Il existe une drôle de maladie chez les auteurs-compositeurs-interprètes : ils passent énormément de temps à travailler seuls.
Ils écrivent seuls, composent seuls, enregistrent parfois seuls… et finissent même par écouter leurs propres chansons avec un air tellement concentré qu’ils pourraient presque se prendre pour leur propre public.
Alors, de temps en temps, il est salutaire de sortir de sa tanière.
Et pour cela, il existe une excellente invention : l’atelier chanson.
Il y a atelier… et Atelier !
Tous les ateliers ne fonctionnent pas de la même manière.
Il y a deux grandes familles
Les Ateliers de production collective
Certains ateliers privilégient la production collective. On additionne les compétences des participants.
L’un joue de la guitare, l’autre du ukulélé, un troisième de la basse, un quatrième chante… et tout ce petit monde finit par construire quelque chose ensemble, parfois avec la perspective d’un spectacle.
À Lyon, par exemple, le Collectif Songe, dont j’ai eu le plaisir d’enregistrer l’album au Studio Le2, fonctionne dans cet esprit.
Les Ateliers individuels techniques
D’autres ateliers sont beaucoup plus centrés sur le travail individuel et technique. Il ne s’agit pas de préparer un spectacle commun, mais de faire progresser chacun dans son propre domaine.
C’est notamment le cas du prestigieux atelier de Claude Lemesle, immense parolier français, dont j’ai eu la chance d’être l’élève. Je peux donc vous confirmer une chose : même lorsqu’on croit avoir déjà beaucoup appris, il reste toujours quelque chose à découvrir.
Dans la réalité, ces deux approches se mélangent souvent. Et c’est très bien ainsi.
Comment ça marche ?
Quel que soit l’atelier, le fonctionnement est le même.
Première étape : chacun présente son travail.
Le groupe écoute. Puis le coach analyse, commente, rectifie, suggère. Parfois les autres participants interviennent également.
Et c’est extrêmement instructif : entendre quelqu’un expliquer en quoi une chanson fonctionne — ou ne fonctionne pas — permet souvent de comprendre des choses que l’on n’aurait jamais vues sur sa propre chanson.
Deuxième étape : l’atelier proprement dit.
Le coach propose une thématique, l’illustre avec quelques chansons, puis répartit généralement les participants en petits groupes de trois à cinq.
Et là, au travail !
Consigne précise, temps limité, production à réaliser… Souvent, chaque groupe doit écrire ou composer une chanson autour du thème proposé.
Puis vient le moment délicieux où chacun présente le résultat au reste du groupe.
Et le coach recommence à décortiquer.
Troisième étape : les devoirs à la maison.
Un ou deux thèmes sont donnés. Chacun repart avec son travail à faire et devra présenter sa production lors de la séance suivante.
La boucle est bouclée.
Mais pourquoi donc y aller ?
Ça vous oblige à travailler.
Quand vous savez que vous devrez présenter une chanson finie dans un délai d’un mois, la chanson a beaucoup moins de chances de rester éternellement coincée dans le fameux tiroir où dorment déjà 47 chefs-d’œuvre inachevés.
Vous allez rencontrer d’autres auteurs et compositeurs.
Et cela fait un bien fou.
Parce qu’on découvre que l’on n’est pas seul à avoir des idées, des doutes, des trouvailles… et parfois un talent certain.
C’est d’ailleurs un excellent remède contre la grosse tête.
On arrive en pensant être un génie incompris. On repart en découvrant que les autres ont, eux aussi, quelques sacrées bonnes idées.
Et surtout, il se crée une émulation. On travaille davantage, on écoute davantage, on ose davantage.
Attention au coach !
C’est probablement le principal piège.
Il existe beaucoup d’animateurs d’ateliers enthousiastes et sympathiques.
Coach ou animateur ?
Mais animateur et coach, ce n’est pas exactement la même chose.
Pour être un bon coach, il faut au minimum deux qualités : une vraie compétence technique et une vraie pédagogie.
Certains possèdent les deux. C’est rare.
D’autres n’en possèdent qu’une. Pas si mal !
Et certains… on dira pudiquement qu’ils possèdent surtout l’enthousiasme…
Mais même dans ce dernier cas, vous pouvez progresser.
Car il y a une chose fondamentale à comprendre :
On apprend énormément de ses pairs.
Un atelier avec un coach extraordinaire vous fera énormément progresser.
Mais un atelier avec un coach pas terrible vous fera généralement progresser quand même.
Parce que vous aurez travaillé, écrit, écouté, échangé, comparé, recommencé.
Et rien que cela, pour un auteur ou un compositeur, c’est déjà beaucoup !
Alors, si vous n’avez jamais essayé :
Poussez la porte d’un atelier chanson !
Choisissez-le simplement avec un peu de discernement. Regardez qui l’anime, ce qu’il propose et, surtout, ce que deviennent les participants.
Et puis allez-y !
Vous découvrirez peut-être que votre prochaine bonne chanson ne naîtra pas tout seul devant votre ordi… mais autour d’une table, avec trois inconnus et une consigne apparemment idiote.
Il y a souvent de bonnes surprises. C’est comme ça que j’ai écrit (en rouspétant) certains de mes meilleurs titres !
À vous de jouer !
Trouvez un atelier près de chez vous et renseignez-vous.
Même si vous pensez « ne pas avoir le niveau ».
C’est précisément pour travailler que les ateliers existent !

Avant de se quitter
Et si vous avez déjà participé à un atelier chanson, venez nous raconter votre expérience dans notre groupe Facebook Auteurs Compositeurs Interprètes francophones. Les bonnes adresses et les bonnes expériences sont toujours bonnes à partager. Il suffit de cliquer ici.

Et si vous cherchez vous-même un accompagnement, sachez que je propose également des coachings et des ateliers d’écriture et de création. Après une vie consacrée à la pédagogie — j’ai notamment fait produire à mes élèves des albums et des comédies musicales — j’ai appris une chose essentielle : on progresse beaucoup plus vite quand quelqu’un vous aide à regarder votre propre travail autrement.
Vive les ateliers, et
Vive la Chanson !





