Auteur/autrice : Denis Perrin

  • SOLMISATION : une pratique mal connue !

    SOLMISATION : une pratique mal connue !

    Heu…
    On va parler de… de… de SOLMISATION ?

    Non vous n’êtes pas sur un site pour « public adulte averti » :

    Ici, on parle bien musique, et on accueille les mineurs autant que les majeurs !

    Car la solmisation ne ferait pas de mal à une mouche !

    La solmisation, c’est le système qui, il y a tout juste mille ans, a donné aux notes leurs jolis prénoms : do, ré, mi, fa, sol, la, si.
    Et bien plus encore ! Lisez donc la suite !


    D’où viennent les noms des notes ?

    Au départ, les notes n’avaient pas de nom. Pas super pratique quand on veut s’accorder ou transcrire une mélodie !
    Et puis un beau jour du IXème siècle, il y a eu ça :

    L’hymne à Saint-Jean Baptiste. Un tube signé Paul Diacre.
    Pas terrible, mais bon. C’est comme ça qu’on chantait les chants religieux à l’époque.

    Au Xième siècle, voilà que débarque Guido d’Arezzo. Ce moine italien a l’idée, pour aider ses élèves à mémoriser les intervalles, d’utiliser cette chanson :
    Il a repéré que chaque phrase de l’hymne commence un peu plus haut que la précédente. Il a donc décidé de donner à chacune des notes de début de phrase le nom de la syllabe qui est chantée à ce moment-là.

    Et voilà ce que ça donne :

    Ut queant laxis
    Resonare fibris
    Mira gestorum
    Famuli tuorum
    Solve polluti
    Labii reatum
    Sancte
    Iohannes

    Vous ne remarquez rien ?

    Ben oui ! Les six premières syllabes  » Ut, Re, Mi, Fa, Sol, La  » sont devenues les noms de nos notes
    …enfin presque !

    Parce qu’il a fallu attendre 1635 pour qu’un musicien italien, Giovanni Battista Doni, remplace Ut (pas facile à chanter) par Do.

    Modestement, ce musicien a proposé son propre nom :
    Doni Do ! Et hop ! on va se gêner, tiens !
    (heureusement qu’il ne s’appelait pas Utrillo)

    Quant au Si, il est apparu encore plus tard, à partir des initiales S et I de Sancte Ioannes.
    (oui, l’hymne à Saint Jean Baptiste Sancte Ioannes du début, vous vous souvenez ?)

    Et voilà : notre gamme était née : six notes puis sept !
    Une petite astuce linguistique à l’origine de toute la musique occidentale.

    Fanny la fourmi :
    https://www.youtube.com/watch?v=UT9PPiqIBzY

    Quand je vois passer un bateau :
    Guy Bontempelli, auteur-compositeur est mort ce mardi à Marseille à l’âge de 74 ans. Il habitait Buis-les-Baronnies dans le Sud Drôme. Ami de Jean Ferrat, ses chansons ont été interprétées par Françoise Hardy, Juliette Gréco, Dalida, Mireille Mathieu et bien d’autres voix célèbres.
    https://www.youtube.com/watch?v=tQIQH2ODoco

    Henri Dès « La Si Do des crapauds »:
    https://www.youtube.com/watch?v=BftdRgWxu-E


    Et Dieu, dans tout ça ?

    On observe que dans toute cette affaire, on est en mode majeur, qu’il n’y a ni dièse ni bémol, et que ces notes correspondent aux touches blanches du clavier.

    Pourquoi ? Parce que le mode majeur tend à nous emmener vers le haut. Plaquez un accord de do majeur, et vous verrez, vous aurez envie de chanter une mélodie montante.
    Autrement dit, ça nous emmène vers les cieux. Et ça, les curés adorent ! La fameuse « joie du seigneur » ! C’est pour cela que toute la musique religieuse a longtemps été uniquement en mode majeur, et si possible en do majeur.

    Essayez maintenant de plaquer un accord mineur. Vous n’avez pas envie de chanter une mélodie descendante, vous ?
    On est plutôt tiré vers le bas… comme un mineur de fond !
    Pas de ça dans l’église, non mais !

    Mais ce n’est pas fini : on va maintenant voir tout cela dans le détail.


    Le sens émotionnel des notes en Do majeur

    Chaque note de la gamme produit une tension ou une détente particulière, une “couleur émotionnelle” que l’on retrouve dans toutes les tonalités.
    Restons sur notre tonalité de Do majeur (la plus simple, sans dièse ni bémol), et voyons ce que nous ressentons au gré (et aux degrés) de la gamme montante :

    Degré (n° de la note)NomEffet ressenti / fonction
    IDoPoint de départ, stabilité, maison.
    IIL’appel du mouvement, la marche vers ailleurs.
    IIIMiLa lumière, la clarté, le sourire.
    IVFaL’ouverture, la respiration, la “porte ouverte”.
    VSolL’attente, la tension joyeuse — il appelle le retour.
    VILaLa mélancolie, la douceur nostalgique.
    VIISiL’instabilité, presque une question suspendue.

    Autrement dit, Do majeur raconte à lui seul une histoire : on part de chez soi (Do), on découvre (Ré, Mi), on s’éloigne (Fa, Sol), on doute (La, Si) avant de revenir à la maison (Do).

    Comme nous n’avons pas fait vœu de joie majeure, on va maintenant faire la même chose en mineur.


    Le miroir en La mineur

    Pour la suite, on va continuer en restant sagement sur les touches blanches du piano : en effet la tonalité relative de Do majeur, c’est La mineur : les mêmes notes, mais pas les mêmes émotions.
    Ici, tout change de lumière :

    Degré (n° de la note)NomEffet ressenti / fonction
    ILaIntimité, intériorité, mélancolie douce.
    IISiFragilité, incertitude.
    IIIDoRéconfort, respiration, espoir.
    IVMontée d’énergie, tension émotionnelle.
    VMiDrame, appel du retour, puissance.
    VIFaLumière fragile, soupir de soulagement.
    VIISolPréparation du retour à la mélancolie.

    La mineur, c’est l’ombre portée du Do majeur : la même géographie, mais visitée à la tombée du jour.
    Pink Floyd, les maîtres du mode mineur ne me démentiront pas !


    Et dans les autres tonalités ?

    Tout ça, ça marche pour do majeur et la mineur, mais que se passe-t-il si on joue dans une autre tonalité ?
    Eh bien dans les autres tonalités, c’est pareil !

    Que vous jouiez en Do, en Ré, en Fa# ou en Sib, les rapports entre les notes restent les mêmes.

    C’est pour cela qu’en composition, on peut tout travailler en Do majeur ou La mineur, puis transposer :

    – Avec un capodastre à la guitare
    – Avec le bouton « Transpose » au clavier

    Tout simplement !

    Ecoutez cette chanson de Michel Delpech :
    Il commence en Sol#, 2 couplets
    puis à 1’20, au 3ème couplet, il monte d’un demi-ton . Nous voilà en La
    Puis encore d’un demi-ton à 2’00 au 4ème couplet. On est en La#
    A 2’39, Delpech monte encore d’un demi-ton : on finit en Si au 5ème couplet !

    Pour autant, la « solmisation » des couplets reste la même :
    Do, do, mim7, lam7, rém7, sol, lam7, faM7, mim7, lam7, rém7, sol, do
    Vous imaginez le boulot pour transposer ça dans 4 tonalités différentes ? Sans moi !

    Les “grands” (je pense naturellement à mon ami Claude Lemesle, mais aussi Brassens, Souchon, Barbara, Gainsbourg…) ne s’encombraient pas de théorie inutile :
    ils disaient “Do, Ré, Mi” quel que soit le ton, et laissaient leurs musiciens transposer si besoin.

    Parce que ce qui compte pour nous, ce n’est pas la hauteur absolue des notes, mais le mouvement émotionnel entre elles.


    À vous de jouer !

    Allez, on va se mettre un peu au travail !

    1. Choisissez une émotion (par exemple : “espoir après la pluie”).

    2. Jouez les sept notes de la gamme de Do majeur, et choisissez-en une : celle qui selon vous (et dans le déroulement de la gamme, incarne le mieux cette émotion.

    3. Construisez une petite mélodie autour d’elle : faites-la respirer avec les notes voisines.

    4. Transposez le tout avec un capodastre ou un clavier pour trouver votre “ton personnel”.

    Vous venez de composer votre première mini-chanson modale.
    Et ce que vous venez d’apprendre, Guido d’Arezzo lui-même en serait fier.


    En conclusion

    Si la solmisation est entrée dans les annales, ce n’est pas par hasard. Encore moins par erreur !

    Car ce n’est pas du vieux solfège poussiéreux. Au contraire !

    C’est une approche moderne et créative de la musique. Pas celle des instrumentistes : celle des compositeurs !

    C’est une véritable grammaire émotionnelle musicale. (oui je m’emballe un peu).

    Tout comme la cuisine a ses épices, la chanson a ses notes — à nous de les doser avec justesse !

    Alors pratiquons la solmisation dans la joie, et

    Vive la Chanson !

  • Comme d’habitude par Claude François

    Comme d’habitude par Claude François

    En 1967, une chanson va marquer l’histoire mondiale de la chanson.

    Une chanson composée à la hâte, refusée plusieurs fois, puis remodelée par une idole de l’époque, pour devenir un des titres les plus repris au monde : près de 1500 reprises « officielles » dans toutes les langues !

    Un titre qui, un bon demi-siècle plus tard, génère toujours plus d’un million d’euros de royalties chaque année !

    Pourquoi un tel succès ? On vous dit tout !
    Avec en prime plusieurs versions, mais attention :

    Certaines font un peu saigner les oreilles !
    Je vous aurai prévenu !

    Mais tout de suite, les paroles !

