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  • La nuit je mens : Alain bashung

    La nuit je mens : Alain bashung

    Alain BASHUNG est définitivement un prince des ténèbres ! Avec « La nuit je mens », il nous emporte encore une fois dans un univers étrange et énigmatique… un texte puissant dont le sens ne se livre pas à la première écoute.
    Et pourtant, en changeant un peu l’angle de lecture, tout s’éclaire ! Et on pourra même se nourrir de cette œuvre pour nos propres créations.
    Mais autant vous prévenir tout de suite : cet article est assez ardu. À réserver aux aficionados !

    Les paroles de « La nuit je mens »

    COUPLET 1
    On m’a vu dans le Vercors
    Sauter à l’élastique

    Voleur d’amphores
    Au fond des criques
    J’ai fait la cour à des murènes
    J’ai fait l’amour, j’ai fait le mort
    T’étais pas née

    À la station balnéaire
    Tu t’es pas fait prier
    J’étais gant de crin, geyser
    Pour un peu je trempais
    Histoire d’eau

    REFRAIN
    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    COUPLET 2
    J‘ai fait la saison
    Dans cette boîte crânienne
    Tes pensées
    Je les faisais miennes
    T’accaparer seulement t’accaparer
    D’estrade en estrade

    J’ai fait danser tant de malentendus
    Des kilomètres de vie en rose

    Un jour au cirque
    Un autre à chercher à te plaire

    Dresseur de loulous
    Dynamiteur d’aqueducs

    REFRAIN
    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    COUPLET 3
    On m’a vu dans le Vercors
    Sauter à l’élastique
    Voleur d’amphores
    Au fond des criques
    J’ai fait la cour à des murènes
    J’ai fait l’amour j’ai fait le mort
    T’étais pas née

    REFRAIN
    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    Carte d’identité de « La nuit je mens »

    La nuit je mens (1998)

    Auteurs : Alain Bashung et Jean Fauque
    Compositeurs : Alain Bashung, Edith Fambuena, Jean-Louis Piérot
    Interprète : Alain Bashung

    Pour voir le clip, c’est ici :
    https://www.youtube.com/watch?v=0MYN8mAEKUo

    L’origine de la chanson : le Vercors

    Quand il était encore enfant, Alain Baschung (avec un « c ») fut marqué par un livre de « Vercors » , alias Jean Bruller, illustrateur, écrivain et Résistant.
    Il en gardera l’idée de cette chanson : le sentiment d’être lui-même une sorte de Résistant, et cette question : « comment me serais-je comporté sous l’occupation ? Héros de l’ombre ou collabo ? Civil le jour, faisant sauter des trains la nuit ? »

    Le vercors de la chanson  la nuit je mens d'alain Bashung

    « La nuit je mens » évoque le mensonge, un mal nécessaire pour survivre durant l’occupation et pour entreprendre des actions de Résistance.
    Mais « La nuit je mens » fait aussi et surtout référence à l’histoire personnelle de Bashung. Et celle ci était plutôt désespérée à cette époque!

    En effet, à l’heure où il écrit cette chanson, Alain Bashung vit une séparation très difficile avec sa femme. Rongé par la solitude, il a de nouveau plongé dans l’alcool et a été hospitalisé deux mois en psychiatrie.
    C’est alors qu’il écrit et compose dans son appartement l’album « Fantaisie militaire », une œuvre sombre et marquante.

    Pendant ce temps, fin de siècle oblige, la société française fait un point sur son passé, notamment sur la période de l’occupation. C’est le moment des comptes et des règlements de comptes entre faux résistants et vrais collabos. Fantaisie militaire…

    Au travail !

    Pour décrypter cette chanson unique et envoûtante, je vous propose deux lectures successives, sous deux angles différents.
    La première sera analytique, la seconde structurelle.

    Prêt à vous retrousser les manches ? On y va !

    Les paroles en détail : l’analyse systématique

    On m’a vu dans le Vercors : ce haut lieu de la résistance plante le décor et illustre la supposée droiture du héros.
    Sauter à l’élastique : ah… dès le début, ça se gâte ! On fait mine de sauter dans le vide pour se prouver son courage, mais un élastique nous fait remonter. Il n’y a en fait aucun risque. « Sauter à l’élastique » a également le sens de « sauter sur tout ce qui bouge », l’élastique évoquant les strings féminins.
    Voleur d’amphores : Les amphores évoquent le vagin… et leur vol l’infidélité. A noter, un saut à l’élastique s’appelle « un vol ». 
    Au fond des criques 
    : du nom d’une falaise du Vercors, « La crique » évoque la relative discrétion de ses exploits, sous fond de référence sexuelle.

    la murène de la chanson de bashung

    J’ai fait la cour à des murènes : Dans cette approximation aquatique (la murène vit dans la mer) se cache une contrepèterie : « J’ai fait l’amour à des culs de reines », confirmée par le vers suivant (« j’ai fait l’amour »). La murène (dont la phonologie est proche de « sirène ») est un animal à la réputation sulfureuse, et Bashung est attiré par les femmes dangereuses.

    J’ai fait l’amour, j’ai fait le mort : une référence au thème éternel de « l’amour et la mort », et l’aveu de Bashung de n’avoir pas assumé ses conquêtes féminines, disparaissant sans donner de nouvelles.
    T’étais pas née :
    « pas née » comme le poisson pané : au-delà du jeux de mots foireux (dont Bashung est coutumier : rappelez-vous le cochonnet et les boules, la moule et la frite!), Bashung nous indique que tout ceci avait lieu avant sa rencontre avec sa compagne.

    À la station balnéaire : station de train de Vichy, lieu du gouvernement collaborationniste, mais aussi « station balnéaire », lieu de toutes les exubérances.
    Cet arrêt de train à une station, c’est la rencontre avec sa compagne.
    Tu t’es pas fait prier : Elle est d’accord, et elle n’est pas une sainte !
    J’étais gant de crin, geyser : référence aux caresses et à l’orgasme.
    Pour un peu je trempais, idem
    histoire d’eau :
    référence au sexe, au roman érotique « Histoire d’O » et à la ville d’eau qu’est Vichy.

    La sirène de la chanson de Alain Bashung : la nuit je mens
    Le train de la chanson la nuit je mens de alain bashung

    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine :
    Bashung parle de son (non-) engagement qui ne le mène nulle part
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains :
    dans ce jeu de mots avec « je mens », Bashung a renoncé à se sentir coupable ou responsable des mensonges.

    A La fin de la chanson, le retour de ces mots sera une allusion à la masturbation.
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions : c’est une triple référence qui dépeint la perte de sens et de valeurs :
    – j’en ai plein les bottes
    – les bottes symbolisent les troupes d’occupation,,
    – les bottes sont pourtant indispensables pour gravir les montagnes (Vercors).
    Où subsiste encore ton écho : l’écho dans les montagnes est le souvenir indélébile de la femme perdue. On entend l’écho dans la montagne, et…
    Où subsiste encore ton écho :  …et l’écho se répète. Encore et encore. Normal.

    J’ai fait la saison : « faire la saison », c’est occuper un emploi saisonnier, donc intense mais provisoire. Cet emploi est lié aux loisirs, d’où le vers suivant : faire la saison dans une boite (de nuit).
    Dans cette boîte crânienne : mais c’est dans sa tête et non dans une discothèque qu’il est saisonnier.
    Tes pensées
    Je les faisais miennes

    T’accaparer seulement t’accaparer : outre le son du train qui roule, ces mots ont un autre sens : « t’as qu’à parer » : il faut te protéger.
    D’estrade en estrade :
    de la même façon, on peut entendre « des strates en estrades », comme les strates qui forment les massifs rocheux, et qui construisent peu à peu un obstacle infranchissable sur les estrades des pistes de danse.

    J’ai fait danser tant de malentendus : là encore, un deuxième sens : il est difficile de s’entendre dans le brouhaha des discothèques. Au propre… et au figuré.
    Des kilomètres de vie en rose :
    tout le passage qui suit évoque les nuits de fête qui se sont déroulées dans les non-dits et les infidélités, et le fait qu’il a tenté en vain de comprendre ce qui animait sa compagne. Cela évoque aussi les chemins et les strates de pierre rose dans les roches du Vercors.

