    Un exemple emblématique ? « L’empereur, sa femme et le petit prince », cette chanson enfantine où chaque vers ajoute un jour au calendrier de la semaine (« Lundi matin, mardi matin, à chaque jour suffit sa déconvenue… »), jusqu’à ce que l’on décide en fin de semaine que nous ne reviendrons plus. Non mais !

    Pourquoi cette forme plaît-elle tant ? Parce qu’elle mêle répétition rassurante et nouveauté étonnante. Chaque nouveau vers apporte sa touche, comme une randonnée où chaque virage révèle un nouveau paysage.
    Les enfants adorent cet effet d’accumulation, qui stimule leur mémoire et leur imagination.
    Mais ne vous y trompez pas : cette structure n’est pas réservée aux comptines.
    Les adultes aussi peuvent s’en emparer pour créer des chansons drôles, poétiques ou même engagées.


    Des exemples pour s’inspirer

    Sans entrer dans le détail, voici quelques-unes des chansons qui ont bercé notre enfance.
    Elles ont toutes ce point commun : nous prendre par la main, et nous emmener en voyage

    • Un kilomètre à pied… ah ! Les souvenirs de colo !
    • Promenons-nous dans les bois… où le loup énumère ses vêtements.
    • Cadet Rousselle… un cas particulier mâtiné d’humour potache, puisqu’on sait que tout ce que possède Cadet Rousselle va par trois.
    • Un jour en colonie… qui nous raconte une histoire filée.
    • Colchiques dans les prés… avec sa structure poétique qui nous emmène vers l’intime et l’abstrait.
    • L’empereur, sa femme et le petit prince… qui passent leur semaine à venir me voir en vain ! A se demander si je ne le fais pas un peu exprès !

    Et en chanson française ?
    Ce ne sont pas les exemples qui manquent, comme cette étonnante et trop peu connue chanson de Alain Chamfort, sur des paroles de Serge Gainsbourg, avec les musiciens de Toto (non, pas celui des histoires, le groupe!) aux manettes.


    Une piste de création pour tous

    La chanson en randonnée, c’est une mine d’or pour les auteurs.
    Voici comment s’en inspirer :

    1. Choisissez un thème simple : un objet, un personnage, une situation du quotidien.
    2. Inventez une phrase de base qui servira de refrain ou de point de départ.
    3. Ajoutez un élément à chaque couplet, en gardant une logique (réaliste, absurde, poétique…) et une structure fixe (grammaticale ou syntaxique).
    4. Jouez avec le rythme : la répétition des vers précédents crée une cadence, et l’ajout d’un nouvel élément relance l’attention.

    Exemple pour adultes : « Ce matin, j’ai croisé l’amour / Il portait un vieux chapeau / Ce matin, j’ai croisé l’amour / Il portait un vieux chapeau / Et des chaussures pleines de trous »… et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’amour ressemble à un vagabond poétique ou à un roi déchu.


    À vous de jouer !

    Pour une randonnée, on a besoin d’un sac à dos, pas vrai ?

    Ecrivez une chanson en randonnée sur le thème « Dans mon sac à dos ».
    À chaque couplet, vous ajouterez un objet insolite ou symbolique (« un carnet de rêves, une clé rouillée, une photo de grand-mère… »).

    L’objectif ?
    Créer une accumulation qui raconte une histoire ou dessine un portrait, tout en gardant un rythme chantant.


    Avant de se quitter

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    En conclusion

    La chanson en randonnée, c’est l’art de faire voyager l’auditeur, pas à pas, vers une chute inattendue ou un final émouvant.
    Alors, enfilez vos chaussures, et en route… ou plutôt en bal(l)ade ! 🎵🚶‍♂️

    Vive la randonnée, et

    Vive la Chanson !

  • Les 5 accords INDISPENSABLES en Chanson

    Les 5 accords INDISPENSABLES en Chanson

    Avec :
    – Tous les doigtés
    – A la guitare
    – Au ukulélé
    – Au piano
    – Les transpositions
    …et 2 accords bonus ! et en plus c’est SIMPLE !

