Ah, le débat éternel dans le monde de la chanson ! 😁
Faut-il commencer par les paroles ?
Par la musique ?
Ou créer les deux simultanément ?
En général, on vous répond « ça dépend », « il n’y a pas de bonne méthode »…
…eh bien pas ici : nous, on va vous apporter une VRAIE réponse !
On parie que cet article va vous éclairer vraiment ? Allons-y !.
Avant d’aller plus loin, précisons une chose : dans cet article, je parle “d’auteur” et de “compositeur” uniquement pour définir les rôles. Bien entendu, vous pouvez être auteur ET compositeur… et aussi interprète !
1) Commencer par les paroles
Ça, c’est le cas le plus fréquent.
L’auteur écrit un texte, puis le confie à un compositeur chargé de le mettre en musique.
Les arguments “pour”
En chanson, ce qui compte avant tout, c’est souvent l’idée. Ce qu’on raconte. La façon dont on le raconte. Les émotions, les images… et les mots.
Dans cette logique, la musique viendra ensuite servir le texte.
Le compositeur travaille alors comme un metteur en scène : il met en valeur l’intention de l’auteur.
Les arguments “contre”
Le problème, c’est que le compositeur se retrouve souvent enfermé dans une structure peu musicale. On détaille ?
– une métrique aléatoire.
– des accents toniques mal placés.
– des vers trop réguliers… ou trop irréguliers
– des rimes qui “tombent” au mauvais endroit.
– et surtout… les éternels octosyllabes et alexandrins que tout le monde nous sert depuis des décennies !
Résultat : le compositeur doit parfois faire des miracles pour rendre chantable un texte qui, au fond, a été pensé comme de la poésie… et non comme une chanson.
– d’abord écrite par Aznavour,
– puis composée ensuite par Garaventz
La réalité
Fréquemment, commencer par les paroles est une solution naturelle pour les auteurs qui ne sont pas musiciens. Oserai-je dire que c’est souvent une solution de facilité ?
Un texte écrit un peu à la va-comme-je -te pousse, et puis débrouillez-vous avec ça !
Mais non !!!
Commencer par les paroles implique une responsabilité : écrire un texte conçu pour être chanté.
Notamment en le scandant soi-même. C’est un minimum.
Car un compositeur n’est pas un magicien.
2) Commencer par la musique
Cette démarche est moins fraquente.
Le compositeur travaille d’abord sur une ambiance, une émotion, une couleur harmonique ou mélodique. Ensuite seulement viendra le texte.
Les arguments “pour”
Une chose est certaine : lorsqu’on commence par la musique, il y a immédiatement une musicalité.
Vous allez me dire qu’on s’en doutait un peu 😁.
Pourtant c’est loin d’être un détail.
Parce qu’une bonne chanson doit d’abord… donner envie d’être chantée.
Et ça, c’est d’abord le boulot de la musique !
Les arguments “contre”
Le danger, c’est que le texte passe au second plan.
Or une chanson qui ne raconte rien, ou qui ne repose sur aucune idée forte, a peu de chances de marquer durablement les esprits.
Même avec une excellente musique !
Et franchement ça s’entend !
Comme ici dans « My Song Of You »
La réalité
Quand un compositeur “tient” une bonne musique, il voit souvent l’écriture des paroles comme une contrainte, voire une corvée.
Le morceau est déjà né émotionnellement.
Le texte devient alors une formalité… parfois bâclée.
3) Faire paroles et musique simultanément
C’est souvent la méthode des « vrais » auteurs-compositeurs.
Une phrase surgit… et porte déjà son rythme, son phrasé, parfois même sa mélodie.
Le refrain apparaît.
Puis le premier couplet vient naturellement s’y accrocher.
Et toute la chanson se construit ensuite sur cette base.
L’avantage
C’est probablement le Graal.
Et s’il fallait vraiment répondre à la question du début, on dirait que paroles et musique doivent naître simultanément.
Le sens et le son avancent ensemble.
Tout semble organique. Naturel. Évident.
Les mots épousent la musique… et la musique souligne les mots.
Magnifique. Mais tout n’est pas si simple !
L’inconvénient
Cette façon de travailler demande un état d’esprit particulier.
Pas forcément des connaissances musicales complexes, mais une capacité à penser simultanément le rythme, les sonorités, le sens, la mélodie et l’interprétation.
Tout le monde n’a pas ce fonctionnement créatif.
Il a quasiment créé le style « récitatif ».
La réalité
Le jaillissement initial est souvent extraordinaire.
Mais une fois le refrain et le premier couplet trouvés… le reste peut devenir du remplissage.
Car la partie la plus euphorique du travail est déjà passée.
Et là, il reste le travail modeste et ingrat de l’artisan de l’ombre !