    Un jour au cirque : on parle à la fois du cirque montagneux (falaise circulaire) et des numéros que fait Bashung pour plaire à sa compagne.
    Un autre à chercher à te plaire :
    là encore, un double sens, car on peut comprendre :

    – « un autre jour (que j’ai passé à ) chercher à te plaire », ou

    – « un autre (homme) a cherché à te plaire ».
    Dresseur de loulous :
    référence à l’érection, et au cirque.
    Dynamiteur d’aqueducs :
    ces deux derniers vers évoquent, non sans allusions sexuelles explicites, tous les efforts que Bashung a faits pour plaire à sa compagne.

    La suite de la chanson reprend les mêmes paroles, à part un « effrontément » qui se substitue à « je m’en lave les mains ».

    Sans surprise, la chanson finit sur « Où subsiste encore ton écho » qui laisse un goût d’amertume et d’inachevé.

    Voyons à présent comment tout cela s’articule.

    Seconde relecture des paroles : la structure générale

    Dès lors que nous avons décrypté les nombreux sens cachés, tout s’éclaire : comme par magie, le puzzle se met facilement en place. Bashung déroule chronologiquement sa vie amoureuse.

    COUPLET 1

    Première partie : Bashung parle de sa vie avant sa rencontre avec sa compagne :

    On m’a vu dans le Vercors
    Sauter à l’élastique

    Voleur d’amphores
    Au fond des criques
    J’ai fait la cour à des murènes
    J’ai fait l’amour, j’ai fait le mort
    T’étais pas née

    Seconde partie : la rencontre avec sa compagne et l’amour débridé.

    À la station balnéaire
    Tu t’es pas fait prier
    J’étais gant de crin, geyser
    Pour un peu je trempais
    Histoire d’eau

    REFRAIN

    Bashung souligne le côté sombre de cette relation, avec ‑déjà‑ ses non-dits, ses destinations cachées.

    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    COUPLET 2

    Première partie : on sent bien que cette relation malgré tous les efforts de Bashung, est en train de lui échapper.

    J’ai fait la saison
    Dans cette boîte crânienne
    Tes pensées
    Je les faisais miennes
    T’accaparer seulement t’accaparer
    D’estrade en estrade
    J’ai fait danser tant de malentendus
    Des kilomètres de vie en rose

    Deuxième partie : même sensation, mais là, on est dans le sexe (im)pur et dur !

    Un jour au cirque
    Un autre à chercher à te plaire
    Dresseur de loulous
    Dynamiteur d’aqueducs

    REFRAIN :

    Éclairé par le couplet 2, le malaise de ce second refrain devient plus explicite. La fuite en avant !

    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Effrontément
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    COUPLET 3

    Première partie : bien qu’identique au premier couplet, ce passage prend un nouveau sens : une évocation du temps passé… et perdu à jamais.

    On m’a vu dans le Vercors
    Sauter à l’élastique
    Voleur d’amphores
    Au fond des criques
    J’ai fait la cour à des murènes
    J’ai fait l’amour j’ai fait le mort
    T’étais pas née

    Deuxième partie : il n’y a pas de deuxième partie ! Et pour cause : on a bien compris que cette fois-ci, il n’y aura plus de nouvelle rencontre. L’auteur est seul face à lui-même.

    REFRAIN :

    A qui Bashung ment-il désormais ? Sans doute à lui-même. La répétition de ce refrain, sans plus aucun couplet, nous laisse subodorer que ces trains nocturnes ne mènent nulle part.

    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    Après avoir enchaîné deux fois ce dernier refrain, la chanson finit en « shunt » sur ces paroles inachevées, sur cet écho inexorable et irrésolu.

    La recette de la chanson : double sens et  double fil

    Une chanson à double(s) sens

    Depuis le début de sa carrière, Alain Bashung s’est illustré par des jeux de mots et des énigmes, en se gardant bien de donner la clé de ses explorations littéraires. Cette culture du mystère a grandement contribué à sa légende.

    le double sens de la chanson

    A chaque nouvelle chanson, chaque auditeur a donc sa propre analyse, souvent incomplète, parfois erronée.
    Comme dans la « chanson à énigme », le thème n’est pas traité de façon explicite, mais par une suite d’images. Celles-ci peuvent être :
    – des métaphores,
    – des expressions détournées,
    – des jeux de mots, des contrepèteries,
    – et… de simples images qui sonnent bien, et qui par leur poésie propre donnent du liant au tableau final.

    Un intérêt majeur de la chanson à énigme -ou à double sens‑ est qu’elle permet à chacun de se projeter dans les images proposées, invite au « lâcher prise » et laisse à l’auditeur toute liberté pour interpréter les images, voire pour y projeter ses propres fantasmes. Elle est également valorisante pour l’auditeur qui a la sensation de pénétrer dans un cercle d’initiés.

    Une chanson à « double fil »

    Voilà l’intérêt principal de cette chanson : Bashung utilise le principe du « double fil » : il va mêler deux thèmes, à savoir celui de la Résistance et celui de la rupture amoureuse.
    Ces deux thèmes vont se dérouler en parallèle durant toute la chanson, avec de proche en proche des passerelles entre eux.
    De plus, Bashung a pris le parti de placer nombre de ces images dans un milieu aquatique : simplement parce qu’au cours de l’écriture, les jeux de mots l’ont amené sur ce terrain, et qu’il a choisi de le privilégier ensuite. C’est la « théorie du cerf-volant », que je vous décris dans un autre article.

    De façon annexe, on observera que Bashung ne s’encombre pas de principes concernant les rimes : ça rime… ou pas !

    Et si l’auditeur n’a rien compris ?

    Une chanson à énigme, tout comme un casse-tête chinois, n’a pas nécessairement vocation à être comprise par tous. La magie opère même si l’on ne comprend rien, et le sens se livre, par petites touches, au fil des écoutes. C’est ce qui fait son charme et sa beauté.
    L’ensemble, par sa poésie, doit être agréable à écouter même si l’on ne comprend pas tout.

    Côté musique

    La voix et la mélodie

    La voix, incantée plus que chantée, est posée sur une suite d’accords simples mais irrésolus.

    L’harmonie

    Bashung utilise des accords de guitare assez courants, mais les enchaîne sans qu’il y ait vraiment un début et une fin à ses phrases musicales. Ceci contribue à l’aspect énigmatique et inquiétant de l’œuvre : on est en terrain connu mais mouvant. L’auditeur, en manque de repères, est donc un peu perdu, ce qui ajoute au malaise et au mystère.

    Les arrangements et l’orchestration

    Ce sont surtout les arrangements qui mettent en avant le fil du récit, avec l’arrivée progressive des instruments :
    – Au départ une simple guitare, qui souligne la fragilité de l’histoire.
    – Puis la basse, qui arrive de façon presque imperceptible pour étoffer le propos. Du classique…
    – Et voilà l’orgue… mais un orgue au son aigre, qui loin d’étoffer l’orchestration, semble la fragiliser encore.

    Ainsi, malgré l’arrivée successive des instruments, on reste dans une sorte d’immobilité presque arythmique dont on sent bien qu’elle va se rompre.
    – C’est alors qu’arrive la batterie, brutale et puissante, emportant tout avec elle. Elle évoque instantanément un train qui part dans la nuit, tels les trains de la mort, donnant à la chanson une couleur dramatique qui fait froid dans le dos.
    – Enfin débarquent les cordes, qui envahissent le mix. Cela évoque irrésistiblement la Résistance : traditionnellement, ce type de musique est lié aux films traitant de cette époque. J’adore !

    Et on est emporté comme ça jusqu’à la fin de la chanson, vers un déroulement qui semble inéluctable, sans pont ni rupture ni transition (si ce n’est une brève accalmie comme une traversée de gare au couplet 3). Seuls des breaks de batterie, tels des aiguillages, semblent nous conduire vers une destination fatale.