    Les paroles de « Comme d’habitude » de Claude François

    COUPLET 1
    Je me lève
    Et je te bouscule
    Tu ne te réveilles pas
    Comme d’habitude
    Sur toi je remonte le drap
    J’ai peur que tu aies froid
    Comme d’habitude
    Ma main caresse tes cheveux
    Presque malgré moi
    Comme d’habitude
    Mais toi tu me tournes le dos
    Comme d’habitude

    COUPLET 2
    Et puis je m’habille très vite
    Je sors de la chambre
    Comme d’habitude
    Tout seul je bois mon café
    Je suis en retard
    Comme d’habitude
    Sans bruit je quitte la maison
    Tout est gris dehors
    Comme d’habitude
    J’ai froid, je relève mon col
    Comme d’habitude

    REFRAIN 1
    Comme d’habitude
    Toute la journée
    Je vais jouer à faire semblant
    Comme d’habitude
    Je vais sourire
    Comme d’habitude
    Je vais même rire
    Comme d’habitude
    Enfin je vais vivre
    Comme d’habitude


    COUPLET 3
    Et puis le jour s’en ira
    Moi je reviendrai
    Comme d’habitude
    Toi tu seras sortie
    Et pas encore rentrée
    Comme d’habitude
    Tout seul j’irai me coucher
    Dans ce grand lit froid
    Comme d’habitude
    Mes larmes je les cacherai
    Comme d’habitude

    REFRAIN 2
    (mais) Comme d’habitude
    Même la nuit
    Je vais jouer à faire semblant
    Comme d’habitude
    Tu rentreras
    Oui, comme d’habitude
    Je t’attendrai
    Comme d’habitude
    Tu me souriras
    Oui, comme d’habitude

    REFRAIN 3
    Comme d’habitude
    Tu te déshabilleras
    Comme d’habitude
    Tu te coucheras
    Comme d’habitude
    On s’embrassera
    Comme d’habitude

    REFRAIN 4
    Comme d’habitude
    On fera semblant
    Oui, comme d’habitude
    On fera l’amour
    Oui, comme d’habitude
    On fera semblant
    Comme d’habitude
    Comme d’habitude
    On fera semblant
    Oui, comme d’habitude…

    Carte d’identité de « Comme d’habitude » de Claude François

    Titre : Comme d’habitude

    Année : 1967

    Auteurs : Gilles Thibaut / Claude François / Jacques Revaux

    Compositeurs :Claude François / Jacques Revaux

    Durée : 4:08

    L’histoire de « Comme d’habitude » de Claude François

    Des vacances à la coule

    On est en février 1967, à Megève, hôtel Canada ».
    Jacques Revaux, jeune compositeur en vogue, profite de ses vacances à la neige, jusqu’au moment où… Oups ! il réalise qu’il avait promis 4 musiques au producteur Norbert Saada.
    Sauf qu’il n’a toujours pas écrit une seule note !

    Une idée tordue

    L’idée de Saada, c’était de faire enregistrer des chansons à Londres sans mentionner qu’elles étaient « bien d’chez nous ».
    Puis de les ramener en France pour les proposer à des artistes avec une étiquette « MADE IN ENGLAND », voire « MADE IN USA ».
    Et enfin d’en faire une soi-disant adaptation française pour vendre en France.
    Un peu tordu, mais terriblement vendeur !

    Boulot-dodo

    Bon, en attendant, les chansons, Jacques Revaux ne les a pas !
    Panique ? Pas vraiment.
    Revaux prend sa guitare, s’allonge sur son lit, et en deux heures chrono, voilà les 4 titres composés !
    Parmi elles, une certaine « For Me » avec, comme il se doit, un texte en anglais.

    Personne n’en veut !

    Les titres sont enregistrés à Londres comme prévu.
    Revaux, son enregistrement londonien sous le bras, propose sa mélodie à plusieurs artistes : Michel Sardou, Mireille Mathieu, Hugues Aufray… et même un certain Claude François !
    Mais personne n’en veut !
    Finalement, c’est Hervé Vilard qui la prend, pour boucher la face B d’un futur 45 tours.
    Revaux l’a un peu mauvaise, mais c’est ça ou rien.

    Clo-Clo en panne d’électricité

    Pendant ce temps, non loin de là…

    …Claude François est en pleine rupture avec France Gall, après trois années d’un amour aussi explosif qu’intense.
    Claude François dira lui-même Notre amour était comme la foudre de l’orage, zébré d’électricité « .

    Hum, il y a comme un truc prémonitoire, non ?

    Mais la vie continue…
    …et le 27 août 1967, Revaux qui ne lâche pas l’affaire pour sa fameuse chanson, rend visite à Claude François au Moulin de Dannemois.

    Trois fois de la M… !

    Il propose de nouveau la chanson à Claude François, qui lui dit (je cite les propos de Jacques Revaux) « Allez, joue-moi ta merde ! ». Et d’une !
    Revaux met sa galette londonienne sur l’électrophone… mais Claude François dit : « Bon écoute, ça me dit rien… joue moi ta merde à la guitare ! ». Et de deux !
    Retour au bord de la piscine, guitare en main…
    Et Claude François de passer la troisième couche (si j’ose dire !) : « Merde, ça va pas ». « Parce que j’ai écrit un texte l’autre jour, mais ça colle pas. » Et de trois !

    Le texte en question, c’est « Comme d’habitude », un texte qui parle de sa rupture récente avec France Gall.

    Seulement « comm’-d’ha-bi-tu-de », ça fait 5 pieds, quand « For Me » en fait deux.

    Comme dirait Claude François : Merde !

    Travail au bord de l’eau

    Mais cette histoire de pieds qui manquent, pour Revaux, c’est de la gnognote !
    En deux-deux, il va régler ça !

    Au bord de la piscine, en compagnie d’un guitariste et d’un auteur, tout le monde se remet au travail : quelques notes en plus pour le refrain, quelques modifications dans le texte, un nouveau pont signé Clo-Clo, et voilà la chanson finie… et co-signée « Claude François » !
    L’affaire est dans le sac, Claude François prend la chanson !

    Le détail qui fâche

    Ha oui, il y a quand même un petit détail qu’on a oublié… c’est qu’entretemps Hervé Vilard avait accepté la chanson, vous vous souvenez ?

    Hum, bon ben on va lui expliquer que c’est plus possible, hein ?
    Y’a pas que pour Capri que c’est fini !

    C’est qui qui va lui dire ?
    L’histoire ne le dit pas !

    Une flèche qui fait un carton

    Avec « Comme d’habitude », Claude François inaugure son label « Flèche », la maison de disques qu’il vient tout juste de créer.
    Et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Car dès février 1968, le titre cartonne en 3ème place du hit-parade avec plus de 200 000 exemplaires vendus.
    Et comme on le sait, l’histoire est loin d’être finie !

    L’invité surprise

    A propos, vous vous souvenez que le texte original était « For You ». Savez-vous qui est l’auteur inconnu qui avait pondu ce texte ? Non ?

    Allez, je vous aide : c’est lui sur la photo.
    Toujours pas ?

    Eh bien c’était un gamin d’à peine 18 ans répondant au nom de David Bowie !
    Il a touché 800 francs (environ 120 euros) pour l’ensemble des 4 titres !

    My Way

    Quant à la « vraie » version anglaise immortalisée par Franck Sinatra, et qui donnera un destin planétaire à la chanson, on ne la doit pas à David Bowie, mais à Paul Anka, qui au passage est revenu à la version originale du thème musical de Jacques Revaux !

    Les reprises

    La suite est une interminable liste de reprises dans toutes les langues. J’en ai mis quelques-unes dans cet article (en privilégiant les versions françaises).
    Pour une chanson créée au ski et au bord d’une piscine, c’est pas mal…

    La recette de « Comme d’habitude » de Claude François

    Côté paroles

    Cette chanson a deux caractéristiques, et toutes deux concernent le refrain…
    …plus un GROS problème, toujours dans le refrain !

    Un refrain « épiphore »

    Dans les couplets, on trouve une forme particulière de vrai-faux refrain en fin de vers : c’est le fameux « Comme d’habitude » qui rythme le propos. Il crée une répétition obsédante qui enferme le personnage dans son destin. Cette technique est très efficace.

    Un refrain à géométrie variable

    Quant au « vrai refrain », qu’on reconnait à ses entames de phrases « comme d’habitude », il est mouvant.
    Autrement dit, il ne répète pas toujours la même chose d’un refrain à l’autre : ses paroles évoluent tout au long de la chanson, entrainant un peu plus le couple vers son destin.
    C’est une technique moins courante, qui permet de ne pas casser a dynamique du propos tout en mettant des balises fortes.

    Le GROS problème du refrain

    Ce n’est pas une blague : il y a une énorme erreur d’écriture dans le premier refrain, qui fait que personne ne comprend rien.
    Claude François dit « enfin je vais vivre ». Et le phrasé fait que l’on comprend « Je vais enfin pouvoir vivre ». Mais c’est un contresens absolu : car il veut dire exactement l’inverse !
    En réalité, il veut dire : « Enfin bref : je vais vivre… » en parlant de la monotonie de sa journée ordinaire, « comme d’habitude ».
    Le résultat, c’est que tout le monde comprend à l’envers cette formule, qui résulte d’une grave maladresse dans le texte.

    Côté musique

    En terme de structure, cette chanson est un cas d’école !
    En effet, on a une très nette identification du couplet et du refrain, lesquels contrastent et se relancent !

    Les couplets

    La mélodie est stable (ne monte ni ne descend) avec juste une légère descente en fin de phrase, qui appuie le propos statique en « en pente douce » du texte.
    Cet aspect « lisse » est typique d’une mélodie de couplet.

    Les refrains

    Là, c’est l’envolée : la mélodie monte, décolle, nous emmène avec elle.
    Typique d’un refrain.
    Un cas, d’école, je vous dis !

    A vous de jouer !

    Je vous propose de tenter de gagner un million d’euros par an !

    C’est tout simple, vous verrez !

    Pour cela, vous allez simplement utiliser la recette de « Comme d’habitude », en suivant ces trois étapes.

    1. Des paroles épiphores.

    Trouvez un thème en quelques mots comme « à bicyclette » ou « J’ai l’habitude » ou « Pas toi »… vous voyez ce que je veux dire 😉
    Ces quelques mots seront le gimmick qui concluera les vers de votre couplet, en lui donnant son rythe et son sens.
    Ecrivez un quatrain en respectant cette règle.
    Et si vous ajoutez élégamment une petite rime avant l’épiphore, c’est encore mieux !

    2. Une musique structurée

    Inventez deux thèmes mélodiques simples qui s’enchainent.
    Le premier, le couplet, est stable et linéaire
    Le second, le refrain, « décolle » vers les aigus
    C’est beaucoup plus facile que vous ne l’imaginez !
    Essayez, vous verrez !

    3. Une bonne gestion

    Ouvrez un compte en banque spécial pour placer vos royalties et veillez à ne pas tout dépenser trop vite.

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Une nouvelle fois, on se rend compte que ce ne sont pas toujours les chansons les plus travaillées qui fonctionnent le mieux.
    Hum… sauf qu’en amont, il y a d’une part une histoire sincère, et d’autre part une grande expérience.
    Et qu’en aval, il y a une stratégie marketing qui ferait passer Elon Musk pour un enfant de choeur…
    …choeur, vous dites ?