    Aujourd’hui, on va droit au but : quels sont les 5 accords indispensables pour composer des chansons ? Le 5 plus utilisés, mais aussi les plus faciles à jouer ?
    Eh bien je vous les donne, à la guitare, avec en plus leur version « piano », et le nom de leurs notes ! Et tiens pendant qu’on y est je vous le donne aussi au ukulélé !
    Et si cela ne correspond pas à votre tessiture ?
    je vous dis comment transposer, à la guitare, au ukulélé, et au clavier, en ne faisant qu’un seul tout petit geste.
    Tout ça en un seul article ?
    Eh oui ! Et en plus c’est super simple ! Et avec un cadeau en plus ! Elle est pas belle, la vie ?
    Allez je vous embarque !

    1. Premier accord : do majeur

    Lui, c’est la base de la gamme de do. Celle qu’on connait depuis la maternelle (pensée amicale et respectueuses à tous.tes les enseignant.es, mes collègues pour la vie, pour leur remarquable travail !).
    Donc : on ne va pas se compliquer la vie : on est en do majeur.
    Do, ré mi, fa sol, la, si, do. Les touches blanches du piano, les lames du carillon de chez Joué Club, les trous de la flûte à bec… ça vous parle ?
    Eh bien si vous jouez une mélodie sur cette gamme, l’accord de do majeur fonctionne à tous les coups.
    Et voilà ce que ça donne :

    A la guitare :

    Au ukulélé :

    Encore plus simple : un seul doigt !

    J’en profite pour vous dire que nous avons créé une chaîne « jouer du ukulélé » où je vous apprends à jouer (dès 5 ans !) de ce génial instrument !

    C’est ici : Jouer du Ukulélé

    Au piano :
    Super facile : on pose son pouce droit sur un do, et on joue une note sur deux : ça fait
    DO (pouce)
    Mi (majeur)
    SOL (auriculaire)
    L’index et l’annulaire sont en congé. Cool, non ?

    2. Deuxième accord : Sol majeur

    Le sol majeur, c’est « l’accord de dominante ». Ca veut dire que cet accord va nous ramener naturellement au Do majeur vu plus haut.
    Essayez : vous verrez, c’est impressionnant ! On joue du Do majeur, puis d’un coup on fait un Sol.
    Eh bien, on n’a qu’une idée : revenir au Do !
    Ca crée une sacrée dynamique ! Au point que plein de chansons se contentent de ces deux accords.
    Comme « Le gorille » de Brassens, par exemple.

    A la guitare, ça donne ça :

    Au ukulélé, ça :

    Vous observez que j’ai mis des couleurs sur les cordes : ce n’est pas un hasard.
    Pour tout savoir sur cette question, c’est ici : Ateliers de Musique Active

    Et au piano, ça :
    Tiens vous avez remarqué ? C’est la même recette que pour le Do : Le pouce joue la note de sol, et on joue une touche sur deux. Pratique, non ?
    SOL (pouce)
    Do (majeur)
    Mi (auriculaire)

    3. Troisième accord : Fa majeur

    Allez, on continue !
    Après la « dominante », voici la « sous dominante ».
    Le Fa lui aussi instaure une tension qui nous ramène vers le Do, mais de façon moins flagrante que ne le faisait le Sol.
    Ainsi, on va jouer les accords Do, Fa, Do… l’incontournable Sol, puis revenir en Do.
    Vous ne remarquez rien ? Mais si bien sûr !!!
    Tout le blues, tout le rock est construit sur ce simple schéma ! Ces trois accords tout simples !

    Voilà comment on joue le Fa :

    A la guitare :

    Au ukulélé :

    (j’adore cet accord tout simple qui sonne magnifiquement au ukulélé !)

