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  • La nuit je mens : Alain bashung

    La nuit je mens : Alain bashung

    Alain BASHUNG est définitivement un prince des ténèbres ! Avec « La nuit je mens », il nous emporte encore une fois dans un univers étrange et énigmatique… un texte puissant dont le sens ne se livre pas à la première écoute.
    Et pourtant, en changeant un peu l’angle de lecture, tout s’éclaire ! Et on pourra même se nourrir de cette œuvre pour nos propres créations.
    Mais autant vous prévenir tout de suite : cet article est assez ardu. À réserver aux aficionados !

    Les paroles de « La nuit je mens »

    COUPLET 1
    On m’a vu dans le Vercors
    Sauter à l’élastique

    Voleur d’amphores
    Au fond des criques
    J’ai fait la cour à des murènes
    J’ai fait l’amour, j’ai fait le mort
    T’étais pas née

    À la station balnéaire
    Tu t’es pas fait prier
    J’étais gant de crin, geyser
    Pour un peu je trempais
    Histoire d’eau

    REFRAIN
    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    COUPLET 2
    J‘ai fait la saison
    Dans cette boîte crânienne
    Tes pensées
    Je les faisais miennes
    T’accaparer seulement t’accaparer
    D’estrade en estrade

    J’ai fait danser tant de malentendus
    Des kilomètres de vie en rose

    Un jour au cirque
    Un autre à chercher à te plaire

    Dresseur de loulous
    Dynamiteur d’aqueducs

    REFRAIN
    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    COUPLET 3
    On m’a vu dans le Vercors
    Sauter à l’élastique
    Voleur d’amphores
    Au fond des criques
    J’ai fait la cour à des murènes
    J’ai fait l’amour j’ai fait le mort
    T’étais pas née

    REFRAIN
    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    Carte d’identité de « La nuit je mens »

    La nuit je mens (1998)

    Auteurs : Alain Bashung et Jean Fauque
    Compositeurs : Alain Bashung, Edith Fambuena, Jean-Louis Piérot
    Interprète : Alain Bashung

    Pour voir le clip, c’est ici :
    https://www.youtube.com/watch?v=0MYN8mAEKUo

    L’origine de la chanson : le Vercors

    Quand il était encore enfant, Alain Baschung (avec un « c ») fut marqué par un livre de « Vercors » , alias Jean Bruller, illustrateur, écrivain et Résistant.
    Il en gardera l’idée de cette chanson : le sentiment d’être lui-même une sorte de Résistant, et cette question : « comment me serais-je comporté sous l’occupation ? Héros de l’ombre ou collabo ? Civil le jour, faisant sauter des trains la nuit ? »

    Le vercors de la chanson  la nuit je mens d'alain Bashung

    « La nuit je mens » évoque le mensonge, un mal nécessaire pour survivre durant l’occupation et pour entreprendre des actions de Résistance.
    Mais « La nuit je mens » fait aussi et surtout référence à l’histoire personnelle de Bashung. Et celle ci était plutôt désespérée à cette époque!

    En effet, à l’heure où il écrit cette chanson, Alain Bashung vit une séparation très difficile avec sa femme. Rongé par la solitude, il a de nouveau plongé dans l’alcool et a été hospitalisé deux mois en psychiatrie.
    C’est alors qu’il écrit et compose dans son appartement l’album « Fantaisie militaire », une œuvre sombre et marquante.

    Pendant ce temps, fin de siècle oblige, la société française fait un point sur son passé, notamment sur la période de l’occupation. C’est le moment des comptes et des règlements de comptes entre faux résistants et vrais collabos. Fantaisie militaire…

    Au travail !

    Pour décrypter cette chanson unique et envoûtante, je vous propose deux lectures successives, sous deux angles différents.
    La première sera analytique, la seconde structurelle.

    Prêt à vous retrousser les manches ? On y va !