    Vivent les vraies fausses chansons françaises anglaises, et

    Vive la Chanson !

  • La chanson, c’est de la cuisine !

    La chanson, c’est de la cuisine !

    En musique, on connait la salsa, le sirop, la soupe
    Et si l’analogie ne s’arrêtait pas là ?
    Si la chanson, c’était VRAIMENT de la cuisine ?
    Avec des recettes qui marchent, des règles culinaires à respecter, et qui sait ? Une potion magique à découvrir ?
    Eh bien vous ne croyez pas si bien dire ! Enfilez votre tablier, on y va !

    1. D’abord, de bons produits

    La cuisine, ça commence par une chose : les ingrédients.
    Vous avez déjà essayé de cuisiner un bon petit plat avec de mauvais produits ? Impossible.
    C’est connu : dès potron-minet, les chefs vont sur les marchés sélectionner les produits les plus frais, ceux qui ont été élevés et cultivés avec amour par les producteurs.
    Eh bien pour nous c’est pareil !
    Alors, nos produits à nous, c’est quoi ?

    Pour les paroles

    C’est comme pour les légumes : on va choisir des produits de saison, frais et digestes : des mots dans l’air du temps, faciles à comprendre, actuels, et surtout qui sonnent bien.
    C’est une étape très importante : on en connait tous, de ces chansons lourdes et lénifiantes faites avec des mots mal choisis. Leurs auteurs ont mal fait leur marché !

    Pour la musique

    On va sélectionner les instruments :
    – Leur type, d’abord, qui doit être en phase avec l’esprit du plat. Ukulélé léger ou cuivres explosifs n’auront pas le même effet.
    – Leur qualité ensuite : de beaux sons s’obtiennent avec de bons instruments, bien entretenus (cordes en bon état, touches réactives, etc.), bien accordés, y compris pour les synthés dont on choisira les sons avec soin.
    – Leur originalité enfin, légume ancien style bombarde, ou bongo épicé qui apportera la touche de piment à votre œuvre.

    En chanson comme en cuisine,
    c’est le moins bon produit qui détermine le niveau de l’ensemble.

    Bon, tout ça c’est bien gentil, mais bien sûr, il va falloir maintenant mettre cela au service de votre recette.

    2. La recette : entre héritage et création

    Nous y voilà !
    Des recettes connues qui marchent depuis toujours, il y en a !
    Les quatre accords magiques, le couplet-refrain-couplet, la ballade en 3/4. Ce sont nos gratins dauphinois et blanquettes de veau : indémodables, mais parfois un peu trop servis.

    Mais si vous êtes un bon cuisinier,
    la recette c’est vous qui l’inventerez !
    Alors bien sûr, vous allez vous appuyer sur ce qui fonctionne. Ce peut être un traditionnel vin rouge-fromage, ou un plus actuel sucré-salé, voire, plus hardi, des huîtres chaudes gratinées au Roquefort.

    La recette à 1:18 !

    Et tout ça, on vous en parle à l’Académie de la Chanson : les règles à connaître, celles qu’on peut transgresser, et les erreurs à éviter.
    Mais ce n’est pas le sujet ici. Pour le détail, reportez-vous à nos articles.

    3. Composition du plat et cuisson

    Un bon plat s’appuie sur une idée et une structure, avec une intention.
    En chanson, c’est pareil.

    Pour les paroles

    La structure, c’est tout simplement l’articulation et l’alternance entre les couplets, les refrains, le pont, l’intro…
    Comme la logique d’un menu bien équilibré, qui vous prend par la main, et dans lequel la succession les plats mettra l’ensemble en valeur.
    Tout cela se réfléchit en amont, avant même d’écrire la première ligne. Je vous en parle en détail dans d’autres articles. Reportez-vous aux liens en fin de page.

    Pour la musique

    En cuisine, chaque plat a un ingrédient principal.
    Mais cela ne serait rien sans la sauce qui exhale son caractère !
    Et en musique, la sauce c’est la rythmique. C’est elle qui va définir l’esprit de l’ensemble.
    Un piano-voix intimiste, une guitare-voix en liberté, une rythmique endiablée, un Poum-tchac dansant donneront autant de saveurs différentes à une même mélodie.
    La rythmique va nous porter tout au long de la chanson, nous emmener là où on doit aller !

    Et puis, il y a… la cuisson !
    Hein ?
    Oui, je sais ce que vous pensez. Vous vous dites « Ca y est, ça le reprend. Il a dû manger une chanson pas fraîche ».
    Mais non : comment allez-vous entretenir la flamme sur votre chanson ?
    Car le type de cuisson détermine aussi la dynamique de la chanson : va-t-on choisir une cuisson lente (donc une ambiance linéaire) qui va conserver toute la tendresse du propos en nous prenant par la main, ou un aller-retour explosif au gril qui va nous balancer sans ménagement du croquant au saignant ?

    4. L’équilibre des saveurs

    C’est le moment de parler composition, mais aussi (un peu) arrangements et orchestration.
    Une chanson réussie, c’est avant tout une question d’équilibre. Une mélodie trop sucrée et c’est la mièvrerie. Trop de sel (effets gratuits, arrangements lourds), et l’auditeur sature.

    Un bon auteur-compositeur sait doser. Il joue sur les textures sonores, les dynamiques, les silences comme un chef dose les herbes, le feu et la matière.
    Même la structure d’un titre, avec son introduction apéritive, la montée de l’entrée vers le « climax » du plat de résistance, puis le retour au calme (fromage ou dessert) rappelle celle d’un menu bien pensé.
    Le tout délicatement posé… sur une nappe.

    Et puis bien sûr il y a le mixage.
    Bien que ce ne soit pas l’objet de cet article, ni même le thème de ce site, l’ingénieur du son que je suis ne peut pas passer cette étape sous silence.
    Le mixage, c’est le moment où, dans une cuisine ultra-équipée, se révélera le dosage parfait de chacun des ingrédients. Et ce n’est pas notre travail d’auteur-compositeur.
    Mais cela ne sera possible que si nous, auteurs compositeurs interprètes avons en amont réalisé des assemblages équilibrés, en lien avec l’arrangeur.
    Pas de saveurs qui se chevauchent (guitare + ukulélé +harpe) ni qui se contredisent (harmonies qui « frottent »), pas de trou (personne dans la fréquence 1000Hz) ni de substance bourrative (le piano qui « mange » la voix). Ca, c’est bien à nous de le faire !

    5. Cuisinez local

    Pour toucher le public, une chanson doit partager avec l’auditeur un même système de référence : vous allez donc utiliser des ingrédients issus de son environnement proche.

    Le choix du thème, des mots, doit correspondre au lieu et à l’époque.

    La musique doit être actuelle, ne pas exiger un effort de décodage excessif qui nuirait à l’émotion.

    Et cela ne nuit pas à la créativité, au contraire !
    Mais sachez rester dans ce qu’on nomme la « zone proximale de développement » pour que l’auditeur se sente concerné.

    6. De la « soupe » à la « salsa » : les goûts et les fautes

    L’expression le dit bien : il y a de la « soupe » dans la musique, comme dans la cuisine. Ces chansons formatées, tièdes, sans relief, qu’on oublie avant même la dernière note.
    Et à l’inverse, il y a les plats relevés : la salsa, le rock spicy, la bossa suave.

    Les fautes de goût musicales existent : la rime forcée, le tempo artificiel, l’arrangement disproportionné. En cuisine comme en chanson, trop de sauce tue le plat.

    Alors ce qu’on retient, ce sont les chefs qui osent le juste décalage, la touche personnelle. Jacques Higelin, Camille, Stromae ou Clara Luciani ont chacun leur recette — reconnaissable dès la première bouchée sonore.

    7. Cuisiniers et musiciens : même combat !

    Oui, un cuisinier, c’est exactement la même chose qu’un auteur-compositeur- interprète.
    Je défie quiconque de trouver une vraie différence entre les deux !

    Certains artistes ont d’ailleurs fait le lien explicitement : Jean-François Piège joue de la guitare ; Francis Cabrel fait son propre vin ; Michel Jonasz a souvent comparé le groove à « une sauce qui lie les ingrédients entre eux ».
    Même Yannick Noah, entre deux tournées, parle de sa musique comme d’un plat partagé : « Je veux que les gens se sentent bien après m’avoir écouté. »

    La musique et la cuisine sont tous deux des arts de la transmission et de la générosité.
    On n’écrit pas une chanson pour soi, pas plus qu’on ne cuisine pour manger seul.
    On le fait pour nourrir l’autre, et lui offrir du plaisir.

    8. À vous de jouer : la critique gastronomique

    Prenez une de vos chansons, et tel un Etchebest de la chanson, décortiquez-la sans complaisance.

    Vérifiez tout, mais attention : cette fois-ci en commençant par la fin, comme le ferait un gourmet quand il découvre un plat :

    – Le thème :

    Est-il brûlant ou est-ce du réchauffé ? La date de consommation est-elle encore valide ? En clair, votre sujet est-il daté ?

    – Le mixage :

    Les saveurs sont-elles toutes présentes, et l’esprit du plat est-il là ? Autrement entend-on tout distinctement ? Est-ce que chaque instrument trouve sa place ? Et surtout : la voix est-elle claire et mise en avant, car c’est cela qui compte ?

    – La composition du plat :

    Est-ce que chaque instrument est utile ? L’ensemble est-il cohérent ?

    – La qualité des produits :

    Le son de chaque instrument est-il bon ? Les instruments sont-ils bien accordés, bien joués, en place mais avec de l’intention ? La voix est-elle juste (dans tous les sens du terme), et bien articulée ?

    – La quantité :

    N’est-ce pas trop lourd ni trop copieux ? Il faut vraiment avoir une bonne raison pour dépasser les 3’40. Pas question de transformer votre chansonnette en indigestion.

    Posez-vous bien toutes ces questions, en allant dans le détail, et sans vous satisfaire de votre impression générale. C’est comme ça que vos chansons s’amélioreront et que vous progresserez.

    Je vous conseille de faire ce type d’écoute aussi avec des chansons professionnelles. Vous aurez des surprises !

    Avant de se quitter

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    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    La chanson comme la cuisine sont des arts du quotidien. Il y en a pour tous les goûts, et pour toutes les circonstances. De la cuisine/chanson familiale simple et attachante à la grande cuisine/chanson réservée aux grandes occasions, en passant par la cuisine/chanson exotique, chaque style a son public, ses chefs et ses chefs d’œuvres.