    Au piano :
    Ah ben ça alors ! encore les mêmes positions !?!
    Eh oui, il va falloir vous y faire ! on se la joue simple : les touches blanches, une touche sur deux :
    FA (pouce)
    La (majeur)
    Do (auriculaire)

    4. Quatrième accord : La mineur

    On ne va pas s’arrêter en si bon chemin : voici le quatrième accord, celui qui vous ouvre les portes du mode mineur et de toute la pop musique : le La mineur !
    Au passage, c’est le meilleur pote du Do majeur : je vous dis pourquoi dans cet article : Majeur, Mineur : Amis pour la vie.
    Mais ce nest pas le sujet ici. Sachez simplement qu’on l’appelle « le relatif mineur » de Do.
    Je vous montre tout de suite comment on le joue :

    A la guitare :

    Merci à Tabs 4 acoustic pour le diagramme !

    Au ukulélé :

    Super simple, un seul doigt ! (le ukulélé c’est génial !)

    Au piano :
    Vous vous en doutiez, c’est la même recette des touches blanches 1 sur 2 :
    LA (pouce)
    Do (Majeur)
    Mi (auriculaire)

    Les plus connectés d’entre vous l’ont déjà remarqué : vous tenez les 4 accords magiques ! Ceux avec lesquels on fait tous les tubes de la pop ! Et que je vous détaille dans cet article : Plus loin avec les 4 accords magiques.

    Mais là encore, ce n’est pas le sujet ici…
    …et que en plus, nous on ne va pas se contenter de cela ! Parce qu’on va maintenant apporter une touche de sensibilité ! Alors on continue ?

    5. Cinquième accord : ré mineur

    Allez, avec le Ré mineur, on a un must des seventies : toutes les folksongs l’utilisent , et elles ont bien raison, parce que ça donne une belle touche de romantisme à vos chansons !

    A la guitare :

    Au ukulélé :

    Au piano :
    Devinez ? Oui, on connait maintenant la recette !
    RE (pouce)
    Fa (majeur)
    La (auriculaire)

    Ecoutez ça, c’est beau non ?
    Les paroles de mon ami le grand Claude Lemesle y sont pour quelque chose…

    Là, on tient l’essentiel. Mais si vous voulez aller encore plus loin, on continue…

    6. En cadeau : Mi mineur

    Avec le ré mineur, on a eu le romantisme.
    Avec le mi mineur, on a la dramatisation. Je ne vais pas développer. Essayez vous-mêmes !

    A la guitare :
    2 doigts, c’est facile !

    Au ukulélé :

    Et au piano, comme toujours :
    MI (pouce)
    Sol (majeur)
    Si (auriculaire)

    Avec tout ça, si vous ne pondez pas LA chanson de l’année, je vous propose de revendre votre instrument et d’engager un avocat pour m’attaquer en justice pour publicité mensongère !
    Si par contre vous en voulez ENCORE PLUS, je vous donne le sésame des tubes planétaires :
    le BONUS DE LA MORT !

    7. Le bonus de la mort : si bémol

    Ouah, le Si bémol !
    Avec lui, on entre dans une autre dimension : il change complètement la couleur de la chanson, le temps d’une relance. Il arrive souvent à la fin d’un cycle (couplet-refrain), avant un Sol, et il te fait redécoller tout ça en direction des étoiles ! J’adoooore !
    Les canadiens l’ont bien compris, car ils le dégainent régulièrement !

    L’effet magique se produit à 1:07 !

    Rançon de la gloire, il est un peu plus dur à jouer :

    A la guitare :

    Au ukulélé :

    Au piano :
    Une fois n’est pas coutume, il y aura une touche noire :
    SIb (pouce)
    Ré (majeur)
    Fa (auriculaire)

    8. A vous de jouer !

    Avec tout cela, vous avez de quoi créer une suite d’accords qui a de l’allure !

    Commencez par le Do et trouvez une suite, en ne grillant pas trop vite la cartouche du Mi mineur et en n’abusant pas du Si bémol.

    Prenez votre temps, explorez, restez modestement sur les fondamentaux.

    C’est comme ça qu’on fait de belles chansons.

    Et mettez-nous vos impressions en commentaire !

    9. Et si ce n’est pas ma tessiture ?

    Tout ce que je vous ai décrit ici concerne la tonalité de Do majeur ou de La mineur.
    Or, tout le monde n’est pas à l’aise dans ces tonalités, et c’est tant mieux ! Cela offre de la variété dans les chansons : alors comment faire pour transposer ?
    Eh bien rien de plus simple !