    Les paroles en détail : l’analyse systématique

    On m’a vu dans le Vercors : ce haut lieu de la résistance plante le décor et illustre la supposée droiture du héros.
    Sauter à l’élastique : ah… dès le début, ça se gâte ! On fait mine de sauter dans le vide pour se prouver son courage, mais un élastique nous fait remonter. Il n’y a en fait aucun risque. « Sauter à l’élastique » a également le sens de « sauter sur tout ce qui bouge », l’élastique évoquant les strings féminins.
    Voleur d’amphores : Les amphores évoquent le vagin… et leur vol l’infidélité. A noter, un saut à l’élastique s’appelle « un vol ». 
    Au fond des criques 
    : du nom d’une falaise du Vercors, « La crique » évoque la relative discrétion de ses exploits, sous fond de référence sexuelle.

    la murène de la chanson de bashung

    J’ai fait la cour à des murènes : Dans cette approximation aquatique (la murène vit dans la mer) se cache une contrepèterie : « J’ai fait l’amour à des culs de reines », confirmée par le vers suivant (« j’ai fait l’amour »). La murène (dont la phonologie est proche de « sirène ») est un animal à la réputation sulfureuse, et Bashung est attiré par les femmes dangereuses.

    J’ai fait l’amour, j’ai fait le mort : une référence au thème éternel de « l’amour et la mort », et l’aveu de Bashung de n’avoir pas assumé ses conquêtes féminines, disparaissant sans donner de nouvelles.
    T’étais pas née :
    « pas née » comme le poisson pané : au-delà du jeux de mots foireux (dont Bashung est coutumier : rappelez-vous le cochonnet et les boules, la moule et la frite!), Bashung nous indique que tout ceci avait lieu avant sa rencontre avec sa compagne.

    À la station balnéaire : station de train de Vichy, lieu du gouvernement collaborationniste, mais aussi « station balnéaire », lieu de toutes les exubérances.
    Cet arrêt de train à une station, c’est la rencontre avec sa compagne.
    Tu t’es pas fait prier : Elle est d’accord, et elle n’est pas une sainte !
    J’étais gant de crin, geyser : référence aux caresses et à l’orgasme.
    Pour un peu je trempais, idem
    histoire d’eau :
    référence au sexe, au roman érotique « Histoire d’O » et à la ville d’eau qu’est Vichy.

    La sirène de la chanson de Alain Bashung : la nuit je mens
    Le train de la chanson la nuit je mens de alain bashung

    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine :
    Bashung parle de son (non-) engagement qui ne le mène nulle part
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains :
    dans ce jeu de mots avec « je mens », Bashung a renoncé à se sentir coupable ou responsable des mensonges.

    A La fin de la chanson, le retour de ces mots sera une allusion à la masturbation.
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions : c’est une triple référence qui dépeint la perte de sens et de valeurs :
    – j’en ai plein les bottes
    – les bottes symbolisent les troupes d’occupation,,
    – les bottes sont pourtant indispensables pour gravir les montagnes (Vercors).
    Où subsiste encore ton écho : l’écho dans les montagnes est le souvenir indélébile de la femme perdue. On entend l’écho dans la montagne, et…
    Où subsiste encore ton écho :  …et l’écho se répète. Encore et encore. Normal.

    J’ai fait la saison : « faire la saison », c’est occuper un emploi saisonnier, donc intense mais provisoire. Cet emploi est lié aux loisirs, d’où le vers suivant : faire la saison dans une boite (de nuit).
    Dans cette boîte crânienne : mais c’est dans sa tête et non dans une discothèque qu’il est saisonnier.
    Tes pensées
    Je les faisais miennes

    T’accaparer seulement t’accaparer : outre le son du train qui roule, ces mots ont un autre sens : « t’as qu’à parer » : il faut te protéger.
    D’estrade en estrade :
    de la même façon, on peut entendre « des strates en estrades », comme les strates qui forment les massifs rocheux, et qui construisent peu à peu un obstacle infranchissable sur les estrades des pistes de danse.