    Et forcément, là-dedans, il y a de la place pour vous.
    A condition bien sûr, de bien savoir où vous allez, et de respecter l’auditeur autant que vous vous respectez.
    Et ça, ça s’appelle le travail !

    Alors à vos platines, à vos pianos, et

    Vive la Chanson !

  • Le tempo de la mort

    Le tempo de la mort

    On a tout dit sur la chanson : qu’elle devait être sincère, bien écrite, bien chantée, bien produite… mais rarement qu’elle devait avoir le bon tempo !

    Et pourtant !
    Rien ne tue une chanson plus sûrement qu’un tempo mal choisi.

    Ni trop lent (on s’endort), ni trop rapide (on s’épuise) : il existe une zone magique, un tempo qui semble parler directement au corps, au cœur et au cerveau.

    Bienvenue dans le royaume du “tempo de la mort” – autrement dit, celui qui tue tout sur son passage (dans le bon sens du terme bien sûr 😉 ).


    Tempo et cerveau reptilien

    Commençons par la science.
    Les neuroscientifiques le confirment : le cerveau humain adore les régularités rythmiques, surtout celles qui se rapprochent de la fréquence cardiaque au repos – environ 60 à 100 battements par minute (d’où le terme BPM).

    Résultat : les chansons entre 70 et 110 BPM déclenchent spontanément un léger balancement de la tête, une envie de bouger, ou au minimum, un sourire intérieur.

    Pourquoi ? Parce que ce tempo résonne avec notre système limbique, siège des émotions, et stimule la production de dopamine (plaisir) et d’endorphines (bien-être).

    En d’autres termes, le bon tempo nous fait du bien avant même qu’on ait compris les paroles.
    On va affiner tout ça !


    Les hits du “juste milieu”

    Allez, on va faire un peu balancer le métronome ! Prenons quelques exemples !

    Mais avant tout, voici l’adresse d’un métronome en ligne simple et pratique :
    Cliquez ici et choisissez votre tempo

    Metronome sous les 70 BPM

    Hein ? Ah pardon je m’étais endormi !
    On va accélérer un peu quand même ! Accrochez vos ceintures!

    Métronome entre 70 et 90 BPM

    On est dans la ballade,, la chanson mélodique.

    On démarre en douceur à 78 BPM. Lent, mais pas trop.
    Assez pour que le cœur s’ouvre sans sombrer dans la torpeur.

    Dont acte : Ici, Cabrel embarque le public !
    Allez, on passe la seconde !


    A 84 BPM, on arrive typiquement le tempo “humain”, celui de la marche.
    C’est -au sens propre- le rythme auquel on avance dans la vie.

    Allez, on monte dans le métro et on change de catégorie !

    Métronome entre 90 et 110 BPM

    Là, on est dans la variété française classique.
    Celle de L’Aventurier » (Indochine) « Femme libérée » (Cookie Dingler), et même « Les Lacs du Connemara » (Michel Sardou). C’est dire !

    Démarrons en douceur à 98 BPM avec Véronique Sanson
    L’intimité est toujours présente, mais on commence à être « embarqué ».

    On monte à 103 BPM. Le tempo est toujours fluide, régulier, confiant, mais ça y est, on y est : ça bouge pour de bon !
    L’énergie est lancée, tout en gardant une certaine intimité. Vas-y Michel !

    Avec une mention spéciale pour la danseuse déterminée qui s’agite courageusement toute seule sur la piste !

    Métronome entre 110 et 128 BPM

    A 110 BPM, on bascule dans quelque chose qui est plus proche de la « musique pop » que de la chanson même si les paroles restent très présentes.
    (bon, les puristes, ne me lynchez pas, je n’ai pas pas dit qu’il y avait une frontière précise entre les styles bien sûr!)


    125 BPM. Là, on arrive à la frontière du cardio !
    C’est tonique, et on commence à vraiment oublier d’écouter les paroles pour aller transpirer sur le dancefloor !
    Moi j’y vais tout de suite ! Pompéleuppe de pompéleuppe !

    Houlà ! Pff ! Pff! C’est plus de mon âge ! (quoique… 😉 )

    Métronome au dessus de 130 BPM

    Alors là, les amis, je suis désolé, mais ce sera sans moi ! Trop fatigant pour de la chanson.
    Moi, là, je vais aller m’asseoir un peu, j’ai un article à finir !

    En bref…

    Bon : ce n’est pas un hasard si la majorité des tubes français de variété ou de pop douce se logent entre 80 et 100 BPM : c’est là que le corps et le texte s’équilibrent.
    En dessous, on s’ennuie. Au-dessus, on perd un peu le texte.


    Le tempo de la connivence

    Le bon tempo, ce n’est pas juste un nombre sur un métronome : c’est aussi une question de mise en confiance de l’auditeur.

    Un chanteur qui choisit 90 BPM dit implicitement : “Je ne te brusque pas, mais je ne t’endors pas non plus.”

    À 60 BPM, il est sentimental. À 120 BPM, il est plutôt performeur.
    Mais entre les deux, il devient… compagnon.

    C’est le tempo de la connivence, celui du partage, de la chanson qui s’installe dans le quotidien.

    Et ce n’est pas une vue de l’esprit : les études de musicothérapie montrent que les rythmes proches du pas humain renforcent l’empathie auditive. En gros : à 90 BPM, on écoute mieux, on retient plus, et on a envie de chanter avec l’artiste.
    Le cerveau produit même plus d’ocytocine, l’hormone du lien social. Oui, une chanson à 92 BPM peut littéralement vous rendre plus sociable !


    Le tempo de la mort

    Alors, le tempo de la mort, celui qui déchire tout, c’est quoi ?
    Eh bien si l’on devait choisir un tempo “mortel” (au sens de “qui cartonne”), ce serait autour de 90 BPM.

    Les producteurs le savent : c’est le tempo du groove tranquille, celui du battement de cœur, du pas de la marche et du slow un peu retenu.

    C’est aussi celui du storytelling efficace : le texte respire, la mélodie se déploie, et la voix prend toute sa place.

    Bref : à 90 BPM, on vit. En dessous, on pleure. Au-dessus, on court.


    À vous de jouer !

    Aujourd’hui, on explore : prenez une de vos chansons.
    Vous allez la tester à trois BPM différents :

    Version lente (70 BPM)

    Version médiane (90 BPM)

    Version rapide (110 BPM)

    Aidez-vous du métronome en début d’article.

    Si vous n’avez pas de chanson, vous pouvez essayer avec un titre d’un artiste que vous aimez.
    Ecoutez ce que ça donne.
    Et juste pour voir, chantez vos trois versions à votre entourage, et demandez-leur de voter sans préciser que vous testez des BPM.
    On prend un petit pari ? Dans la majorité des cas, c’est le 90 qui gagne ! Et de loin !
    Votre public vient, sans le savoir, de valider… le tempo de la mort !


    Avant de se quitter…

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    En conclusion

    Dans une chanson, le tempo est très important, et trop souvent négligé.
    Mais ce n’est pas qu’un simple choix technique.
    C’est une décision émotionnelle, au service d’une intention.
    Alors testez toujours vos chansons à différents BPM avant de les finaliser !
    Car parfois, une chanson réussie, c’est juste une chanson… qui bat au bon rythme !

    Gardez bien le tempo ! Et

    Vive la Chanson !

  • Comment écrire une chanson qui résiste au temps

    Comment écrire une chanson qui résiste au temps

    La chanson, c’est l’art de l’instant. Une bulle de magie éphémère qui nous enchante quelque temps puis qui cède élégamment la place ! C’est toute la beauté de cet art.

    Et pourtant, certaines chansons résistent au temps, traversent les âges, survivent à leurs auteurs.
    Pourquoi ? Existe-t-il une recette magique ?

    Pour le savoir, je vous invite à plonger avec moi dans les grimoires. N’oubliez pas votre gousse d’ail !


    Y a-t-il vraiment une recette ?

    Eh bien, bonne nouvelle : OUI, il existe bien une recette !
    Et deuxième bonne nouvelle, la recette, je vous la donne dans cet article !
    La vraie recette, avec tous les ingrédients nécessaires, ceux que l’on retrouve quasi-systématiquement dans les tubes intemporels.
    Et voilà ! Merci qui ?
    Hein ?
    Ha oui, heu… Hum bon il y a aussi une mauvaise nouvelle. J’allais vous en parler bien sûr.
    La mauvaise nouvelle, c’est que pour que la recette fonctionne, il faut aussi une petite pincée de magie. Mais ne nous décourageons pas : ça, je vous en reparle à la fin.
    Alors prenons-nous à rêver : si on essayait de faire une chanson intemporelle, voire éternelle ?
    Suivez-moi !


    1. Thème universel + Authenticité

    Les chansons qui durent parlent de ce qui traverse le temps… logique.
    Donc ça va parler de grands thèmes, d’émotions que nous ressentons tous : l’amour, la perte, la nostalgie, le temps qui passe, l’espoir…
    L’Été indien de Joe Dassin par exemple, ou La Bohème de Charles Aznavour évoquent des scènes simples, des émotions partagées.

    Mais ce n’est pas suffisant.
    Authentique, cela veut dire que derrière tout cela, il y a une vraie histoire, un vrai vécu… qui peut être totalement romancé, mais peu importe !
    On doit sentir une « vérité personnelle » derrière l’image, un regard singulier.

    Le grand Claude Lemesle, quand il a écrit « Salut les amoureux », n’a rien fait d’autre que rapporter une histoire personnelle sur un thème universel.
    Les chansons froidement “standards”, à qui manque cette touche humaine et simple ne se « fixeront » pas car elles ne nous toucheront pas.


    2. Mélodie forte + harmonie simple

    Voilà une problématique que j’ai mis des années à comprendre et à assumer.
    N’en déplaise aux « vrais » musiciens, ce sont les mélodies les plus simples qui fonctionnent.
    Et les regards condescendants des jazzeux surdimplômés n’y changent rien !
    Une mélodie qui “reste” doit être facile à retenir et à chanter par tous.

    Passons en revue les chansons marquantes : la mélodie est toujours facile, et l’harmonie souvent simple (quelques accords bien choisis, et c’est tout !).
    Le résultat, c’est que l’ensemble « respire ».
    En cela, un compositeur débutant aura même un réel avantage sur un instrumentiste chevronné. C’est injuste, mais c’est ainsi.
    L’essentiel, c’est que la musique serve les mots et l’émotion, et pas l’inverse.