    A vous de jouer

    On peut se demander comment Bashung et Fauque ont réussi à construire une chanson aussi complexe, et comment ils y ont greffé toutes ces idées.
    Ce serait prendre le problème à l’envers (l’envers du Vercors ? Bon j’arrête). Car pour ce type de texte, ce sont les mots qui vont guider le sens et non l’inverse.

    Les auteurs ont simplement utilisé la méthode du brainstorming, que je décris dans un autre article.
    Mais ce n’est pas là-dessus que nous allons travailler aujourd’hui.

    A vos stylos !

    Voici le moment tant attendu de votre travail de création. Et aujourd’hui, c’est du lourd ! Si vous êtes débutant, vous avez droit à un Joker !

    Vous allez créer un texte à double fil.

    Dans un double discours, vous allez mêler :

    • un propos principal, qui sera le véritable thème de la chanson, et
    • un propos secondaire, qui en constituera le décor.

    Pour réussir votre création :

    • Prenez deux thèmes qui vous inspirent, ou à défaut deux thèmes connus de votre public cible.
    • Choisissez deux thèmes qui puissent se lier. Partir d’une métaphore connue peut être un bon support.
    • Commencez par un brainstorming, et construisez votre histoire en fonction des mots que vous avez trouvés. Et pas l’inverse !

    Pour fonctionner, votre texte doit être compris par une part importante du public (idéalement, pas TOUT le public, ce qui suscitera le débat et la curiosité).
    Enfin, je le répète : on est ici sur du gros niveau technique. Si vous en êtes à vos toutes premières chansons, ne vous lancez pas tout de suite dans cette aventure !

    https://academiedelachanson.fr/on-connait-la-chanson-alain-bashung-osez-josephine/Et surtout, n’hésitez pas à utiliser les commentaires pour donner vos impressions, poser vos questions et poster vos créations !
    Pour découvrir le sens caché d’une autre chanson de Bashung, je vous invite à aller voir ici en cliquant sur ce lien : « Alain Bashung – Osez Joséphine »

    Vive le Vercors et Vive la Chanson !

  • Yesterday

    Yesterday

    Ou les délices de la traduction approximative

    Présentation

    Pourquoi parler de « Yesterday » ? Pourquoi parler d’une chanson anglaise ? Et bien parce que « Yesterday » a inspiré à Michel Jourdan, immense auteur français, une de ses plus belles chansons.

    Album de la chanson Yesterday des beatles
    Disque chanson Il a neigé sur Yesterday Marie Laforet

    Il s’agit bien sûr de « Il a neigé sur Yesterday », interprétée par Marie Laforêt, qui fait l’objet d’un autre article dans cette même rubrique.
    Dans cette mise en abîme de « Yesterday », tube phare des sixties, les paraboles et les licences poétiques s’enchaînent, et on sent que l’auteur connait bien l’œuvre des Beatles et maîtrise la langue de Shakespeare.

    Et bien… pas si sûr ! Car le hasard fait parfois bien les choses.
    Et dans le cas présent, cela tient du miracle !
    Mais d’abord les paroles !

    Les paroles de « Yesterday » 

    The beatles 1966

    Yesterday, all my troubles seemed so far away
    Now it looks as though they’re here to stay
    Oh, I believe in yesterday

    Suddenly, I’m not half the man I used to be
    There’s a shadow hanging over me
    Oh, yesterday came suddenly

    Why she had to go, I don’t know, she wouldn’t say
    I said something wrong, now I long for yesterday

    Yesterday, love was such an easy game to play
    Now I need a place to hide away
    Oh, I believe in yesterday

    Why she had to go, I don’t know, she wouldn’t say
    I said something wrong, now I long for yesterday

    Yesterday, love was such an easy game to play
    Now I need a place to hide away
    Oh, I believe in yesterday

    Un peu d’histoire 

    Paul mac cartney quitte les beatles journal

    Août 1965 : Sortie de « Yesterday »
    Avril 1970 : séparation des Beatles
    1977 : sortie de  « il a neigé sur Yesterday » par Marie Laforêt. Paroles Michel Jourdan, musique Jean-Claude Petit et Tony Rallo
    https://www.youtube.com/watch?v=wr7MyaFBPIk

    « Yesterday » servira de support à Michel Jourdan pour écrire « Il a neigé sur Yesterday ».

    Seulement voilà : ne maîtrisant pas l’anglais, Michel Jourdan va se fourrer le doigt dans l’œil, et ce que l’on a pris pour une jolie métaphore « il a neigé sur Yesterday » n’est en fait qu’une erreur de traduction, car l’auteur croyait que « Yesterday » était… le nom d’un lieu !

    Yesterday est une ville anglaise !

    Oui ! Michel Jourdan a écrit tout ce texte en pensant que Yesterday était… le nom d’une ville anglaise !!!
    Incroyable !?! Et pourtant vrai !

    Dans l’intention de l’auteur, ce n’est donc pas sur une chanson que la neige tombe, mais sur le lieu où les Beatles se retrouvent !

    Faisons un petit jeu

    Dictionnaire français anglais pour la traduction de chansons

    Faisons un petit jeu, voulez-vous ? Un voyage dans le temps qui nous emmène en 1977.

    Imaginons que nous parlions un anglais partiel et imparfait, et que nous voulions comprendre les paroles de « Yesterday » : n’oublions pas qu’à l’époque, il n’existait pas de traducteur automatique, et que les français, même anglophones, ne parlaient qu’un anglais très approximatif.

    On y va ?

    Les paroles de « Yesterday » traduites à la « one again »

    « Yesterday, all my troubles seemed so far away »
    Ah : « far away » ça veut dire que c’est loin.
    Yesterday, tous mes troubles semblaient si loin

    Now it looks as though they’re here to stay    
    Ah : «here to stay » : rester ici : où ça ? à Yesterday !

    Oh, I believe in yesterday   :
    Je « traduis » littéralement : Oh I be live : oh je vais vivre
    in Yesterday : à Yesterday !

    Pour la suite, personne ne comprend rien de toute façon, donc on expédie un peu :
    Suddenly, I’m not half the man I used to be
    Là j’ai compris qu’il y a une femme (Sue Dunly ?) et que je suis un homme.

    There’s a shadow hanging over me
    (ça ne veut rien dire, même en anglais c’est dur à comprendre)
    Oh, yesterday came suddenly
    Ah si ! J’ai compris : il y a Madame Sue Dunly qui vient à Yesterday !
    Et quand elle me prend dans l’ombre, je suis un homme. Tout cela n’est pas très clair.

    Why she had to go I don’t know
    Pourquoi elle a dû repartir, je sais pas
    She would’nt stay
    Bon « she wouldn’t stay » : elle n’a pas voulu rester. Flûte !
    I said something wrong,
    J’ai dû lui dire un truc qui ne lui a pas plu

    now I long
    Maintenant elle est loin
    for yesterday
    de Yesterday. Et voilà !

    Yesterday, love was such an easy game to play
    A Yesterday, on avait la vie facile et on faisait les 400 coups
    Now I need a place to hide away
    Maintenant je dois trouver un (autre) endroit pour me cacher

    Oh, I be-lieve
    Oh je veux rester vivre, où ça ?
    in Yesterday
    à Yesterday pardi !

    Et voilà pourquoi désormais, il a neigé sur Yesterday : tout ça c’est fini, la belle vie et les visites galantes !

    Et ne croyez pas que je plaisante ! A l’époque, c’était comme ça : l’information était bien moins accessible qu’aujourd’hui ! La langue anglaise n’était (péniblement) pratiquée que par une minorité et on se débrouillait avec les moyens du bord !

    C’est ainsi que des choses inimaginables pouvaient se produire : Gainsbourg qui plagie un album entier sans qu’on s’en rende compte, deux artistes différents qui sortent le même jour la même chanson, et notre Johnny national qu’on fait passer pour un américain non francophone (quoique) ! Toute une époque !

    Sur un malentendu, ça peut marcher

    Si vous avez lu dans cette rubrique l’article consacré à « Il a neigé sur Yesterday », vous avez vu que l’auteur ne s’est pas arrêté en si bon chemin, puisqu’il y a multiplié à l’envi les erreurs et contre-vérités, écrivant au passage – et un peu par hasard – un de ses plus gros succès.