    J’ai fait danser tant de malentendus : là encore, un deuxième sens : il est difficile de s’entendre dans le brouhaha des discothèques. Au propre… et au figuré.
    Des kilomètres de vie en rose :
    tout le passage qui suit évoque les nuits de fête qui se sont déroulées dans les non-dits et les infidélités, et le fait qu’il a tenté en vain de comprendre ce qui animait sa compagne. Cela évoque aussi les chemins et les strates de pierre rose dans les roches du Vercors.

    Un jour au cirque : on parle à la fois du cirque montagneux (falaise circulaire) et des numéros que fait Bashung pour plaire à sa compagne.
    Un autre à chercher à te plaire :
    là encore, un double sens, car on peut comprendre :

    – « un autre jour (que j’ai passé à ) chercher à te plaire », ou

    – « un autre (homme) a cherché à te plaire ».
    Dresseur de loulous :
    référence à l’érection, et au cirque.
    Dynamiteur d’aqueducs :
    ces deux derniers vers évoquent, non sans allusions sexuelles explicites, tous les efforts que Bashung a faits pour plaire à sa compagne.

    La suite de la chanson reprend les mêmes paroles, à part un « effrontément » qui se substitue à « je m’en lave les mains ».

    Sans surprise, la chanson finit sur « Où subsiste encore ton écho » qui laisse un goût d’amertume et d’inachevé.

    Voyons à présent comment tout cela s’articule.

    Seconde relecture des paroles : la structure générale

    Dès lors que nous avons décrypté les nombreux sens cachés, tout s’éclaire : comme par magie, le puzzle se met facilement en place. Bashung déroule chronologiquement sa vie amoureuse.

    COUPLET 1

    Première partie : Bashung parle de sa vie avant sa rencontre avec sa compagne :

    On m’a vu dans le Vercors
    Sauter à l’élastique

    Voleur d’amphores
    Au fond des criques
    J’ai fait la cour à des murènes
    J’ai fait l’amour, j’ai fait le mort
    T’étais pas née

    Seconde partie : la rencontre avec sa compagne et l’amour débridé.

    À la station balnéaire
    Tu t’es pas fait prier
    J’étais gant de crin, geyser
    Pour un peu je trempais
    Histoire d’eau

    REFRAIN

    Bashung souligne le côté sombre de cette relation, avec ‑déjà‑ ses non-dits, ses destinations cachées.

    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    COUPLET 2

    Première partie : on sent bien que cette relation malgré tous les efforts de Bashung, est en train de lui échapper.

    J’ai fait la saison
    Dans cette boîte crânienne
    Tes pensées
    Je les faisais miennes
    T’accaparer seulement t’accaparer
    D’estrade en estrade
    J’ai fait danser tant de malentendus
    Des kilomètres de vie en rose

    Deuxième partie : même sensation, mais là, on est dans le sexe (im)pur et dur !

    Un jour au cirque
    Un autre à chercher à te plaire
    Dresseur de loulous
    Dynamiteur d’aqueducs

    REFRAIN :

    Éclairé par le couplet 2, le malaise de ce second refrain devient plus explicite. La fuite en avant !

    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Effrontément
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    COUPLET 3

    Première partie : bien qu’identique au premier couplet, ce passage prend un nouveau sens : une évocation du temps passé… et perdu à jamais.

    On m’a vu dans le Vercors
    Sauter à l’élastique
    Voleur d’amphores
    Au fond des criques
    J’ai fait la cour à des murènes
    J’ai fait l’amour j’ai fait le mort
    T’étais pas née

    Deuxième partie : il n’y a pas de deuxième partie ! Et pour cause : on a bien compris que cette fois-ci, il n’y aura plus de nouvelle rencontre. L’auteur est seul face à lui-même.

    REFRAIN :

    A qui Bashung ment-il désormais ? Sans doute à lui-même. La répétition de ce refrain, sans plus aucun couplet, nous laisse subodorer que ces trains nocturnes ne mènent nulle part.