    3. Paroles + Musique = image

    Le vrai pouvoir d’une chanson, c’est qu’elle crée une image. On « voit » littéralement ce que nous raconte la chanson.
    Inutile de s’étaler pour expliquer pendant 3:30 ce que l’on ressent, non : une simple image va transporter l’auditeur, lui permettre de s’approprier la chanson.
    Pour cela, il faut utiliser des images simples mais fortes. Même quand on aborde un thème abstrait. Un exemple ?
    Avec le temps de Léo Ferré évoque l’oubli, le visage qui s’efface, de façon poétique et universelle.

    Alors, exit les phrases toutes faites : on préférera une scène, une image concrète : “Montmartre qui accrochait ses lilas” (La Bohème) qui parle à l’imaginaire, qui donne une couleur, une époque, un lieu, un sentiment.


    4. Structure : rassurer et surprendre

    Les chansons intemporelles ont une caractéristique : elles sont prévisibles.
    Les chansons intemporelles ont une caractéristique : elles apportent l’imprévu.
    Euh ?
    On l’a vu plus haut : pour qu’on puisse se l’approprier, une chanson doit être simple, et ne pas dérouter l’auditeur. Pour cela, la mélodie doit être limpide et facile à mémoriser.
    On a envie de la chanter, et c’est pour cela qu’elle doit être prévisible.

    Oui, mais :
    La cerise sur le gâteau, c’est quand en plus, il y a une belle surprise… mais une surprise attendue ! Un petit changement dans les paroles du refrain, ou une variation dans la mélodie.

    L’exemple le plus représentatif est le mythique mi bémol de Céline Dion dans « All By Myself ».
    Ca se passe à 3’17, et on aime ou pas mais… ouah !

    D’ailleurs, on voit sur la courbe YouTube que c’est de loin le passage le plus revisionné de cette vidéo !

    Hé oui ! Le public aime se repérer dans un cadre familier, mais il aime aussi être tiré -un peu- hors de sa zone de confort.


    5. L’interprétation juste

    Une chanson est toujours portée par l’interprétation et l’émotion que celle-ci transmet.
    L’interprétation, c’est deux choses : la voix et l’orchestre.

    Côté voix, il ne s’agita pas tant de chanter juste que de faire ressentir ce que l’on chante.
    Deux exemples ? Allez, on va se fâcher un peu :
    Patrick Fiori chante très bien, très juste (et en plus dans la vie c’est un type formidable). Mais il ne transmet pas grand’chose. C’est fade et lisse.
    Renaud (de son vivant) dont la justesse est approximative, savait, par sa personnalité, nous toucher au cœur. Y compris en tant que simple interprète, lorsqu’il reprenait Brassens, par exemple.

    Côté orchestration, c’est la même chose.
    Les musiciens doivent se mettre au service de la chanson, et non l’inverse.
    Un simple piano-voix va davantage nous marquer qu’une débauche prétentieuse d’effets de style.
    On peut facilement le constater en écoutant des reprises (ou cover pour ceux qui ne savent pas parler français).

    Un prochain article parlera de ce sujet, en épluchant quelques-unes des reprises de « Comme d’habitude » de Claude François.


    À vous de jouer !

    Je vous propose de prendre une de vos chansons, ou un de vos textes.
    De préférence une chanson dont vous n’êtes pas trop satisfait. A défaut, une idée que vous avez en tête.
    Et reprenez point par point tout ce qu’on a vu aujourd’hui :

    1. Le thème : est-il universel ou trop personnel ? Si trop personnel, trouvez une façon métaphorique de le présenter (par exemple, raconter à travers un objet ou un lieu).

    2. L’image forte : forte, mais simple : choisissez une image concrète — un lieu, un moment précis — et commencez votre chanson autour de cette image.

    3. La mélodie : Faites simple ! Chantez-la à voix nue (guitare ou piano minimal), mémorisez-la, voyez si elle “reste” dans votre tête après quelques écoutes.

    4. La surprise : à un moment (vers les 3/4) changez un refrain, ou une strophe, modifiez légèrement le retour final pour créer un effet de nouveauté.

    5. Les paroles : éliminez les clichés, évitez les rimes trop faciles ou les images sur-utilisées. Remplacez un mot banal par quelque chose de précis, concret.

    Et (re)construisez votre chansons sur ces bases.
    Vous verrez tout de suite la différence !


    Et la magie, dans tout ça ?

    Ah oui, c’est vrai ! J’allais oublier !

    Il faut ajouter une dose de magie pour que la recette fonctionne.
    Et la plupart des gens s’imaginent que cette magie a pour nom le talent.
    Eh bien je vais vous révéler un secret : cette croyance est fausse.
    Car en réalité la poudre de Perlimpinpin porte un nom :

    Cela s’appelle le travail.


    Avant de se quitter…

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    En conclusion

    Créer une chanson qui résiste au temps ne consiste pas à chercher la pierre philosophale, mais à assembler plusieurs ingrédients : émotion authentique, mélodie marquante, paroles bien choisies, structure équilibrée, interprétation sincère, petite surprise.
    Si vous appliquez ces leviers, vos chansons auront toutes les chances de ne pas être juste “populaire aujourd’hui”, mais, en toute modestie, d’appartenir à la mémoire collective de demain.

    Alors rendez-vous dans 30 ans, et

    Vive la Chanson !

  • Les 5 pièges de la banalité en chanson

    Les 5 pièges de la banalité en chanson

    « Je veux vous partagééer ma douleuureuu… »
    Aïe ! Aïe ! Aïe ! Mission accomplie !

    En chanson, comme dans la vie, la banalité nous guette à chaque coin de mesure.
    Entre les mélodies éculées, les facilités qui rassurent, les émotions mal maitrisées, il y a de quoi faire !

    Et tout ça, ça donne de chouettes chansons bien fades, aussi insipides qu’interchangeables.

    Alors, comment éviter de tomber dans ces travers ? On va tenter de sauver l’essentiel, en déjouant cinq pièges dans lesquels tombent beaucoup d’auteurs-compositeurs…

    Allez, suivez-moi, je vous montre tout ça… et regardez où vous mettez les pieds, ça glisse !


    1. Les « quatre accords magiques »

    Ah, ben alors faudrait savoir !
    Oui, je sais : je vous ai chanté les louanges de cette fameuse suite d’accords, et maintenant je vous dis de vous en méfier.

    Pourtant, le fameux enchaînement I–V–vi–IV (en Do : C–G–Am–F), utilisé de Let It Be à Someone Like You, a fait ses preuves.

    Et c’est bien ça le problème : trop de preuves ! 😀

    Résultat : il est devenu une autoroute musicale où défilent des milliers de chansons, toutes cousines germaines.

    Et pourtant, ça marche ! Du moins, ça eut marché.
    Comme disait Fernand Raynaud : « Ça eut payé, mais ça paye plus ! ».
    À moins de dégainer un habillage instrumental de l’espace ou une mélodie d’un autre monde, la recette sonnera… creux !

    👉 Conseil : explorez d’autres renversements, changez de tonalité, osez des accords inattendus. L’oreille du public aime être surprise.


    2. Le nombrilisme

    Autre piège fréquent : raconter ses petits malheurs, et surtout, en écrivant uniquement à la première personne !

    Moi, moi, moi, je, je, je, Moi je !
    Toi T’es toi, tais-toi !

    On n’en peut plus de ces chansons qui étalent les peines de cœur, les tracas du quotidien ou le spleen existentiel de leur auteur.

    Le pire, c’est que le problème, ça n’est pas le fond (les émotions personnelles, c’est un excellent moteur pour écrire une chanson), mais plutôt l’angle choisi : un bon gros premier degré bien direct, sans filtre, sans recul et sans mise en scène. Pitié !

    J’en ai déjà parlé dans un autre article : une chanson n’est pas un journal intime.
    Le public ne va pas adhérer pas parce que vous souffrez, mais parce qu’il se reconnaît dans votre souffrance.
    C’est une nuance fondamentale !

    👉 Conseil : transformez votre vécu en métaphores, en histoires, en personnages. Souchon, Bénabar, Vianney partent de leurs émotions intimes… mais ils les habillent avec du sur-mesure.


    3. Monorimes et octosyllabes

    Dans la forme de l’écriture de chanson, on retrouve hélas de nombreux tics et stéréotypes, mais les deux plus répandus sont sans conteste la monorime et l’octosyllabe à la chaîne.
    Et la plupart du temps, ce n’est pas par choix artistique, mais par facilité !

    La monorime (toutes les fins de vers identiques) à qui nous avons consacré un article est souvent lié à la paresse ou à l’inexpérience de l’auteur.
    L’octosyllabe régulier quant à lui donne une impression de fluidité… heu non : surtout de facilité. Un phrasé un peu soporifique qui tourne en rond.

    Bla-bla-bla-bla, bla-bla-bla-bla,
    Bla-bla-bla-bla, bla-bla-bla-bla.
    Un ronron sans surprise qui nous endort…

    👉 Conseil : jouez avec les métriques, variez les rimes, introduisez du contretemps. La chanson, comme la danse, a besoin de surprises rythmiques.


    4. Le déjà-entendu

    Même quand elles n’utilisent pas les « quatre accords magiques » cités plus haut, beaucoup de mélodies se contentent de monter la gamme puis de la redescendre, avec des refrains prévisibles et des cadences toutes faites.

    Résultat : on a une impression de « déjà entendu », même si la chanson est inédite.
    Et c’est humain : nous avons tous notre « univers », auquel nous nous référons… un peu trop !
    Surtout que la plupart du temps, il est un peu étroit et qu’on évolue tous dans le même !

    👉 Conseil : écoutez en dehors de votre zone de confort (chants traditionnels, musiques du monde, jazz modal…). Cela vous inspirera naturellement de petits emprunts mélodiques à « l’ailleurs », et vos chansons trouveront un souffle neuf.


    5. L’universel vague et interchangeable

    « L’amour est beau », « La vie est dure », « On veut être libres »…
    Ne rigolez pas : je suis sûr que vous avez déjà écrit des trucs de ce genre, non ?

    N’ayez pas (trop) honte : ces thèmes vagues et génériques ont rempli des milliers de refrains.

    Pire encore : les enfonceurs de portes ouvertes le font souvent en utilisant des mots compliqués. Un verbiage d’autant plus insupportable qu’il est souvent mal maîtrisé.

    Hé oui : le problème, quand on cherche à dire quelque chose de « fort » mais de trop large, c’est que ça tombe immanquablement dans les grands poncifs soporifiques, voire même énervants !
    Il faut être plus modeste et cibler des petites choses.