    Et personne à l’époque n’a remarqué toutes ces erreurs !
    Il faut replacer cette chanson dans son contexte historique.
    On n’avait comme aujourd’hui accès à de nombreuses sources d’informations qui permettent de vérifier le moindre détail.

    Les français étaient très peu anglophones, et n’avaient aucun moyen de vérifier les sources et les erreurs. Ceci illustre un point extrêmement intéressant : ce qui compte en chanson, c’est d’être en phase avec le public. Et dans le cas présent, c’est exactement ce qui se passe.

    Qui est donc Michel Jourdan, le parolier ?

    Je dois rendre justice à Michel Jourdan, que j’ai un peu égratigné dans cet article.

    Cet immense auteur (plus de 3000 chansons), disque d’or, Victoire de la musique en 2005 avec « Si seulement je pouvais lui manquer »  a écrit pour les plus grands chanteurs des époques qu’il a traversées.

    Juste : il ne parle pas anglais, ce qui ne l’a pas empêché de faire un chef d’œuvre avec peu de moyens.

    En cela il nous montre le chemin.
    Je pense respectueusement à lui chaque 10 août, date de son anniversaire… et du mien ! Tiens, justement c’est aujourd’hui !

    Livre chanson Michel Jourdan l'auteur de la chanson "Il a neigé sur Yesterday"

    À vous de jouer !

    Vous le savez, chaque article se termine par un travail concret.

    Nous avons vu que le « franglais », ou la traduction approximative, peut être un support humoristique très intéressant. Je me suis beaucoup amusé à décrypter « Yesterday » comme l’avait fait plus « sérieusement » Michel Jourdan.
    De grands auteurs ont joué sur cette faiblesse pour créer des succès : Aznavour avec « For me formidable »  en 1963 ou Renaud avec « It is not because you are » en 1980, pour ne citer qu’eux.

    Ecrire une chanson

    A votre tour : Je vous invite à traduire « littéralement » une chanson anglaise connue, avec une arrière-pensée humoristique.
    Pour que cela fonctionne, il faut :
    – que cette chanson soit connue du grand public
    – que l’on comprenne qu’il s’agit de contresens (donc les mots faussement traduits doivent être connus de l’anglophone français moyen d’aujourd’hui)
    – si possible que le « sens » français corresponde au « son » anglais, comme par exemple « ail ou radis » pour « are you ready » ou « roulez les gamelles » pour « you really got me »
    Pas besoin de faire long : les effets comiques se neutralisent s’ils sont trop appuyés, et un court texte sera plus drôle et moins laborieux qu’un travail exhaustif.

    Un petit bonus ?

    Pourquoi a-t-il neigé sur Yesterday ?

    Je me suis demandé ce qui avait pu inspirer à Michel Jourdan cette idée de la neige sur « Yesterday ».

    Et bien si l’on traduit « yesterday » en français, cela donne « hier ».
    Si l’on considère que Yesterday est une ville, son pendant serait « Hyères » dans le Var. A deux pas de chez Michel Jourdan… Tiens, tiens !

    il a neigé sur yesterday

    Savez-vous ce qui s’est passé sur les hauteurs au dessus de Hyères en Avril 1970 ? Un phénomène rarissime à cette période de l’année : il a neigé !

    Explication étonnante, je vous l’accorde, et pourtant… parfaitement authentique !

    J’ai fait des recherches dans les archives de Météo France. Et voilà ce que j’ai trouvé :

    MÉTÉO D’AVRIL 1970 (année de séparation des Beatles)
    « Avril 1970: Glacial, sombre, pluvieux et neigeux (T 6.7 ! !, P 146 / 17 ! !, S 142), Uccle 60 h de soleil, la neige persiste longtemps en montagne. »
    « 3 avril 1970:-3° à Bordeaux, -0.5° à Cannes, -1.6° à Toulouse,. Max. 5° ».

    On n’échappe pas à son destin ! 😏

    Conclusion

    Une chanson a parfois besoin d’un petit coup de pouce du destin : « Il a neigé sur Yesterday » nous montre que ce qui semble être une faiblesse peut devenir un atout considérable.
    La chanson est un art poétique qui fait confiance à l’imaginaire de l’auditeur. La raison n’y a que peu de poids face au talent.
    Croyez en vous !

    Et surtout, n’oubliez pas de partager vos réactions en commentaire, et bien sûr, de nous faire découvrir vos trouvailles franglaises !

    Bon travail, et god save la chanson !

  • Quel instrument de MUSIQUE pour débuter ?

    Quel instrument de MUSIQUE pour débuter ?

    A capella basta !

    Vous avez des super idées de chansons, et vous aimeriez bien les chanter à votre entourage ou sur des petites scènes.
    Seulement voilà : vous ne jouez pas encore d’un instrument, et vous avez bien vu que ceux qui chantent a capella dans les scènes ouvertes ont du mal à être pris au sérieux.
    Eh bien la solution est juste en dessous !

    chanter ses chansons a cappela

    Voici quatre SOLUTIONS SIMPLES ET PEU COÛTEUSES POUR VOUS ACCOMPAGNER.

    S’accompagner, c’est facile !
    Apprendre une instrument pour s’accompagner, ce n’est pas s’inscrire au conservatoire. Il suffit de connaître quelques accords de base.
    Quant au prix des instruments, vous allez être agréablement surpris : ça commence à… zéro euro !
    Voici quatre solutions : je les ai classées par ordre de difficulté d’apprentissage.

    Comme indiqué plus haut, je donne également un ordre d’idée des prix, que j’ai basé sur un matériel minimum pour commencer.
    Promis, je ne ferai pas comme ceux qui vous disent « il y a tous les prix » et ne vous donnent au final aucune info !

    Prêt à plonger dans le grand bain ? On y va !

    1) Le clavier arrangeur

    clavier arrangeur, pour débuter en chanson

    Même en entrée de gamme, le clavier arrangeur est un véritable instrument de musique avec lequel il est facile de s’accompagner.

    Moi, j’emmène le mien partout !
    Dans le Grand Nord, sur la plage, à la montagne., sur scène… partout, je vous dis !

    Investissement :

    En neuf : minimum 65 euros / en moyenne 150 euros. Le mien, c’est celui dela photo (ci dessous une suggestion à 65€ en lien affilié) franchement il est génial !
    Le YAMAHA PSS-F30 à 61€

    En occasion : minimum 45 euros / en moyenne 100 euros

    Avantages : 

    Apprentissage facile : grâce au système « un doigt », 1 doigt suffit pour avoir un résultat !

    Musical : ça « sonne » toujours, et vous avez un véritable orchestre à votre disposition.

    Résultat propre et assez rapide

    Possibilité d’enregistrer facilement ses productions

    Inconvénients :

    Paradoxalement, malgré sa facilité d’utilisation, les erreurs et fausses notes ne pardonnent pas. Donc pas toujours évident à gérer en spectacle.

    Un peu encombrant (même si vous optez pour des mini-touches)

    Nécessite une alimentation (piles ou secteur) donc pas forcément pratique, voire même rédhibitoire si vous êtes dans une scène purement acoustique.

    En résumé :

    Un excellent instrument pour débuter, un instrument de travail sur lequel vous pourrez créer et progresser… mais pas très sexy hélas.

    2) Le ukulélé

    Forcément, j’ai une tendresse particulière pour le ukulélé, puisque Aurélie 💕 et moi avons créé une chaine YouTube « Jouer du ukulélé » pour les adultes et les enfants dès 5 ans !
    Ca se passe ici : Jouer du ukulele (mais bon ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui ! 😀 )

    Ukulele comme instrument de musique pour débuter

    Avec le ukulélé, on attaque les instruments sans artifice, où l’on joue « pour de vrai », sans l’appui d’une programmation.
    Et ce n’est pas difficile !