    Au ukulélé et à la guitare :

    On utilise un capodastre, qui permet de monter la tonalité générale de l’instrument par demi-ton.

    Au clavier :

    On utilise le bouton « transpose » qui fait la même chose en montant et/ou en descendant.

    Ainsi, on garde les mêmes doigtés ! Et voilà !

    10. Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Faire de belles chansons, ça n’est pas si compliqué. Quelques accords simples suffisent.
    Le problème, c’est qu’il ne suffit pas de s’en contenter et de se laisser porter passivement comme le font de trop nombreux compositeurs !

    Comme Le talent, ça s’apprend, je vous ai donné les bases…
    …mais la suite de l’histoire, c’est à vous de l’écrire !

    Alors, d’accord, d’accord(s), et

    Vive la Chanson !

  • ADAPTER UNE CHANSON ANGLAISE en FRANÇAIS

    ADAPTER UNE CHANSON ANGLAISE en FRANÇAIS

    Ah ! Vous l’aimez trop, cette chanson anglaise ! Et depuis que vous l’avez écoutée, vous vous dites que ce serait génial d’en faire une version française.
    Surtout que, comme dit l’adage, « Le public adore découvrir ce qu’il connait déjà », et que ce serait une bonne façon de faire découvrir vos paroles !
    Seulement voilà : comment s’y prendre ? Ca n’est déjà pas si facile de faire une création en français, alors une… une… une quoi d’ailleurs ?
    Traduction ? Adaptation ?
    Et puis, au niveau des droits comment ça se passe ?
    Eh bien come on, baby : je vous dis tout !

    1️⃣ Traduction ou Adaptation ?

    Alors, de quoi on parle ? Parce qu’il existe plusieurs façons d’adapter une chanson étrangère.
    Voici les 4 principales :

    1. La traduction

    La traduction, c’est quand le texte original est fidèlement réécrit en français, de façon littérale, en conservant le sens, les idées. On s’en sert surtout pour comprendre une chanson, mais pas pour l’adapter, sauf si le message est primordial.

    Blowing In The Wind…
    …et sa traduction (presque) littérale.

    Un exemple plutôt réussi est « Blowin’ in the Wind » de Bob Dylan, reprise en français par Richard Anthony. Mais bon, c’est une exception…
    Car globalement, si la démarche est honnête, il faut admettre que le résultat est rarement convaincant.


    2. La contrefaçon phonétique

    Là, c’est l’inverse : La contrefaçon phonétique (ou version phonétique), c’est quand on conserve la sonorité des paroles originales en les remplaçant par des mots français qui en imitent les sons.
    Le sens, quant à lui, n’est pas pris en compte.
    On s’en sert dans deux cas.

    1. Premier cas

    Traduire un tube où la mélodie et le rythme des paroles sont indissociables de son succès. C’est le cas pour « Video Killed The Radio Star » devenu « Dites-moi qui est ce grand corbeau noir ».

    Les radio stars arrivent à 0:51
    Le corbeau se pointe à 0:41

    Avec un Ringo un peu pathétique qui joue du piano sur une guitare ! Voilà ce qui arrive quand on s’affranchit du sens ! 😆

    2. Deuxième cas

    La parodie. Comme dans « Lune froide » où Patrick Bouchitey nous livre des versions très personnelles de…

    You Really Got Me…
    … Let It Be !

    3. La réécriture libre

    Souvent, vous verrez la formule « création originale sur une mélodie existante« .
    Ca, c’est le truc des fainéants ! Quand on écrit des paroles sans aucun lien avec le sens ou la sonorité de l’original.
    Dans ce cas, la mélodie sert simplement de support-prétexte à un nouveau texte, qui peut aborder un thème totalement différent.
    C’est une pratique fréquente dans les reprises « covers » où l’artiste souhaite s’approprier à bon compte une mélodie célèbre pour en faire une œuvre personnelle.
    Une démarche peu intéressante à mon avis.