    👉 Conseil : osez la précision. Préférez « Je t’ai attendue à la sortie du métro » à « J’ai passé toute ma vie à attendre en vain un bonheur qui ne vient pas ».
    C’est le détail qui touche, pas la phrase explicative.


    À vous de jouer !

    Prenez un de vos textes ou une de vos mélodies et posez-vous 3 questions :

    1. Suis-je tombé dans l’un de ces cinq pièges ?

    2. Ha flûte oui ! Mais lequel ?

    3. Bon on fait quoi maintenant ?

    Alors au travail :
    Retouchez uniquement la partie concernée :
    Pour un texte, réécrivez une strophe.
    Pour une musique changez un enchaînement d’accords.
    Vous verrez : un simple petit crochet hors de la banalité va vous ouvrir de nouveaux (et grands (et beaux)) horizons !


    Avant de se quitter…

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    .

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.


    En conclusion : quittez l’autoroute et tracez votre chemin

    Toutes les vieilles recettes ont longtemps fonctionné, c’est vrai.
    Elles ont même parfois fait naître quelques grands succès.

    Et c’est bien ça, le problème : elles sont devenues des raccourcis tellement usés qu’elles conduisent tout le monde au même endroit !

    Voyons cela comme une chance : puisque tant d’autres avant nous ont utilisé ces recettes, inventons-en de nouvelles !

    Notre public a envie d’expérimentation, pas de copie.

    Alors, sortez des sentiers (re)battus. Prenez des risques.
    Et souvenez-vous que dans l’art, comme dans la vie, la banalité est toujours l’option la plus facile…
    mais jamais la plus intéressante.

    Vive l’exploration et

    Vive la Chanson !

    Ressources :
    Pour trouver des idées, vous pouvez aller lire ceci : « Ecrivez des chansons originales »
    ou cela : « Trouvez des idées originales »
    et bien sûr, vous pouvez vous inspirer des analyses de chansons de la rubrique « On connait la chanson »

  • Allez plus loin avec les 4 accords magiques

    Allez plus loin avec les 4 accords magiques

    Comprendre les 4 accords magiques

    Les 4 accords magiques, vous connaissez déjà ! Do, Sol, Lam, Fa (ou Sol Ré Mim Do quand c’est transposé).
    Tout le monde ne parle que de ça !
    Mais il y a une chose que personne ne vous dit : c’est qu’on peut, sans modifier l’ordre de cette série, changer complètement la couleur d’une chanson.
    Comment faire cela ?
    Je vous dis tout dans cet article !

    Entrez dans la ronde

    Les « 4 accords magiques » sont présentés à juste titre comme une séquence qui se répète à l’infini

    …Do Sol Lam Fa Do Sol Lam Fa Do Sol Lam Fa Do Sol Lam Fa…
    un véritable cercle de sorcières !

    Le seul problème, c’est qu’on ne sait pas par où y entrer ni comment en sortir !

    Car ce qu’on oublie de vous dire, c’est qu’il y a plusieurs entrées !
    Et qu’elles vont changer complètement la couleur de votre chanson.
    C’est ce que je vous explique aujourd’hui.

    Levez-vous du bon pied

    Attaquer cette série mythique par tel ou tel accord, c’est un peu comme dire :
    « J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle, par laquelle je commence ? »
    La bonne : « j’ai une bonne assurance »
    La mauvaise : « j’ai plié la Mazda »
    Selon l’ordre dans lequel on présente les choses, cela va changer notre perception.
    En musique, c’est pareil !

    Quand on se lève le matin, la première pensée qui nous vient donne la tonalité de la journée.
    Joyeuse ou grognon, optimiste ou déprimée.
    Et dans les heures qui suivront, un même évènement nous fera sourire ou rouspéter.
    Pour notre chanson, ça va se passer de la même façon :
    Le premier accord de la chanson donne la tonalité. Et tout ce qui vient ensuite est marqué par cette première impression !

    Et ce n’est pas tout !
    Selon celui des 4 accords par lequel on commence, chacun des autres accords prendra une couleur différente et même une fonction nouvelle alors que la séquence reste toujours la même!

    Plutôt stable et lumineuse quand elle démarre par Do,
    plus mélancolique quand elle s’ouvre sur La mineur,
    et plus lyrique en commençant par Fa.

    Quant au Sol… ha oui, il y a le Sol… bon, on verra ça plus loin ! 😉

    Voyons comment nous, compositeurs de chansons, allons nous en servir !
    Prêts ? On attaque !

    Tonalité majeure ou mineure

    Je vous parlais de la première pensée, qui donne de la « tonalité » de la journée qui commence.
    En musique aussi, il y a des « tonalités » : en gros, majeure et/ou mineure.

    Comment savoir si on est en majeur ou en mineur ? Facile !
    La plupart du temps :
    Si on commence par un accord mineur, on est en mineur.
    Si on commence par un accord majeur, on est en majeur.
    Avec quelques exceptions bien sûr, sinon ce ne serait pas drôle !

    Avec nos 4 accords magiques,
    – Si on commence par le Do Majeur : Do – Sol -Lam – Fa , on est en majeur
    – Si on commence par le La mineur : Lam – Fa – Do -Sol , on est en mineur
    – Si on commence par le Fa majeur, eh bien, c’est une de ces exceptions : celle-ci est géniale et je vous en parle plus loin !
    – Si on commence par le Sol majeur ? Ah, nous y voilà… eh bien aucune chanson ne commence par Sol dans la séquence Sol Lam Fa Do (authentique) !

    Commencez par Do (C–G–Am–F)

    Lorsqu’une chanson démarre par Do majeur, la boucle C–G–Am–F prend souvent une couleur joyeuse et stable.
    C’est facile et intuitif 🎸. En jouant ces accords, on obtient immédiatement une sensation de morceau complet, sans flottement.
    Et plein de chansons commencent comme ça… enfin, du moins en anglais !
    Parce qu’en chanson française, c’est autre chose : c’est plutôt rare !
    Je vous propose « Une seule vie » de Gérald de Palmas qui utilise cette séquence.

    On ressent bien la stabilité de la boucle en Do.
    Une espèce de force tranquille qui « déroule » naturellement.

    👉 Les chansons en Do – Sol- Lam – Fa (pas seulement les françaises!) sont idéales pour se lancer. Vous jouez, vous chantez, et rapidement vous commencez à ressentir de façon intuitive pourquoi la boucle en Do majeur est perçue comme la plus stable.

    Commencez par La mineur (Am–F–C–G)

    Quand une chanson démarre par La mineur, la boucle prend une teinte plus sombre et mélancolique. On retrouve toujours les mêmes 4 accords (C, G, Am, F), mais la couleur change complètement 🎶.

    L’exemple type, c’est Toi + Moi de Grégoire.

    Et c’est là qu’on comprend que le ressenti musical peut être très différent sans modifier l’enchaînement des accords.
    En commençant sur Lam, le morceau nous « attrape » tout de suite avec une tonalité tendre et émouvante. Etonnant, non ?

    Pas très inventif, mais pour autant efficace, le malin Grégoire ne change pas une équipe qui gagne : son autre tube « Tout ce que l’on dit » est basé exactement sur la même suite d’accords !

    Commencez par Fa (F–C–G–Am)

    Bon, on va sortir les grands mots, mais tant pis : quand attaque avec le Fa majeur, la boucle prend une dimension lyrique et ouverte.
    Kézako ? Eh bien, on sent davantage de mouvement. Autrement dit ça « décolle » !
    Les accords sont toujours les mêmes (F, C, G, Am), mais l’oreille perçoit une couleur plus aérienne

    La raison ? C’est parce qu’en réalité nous sommes en tonalité de La mineur. C’est une des fameuses exceptions dont je vous parlais tout à l’heure ! Et c’est aussi pour cela qu’il n’y a que peu d’exemples.

    Parmi eux, le lumineux « Tahiti » de Keen’V

    Vous entendez comme cette simple « rotation » change la perception musicale ?
    Ca donne une chanson pleine de légèreté et de soleil 🌞, et qui décolle dans tous les sens du terme !
    Avec une ambiance « ouverte » et chantante.

    Comment quitter la ronde ?

    Bon, ce cycle de 4 accords magiques qui tournent en boucle, c’est super, mais l’heure aussi tourne : ça fait bien 3’20 qu’on est là, et il va bien falloir finir la chanson !
    Alors ça c’est simple :
    Il suffit pour conclure de terminer sur l’accord du début, sans enchaîner un nouveau cycle.
    Et c’est tout !
    D’ailleurs, ça tombe bien, c’est celui qui nous indiquait la tonalité du morceau !
    …sauf bien sûr dans le cas de Keen’v, qui finira par un Lam ! (bravo à ceux qui ont suivi!)

    Et ça n’est pas tout !

    On n’est pas tenu de suivre l’ordre de la boucle magique pour créer d’excellentes chansons !
    Tout le rock repose sur Do Fa Sol, il y a des chansons en Do Lam Sol, sans compter les variations légères comme Do Lam Fa Sol qui a marqué depuis toujours la variété italienne !
    Bref, les possibilités sont infinies, mais c’est un autre sujet !

    À vous de jouer !

    Alors oui, j’aurais pu vous proposer un exercice du style :

    « Expérimentez la boucle magique, laissez-vous allez, chantonnez une mélodie et trouvez un air : vous tenez votre prochain tube ! ».

    Oui, mais non !

    Parce qu’on va faire mieux et plus efficace :

    Vous avez forcément un texte qui vous « encombre » et pour lequel vous ne trouvez pas de musique ?
    Eh bien c’est le moment de demander au cercle des fées de faire quelque chose pour lui !
    Attaquez la séquence à la guitare, au piano, ou même… sur YouTube,
    et allez-y, lâchez-vous !

    La séquence version Do Majeur
    La séquence version La mineur

    Prenez votre texte maudit, et expérimentez à la voix.
    Ne forcez pas, laissez tourner… Une mélodie va venir d’elle-même !
    Et voilà votre texte sauvé des oubliettes !
    Dites-nous ce qu’il en est en commentaire !

    Avant de se quitter…

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    En conclusion

    Les 4 accords magiques, ce n’est pas seulement une recette qui permet de faire facilement des chansons à moindre frais.
    C’est aussi une façon de comprendre comment une même suite simple peut revêtir des tonalités différentes… et de s’en servir pour ses chansons !

    Décidément, ces 4 accords sont encore plus magiques que ce que l’on pensait ! 😄

    Vive la magie, et

    Vive la Chanson !