    La nuit je mens
    Je prends des trains à travers la plaine
    La nuit je mens
    Je m’en lave les mains
    J’ai dans les bottes des montagnes de questions
    Où subsiste encore ton écho
    Où subsiste encore ton écho

    Après avoir enchaîné deux fois ce dernier refrain, la chanson finit en « shunt » sur ces paroles inachevées, sur cet écho inexorable et irrésolu.

    La recette de la chanson : double sens et  double fil

    Une chanson à double(s) sens

    Depuis le début de sa carrière, Alain Bashung s’est illustré par des jeux de mots et des énigmes, en se gardant bien de donner la clé de ses explorations littéraires. Cette culture du mystère a grandement contribué à sa légende.

    le double sens de la chanson

    A chaque nouvelle chanson, chaque auditeur a donc sa propre analyse, souvent incomplète, parfois erronée.
    Comme dans la « chanson à énigme », le thème n’est pas traité de façon explicite, mais par une suite d’images. Celles-ci peuvent être :
    – des métaphores,
    – des expressions détournées,
    – des jeux de mots, des contrepèteries,
    – et… de simples images qui sonnent bien, et qui par leur poésie propre donnent du liant au tableau final.

    Un intérêt majeur de la chanson à énigme -ou à double sens‑ est qu’elle permet à chacun de se projeter dans les images proposées, invite au « lâcher prise » et laisse à l’auditeur toute liberté pour interpréter les images, voire pour y projeter ses propres fantasmes. Elle est également valorisante pour l’auditeur qui a la sensation de pénétrer dans un cercle d’initiés.

    Une chanson à « double fil »

    Voilà l’intérêt principal de cette chanson : Bashung utilise le principe du « double fil » : il va mêler deux thèmes, à savoir celui de la Résistance et celui de la rupture amoureuse.
    Ces deux thèmes vont se dérouler en parallèle durant toute la chanson, avec de proche en proche des passerelles entre eux.
    De plus, Bashung a pris le parti de placer nombre de ces images dans un milieu aquatique : simplement parce qu’au cours de l’écriture, les jeux de mots l’ont amené sur ce terrain, et qu’il a choisi de le privilégier ensuite. C’est la « théorie du cerf-volant », que je vous décris dans un autre article.

    De façon annexe, on observera que Bashung ne s’encombre pas de principes concernant les rimes : ça rime… ou pas !

    Et si l’auditeur n’a rien compris ?

    Une chanson à énigme, tout comme un casse-tête chinois, n’a pas nécessairement vocation à être comprise par tous. La magie opère même si l’on ne comprend rien, et le sens se livre, par petites touches, au fil des écoutes. C’est ce qui fait son charme et sa beauté.
    L’ensemble, par sa poésie, doit être agréable à écouter même si l’on ne comprend pas tout.

    Côté musique

    La voix et la mélodie

    La voix, incantée plus que chantée, est posée sur une suite d’accords simples mais irrésolus.

    L’harmonie

    Bashung utilise des accords de guitare assez courants, mais les enchaîne sans qu’il y ait vraiment un début et une fin à ses phrases musicales. Ceci contribue à l’aspect énigmatique et inquiétant de l’œuvre : on est en terrain connu mais mouvant. L’auditeur, en manque de repères, est donc un peu perdu, ce qui ajoute au malaise et au mystère.

    Les arrangements et l’orchestration

    Ce sont surtout les arrangements qui mettent en avant le fil du récit, avec l’arrivée progressive des instruments :
    – Au départ une simple guitare, qui souligne la fragilité de l’histoire.
    – Puis la basse, qui arrive de façon presque imperceptible pour étoffer le propos. Du classique…
    – Et voilà l’orgue… mais un orgue au son aigre, qui loin d’étoffer l’orchestration, semble la fragiliser encore.