    4. L’adaptation

    L’adaptation enfin consiste à conserver l’esprit, le thème ou l’émotion de la chanson originale, mais en réécrivant les paroles de manière plus libre pour qu’elles sonnent naturellement en français.

    On adapte les images, les références culturelles et parfois même la structure des phrases pour coller à la mélodie et au public cible.

    On adapte également le son, comme dans la méthode « phonétique ».

    C’est cette méthode qui est utilisée pour les reprises francophones de tubes internationaux.
    Et bien sûr, c’est celle que nous allons étudier aujourd’hui.


    2️⃣ Comprendre l’essence de la chanson

    La première chose à faire, c’est d’écouter !
    Mais écouter vraiment : L’esprit de la chanson, son style, l’émotion qui domine, les petits gimmicks qui vous accrochent l’oreille…
    Ca fait pas mal de choses, hein ? Bon, en compensation, dites-vous que vous n’avez pas à chercher un thème pour écrire : c’est livré avec l’original !

    L’original par Sir Mc Cartney…
    …et l’excellente adaptation de Ache !

    Mais ce n’est pas tout : il vous faut maintenant lire attentivement le texte anglais : les images, les mots symboliques, les moments-clés du récit. Il faut tout comprendre avant d’attaquer. D’ailleurs, gardez bien le texte, il va nous servir à l’étape suivante !

    Car votre version devra garder l’intention artistique du morceau, même avec des mots différents.


    3️⃣ Compter les syllabes

    Allez, maintenant on attaque la technique pure !

    En chanson, chaque « syllabe » occupe une note.

    Tel un tricheur au casino, on va compter en douce !

    Reprenez le texte original, on va…

    1) Compter les syllabes et les numéroter

    Exemple avec Yesterday des Beatles :
    « Yesterday »
    « All my troubles seemed so far away »

    Qui deviendra :
    « 1 2 3 »
    « 1 2 3 4 5 6 7 8 9 »

    2) Repérer et souligner les points d’appui de la mélodie :

    On reprend Yesterday des Beatles :

    « Yesterday »
    « All my troubles seemed so far away »

    va devienir :
    « 1 2 3 »
    « 1 2 3 4 5 6 7 8 9 »

    4️⃣ Repérer la structure

    A présent, occupons-nous du propos et de son articulation logique :

    De quoi parle le refrain ?
    Quel est le thème de chacun des couplets ?

    Mais ce n’est pas tout : dans la chanson, repérez l’intention :
    – une montée d’émotion
    – un message clé
    – un slogan mémorisable
    – une chute marquante

    Ces éléments devront se retrouver au même endroit musicalement dans votre version française.
    Votre adaptation doit suivre le même fil narratif.

    Enfin, vous allez d’ores et déjà mettre au propre le plan de la chanson.


    5️⃣ Placer les balises

    Si vous êtes un adepte de l’Académie, vous connaissez les « paniers de mots » (sinon, allez voir les articles qui détaillent cette technique).
    Ici, on va travailler dans le même esprit, et avec une approche phonétique :
    Sur les temps forts repérés plus haut (les points d’appui que nous avions soulignés), on va chercher des mots qui « sonnent » comme l’original, tout en préservant le sens.
    On peut d’ores et déjà les placer comme des balises sur le texte.

    Un exemple magnifique est, dans « Hier encore« .
    Hier, encore ???
    Oui, c’est le gimmick de l’article, vous avez remarqué ? 😁
    Cette fois on parle « Hier encore », magnifique chanson de Charles Aznavour, et de sa version anglaise.
    Il traduit « Hier encore » par « Yesterday » Simple et lumineux !
    Même appui, même première syllabe, même sens. Tout y est !
    Même si cette fois, la version française a précédé la version anglaise.

    En anglais…
    …en français.

    Le placement de ces balises sonores est une étape importante, car comme vous le savez, en chanson, le son des mots est primordial.


    6️⃣ Garder quelques mots anglais ?