    Ressources :
    Pour en savoir plus sur les accords magiques, allez lire « Les 4 accords magiques »
    Pour tout découvirr sur le majeur et le mineur, lire « Créer une suite d’accords originale »

  • Écriture thérapeutique et chanson

    Écriture thérapeutique et chanson

    L’écriture thérapeutique, vous connaissez ? Ce fameux petit carnet où l’on couche ses états d’âme, ses colères, ses blessures ou ses joies pour se sentir plus léger.
    Un carnet avez-vous dit ? Ca ne vous rappelle pas quelque chose ?
    Ouiii ! La chanson, bien sûr ! D’ailleurs, elle aussi vous libère !
    Alors, écriture thérapeutique et chanson, c’est la même chose ?
    Eh bien OUI ! Mais pas que !

    Parce qu’avec la chanson, comme dirait France Gall, il y a un tout petit supplément d’âme : elle fait danser les mots sur une mélodie, et elle se partage. Bref, une thérapie avec un joli refrain.


    1. Se libérer en choisissant un thème

    Si vous êtes comme moi, vous avez sans doute un « tracassin » en ce moment même.
    Une pensée qui vous pèse ou qui vous obsède…
    Moi, j’en ai toujours une en tête… et vous ?

    • Un sujet de société qui vous agace ?
    • Une blessure intime que vous traînez comme un vieux sac à dos ?
    • Une histoire qui vous a marqué ?
    • Voire même une de ces pulsions inavouables dont vous n’osez pas parler…

    Écrire une chanson, c’est comme ouvrir une soupape : vous transformez ce trop-plein en art.
    Et même : si un thème est trop lourd, vous pouvez aussi choisir la légèreté, l’absurde.
    On verra ça plus loin dans l’article.


    2. Se libérer en jouant des notes

    Laissez courir vos doigts sur votre guitare ou votre un piano. Sans jouer une partition ni une chanson.
    Non : juste comme ça, sans objectif précis.
    Au bout d’un moment, il va se passer un truc étonnant : une petite suite de notes viendra d’elle-même. C’est magique.

    Cette errance musicale, c’est en soi une forme de méditation : vous ne reproduisez pas, vous n’analysez pas, vous ne « cherchez » même pas : vous ressentez.
    Et quand une mélodie pointe le bout de son nez (souvent quand vous ne l’attendez pas), vous vous dites : « Tiens, c’est sorti de moi, ça ? ».
    C’est valorisant, et ça donne envie de continuer.
    Car il faudra ensuite structurer, organiser, arranger… mais ça, c’est déjà la suite de l’histoire !


    3. Se libérer en chantant

    Écrire, composer, c’est déjà formidable en terme de libération mentale.
    Mais chanter, c’est autre chose : c’est une libération physique !
    Respirer profondément, faire vibrer vos cordes vocales, lâcher un cri ou un murmure…
    Cela fait du bien au corps, vraiment !

    Chanter sous la douche, déjà, cela fait du bien.
    Et c’est utile! Car pour nous, c’est une façon de répéter et d’affiner notre chanson.
    Mais on va aller plus loin, bien sûr !

    Chanter devant un public, cela demande un peu d’engagement, mais c’est essentiel !
    Alors, on prend son courage à deux mains et on chante sa chanson à un public !
    Attention, pas l’Olympia ! Juste quelques proches.
    Pour offrir un partage, et surtout : pour avoir un retour.n

    Chanter « en vrai »!
    L’étape suivante sera de la chanter devant un public « officiel », lors d’une scène ouverte, par exemple.
    Et vous savez quoi ? Le public chanson est toujours bienveillant. Il vient pour écouter, pas pour juger. Vous offrez un peu de vous, il vous renvoie de la chaleur. C’est du bien-être pur !

    Pour vous sentir à l’aise avant de chanter devant vos proches :
    Précisez leur une chose importante : votre chanson ne parle pas de vous ! C’est en tout cas ce que vous leur direz pour préserver votre « jardin secret ».
    Car votre chanson reste une extrapolation, une oeuvre fictionnelle, même si c’est vous qui l’avez créée. Qu’ils n’aillent pas imaginer qu’ils ont mis la main sur le livret intime d’un sociopathe !


    4. La spécificité de la chanson

    Vous l’avez compris : la chanson peut constituer une forme d’écriture thérapeutique… mais avec une grosse nuance !
    Une chanson, c’est fait pour être dévoilé aux autres !
    Alors, comment éviter la sensation de se mettre totalement à nu ?
    La réponse est : grâce à la technique.

    Donner une universalité au propos

    • Première règle : se décentrer
      Les problématiques que vous abordez dans vos écrits, vous n’êtes pas seul à les connaître !
      .En les formulant avec un peu de recul, vous toucherez aussi ceux qui se reconnaissent en vous.

    Choisir le bon angle

    • Deuxième règle : bien se positionner
      Dans un carnet intime, vous parlez de vous. Et donc vous utilisez le « je ». Normal.
      Mais en chanson, on évitera de tout formuler à la première personne !
      Inventez un personnage, racontez une petite histoire, trouvez une image. C’est plus élégant, et paradoxalement… cela touche plus juste !

    Faire simple

    • Troisième règle : rester « focus »
      Une chanson = une problématique.
      Vous avez dix problématiques ? Parfait !
      Vous ferez donc… dix chansons !
      Vos pires galères deviennent un trésor créatif !
      Elle est pas belle la vie quand elle est moche ?

    5. À vous de jouer

    C’est le moment de vérifier que tout cela fonctionne !

    Voici comment concrètement vous allez pouvoir vous y prendre.

    Une feuille, un stylo et on attaque ! Allez chercher tout ça, je vous attends ici.

    C’est bon, vous y êtes ?
    Je vous propose quatre étapes courtes :
    1. Sur votre feuille, notez trois problématiques qui vous occupent l’esprit
    2. Choisissez-en une, et développez en quelques mots
    3. Décidez d’un angle (personnage, histoire, image…)
    4. Vous y êtes : développez en quelques mots :
    – que dira le refrain (l’idée forte) ?
    – que raconteront chacun des 3 couplets ?

    Et voilà : vous avez déjà le squelette d’une chanson !

    Ah ! J’allais oublier la cinquième étape : partagez votre idée en commentaire.
    Ici, pas de stress : personne ne vous juge, tout le monde est là pour créer.


    Avant de se quitter…

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    Conclusion

    Alors, écriture thérapeutique et chanson, deux mondes séparés ? Pas vraiment !
    La chanson, c’est l’écriture thérapeutique, avec une guitare en plus !
    Ecoutez donc la recette de Gotainer, qui a tout compris !

    C’est écrire pour soi, mais aussi pour les autres.
    Et c’est là que réside sa force : vous vous libérez… et vous libérez peut-être aussi quelqu’un d’autre en vous écoutant, alors…
    Vivement le prochain coup de blues !

    Vive l’écriture thérapeutique, et

    Vive la Chanson !

  • FAIRE DES CHANSONS à ONOMATOPEES

    FAIRE DES CHANSONS à ONOMATOPEES

    De do do do, de da da da, Tchiki boum, Dingue dingue dingue, Bang Bang… Pourquoi ça marche ?
    Doit-on se déshonorer à chanter de telles fadaises pour séduire le public ?
    Je vous dis tout ici !

    Une onomatopée, c’est quoi ?

    Pour savoir de quoi on parle, inutile d’ouvrir un dictionnaire (ils se contredisent allègrement), on va plutôt ouvrir ses oreilles.

    Une onomatopée, c’est un mot bref qui ne porte pas de sens « officiel ».
    Il a trois caractéristiques :
    – il ressemble fréquemment à ce qu’il représente « splash »
    – il « sonne » à l’oreille « bam »
    – il est souvent dédoublé « toc-toc »

    « Comic Strip » : La chanson emblématique de l’onomatopée !

    Et en chanson, c’est une recette qui fonctionne !

    Pourquoi ça marche ?

    Le son des mots

    J’en ai parlé dans un autre article « LE SENS vs LE SON », en chanson, le son des mots est essentiel.
    Et celui de l’onomatopée dépasse la barrière des langues.

    Gainsbourg joue avec les yéyé

    Mais ce n’est pas tout. Prêts pour la psychologie de comptoir ?

    La simplicité

    Notre cerveau aime ce qui est simple et prévisible : ça le rassure et crée un ancrage.
    L’onomatopée lui offre un matériau sonore très simple, facile à mémoriser et à reproduire.
    Et l’auditeur devient participant : on peut tous chanter sans se compliquer la vie !

    Un instrument de musique

    L’onomatopée est souvent utilisée comme un véritable instrument de musique, soit pour « boucher un trou » comme les « Aou cha cha cha » de « L’amour à la plage », soit pour porter directement le rythme, comme dans « De do do do De da da da » de Police.

    Le bonheur de la régression

    Ben oui, c’est évident ! Les onomatopées nous renvoient aux babils de notre enfance ! les « ba-ba-ba », les « ouin » et les dou-bi-dou » !
    Dans notre monde saturé de mots et de concepts, quelle autre occasion a-t-on de se laisser aller ainsi à régresser impunément avec délice ? Poup Poup Pidoo !

    Marylin Poupoupidoute !

    Un peu d’histoire

    L’origine du langage

    L’onomatopée, ce n’est pas né d’hier. C’est même le point de départ du langage articulé ! (n’en déplaise à quelques intellos documentés qui vous soutiendront le contraire).

    Avant le « langage », les Hommes désignaient les éléments de leur entourage par des sons évocateurs. D’ailleurs nous faisons pareil à l’étranger quand nous voulons nous faire comprendre.

    Mais ce n’est pas tout : au début de notre vie, nous utilisons les « onomatopées » les plus faciles à prononcer : « mama(n)», « papa », « caca » etc. Et ces sons sont devenus des mots du langage courant !
    Si vous ne connaissez pas le génialissime « Papa Oom-Mow-Mow » des Beach Boys, c’est le moment de le découvrir !

    The Beach Boys

    Et en chanson ?

    L’onomatopée a toujours existé dans les chants.
    Elle a même existé dès le chant tribal, avec les sons répétés (Ho, Ha Ya, Na…) dans les rituels, qui créaient une transe et cohésion… et qui sont les ancêtres de nos refrains !
    Bien avant les « tralala » que nous connaissons tous !

    Les trois types d’onomatopées

    Alors OUI, on peut, on doit utiliser les onomatopées dans nos chansons sans avoir à s’excuser.
    Mais il faut savoir où l’on met les pieds.
    J’ai répertorié trois types d’onomatopées en chanson.

    Les onomatopées qui ne veulent rien dire

    C’est le NIVEAU 1
    Les onomatopées sont juste là pour boucher des trous, voire appuyer une rime.
    Rigolo et efficace, mais pas très intello.