    Investissement :

    Alors la bonne nouvelle, c’est qu’on peut avoir un « vrai bon » ukulélé pour un prix dérisoire, voire immoral !
    En neuf : minimum 20 euros / en moyenne 50 euros (ci dessous deux suggestions de ukulélés en liens affiliés) :
    Très complet, finition bois naturel :
    Le Ukulele Martin Smith avec tous les accessoires pour 49€
    ou pour pas cher et plutôt classe :
    Le Martin Smith noir avec étui pour 24€, idéal pour débuter !
    En occasion : minimum 10 euros / en moyenne 50 euros aussi !

    Avantages :

    Pas cher du tout

    Sympathique et convivial 

    C’est un « vrai » instrument qui permet des nuances de jeu.

    Il existe plein de modèles différents, avec des looks originaux et sympathiques

    Très faible encombrement 

    Transportable partout (quel autre instrument ose-t-on amener à la plage ?)

    Facile à apprendre

    Constitue une bonne préfiguration pour la guitare (les doigtés sont les mêmes).

    Inconvénients :

    Parfois (un peu) fragile pour un instrument destiné à être nomade

    Nécessite un accordage (risque de bris de corde pour les débutants)

    Achat d’un accordeur indispensable (5 euros)

    Peut parfois donner l’apparence d’un manque de sérieux. (rassurez-vous, dès qu’on joue, ça calme même les plus sceptiques !)

    En résumé :

    Un compagnon facile à vivre qui sait faire beaucoup de choses, et qui saura vous proposer des looks en cohérence avec votre style.

    3) la guitare acoustique

    Bien…
    Là encore, spéciale dédicace, puisque c’est l’instrument qui m’accompagne sur scène et… oserai-je le dire, j’en ai une cinquantaine à la maison.
    Je vous présenterai ma collection un de ces jours, promis !

    La guitare pour débuter ?

    La guitare, c’est par excellence l’instrument du chanteur de chanson française !

    Mais voyons si c’est vraiment la bonne option pour vous !  

    Investissement :

    En neuf : minimum 85 euros / moyenne 140 euros (ci dessous deux suggestions en liens affiliés)

    Avec des cordes nylon ou « classique ».
    Attention, il y a souvent des tailles « enfant » ! 1/2, 3/4 etc. Fuyez-les !
    Nous, on va prendre une taille adulte standard (4/4)
    Guitare classique 4/4 noire avec housse et 2 médiators à 59€

    Avec des cordes métal ou « folk » plus cool mais gare : ça fait mal aux doigts !
    En pas cher mais de très bonne facture, je vous conseille :
    La Rocktile « naturel » avec housse à 58€

    Si vous optez pour l’occasion, comptez minimum 40 euros / moyenne 90 euros

    Avantages :

    Pas cher 

    C’est un vrai instrument, polyvalent et universel

    Très sexy : jouer de la guitare, c’est la classe !

    Il y a toujours une guitare à se faire prêter si on n’a pas la sienne.

    Inconvénients :

    Apprentissage long et ingrat : avant de sortir vos premières vraies notes, comptez un mois de souffrance pour une guitare classique, 3 mois pour une guitare folk.

    Encombrant et fragile
    Allez j’avoue : en « classique », on peut prendre une taille 7/8 mais ça reste grand.

    Fait mal aux doigts, surtout la folk et ses cordes métal

    Réglage du manche à surveiller

    Nécessite un accordage (risque de bris de corde pour les débutants)

    Et donc : accordeur indispensable !

    Soit en version « appli smartphone » (gratuit)

    Soit, bien plus pratique, un accordeur à pince, toujours visible sur votre manche. Je vous conseille sans hésiter (en lien affilié) ce modèle de chez BOSS :
    L’accordeur BOSS TU-02 à 12€, avec son écran en couleurs très clair et vraiment lisible.


    En résumé :

    La guitare vous fait entrer de plain pied dans le monde des vrais musiciens. Si vous débutez, optez pour une guitare classique (cordes nylon) qui est moins violente pour vos délicats doigts d’artiste.
    Enfin, pour 15 euros de plus, préférez une guitare électro acoustique, facile à sonoriser et qui inclut un accordeur.

    4) Votre joker : l’application smartphone

    utiliser un smartphone pour composer de la musique

    Oui ! il existe une façon gratuite d’avoir un orchestre partout avec soi grâce à diverses applications pour smartphone.
    Pour savoir comment faire, reportez-vous à l’article que j’ai consacré à ce sujet.
    Solution merveilleuse ? Oui et non. Voyons cela de façon objective :

    Investissement :

    0 euro

    Avantages :

    Aucun investissement

    Toujours disponible

    Amplifiable sur une sono

    Résultat toujours propre 

    Possibilité d’enregistrer et de se produire sur scène 

    Inconvénients :

    Approche intellectuelle et peu musicale pour composer

    Avec le stress, il y a presque toujours un bug qui bloque l’appli lorsque vous passez sur scène.
    C’est mathématique.
    Et c’est un grand moment de solitude

    En résumé :

    Très pratique, mais peu compatible avec l’esprit « chanson française ».

    Concernant le matériel d’occasion :

    Trois remarques :

    Faites-vous aider

    Il y a en occasion de bonnes affaires… et pas mal de mauvaises !
    Alors si vous optez pour un instrument d’occasion, faites-vous conseiller et accompagner par quelqu’un qui sait déjà jouer et qui connait le matériel.

    Instrument de musique abimé

    Consultez la cote

    Consultez la cote du matériel sur Audiofanzine. Elle est fiable. Ne payez jamais votre matériel plus cher que sa cote.

    « Y’a un petit défaut mais c’est pas grave »

    N’achetez jamais un instrument de musique qui a un problème (manche réparé, caisse fendue, sillet abimé, mécanique tordue, etc…).

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion : Choisissez !

    On n’échappe pas à son destin !
    Tôt ou tard, vous y viendrez : l’instrument sert non seulement à vous accompagner, mais constitue également une source d’inspiration et un outil de recherche. Choisissez le vôtre avec votre raison, mais aussi et surtout avec votre cœur. Il sera votre meilleur conseiller !

    Et vous ? Avec quel instrument comptez vous débuter ? En utilisez-vous déjà un ?
    N’hésitez pas à poser vos questions et à partager vos découvertes en commentaire, cela profitera à toute la communauté !

    Bonne musique, et vive la chanson !

  • Relire vos chansons, comment faire ?

    Relire vos chansons, comment faire ?

    Savez-vous que certains grands succès ont été écrits sur un coin de nappe, en un quart d’heure ?
    Génial, non ?
    Qu’on m’apporte tout de suite un coin de nappe !
    Un quart d’heure plus tard, la chanson est là. Le travail est fini !

    Et bien, pas tout à fait !
    Même dans cette circonstance (plutôt exceptionnelle, on l’a compris), il convient de soigneusement relire ses chansons, (et re-re-re-relire) avant de les valider définitivement.

    Pourquoi ce travail de relecture est-il indispensable, et à quel moment doit-il intervenir ?

    Relire ses chansons, qu’est-ce que ça veut dire ?

    Un préalable : laissez agir l’inspiration !

    Une chose est sûre : lorsque « l’inspiration » frappe, ou plus modestement lorsque vous êtes dans la phase de création pure, c’est votre pensée divergente qui agit.

    Surtout, laissez-la faire : n’interrompez pas votre création. Notez, notez, notez !
    Pour en savoir plus sur cette question, reportez-vous à l’article qui traite de « pensée divergente, pensée convergente » (publication à venir) dans ce blog.

    trouver l'inspiration pour écrire des chansons

    Lors de cette phase de production, qui peut être parfois fulgurante, parfois douloureuse, souvent débridée et incompréhensible pour l’auteur lui-même, aucune censure, aucun jugement n’est de mise : l’élan de votre pensée ne doit pas être brisé.

    C’est pour cette raison qu’il sera indispensable, dans un deuxième temps, de relire vos chansons.
    Peu importe que vous ayez déjà pesé ou non chaque mot : la relecture est indispensable.

    Relire ses chansons, pourquoi ?

    Il suffit de jeter un coup d’œil aux brouillons des plus grands auteurs pour s’en convaincre : la bonne chanson n’arrive pas du premier coup. Les premières versions des plus grandes chansons sont souvent de piètres balbutiements truffés de maladresses. Et c’est bien normal !