    En voilà une bonne idée : on peut préserver certains mots emblématiques.
    Des exemples ?
    Let it be
    Reggae night
    Twist and shout

    Ces mots véhiculent un son, une culture, une identité.
    Bien placés, ils garantissent la fidélité à l’œuvre tout en donnant de l’air à l’écriture. C’est une forme de respect, tant pour l’œuvre que pour vos auditeurs, qui apprécieront de pouvoir retrouver leurs repères.


    7️⃣ Rédiger en respectant les accents toniques

    Vous voici enfin dans votre rôle d’auteur !
    Écrivez plusieurs essais, testez en chantant. À haute voix. Toujours.
    L’accent tonique doit tomber sur les temps forts de la mélodie.
    Le texte doit « rouler » tout seul : si vous butez, c’est que ça ne marche pas encore.

    Hein ? Si c’est douloureux ? Absolument ! 😄


    8️⃣ Ne pas oublier le droit !

    Ne vous retrouvez pas dans la situation d’un de mes amis qui a dû renoncer à mettre sur son disque un titre pourtant magnifiquement enregistré !
    Avant toute exploitation (studio, scène, YouTube…), vérifiez vos droits ! Car…

    📌 Une adaptation nécessite l’autorisation des ayants droit.
    Même si votre texte est meilleur que l’original — si, si, ça peut arriver — il n’est pas à vous seul.
    Quant à la musique, vous ne pouvez pas l’exploiter sans autorisation.

    Vous devez donc contacter la SACEM (ou équivalent selon les pays) pour préciser quel est votre projet.

    Naturellement, si votre œuvre n’est destinée qu’à un cercle restreint, vous pouvez faire l’impasse sur cette étape.


    9️⃣ 🎧 À vous de jouer !

    Une fois n’est pas coutume, on va jouer (presque) juste pour le plaisir !
    Voici votre mission :

    ➡️ Prenez une formule anglaise, et inventez sa transcription française.
    Celle-ci doit « sonner » comme l’original, mais avec des mots et un sens français.

    Quelques exemples ?
    « Are you ready ? » qui devient « Ail ou radis ? »
    ou « Give me some money » qui devient « Guy vomit sous mon nez »
    ou encore « Of course » qui devient « œuf corse ».

    N’oubliez pas de publier votre trouvaille en commentaire.
    Evidemment, si c’est un titre de chanson, c’est encore mieux !


    🔟 Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.


    En conclusion

    Ecrire des paroles françaises sur une chanson anglaise, c’est à la portée de n’importe qui.
    Faire une adaptation, c’est une autre histoire !
    Cela demande de la technique, du travail, et cela relève davantage de l’artisanat que de l’art. Les contraintes sont nombreuses, et le travail difficile.
    Mais quelle belle récompense quand vous avez une chanson qui se démarque un peu du reste de votre répertoire. Et votre public vous sera toujours reconnaissant de « lui avoir fait découvrir ce qu’il connaissait déjà » ! 😉

    Let the good times roll, et

    Vive la Chanson !

  • Ecrire des paroles qui pulsent

    Ecrire des paroles qui pulsent

    Vous avez remarqué ?

    Il y a des chansons qui vous embarquent dès les premiers mots, quand d’autres semblent creuses et mal fagotées.

    Et pourtant ! Quand on en isole le texte, on ne constate souvent aucune différence de qualité entre les unes et les autres.

    Mais alors, d’où vient la différence, et comment ne pas tomber dans l’écueil des paroles creuses ?
    Je vous dis tout dans cet article ! Parole !

    ✍️ Écrire des paroles qui impulsent du rythme

    Une bonne chanson, c’est une chanson qui fonctionne musicalement, mais surtout rythmiquement. Les mots avancent, la mélodie respire, et le public se laisse entraîner sans s’en rendre compte. Comment arriver à ce petit miracle ? En faisant se rencontrer deux mondes qui doivent se comprendre : le rythme du texte et le rythme de la musique.

    Côté mélodie

    Dans toute mélodie, certaines notes sont plus importantes que d’autres.

    On les appelle les appuis.
    Ce sont elles qui portent le sens de la ligne mélodique, mais aussi l’émotion, et souvent… l’envie de taper dans les mains.