    Ainsi, malgré l’arrivée successive des instruments, on reste dans une sorte d’immobilité presque arythmique dont on sent bien qu’elle va se rompre.
    – C’est alors qu’arrive la batterie, brutale et puissante, emportant tout avec elle. Elle évoque instantanément un train qui part dans la nuit, tels les trains de la mort, donnant à la chanson une couleur dramatique qui fait froid dans le dos.
    – Enfin débarquent les cordes, qui envahissent le mix. Cela évoque irrésistiblement la Résistance : traditionnellement, ce type de musique est lié aux films traitant de cette époque. J’adore !

    Et on est emporté comme ça jusqu’à la fin de la chanson, vers un déroulement qui semble inéluctable, sans pont ni rupture ni transition (si ce n’est une brève accalmie comme une traversée de gare au couplet 3). Seuls des breaks de batterie, tels des aiguillages, semblent nous conduire vers une destination fatale.

    A vous de jouer

    On peut se demander comment Bashung et Fauque ont réussi à construire une chanson aussi complexe, et comment ils y ont greffé toutes ces idées.
    Ce serait prendre le problème à l’envers (l’envers du Vercors ? Bon j’arrête). Car pour ce type de texte, ce sont les mots qui vont guider le sens et non l’inverse.

    Les auteurs ont simplement utilisé la méthode du brainstorming, que je décris dans un autre article.
    Mais ce n’est pas là-dessus que nous allons travailler aujourd’hui.

    A vos stylos !

    Voici le moment tant attendu de votre travail de création. Et aujourd’hui, c’est du lourd ! Si vous êtes débutant, vous avez droit à un Joker !

    Vous allez créer un texte à double fil.

    Dans un double discours, vous allez mêler :

    • un propos principal, qui sera le véritable thème de la chanson, et
    • un propos secondaire, qui en constituera le décor.

    Pour réussir votre création :

    • Prenez deux thèmes qui vous inspirent, ou à défaut deux thèmes connus de votre public cible.
    • Choisissez deux thèmes qui puissent se lier. Partir d’une métaphore connue peut être un bon support.
    • Commencez par un brainstorming, et construisez votre histoire en fonction des mots que vous avez trouvés. Et pas l’inverse !

    Pour fonctionner, votre texte doit être compris par une part importante du public (idéalement, pas TOUT le public, ce qui suscitera le débat et la curiosité).
    Enfin, je le répète : on est ici sur du gros niveau technique. Si vous en êtes à vos toutes premières chansons, ne vous lancez pas tout de suite dans cette aventure !

    https://academiedelachanson.fr/on-connait-la-chanson-alain-bashung-osez-josephine/Et surtout, n’hésitez pas à utiliser les commentaires pour donner vos impressions, poser vos questions et poster vos créations !
    Pour découvrir le sens caché d’une autre chanson de Bashung, je vous invite à aller voir ici en cliquant sur ce lien : « Alain Bashung – Osez Joséphine »

    Vive le Vercors et Vive la Chanson !

  • Ecrivez des chansons originales

    Ecrivez des chansons originales

    Original ?

    Mais où sont passées les chansons originales ?

    Combien de fois vous êtes-vous dit en entendant une chanson, « oh, non ! Encore..! ».

    chanson manque originalité ennui

    Les histoires d’amour dont on se contrefiche, les conseils à la petite sœur donnés par une ado immature, la colère face aux inégalités, la soif de liberté au sommet de la montagne, la guerre des sexes… Mouais…

    Et c’est vrai qu’il est tentant, surtout lorsqu’on débute, de parler des thèmes qui nous tiennent à cœur : la paix dans le monde, l’amour, la planète, la vie d’artiste…

    Seulement voilà : ce sont des sujets généraux et galvaudés ! Une multitude de chansons traitent déjà du sujet que l’on veut aborder.

    Pour que votre chanson se démarque des autres, il faut faire une proposition originale sous peine de servir du réchauffé, et de n’intéresser personne.

    Pour cela, il n’y a que deux solutions

    • Choisir un thème moins rebattu
    • Traiter le thème sous un angle nouveau.