    Spécialistes de cette pratique ?
    Niagara !

    Tchiki Boum

    Les onomatopées d’illustration

    C’est le NIVEAU 2

    Première version :
    Comme en BD, on utilise l’onomatopée pour apporter un élément « concret » à la chanson.

    Spécialiste ? Gainsbourg avec des titres comme « Ford Mustang » « Des vents des pets des poums » etc;

    Deuxième version :
    On utilise l’onomatopée pour illustrer la stupidité de celui dont on parle. On peut mentionner « De do do do De da da da » cité plus haut, ou « Ragio Gaga » de Queen.

    Les jeux de mots

    Là, c’est le must !

    Le NIVEAU 3
    De vrais mots qui sont organisés de façon à sonner comme une onomatopée. Un retour aux sources !
    Allez écouter Vianney dans « Pas là »

    Je vous invite aussi à aller lire l’article sur « Ta ta ta ta » de Polnareff, expert en onomatopées.

    Ecoutez le refrain à 1:00

    ….même si le grand spécialiste reste l’insubmersible Boby Lapointe !

    A vous de jouer !

    Si vous avez lu attentivement cet article, vous avez dû remarquer que c’est toujours dans le REFRAIN que se niche l’onomatopée. C’est logique !

    A votre tour de créer un petit refrain (il n’a même pas besoin de rimer) incluant une onomatopée.

    Celle-ci est libre, elle peut :
    – soit juste « sonner » (c’est le minimum)
    – soit illustrer le propos
    – soit porter un sens caché ou un jeu de mot.

    Allez Hop !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    L’onomatopée est un élément essentiel en chanson… et même pour porter un propos sophistiqué ! Le plus génial, c’est que le public adore ça ! Il reprend en chœur avec vous (testé et vérifié) !
    N’hésitez pas à vous lancer, et croyez-moi, ça va faire boum !

    Ba-be-di-Ba-be-di-Ouh !

    Vive la chanson !


  • Michel Polnareff – Ta ta ta ta

    Michel Polnareff – Ta ta ta ta

    En 1966, Michel Polnareff sort une chanson à onomatopées « Ta ta ta ta ».
    Et franchement, ça ne veut pas dire grand’chose !
    Ah oui ? Eh bien pas si sûr !
    Parce que derrière, il y a un vrai texte qui secoue le cocotier !
    Et je vais tout vous révéler dans cet article.
    Mais d’abord, les paroles !

    Les paroles de « Ta ta ta ta » de Michel Polnareff

    REFRAIN
    Femme que j’aime, c’est ta-ta-ta-ta
    Femme que j’aime, mais ce n’est pas toi
    Femme que j’aime, c’est ta-ta-ta-ta
    Femme que j’aime, mais ce n’est pas toi


    Couplet 1
    Je me dis ton ami et pourtant quand tes yeux
    Rencontrent les miens
    J’ai des remords, je me sens malheureux
    Mais je n’y peux rien

    REFRAIN

    Couplet 2
    Je voudrais te parler pouvoir t’expliquer
    Mais aucun mot ne vient
    Je me décide et puis je remets
    Toujours à demain

    REFRAIN

    Couplet 2
    Et ce que toi tu prends pour une chanson
    Qui te plaît bien
    C’est un aveu tourné à ma façon
    Mais tu n’y comprends rien

    REFRAINS « inachevés »
    Femme que j’aime, c’est ta-ta-ta-ta
    Femme que j’aime, mais ce n’est pas… (- – -)

    Carte d’identité de « Ta ta ta ta » de Michel Polnareff

    Titre : Ta-ta-ta-ta
    Année : 1967
    Auteur : Frank Gérald
    Compositeur : Michel Polnareff
    Durée : 2 m 21 s
    Label : Disc’AZ
    Référence : EP 1089

    Michel Polnareff version 67, avant les légendaires lunettes !

    L’histoire de « Ta ta ta ta » de Michel Polnareff

    1967. La France de l’époque, c’est celle de De Gaulle, pré soixante-huitarde, en pleine révolution existentielle.

    Un pays qui se cherche politiquement, socialement, et artistiquement… avec mai 68 qui approche à grands pas !

    C’est dans ce contexte qu’apparait un jeune auteur-compositeur-interprète iconoclaste, Michel Polnareff.

    Il est fils et petit-fils de pianiste. Avec un père violent qui l’a élevé à la dure, lui faisant passer jusqu’à 10 heures face à son piano, brimades et châtiments à la clé. Michel Polnarev, solitaire et maltraité, dira plus tard que son père l’a « privé de son enfance ».

    N’empêche, son génie est bien là : à trois ans, il compose sa première musique, et à 20 ans, il décide de vivre de son art.

    Non pas en suivant le parcours classique auquel le prédisposaient ses études, mais en allant faire la manche et tenter sa chance tout seul.
    Car ce qu’il veut, c’est faire de la pop !

    Et ça marche !

    En 1967, le réputé parolier Frank Gérald lui écrit « Ta ta ta ta », une œuvre à plusieurs niveaux de lecture qui est longtemps restée incomprise.

    La chanson ne sera vraiment connue que bien plus tard, lorsque la clé en sera révélée !

    Et cette clé, je vous la livre ici !

    La recette de « Ta ta ta ta » de Michel Polnareff

    Côté paroles

    Ce qui fait la force de cette chanson, c’est qu’elle propose trois niveaux de lecture.

    Premier niveau

    Une petite chanson à onomatopées digne d’une cour de récréation.

    En pleine période « yéyé », Michel Polnareff chante « Ta ta ta ta » comme » d’autres chantent « Da Dou Ron Ron » ou « Be bop a Lula ».

    C’est joli, rythmique, et ça se retient !

    En plus, le « ce n’est pas toi » nous renvoie aux chansonnettes enfantines où le thème « ce n’est pas pour nous » est très présent (« Dansons la capucine », « Qui craint le grand méchant loup », « J’ai du bon tabac », etc.).

    Bref une sympathique petite chanson.

    Deuxième niveau

    Là, on s’aperçoit que « ta ta ta ta » a un sens.
    C’est une expression populaire qui signifie « Je ne peux pas le dire » lorsqu’on veut garder un secret.

    Et la chanson prend un sens nouveau :
    Polnareff dit à une femme qu’il… ne l’aime PAS !
    Et qu’il en aime une autre, dont il tait le nom.

    Il essaie de le lui expliquer dans les couplets, mais elle ne comprend rien…


    …et nous non plus, car en réalité Polnareff dit tout à fait autre chose !

    Troisième niveau

    Voici enfin la véritable explication : Polnareff ne s’adresse pas à la femme aimée… mais à SON MARI !
    Et il lui dit :

    « (Femme que j’aime) :
    C’est ta (ta, ta, ta) femme que j’aime,
    Mais ce n’est pas toi ».
    En clair :

    « C’est ta femme que j’aime,
    mais ce n’est pas toi
     »

    Et les couplets s’adressent au mari : ce dernier ne se rend pas compte que Michel, qu’il prend pour son ami, en pince en réalité pour sa légitime !

    Et en prime, Michel se moque de lui avec ce « Ta ta ta ta » en mode « comprenne qui pourra » sur une musiquette provocatrice !

    Côté musique

    Dans cette mise en scène, la musique est essentielle !
    C’est elle qui, par son découpage particulier, appuie toute l’ambiguïté des paroles… tout en restant pop et musicale ! Ca deviendra la spécialité de Polnareff.
    Comme par exemple dans « Âme caline » ou dans « Le roi des fourmis », entre autres…

    Et ce n’est pas tout !
    Car la musique aussi propose deux niveaux de lecture :

    Premier niveau

    Une musique enfantine, presque une comptine !
    Un peu trop innocente pour être honnête !

    D’autant plus que cette ritournelle sonne un peu comme les moqueries des enfants :
    « Bisque bisque rage » ou autres
    « Laa, la lalèère » de cour de récré.

    Moi je trouve ça louche, pas vous ?

    Deuxième niveau

    Le caractère répétitif des deux notes du refrain nous renvoie à l’obsession du personnage pour cette femme.
    Avec en plus le côté enfantin-malsain qu’on retrouve souvent dans les musiques de films d’horreur.

    A cela s’ajoutent les dissonances de plus en plus établies en milieu de couplet qui instillent le malaise à mesure que le non-dit s’installe.

    Allez donc écouter :
    à 0:30 : au 1er couplet, le son est juste et en apparence, tout va bien.
    à 1:00 : au 2ème couplet, quelques dissonances apparaissent.
    à 1:28 : au 3ème couplet, ça « frotte » carrément : on est dans la fausse note !

    Et là, finie la comptine,
    parce que ça ne rigole plus du tout !
    Du pur génie !

    À vous de jouer !

    On va se prendre pour Polnareff (ou Frank Gérald), en pratiquant l’art du malentendu.

    Votre mission : Inventer une phrase qui change de sens selon son découpage.

    Comme par exemple la célèbre :
     « La femme de Paul, Laval, et vous » qui peut aussi se comprendre ainsi :
    « La femme de Paul Laval et vous » ou encore :
    « La femme de Paul, la valez-vous ? » ou d’autres versions plus hardies que je vous laisse le soin d’imaginer.

    A vous maintenant de trouver un petit gimmick tout simple qui change de sens selon son découpage et ses appuis rythmiques.

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    Avant de se quitter

    Je vous offre trois autres versions peu connues (et pas terribles) de cette chanson.
    Une en français (reconnaîtrez-vous l’artiste ?), une autre en italien, et une enfin en espagnol.

    en VF par Didier B..?
    En italien sans saveur
    En espagnol avec accent !

    Ces deux dernières ne sont intéressantes que pour l’accent à couper au couteau de Michel !
    Il faut reconnaître qu’il n’a jamais été très doué pour les langues étrangères !
    Quant au double sens des paroles, il n’a survécu ni au franchissement des Alpes, ni à celui des Pyrénées ! Tatatata est redevenu le nom de la femme : comme dans la première version !

    En conclusion

    Toujours se méfier des petites chansons un peu bébêtes qui nous restent en tête.
    Un sens peut en cacher un autre !

    « Ta ta ta ta » n’est pas la seule chanson dans ce cas, et certains artistes s’en sont même fait une spécialité : Polnareff, bien sûr, mais aussi Bashung ou Gainsbourg, sans oublier bien sûr l’incontournable Boby Lapointe !

    Peut-être serez-vous la prochaine ou le prochain ?

    Vivent les sens cachés, et

    Vive la Chanson !