    Côté paroles

    La langue française, elle aussi, possède un rythme naturel. Certaines syllabes se détachent spontanément lorsque nous parlons : ce sont les accents toniques. Ils sont plus discrets qu’en anglais ou dans les langues latines, mais ils existent bel et bien !

    Le secret d’une bonne chanson

    En chanson, le secret est donc simple à énoncer (et un peu moins simple à maîtriser) :

    Les accents toniques doivent tomber
    sur les temps forts de la mélodie.

    Si les deux ne se coordonnent pas, le texte semble « tomber à côté » et l’auditeur ressent une petite gêne… même s’il ne saura pas dire pourquoi.


    Où tombe l’accent tonique en français ?

    La règle tient en quelques lignes, mais change tout dans l’écriture d’un refrain :

    • Pour les mots qui se terminent par un “e” muet, comme « tonne, barque, fille », qu’on appelle rimes féminines en fin de vers : → l’accent tombe sur l’avant-dernière syllabe
      tonneton-ne
    • Pour les autres mots, ceux qui finissent par une voyelle prononcée ou une consonne sonore, qui sont dits « rimes masculines » :
      → l’accent tonique est sur la dernière syllabe
      tonneau → ton-neau

    Et c’est toujours comme ça que ça se passe. Sans exception.

    À partir de là, tout devient plus clair.
    Une syllabe importante doit être placée sur une note importante.
    Sinon, l’oreille proteste ! Et en chanson, l’oreille a toujours raison !


    Un exemple qui marche : Alexandrie, Alexandra

    Prenons cette pépite que vous avez forcément déjà chantée (oui je sais : vous dites que ne vous en souvenez pas, mais on a des preuves) :

    « Voile sur les filles, barques sur le Nil
    Je suis dans ta vie, je suis dans tes bras
    Alexandra, Alexandrie
    Alexandrie ou l’amour danse avec la nuit
    J’ai plus d’appétit qu’un barracuda.»
    etc.

    Amusons-nous maintenant à souligner toutes les syllabes qui marquent des appuis dans la musique.

    « Voile sur les filles, barques sur le Nil
    Je suis dans ta vie, je suis dans tes bras
    Alexandra, Alexandrie
    Alexandrie ou l’amour danse avec la nuit
    J’ai plus d’appétit qu’un barracuda»
    etc.

    Lisons maintenant le texte comme on le ferait pour un texte en prose.
    Que constatons-nous ? L’accent tonique que nous y mettons naturellement en parlant correspond exactement aux syllabes qui sont soulignées. Ce n’est bien sûr pas un hasard.
    Eh oui : les appuis naturels du français et les appuis musicaux sont parfaitement alignés.
    Claude François et Étienne Roda-Gil savaient très bien ce qu’ils faisaient : si cela groove autant, c’est parce que le texte colle à la musique.

    On peut faire le même test avec « Je suis venu te dire que je m’en vais », ou avec n’importe quel succès populaire : vous retrouverez le même souci du rythme verbal.


    Et quand ça ne marche pas…

    Prenons un classique international : « We Wish You a Merry Christmas ».
    En anglais, tout va bien :

    « We wish you a mer-ry Christ-mas »
    Les accents sont à leur place. Car en anglais (pour faire court) l’accent tonique est sur l’avant-dernière syllabe de la proposition.

    En anglais, magnifique !
    En français : du travail de Mickey !

    Mais en français, la version
    « On vous sou-hait’ un joyeux Noël » tombe complètement à rebours de la musique.
    Et là, ça pique encore plus que les épines du Norman !
    On l’entend bien quand on chante : il y a un truc qui ne tourne pas rond !
    Ca sent le sapin ! L’accent tonique est pris à contrepied !
    Et le roi des forêts se retrouve par terre !

    Définitivement, la chanson, ce n’est pas de la poésie.
    Un beau texte qui ne s’appuie pas sur la musique, ou une belle musique qui ne respecte pas les paroles ne feront jamais une bonne chanson.