    Comment trouver un thème original ?

    Trouvez le point de départ

    Commençons par la mauvaise nouvelle : trouver un thème de chanson ne se fait pas à la maison avec une feuille et un crayon.
    Non : pour trouver un thème, il vous faut… ouvrir les yeux !
    Car c’est souvent d’une image que vous partirez. Quelque chose de concret qui sera le symbole du sujet que vous allez aborder.

    Appuyez-vous sur votre expérience : quelque chose que vous avez vu et qui vous a frappé, que ce soit lors d’un grand voyage ou plus simplement dans le métro, un ouvrier qui travaille dans le froid, un enfant qui joue, un couple atypique… voici la première clé pour écrire des chansons originales.

    Paradoxalement, plus cela fera partie du quotidien, plus cela aura d’impact.

    Notez à mesure

    Noter ses idées sur un bloc notes pour des chansons originales

    Dégainez illico votre carnet ou votre smartphone et notez, notez, notez !

    Il est indispensable de le faire à chaud, car rien n’est plus volatile qu’une idée géniale, ou qu’une sensation.

    Notez, vous dis-je !

    Exploitez

    Une fois rentré à la maison, ressortez vos notes, et grâce à la technique de la pensée divergente développée dans ce blog, notez :

    • les idées périphériques que vous en tirez
    • ce que vous retenez de ce que vous avez vu,
    • le lien que vous faites avec votre propre vie
    Trouver son chemin pour écrire des chansons originales

    bref trouvez votre propre chemin !

    Comment traiter un thème de façon originale ?

    Des chansons originales dans l’approche

    Choisir un éclairage différent pour des chansons originales

    Quelle sera votre approche du sujet traité ? Consensuelle, radicale, sociale…

    Pour créer des chansons originales vous n’êtes pas obligé de présenter votre propre point de vue : vous pouvez vous décentrer pour apporter un éclairage différent.

    Des chansons originales dans leur forme

    Choisissez la meilleure façon de présenter votre propos :

    • raconter une histoire,
    • décrire une image
    • faire défiler le temps

    peuvent être autant de façons différentes de parler d’un même thème
    et il en existe de nombreuses autres !

    Des chansons originales par l’angle choisi

    tour eiffel avec des angles de vues différents pour écrire des chansons originales

    Qui parle ?

    Le narrateur, un observateur, un enfant, le personnage principal, un autre personnage, quelqu’un qui parle à un autre, un mort, un objet ?

    Le simple changement d’angle modifiera complètement ce que recevra l’auditeur et permettra de créer des chansons originales.

    Des chansons originales dans la technique d’écriture

    Il existe de nombreuses formes de versification, avec diverses contraintes d’écriture. Trouvez-celle qui selon vous appuiera le propos (répétitif, libre, serré, etc…) et tenez-vous-y.

    Des chansons originales dans leur style

    Adapter le niveau de langage pour des chansons originales

    Quel sera le style lui-même (poétique, quotidien, emprunté…), mais aussi le niveau de langage utilisé (familier, grossier, relevé…), le phrasé (phrases courtes et sèches, développement tranquille…).

    Ces aspects doivent eux aussi être mis au service du propos.

    à vous de jouer :

    Assez discuté : vous allez à présent mettre cela en pratique. Comme toujours avec l’Académie de la Chanson, nous n’allons pas faire un exercice, mais une vraie chanson.
    Comment faire ?

    En suivant simplement ce squelette :
    1- Thème
    2 – Paniers :
    a) Idées
    b) Mots
    c) Rimes
    3- Type d’approche
    4 – Forme
    5 – Angle
    6 – Technique d’écriture
    7 – Style

    Attention : vous n’avez pas besoin d’être original dans chacun des points du « squelette » !
    Non : c’est l’articulation entre tous ces points, et surtout, leur cohérence avec votre thème, qui donnera tout le sel à votre oeuvre.
    Le squelette n’est là que pour vous guider, pas pour vous donner un carcan !