4) Existe-t-il une réponse unique ?
Non, bien sûr. Mais cette réponse serait un peu trop facile.
C’est vrai que chaque artiste travaille selon sa sensibilité, son parcours et ses facilités naturelles.
Certains entendent d’abord des mots.
D’autres des mélodies.
D’autres encore ressentent les deux en même temps.
des paroles de Nougaro sur une musique de Michel Legrand…
Mais aussi des arrangements réalisés en live au studio lors de l’enregistrement. Magique !
Tout cela fait qu’il n’existe pas de méthode universelle.
Bon, mais quand on a dit cela, on n’a rien dit du tout !
AIors allons un peu plus loin.
5) Existe-t-il une “bonne” méthode ?
Et là, la réponse est OUI.
Cette bonne méthode pourrait se résumer en un mot : le respect.
J’explique :
Si vous commencez par les paroles…
Respectez le compositeur !
– écrivez avec une métrique régulière.
– placez vos accents toniques de manière cohérente.
– construisez une structure claire.
– et évitez les sempiternels octosyllabes si vous voulez aider votre compositeur à trouver quelque chose d’original (les métriques impaires donnent souvent de meilleurs résultats : 5 pieds, 7 pieds, structures asymétriques…).
Texte de Claude Lemesle, en rimes riches, s’il vous plait,
Musique de Alice Dona, sa grande complice,
Le tout magnifiquement servi par Serge Reggiani . WOUAH !
Vous pouvez même (certains très grands auteurs le font !) écrire (en secret) un texte sur une musique existante.
Puis livrer votre texte au compositeur sans parler de votre « truc » : votre texte aura déjà naturellement une cohérence rythmique.
Si vous commencez par la musique…
Ne vous prenez pas pour le roi du monde !
Car en tant que compositeur, vous avez aussi des contraintes, et même des devoirs.
On compose une chanson… pas un opéra !
On doit donc penser « structure » : couplets, refrains, ponts, respirations, répétitions…
Pas question de partir dans tous les sens !
Avec « Ode aux Rats ».
Génial, mais… on n’est déjà plus tout à fait dans l’univers de la chanson !
L’auteur, qui devra ensuite analyser précisément cette structure, aura à respecter des contraintes : nombre de pieds, accents toniques, découpage des phrases…
Il faut donc lui faciliter la tâche ! Et ça, c’est votre job ! Un travail d’orfèvre…
Si vous créez tout simultanément…
Alors les deux logiques se rejoignent ! La belle vie, non ?
Oui et non !
Parce que dès qu’un premier couplet existe, il devient lui-même une contrainte de composition pour toute la suite de la chanson.
Et il faudra respecter sa métrique, ses accents et sa musicalité, etc.
Et c’est là qu’un travail précis et laborieux vous attend.
On n’a pas des vies faciles, moi j’vous l’dis !
6) À vous de jouer !
Si vous êtes auteur
Choisissez une chanson existante (pas forcément française) dont la mélodie vous plait.
Sans recopier le texte, relevez simplement sa structure métrique :
- nombre de pieds ;
- découpage des phrases ;
- emplacement des accents toniques ;
- alternance couplet / refrain.

Par exemple, si vous avez choisi « La maladie d’amour » de Sardou, ça fait :
1 2
1 2
1 2 3 4 5 6
1 2 3 4 5 6
1 2 3 4 – 1 2 3 4
A présent, soulignez les accents toniques, ça fait :
1 2
1 2
1 2 3 4 5 6
1 2 3 4 5 6
1 2 3 4 – 1 2 3 4
Puis oubliez l’original, et écrivez un nouveau texte entièrement différent… en respectant exactement cette architecture.
Vous avez vu ? Vos obtenez un résultat cohérent et exploitable pour un compositeur !
Vous pouvez même le publier en commentaire.
Vous découvrirez très vite que la chanson est aussi un travail de précision.
Si vous êtes compositeur
Prenez un mini texte sans musique (quatre lignes suffisent).
Par exemple :
« Je vous le dis encore
Au risque de me répéter
Tout condamné à mort
Aura la tête tranchée »
(oui on a reconnu « Le Schpountz » avec Fernandel)
Notez la métrique (allez je vous aide) :
1 2 3 4 5 6
1 2 3 4 5 6 7 8
1 2 3 4 5 6
1 2 3 4 5 6 7
Puis soulignez les accents toniques :
1 2 3 4 5 6
1 2 3 4 5 6 7 8
1 2 3 4 5 6
1 2 3 4 5 6 7
En vous appuyant sur ces accents, inventez une musique.
Vous pouvez comme dans la méthode « Pomme », commencer par le rythme, en scandant simplement ces paroles, et y greffer une mélodie ensuite.