    Comment s’y prendre ?

    Bon, tout ça , c’est bien joli, mais nous, qu’est-ce qu’on en fait pour nos chansons ?
    Vouc connaissez la méthode des numéros pour faire de la peinture ?
    Eh bien nous, on va numéroter les syllabes !

    Si vous commencez par la musique

    Notez le nombre de syllabes de chaque phrase musicale, et numérotez-les.
    On parlait de Alexandrie, Alexandra ?
    Imaginons que vous soyez Etienne Roda-Gil.
    Pierre Boutayre vous apporte sa musique, mais sans les paroles…

    Prenons le début de la mélodie, et comptons les notes.
    Ca fait :
    1 2 3 4 5, 1 2 3 4 5 (qui deviendra « Voi-les sur les filles, Bar-ques sur le Nil »)
    1 2 3 4 5, 1 2 3 4 5 (qui deviendra « Je suis dans ta vie, je suis dans tes bras »)
    1 2 3 4 , 1 2 3 4 (Qui deviendra « A-lex-an-dra, A-lex-an-drie »).

    A présent, voyons ‘en chantant) où sont les accents de cette mélodie :
    1 2 3 4 5, 1 2 3 4 5
    1 2 3 4 5, 1 2 3 4 5
    1 2 3 4 , 1 2 3 4

    Il ne reste plus qu’à écrire des phrases de 5 syllabes dont l’accent tonique tombe sur ces appuis !
    Mission accomplie avec :
    « Voiles sur les filles, Barques sur le Nil
    Je suis dans ta vie, je suis dans tes bras
    Alexandra, Alexandrie« 
    C’est exactement comme cela qu’on aurait accentué en « langage parlé » ! Bien joué Etienne !

    Il ne vous reste plus qu’à appliquer cette méthode pour vos chansons !

    Si vous commencez par le texte

    Le même exercice peut se faire à l’envers : imaginons qu’un compositeur (donc vous ?) se voie proposer un texte déjà rédigé.
    Il va devoir repérer les accents toniques, les noter en les soulignant, et appuyer sa musique dessus.
    Bien sûr, en amont (comme dit Marcel !), il faut que l’auteur (donc toujours vous?) veille à garder une structure stable d’un couplet à l’autre, non seulement dans la métrique (le nombre de pieds), mais aussi dans les appuis (l’accent tonique).
    Pour cela l’auteur devra avoir numéroté ses premiers vers et avoir souligné les accents toniques, qui seront les points d’appui de la future mélodie.
    Hum… pas facile, tout ça, hein ?
    Le mieux pour y parvenir est de pratiquer la scansion au moment de l’écriture, c’est-à-dire de lire son texte à voix haute en mettant les accents.

    Je ne vous cache pas que cette méthode est moins naturelle. En effet, les « textes de chansons » écrits sans musique préalable ressemblent plus souvent à de la poésie qu’à de la musique.


    À vous de jouer 🎤

    Je vous propose un petit atelier d’écriture rythmique :

    1. Prenons un classique de la chanson enfantine que tout le monde connait : « Il était une bergère ».

    2. Numérotez les syllabes des quatre vers du premier couplet.
    Puis soulignez les numéros où sont les appuis de la mélodie.

    3. Écrivez un nouveau couplet de 4 vers en respectant la structure et les couples accents toniques / appuis mélodiques.

    4. Félicitations : vous venez de manipuler une technique professionnelle 🤫

    Et surtout : n’hésitez pas à publier votre résultat en commentaire ! Qui sait ? A nous tous, nous allons peut-être marquer l’histoire de la chanson traditionnelle française avec une nouvelle version ? 😉


    Avant de se quitter 🎤

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.


    En conclusion

    En chanson, on le sait, tout est question d’harmonie. Nos syllabes ne sont pas de simples mots : ce sont des notes de musique, avec leur son, mais aussi leur rythme et leur intensité.
    Leur positionnement harmonieux sur la mélodie, voilà le secret d’une bonne chanson, même si comme toujours, la liberté est de mise.

    Vive la pulse, et

    Vive la Chanson !