    J’ai eu le privilège d’avoir en main des brouillons de Georges Brassens. Certaines premières versions semblent confondantes de médiocrité. En réalité, il n’en est rien : les idées se construisent peu à peu, comme une chrysalide en pleine mue. Tout le génie de Brassens a été de ne pas s’en contenter et de s’obliger à les peaufiner jusqu’à la perfection.

    En matière de création, on connait le ratio entre inspiration et transpiration. J’ai bien peur qu’à ce stade, nous arrivions à la phase de transpiration ! Vous êtes prêt ?

    A vous de jouer !

    Relire avec ses oreilles

    Concrètement, qu’est-ce que c’est, « relire ses chansons » ?

    Lire avec les oreilles.

    Relire ses chansons, cela se fait avec les yeux, mais surtout… avec les oreilles ! Nous sommes dans un art auditif, et non pas dans la littérature. N’est pas Art Mineur qui veut !

    Sur quelles bases va-t-on relire les chansons ?

    Reprenons les fondamentaux : une chanson, c’est TROIS choses :

    • Un texte
    • Une mélodie
    • Une cohésion harmonieuse entre les deux.

    Chacun de ces trois points doit fonctionner. Lorsqu’on parle de « relecture », il s’agit donc non seulement du texte, mais aussi de la mélodie et de la cohésion globale.

    Relire les chansons. scanner les paroles

    Quand relire ses chansons ?

    La relecture se fait à froid, lorsqu’on a déjà un peu « oublié » sa phase de création. Un peu comme si vous étiez une autre personne que celle qui a écrit.
    Pour une fois, vous avez le droit de remettre au lendemain !

    Relisez le texte, impitoyablement. Lorsque je dis « relire », cela implique de relire les trois aspects de la chanson : texte, mélodie, et cohésion.

    Concrètement, comment procéder ?

    Il vous faudra noter sans délai absolument tout ce qui vous semble poser problème, quitte à vous en accommoder parfois au final.

    Je le répète :

    • Notez sans délai, car très vite votre oreille va se réhabituer à certaines « fautes » et les laisser passer ensuite.
    • Notez tout, car on oublie quasiment en temps réel ce qui achoppe au fil de l’écoute, et on a du mal à se le remémorer par la suite. Je vous donnerai plus loin une astuce pour ne rien oublier en route sans s’interrompre.
    Noter les commentaires sur les paroles

    Faites-le en trois temps

    Etape 1 : Le texte

    La relecture du texte ne doit pas se contenter d’être visuelle : elle doit être orale, c’est-à-dire à voix haute.
    Traquez sans état d’âme :

    Dans la forme :
    • les fautes de français.
    • les répétitions involontaires
    • les lourdeurs phonologiques (assonances, « e » muets…)
    • les lourdeurs stylistiques (niveau de langage)
    Dans le fond :
    • les incohérences
    • les longueurs ou redites involontaires
    Etape 2 : La mélodie (si celle-ci est déjà avancée)

    La relecture de la mélodie se fait soit avec les paroles, soit en « yaourt » si celles-ci sont inachevées. On vérifie :

    • la fluidité des lignes mélodiques
    • l’enchaînement harmonieux de la progression des accords (ou progression harmonique)
    • la cohérence de l’ensemble, et on note d’éventuels accrocs.

    Dans cette phase, pas de meilleure alliée que notre propre oreille. Et pas besoin d’être « musicien » pour cela, au contraire !
    Notez « à chaud » tous les points qui achoppent, avant que votre oreille ne s’y habitue. C’est très important, et vous fera gagner du temps.

    Etape 3 : Pour l’ensemble
    • la durée totale supposée de la chanson : vous verrez qu’il sera très difficile de ne pas dépasser les 3’30 ! Cela vous amènera à faire des coupes dans vos paroles.
    • traquez les moments où l’ennui s’installe
    • mettez en place une montée dramatique (voir l’article à paraitre à ce sujet)
    • s’il y a un pont, vérifiez sa pertinence et son positionnement.

    Préparez la suite

    C’est ici que je vous donne l’astuce dont je parlais plus haut.

    Enregistrement de musique pour relire ses chansons

    A ce point de votre travail, je vous conseille d’enregistrer de nouveau votre travail. C’est votre « point de situation » en vue des prochaines relectures.
    Car oui, il y en aura d’autres !

    Lors de ces nouvelles relectures, vous pourrez ainsi avoir davantage de distance en vous positionnant comme simple auditeur, et donc mieux repérer les éléments à modifier pour vos versions suivantes.

    Lorsque vous réécouterez votre enregistrement, faites-le sans interrompre la lecture du fichier.
    Pour cela, notez simplement les minutages où vous avez remarqué un problème : par exemple : « 1’22 ; 2’34, etc. ».
    Dans un second temps, « relisez la relecture » en notant ce qu’il convenait de modifier : par exemple : « 1’22 : une syllabe difficile à prononcer ».

    Enfin, faites vos modifications.

    Certaines, toutes simples, se feront quasiment toutes seules pour un résultat spectaculaire.
    D’autres vous demanderont plus de travail. Il vous faudra parfois « démonter » toute une partie de la chanson pour solutionner une rime malheureuse.
    Pour d’autres enfin, vous ne trouverez pas de solution. C’est la vie, et il faudra vous en accommoder.

    Ce qui nous amène à la dernière partie

    Savoir finir

    Ce n’est qu’après plusieurs relectures et corrections qu’il vous faudra finaliser votre chanson. La fixer.

    Finaliser sa chanson n’est pas si facile : c’est un deuil autant qu’une naissance. Il faut savoir que, quel que soit le moment où vous déciderez que votre chanson est terminée, il vous restera sans doute des regrets. C’est une étape très importante, et assez difficile.

    Laissez-moi vous parler de Henri, excellent compositeur avec qui j’ai travaillé il y a pas mal d’années. Henri avait une particularité : il peaufinait et modifiait sans relâche les morceaux d’une répétition à l’autre. Bref, il « relisait » trop. Il en était même arrivé à la 24ème version d’une de ses chansons ! Autant dire qu’entre la version 1 et la version 24, il y avait de quoi faire deux ou trois chansons différentes.
    Résultat ? Nous n’avons jamais fait le moindre concert !
    C’est hélas une histoire vraie.

    finir de relire sa chanson

    Soyez donc efficace et pragmatique : lorsqu’il vous semble que les modifications n’apportent plus rien de fondamental, c’est qu’il est temps de passer à la chanson suivante.

    Et surtout, présentez vite votre œuvre : le bon accueil de vos auditeurs sera la meilleure des validations !

    Et le coin de nappe dans tout ça ?

    Peut-être qu’au final vous ne changerez rien : il arrive parfois que certains premiers jets soient les bons : c’est déstabilisant mais cela existe. Ne boudez pas ce cadeau du destin : si la magie opère, accueillez-la !

    L’intervention de l’entourage

    Tous les grands auteurs ont d’excellents conseillers : leur entourage proche.
    Avant même d’être votre premier public, vos proches sont aussi là pour vous faire des retours lors de vos points de situation.

    Faire écouter ses chansons à ses amis après relecture des paroles

    Vous pouvez, sans en abuser de leur disponibilité, leur soumettre vos brouillons pour recueillir leur sentiment…

    Mais n’oubliez pas que

    • ils ne sont pas des experts
    • ils ne sont pas dans votre tête
    • ils n’ont qu’un accès à la fois global (ils ne maîtrisent pas tout votre cheminement) et partiel (ils n’entendent pas les parties instrumentales que vous avez dans l’oreille) à votre œuvre.

    Donc, il conviendra de ne pas prendre au pied de la lettre ce qu’ils vous diront.
    Et de ne pas vous braquer si certaines critiques vous semblent injustes.
    Même si vous vous nourrissez de leur retour, n’oubliez pas que l’artiste, c’est vous.