Et comme on est dans « Le Schpountz », on va jouer sur l’intention :
vous pouvez même composer trois versions différentes :
- une version mélancolique ;
- une version énergique ;
- une version humoristique.
Vous constaterez que la musique transforme complètement le sens émotionnel des mots !
7) Avant de se quitter
Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.
En conclusion
Alors… faut-il commencer par les paroles ou par la musique ?
N’écoutez plus ceux qui répondent d’un air entendu « ça dépend » en vous laissant dans le flou.
Si on devait répondre de façon binaire à cette question, la réponse serait :
Choix 1 : Paroles et musique simultanément
Choix 2 : Musique d’abord (mais dans une optique « chanson »)
Choix 3: Paroles d’abord (mais dans une optique « chanson »)
…en restant conscient qu’on fait une chanson.
Pas une poésie, un opéra ou un délire psychédélique.
Parce que, on l’a vu, s’il n’y a pas de réponse universelle, il y a quand même des méthodes.
Et surtout, un maître mot : la musicalité.
On pourrait aussi appeler ça du respect pour celui ou celle qui travaille avec vous… ou pour les différentes facettes de vous-même si vous êtes auteur-compositeur-interprète.
Auteur : écrivez un texte chantable
Compositeur : composez une mélodie simple et logique
Auteur-compositeur : ne vous fourvoyez pas en route dès la fin du premier couplet.
Et ça, ça demande du travail, de la technique… et donc encore… du travail 😉 !
Parce qu’une bonne chanson, c’est à la fois un travail d’artiste… et un travail d’artisan !
Vive les paroles, Vive la musique, mais surtout :
Vive la Chanson !








En accompagnant des personnes autour du carnet créatif, ou même des élèves en arts plastiques, je retrouve exactement cette question : faut-il partir d’une idée, d’une émotion, d’une couleur ou d’une technique ? Et bien, en fait tout est bon, pas de règles stricte, chacun possède sa propre façon d’entrer dans la création. Et chaque processus peut amener quelque chose d’intéressant.
Ce qui m’a plu dans ton article, c’est qu’il montre que la question « paroles ou musique d’abord ? » n’a finalement pas de bonne réponse universelle. On a souvent tendance à chercher la méthode idéale, alors que chaque créateur a sa propre porte d’entrée dans le processus. Une réflexion intéressante qui dépasse d’ailleurs largement la chanson : dans beaucoup de projets créatifs, il n’existe pas un seul bon chemin pour arriver au résultat.
Wow! quelle apportation de valeur. merci. Personnellement je ce sont souvent les paroles qui me viennent en premier, puis la mélodie. mais parfois les deux me viennent simultanément. ça m’est arrivé même si c’est plus rare d’avoir une mélodie et de developper le texte après. Les exercice proposé sont interessant. je conserve l’article pour m´y atteler à tête reposée
Eh bien tu as tout dit ! Car effectivement, on ne contrôle pas toujours le processus créatif. Et c’est très bien comme ça ! 😊
Je ne suis ni musicien ni chanteur mais tu m’apportes avec cet article un nouvel angle d’écoute. J’essaierai de deviner comment se sont construites les chansons que j’écoute 🙂
Ah, ça c’est intéressant. Pour certaines, il est flagrant que les mots ont précédé la musique… ou l’inverse. Evidemment, pour les meilleures chansons (les plus fluides), le mystère est difficile à décrypter.
Excellent article, très complet, parce qu’il existe factuellement plusieurs méthodes qui donnent de bons résultats. Personnellement, je trouverais ça trop compliqué de séparer la musique et l’écriture. Je n’y connais pas grand chose techniquement parlant. Ce qui me donne le déclic n’est pas l’un ou l’autre. C’est le thème, et plus précisément l’angle, savoir ce que j’ai envie de raconter et de quelle façon. Lorsque j’ai cette vue particulière, je chope la guitare, sachant si je veux quelque chose d’enjoué, de contemplatif, et je cherche une première phrase, lyrique et mélodique, puis ca me donne tout le reste. Je ne crois pas avoir jamais écrit une chanson en plus d’une demie heure, me laissant quasiment surprendre par mes propres tournures de phrases et par la structure finale. Je ne me contraint pas à une chanson avec refrain par exemple. Ensuite, je peaufine les détails et je commence à imaginer ce qui passerait bien en orchestration. Je vais lire ces articles un à un, ca me permettra surement de comprendre un peu mieux ce que je fais, et peut être, à m’ouvris des portes. Merci pour ce travail.
Merci Mathias pour ton témoignage ! Ton démarche illustre bien un mélange d’élan créatif et de technique réfléchie ! Tout ce qui fait une bonne chanson !