Pourtant, dans ma tête, c’était génial…
Vous la teniez, votre chanson.
Vous étiez même plutôt content de vous : dedans, il y avait vos tripes, vos souvenirs, vos émotions, quelques jolies phrases et même deux ou trois mots que vous n’utilisez jamais dans la vie courante.
Et puis vous l’avez relue quelques jours plus tard.
Et là… Bof.
Le pire, c’est que vous n’êtes pas un mauvais auteur, alors ?
Alors il est probable que vous commettiez quelques-unes des erreurs classiques du mauvais parolier.
Allez, pas de problème, one est là !
Dans cette série de 4 articles, on va régler tout ça !
En commençant par les problèmes… d’approche !
Je confonds chanson et thérapie
Écrire parce qu’on souffre, c’est souvent -hélas- un bon point de départ.
Mais écrire une chanson, ce n’est pas simplement raconter pourquoi on souffre.
Votre carnet intime peut parfaitement contenir trois pages sur votre rupture.
Votre chanson, elle, n’a peut-être besoin que d’une image : une tasse restée sur la table, une veste oubliée derrière une porte, un message que vous n’effacerez pas.
La chanson transforme l’émotion. Elle ne se contente pas de la déposer sur la table.
Sincérité ne signifie pas automatiquement qualité.
Je n’ai rien à dire… alors je dis des choses évidentes
« Il faut profiter de la vie. »
« L’amour est important. »
« La guerre, c’est mal. »
« Être méchant, c’est pas gentil. »
Difficile de contredire tout cela.
Hum… difficile aussi d’en faire une chanson passionnante.
Le problème, ça n’est pas le sujet. Les grands sujets sont parfaitement légitimes.
Le problème, c’est de les traiter avec des généralités que tout le monde connaît déjà.
Cherchez votre angle. Votre détail. Votre façon à vous de regarder les choses.
Je veux faire poétique à tout prix
Alors arrivent les grands mots, les métaphores compliquées, les clichés et les expressions « qui font chanson ».
Et parfois des phrases comme :
« Dans l’évanescence de nos âmes meurtries… »
Alors qu’au fond, vous vouliez simplement dire :
« Tu me manques. »
Un mot compliqué, ce n’est pas forcément un mot profond.
Une image originale n’est pas forcément une bonne image.
Et une jolie expression peut être parfaitement inutile.
Demandez-vous toujours : est-ce que ce mot est là parce qu’il est juste, ou parce qu’il fait joli ?
Je raconte tout… et ma chanson n’en finit plus
Vous avez tellement de choses à dire que vous ne voulez surtout rien supprimer.
Résultat : six couplets, trois ponts et un refrain qui revient entre chaque chapitre de votre autobiographie. Pitié !
Une chanson n’est pas obligée de tout raconter !
Au contraire : savoir laisser de la place à l’auditeur est une qualité d’écriture.
Et attention au piège inverse : tout dire dans le premier couplet.
Si vous expliquez immédiatement la situation, les causes, les conséquences et ce que vous ressentez, que reste-t-il à découvrir ?
Pour éviter ces deux écueils, je vous invite à utiliser la technique des paniers, dont je vous parle dans cet article : Ecrire une bonne chanson : la technique des paniers.
Je montre au lieu d’expliquer
« Je suis triste parce que tu es parti et que je t’aimais encore. »
Bon c’est vrai qu’on comprend bien l’idée 😊. C’est clair.
Mais une chanson doit faire mieux que clair : elle peut faire ressentir.
On n’est pas là pour expliquer…
…ça devient vite lourd.
Alors comment faire ? C’est simple :
Un geste, un lieu, un objet, une scène, racontent bien davantage qu’une explication.
Ne dites pas à l’auditeur ce qu’il doit ressentir.
Donnez-lui quelque chose qui lui permette de le ressentir lui-même.
A vous de jouer
ALlez, on va faire un petit exercice impitoyable :
Vous allez prendre une de vos chansons, et vous poser ces trois questions :
Est-ce que je raconte quelque chose, ou est-ce que je raconte simplement ce que je ressens ?
Est-ce que j’utilise des mots que je n’emploierais jamais en parlant ?
Est-ce que chaque couplet apporte quelque chose, ou est-ce que je pourrais en supprimer un ?

Et n’oubliez pas : supprimer une mauvaise phrase n’est pas détruire votre chanson.
Au contraire : c’est précisément ce qui permet à la bonne phrase de respirer.
Avant de se quitter
Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.
En conclusion
Une bonne chanson ne raconte pas forcément quelque chose de nouveau.
Elle peut très bien s’appuyer sur des valeurs universelles que tout le monde connait ! L’amour, la perte, la colère, la solitude, sont souvent au coeur de très belles chansons.
Ce qui compte, c’est votre approche. Une approche simple, originale, touchante.
Une manière que vous seul pouviez trouver.
Et cela ne demande aucun génie. Juste un peu de technique (on est là pour ça), un peu de travail (vous êtes là pour ça) et surtout : le respect de votre auditoire.
Et c’est probablement là que commence véritablement l’écriture.
Vive l’écriture, et
Vive la Chanson !