    Pour les rebelles

    Couverture du livre des bourdes de la chanson française

    A ceux qui assument de ne pas relire leurs chansons, ou qui plus simplement négligent cette étape, je recommande la jubilatoire lecture de « L’anthologie des bourdes de la chanson française », où l’auteur réunit et commente avec humour de nombreuses erreurs qui ont trompé la vigilance de célébrités, comme Johnny Hallyday « c’était fin août, début juillet » sur la face B de « Requiem pour un fou »

    Bourdes de la chansons française Gilbert Montagné.

    ou Gilbert Montagné qui veut vivre « sous l’équateur du Brésil, entre Cuba et Manille» dans « viens danser ».

    Mais qui sait ? Peut-être les plus réfractaires d’entre vous auront un jour l’honneur d’y figurer ?

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Se relire attentivement, se faire relire par l’entourage est essentiel avant d’offrir son œuvre au public : au-delà même des imperfections qu’on ne détecte qu’avec le temps, certaines « vraies » fautes peuvent tromper votre vigilance. Tous les grands auteurs, en dépit d’une apparente facilité, se relisent beaucoup.

    L’Académie de la Chanson est là pour vous accompagner dans ce travail. Vous y trouverez des clés pour vous exprimer avec plus de force et de fluidité.

    Bonnes relectures, et Vive la Chanson !

    Image “inspiration” : by jannoon028 – Freepik
    Images “enregistrement” et “noter” by Freepik
    Images “écouter avec les oreilles” et “relecture” by wayhomestudio – Freepik
    Image “faire écouter à ses amis” by cookie_studio – Freepik
    image « finir » by Kamranaydinov – Freepik.com

  • Ecrivez des chansons originales

    Ecrivez des chansons originales

    Original ?

    Mais où sont passées les chansons originales ?

    Combien de fois vous êtes-vous dit en entendant une chanson, « oh, non ! Encore..! ».

    chanson manque originalité ennui

    Les histoires d’amour dont on se contrefiche, les conseils à la petite sœur donnés par une ado immature, la colère face aux inégalités, la soif de liberté au sommet de la montagne, la guerre des sexes… Mouais…

    Et c’est vrai qu’il est tentant, surtout lorsqu’on débute, de parler des thèmes qui nous tiennent à cœur : la paix dans le monde, l’amour, la planète, la vie d’artiste…

    Seulement voilà : ce sont des sujets généraux et galvaudés ! Une multitude de chansons traitent déjà du sujet que l’on veut aborder.

    Pour que votre chanson se démarque des autres, il faut faire une proposition originale sous peine de servir du réchauffé, et de n’intéresser personne.

    Pour cela, il n’y a que deux solutions

    • Choisir un thème moins rebattu
    • Traiter le thème sous un angle nouveau.

    Comment trouver un thème original ?

    Trouvez le point de départ

    Commençons par la mauvaise nouvelle : trouver un thème de chanson ne se fait pas à la maison avec une feuille et un crayon.
    Non : pour trouver un thème, il vous faut… ouvrir les yeux !
    Car c’est souvent d’une image que vous partirez. Quelque chose de concret qui sera le symbole du sujet que vous allez aborder.

    Appuyez-vous sur votre expérience : quelque chose que vous avez vu et qui vous a frappé, que ce soit lors d’un grand voyage ou plus simplement dans le métro, un ouvrier qui travaille dans le froid, un enfant qui joue, un couple atypique… voici la première clé pour écrire des chansons originales.

    Paradoxalement, plus cela fera partie du quotidien, plus cela aura d’impact.

    Notez à mesure

    Noter ses idées sur un bloc notes pour des chansons originales

    Dégainez illico votre carnet ou votre smartphone et notez, notez, notez !

    Il est indispensable de le faire à chaud, car rien n’est plus volatile qu’une idée géniale, ou qu’une sensation.

    Notez, vous dis-je !

    Exploitez

    Une fois rentré à la maison, ressortez vos notes, et grâce à la technique de la pensée divergente développée dans ce blog, notez :

    • les idées périphériques que vous en tirez
    • ce que vous retenez de ce que vous avez vu,
    • le lien que vous faites avec votre propre vie
    Trouver son chemin pour écrire des chansons originales

    bref trouvez votre propre chemin !

    Comment traiter un thème de façon originale ?

    Des chansons originales dans l’approche

    Choisir un éclairage différent pour des chansons originales

    Quelle sera votre approche du sujet traité ? Consensuelle, radicale, sociale…

    Pour créer des chansons originales vous n’êtes pas obligé de présenter votre propre point de vue : vous pouvez vous décentrer pour apporter un éclairage différent.

    Des chansons originales dans leur forme

    Choisissez la meilleure façon de présenter votre propos :

    • raconter une histoire,
    • décrire une image
    • faire défiler le temps

    peuvent être autant de façons différentes de parler d’un même thème
    et il en existe de nombreuses autres !

    Des chansons originales par l’angle choisi

    tour eiffel avec des angles de vues différents pour écrire des chansons originales

    Qui parle ?

    Le narrateur, un observateur, un enfant, le personnage principal, un autre personnage, quelqu’un qui parle à un autre, un mort, un objet ?

    Le simple changement d’angle modifiera complètement ce que recevra l’auditeur et permettra de créer des chansons originales.

    Des chansons originales dans la technique d’écriture

    Il existe de nombreuses formes de versification, avec diverses contraintes d’écriture. Trouvez-celle qui selon vous appuiera le propos (répétitif, libre, serré, etc…) et tenez-vous-y.

    Des chansons originales dans leur style

    Adapter le niveau de langage pour des chansons originales

    Quel sera le style lui-même (poétique, quotidien, emprunté…), mais aussi le niveau de langage utilisé (familier, grossier, relevé…), le phrasé (phrases courtes et sèches, développement tranquille…).

    Ces aspects doivent eux aussi être mis au service du propos.

    à vous de jouer :

    Assez discuté : vous allez à présent mettre cela en pratique. Comme toujours avec l’Académie de la Chanson, nous n’allons pas faire un exercice, mais une vraie chanson.
    Comment faire ?

    En suivant simplement ce squelette :
    1- Thème
    2 – Paniers :
    a) Idées
    b) Mots
    c) Rimes
    3- Type d’approche
    4 – Forme
    5 – Angle
    6 – Technique d’écriture
    7 – Style

    Attention : vous n’avez pas besoin d’être original dans chacun des points du « squelette » !
    Non : c’est l’articulation entre tous ces points, et surtout, leur cohérence avec votre thème, qui donnera tout le sel à votre oeuvre.
    Le squelette n’est là que pour vous guider, pas pour vous donner un carcan !

    Et surtout : partagez vos expériences, vos remarques et vos retours en commentaire : votre expérience enrichit la communauté !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Tout cela fait beaucoup de contraintes, me direz-vous ?

    Oui et non : c’est plutôt un cadre, un guide pour un travail d’écriture que vous ferez de toute façon. Et cela vous garantira de vous démarquer de tous ces auteurs qui partent à l’aveuglette dans des créations hasardeuses.

    Un impala original

    À vos stylos, et Vive la Chanson !

  • La javanaise – Gainsbourg

    La javanaise – Gainsbourg

    La javanaise

    Comment présenter une chanson qu’on ne présente plus ? Ce titre intemporel est moins complexe qu’il n’y parait, et vous allez être capable d’en récupérer les ingrédients.
    Mais chht! Voyons d’abord le texte:

    Les paroles de la javanaise

    J’avoue j’en ai bavé pas vous
    Mon amour
    Avant d’avoir eu vent de vous
    Mon amour

    Ne vous déplaise
    En dansant la Javanaise
    Nous nous aimions
    Le temps d’une chanson

    À votre avis qu’avons-nous vu
    De l’amour?
    De vous à moi vous m’avez eu
    Mon amour

    Ne vous déplaise
    En dansant la Javanaise
    Nous nous aimions
    Le temps d’une chanson

    Hélas avril en vain me voue
    À l’amour
    J’avais envie de voir en vous
    Cet amour

    Ne vous déplaise
    En dansant la Javanaise
    Nous nous aimions
    Le temps d’une chanson

    La vie ne vaut d’être vécue
    Sans amour
    Mais c’est vous qui l’avez voulu
    Mon amour

    Ne vous déplaise
    En dansant la Javanaise
    Nous nous aimions
    Le temps d’une chanson

    Les origines de la javanaise

    Nous sommes en mars 1963, et Serge Gainsbourg sort cette chanson qui fait date : la javanaise.
    Deux mois plus tard, Juliette Gréco, qui en était l’inspiratrice, la sort à son tour !

    Ce n’était que le début d’une longue histoire pour ce monument de la chanson, qui fut chantée depuis par des centaines d’interprètes.

    Pochette album vinyl de la Javanaise de Serge Gainsbourg

    La javanaise (1963)

    Auteur, compositeur et interprète : Serge Gainsbourg
    https://www.youtube.com/watch?v=V6gjzNm6dA0

    La recette de la javanaise

    Pour cette java, genre musical en vogue à l’époque, Gainsbourg exploite un langage usité dans les banlieues à cette époque, le « javanais ».

    Ce jeu de langage apprécié des jeunes de l’époque consiste à ajouter « av » aussi souvent que possible au milieu des mots, pour les rendre incompréhensibles aux non-initiés.

    Ainsi, « parler javanais » se dit en javanais
    « pavarlaver javanavais ».
    « Bonjour » devient « bavonjavour ».

    Pochette album Valse Java origine de la javanaise

    Le coup de génie de Gainsbourg

    Côté paroles

    Portrait de l'auteur de chanson Serge Gainsbourg auteur de la Javanaise

    Ici, Gainsbourg détourne cette règle grâce à un habile subterfuge, puisqu’il va utiliser des mots ou des suites de mots intégrant déjà le phonème « av ». Ceci de façon très fréquente « j’avoue, bavé, pas vous, avant… »

    A l’oreille, l’effet est le même que le « parler javanais », tout en n’utilisant que des mots français non modifiés… et donc parfaitement compréhensibles.

    Quel travail de titan, pensez-vous… et bien… non !

    En effet, si l’on enlève :
    – le refrain, qui est plutôt simple :
    « ne vous déplaise / en dansant la javanaise / nous nous aimions / le temps d’une chanson »
    – et tous les « mon amour » qui ponctuent le propos,
    il ne reste plus que… 8 vers !

    Et oui, c’est donc une « toute petite » chanson que Gainsbourg a écrite !

    Côté musique

    C’est bien vu également : tout tourne sur 2 notes seulement, qui naturellement tombent obstinément sur les « av » de la chanson, ce qui accentue l’effet « javanais » du texte.

    Les paroles de la javanaise en détail

    Laissons de côté le refrain, pour nous intéresser aux couplets :

    J’avoue j’en ai bavé pas vous
    Mon amour
    Avant d’avoir eu vent de vous
    Mon amour

    À votre avis qu’avons-nous vu
    De l’amour?
    De vous à moi vous m’avez eu
    Mon amour

    Hélas avril en vain me voue
    À l’amour
    J’avais envie de voir en vous
    Cet amour

    La vie ne vaut d’être vécue
    Sans amour
    Mais c’est vous qui l’av-ez voulu
    Mon amour

    Et voilà ! En 8 vers, le tour est joué !

    Les autres versions de la javanaise

    Photo de l'auteur de chansons Serge Gainsbourg et de la chanteuse Juliette Gréco chantants la javanaise
    Juliette Gréco et Serge Gainsbourg

    Si de nombreux artistes ont repris ce petit chef-d’œuvre (la première étant Juliette Gréco deux mois après Gainsbourg), il en est un qui fut remarquable.
    Et c’est encore… Serge Gainsbourg lui-même !

    Pochette de l'album la javanaise de Gainsbourg version reggae

    Dans la version « Javanaise remake » sortie en 1979 (16 ans plus tard), Gainsbourg remplace « mon amour » par « love », et ajoute un couplet :

    Navré d’avoir ouvert mes veines
    Love pour
    Un’ vraie savalavopave
    Love

    Remake : (à 2:30)
    https://www.youtube.com/watch?v=Z0D_881D_gM

    Bien vu pour ce qui concerne « love » qui se rapproche davantage du « javanais » que « mon amour ».

    Mais pourquoi diantre Gainsbourg a-t-il écrit « savalavopave » (donc « salope »), seul mot qui trahit la règle de la chanson. N’eût-il pas été plus fin d’opter pour un vers plus policé, comme « avoir rêvé de vos lèvres » ou « laver ma vie de vos aveux » par exemple ?

    La réponse est simple : nous sommes en 1979, et plus personne ne sait ce qu’est le « parler javanais ». Gainsbourg nous donne donc habilement la clé du texte. Tout en nous glissant au passage une de ces provocations iconoclastes qui ont contribué à sa sulfureuse légende.

    A vous de jouer !

    Je vous propose d’écrire à votre tour un couplet de deux vers de « La javanaise ».
    – qui rime si possible
    – qui a du sens si possible

    Suivez dans l’ordre les étapes 1 à 5 :

    1. Prenez une feuille et un stylo… ou un ordinateur.
    2. Listez-y des mots contenant « av » ou à défaut « v ».
    3. Utilisez notamment « vous » : « à vous », « de vous », « chez vous », « si vous », « en vous ».
    4. Ecrivez deux vers de 8 pieds chacun contenant un maximum des sons en « v ». Pour simplifier l’écriture, la rime sera en « vous ».
    5. Partagez vos deux vers en commentaire ! Les membres de la communauté seront heureux de découvrir votre production. Soyez sans crainte : ici, la bienveillance et l’entraide sont de mise !

    Pour aller plus loin

    D’autres mots semblent hérités du javanais, même s’ils ne lui appartiennent pas toujours !
    Ainsi, « pourave », « chouraver », « poucave », viennent du romani.

    Mais le « javanais » n’est pas la seule langue codée utilisée par un groupe social.


    Image de boucher pour illustrer le langage Louchébem

    Le louchébem

    Le « Louchébem » fut le langage des bouchers des Halles au XIXème siècle.

    Pour parler Louchébem, on remplaçait la première lettre du mot par un L, puis on plaçait cette première lettre à la fin du mot ; on accolait enfin un suffixes tel que –è, -em, -oc, –uche, –ic qui variait selon la sonorité et les goûts de chacun.
    « boucher » devenait ainsi « l-ouché-b-em »

    Les amoureux de Frédéric Dard connaissent « en douce » qui devient  « en loucedé » ou « à poil » qui devient « à loilpé ».


    Ambigramme Verlan de Basile Morin

    Le verlan

    Arrivé dans les année 80, le « Verlan », existe toujours, avec son inversion de syllabes et ses fins de mots tronquées.


    « l’envers » devient « verlan »
    « punk » devient « kepon », « merci » devient « cimer » et ainsi de suite.

    Plus étonnamment, et par une mise en abyme, « arabe » devient « beur », puis « rebeu » qui est le verlan du verlan !

    (illustration Basile Morin)


    Le Redegue

    Beaucoup moins intéressant, le « Redegue » consiste à ajouter à chaque syllabe deux syllabes commençant respectivement par d et g.
    « Bonjour » devient « Berondeguejour ».
    Cela ressemble à un jeu pour ados. Complètement dérébidiguile selon moi.


    Le Kakitchka

    Le Kakitchka Consiste à rajouter « chka » à la fin d’un mot ou groupes de mots.
    Réservé à l’école primairechka !


    Image de feu pour illustrer la langue de feu

    La « langue de feu »

    C’est sans doute, en raison de son nom, celle qui a le plus fort potentiel poétique.
    Cette variante du javanais insère « de » « feu » dans les mots. Si l’effet est peu intéressant, le nom « langue de feu » peut se révéler, au même titre que le fut « la javanaise », un support inspirant pour un thème exotique et piquant.


    Pour en finir

    On ne va pas chinoiser ! Plutôt que de vous lancer dans une énième interprétation de « La javanaise », je vous propose d’écrire votre propre opus d’une chanson « codée », en jouant sur les phonèmes, comme Magic System avec « Premier gaou », Julien Clerc avec « Métisse d’Ibiza », Gotainer « Femmes à lunettes », Carlos « L’amour ça rend bo lélé », et tant d’autres !

    Alors, à vos stylos et vive la chanson !