    Et surtout : partagez vos expériences, vos remarques et vos retours en commentaire : votre expérience enrichit la communauté !

    Avant de se quitter

    Je vous rappelle que vous pouvez rejoindre le groupe facebook des Auteurs, Compositeurs et Interprètes francophones de l’Académie de la Chanson. Il suffit de cliquer ici.

    Vous pourrez y retrouver nos articles, publier vos oeuvres, échanger, et trouver des conseils.

    En conclusion

    Tout cela fait beaucoup de contraintes, me direz-vous ?

    Oui et non : c’est plutôt un cadre, un guide pour un travail d’écriture que vous ferez de toute façon. Et cela vous garantira de vous démarquer de tous ces auteurs qui partent à l’aveuglette dans des créations hasardeuses.

    Un impala original

    À vos stylos, et Vive la Chanson !

  • La javanaise – Gainsbourg

    La javanaise – Gainsbourg

    La javanaise

    Comment présenter une chanson qu’on ne présente plus ? Ce titre intemporel est moins complexe qu’il n’y parait, et vous allez être capable d’en récupérer les ingrédients.
    Mais chht! Voyons d’abord le texte:

    Les paroles de la javanaise

    J’avoue j’en ai bavé pas vous
    Mon amour
    Avant d’avoir eu vent de vous
    Mon amour

    Ne vous déplaise
    En dansant la Javanaise
    Nous nous aimions
    Le temps d’une chanson

    À votre avis qu’avons-nous vu
    De l’amour?
    De vous à moi vous m’avez eu
    Mon amour

    Ne vous déplaise
    En dansant la Javanaise
    Nous nous aimions
    Le temps d’une chanson

    Hélas avril en vain me voue
    À l’amour
    J’avais envie de voir en vous
    Cet amour

    Ne vous déplaise
    En dansant la Javanaise
    Nous nous aimions
    Le temps d’une chanson

    La vie ne vaut d’être vécue
    Sans amour
    Mais c’est vous qui l’avez voulu
    Mon amour

    Ne vous déplaise
    En dansant la Javanaise
    Nous nous aimions
    Le temps d’une chanson

    Les origines de la javanaise

    Nous sommes en mars 1963, et Serge Gainsbourg sort cette chanson qui fait date : la javanaise.
    Deux mois plus tard, Juliette Gréco, qui en était l’inspiratrice, la sort à son tour !

    Ce n’était que le début d’une longue histoire pour ce monument de la chanson, qui fut chantée depuis par des centaines d’interprètes.

    Pochette album vinyl de la Javanaise de Serge Gainsbourg

    La javanaise (1963)

    Auteur, compositeur et interprète : Serge Gainsbourg
    https://www.youtube.com/watch?v=V6gjzNm6dA0

    La recette de la javanaise

    Pour cette java, genre musical en vogue à l’époque, Gainsbourg exploite un langage usité dans les banlieues à cette époque, le « javanais ».

    Ce jeu de langage apprécié des jeunes de l’époque consiste à ajouter « av » aussi souvent que possible au milieu des mots, pour les rendre incompréhensibles aux non-initiés.

    Ainsi, « parler javanais » se dit en javanais
    « pavarlaver javanavais ».
    « Bonjour » devient « bavonjavour ».

    Pochette album Valse Java origine de la javanaise

    Le coup de génie de Gainsbourg

    Côté paroles

    Portrait de l'auteur de chanson Serge Gainsbourg auteur de la Javanaise

    Ici, Gainsbourg détourne cette règle grâce à un habile subterfuge, puisqu’il va utiliser des mots ou des suites de mots intégrant déjà le phonème « av ». Ceci de façon très fréquente « j’avoue, bavé, pas vous, avant… »

    A l’oreille, l’effet est le même que le « parler javanais », tout en n’utilisant que des mots français non modifiés… et donc parfaitement compréhensibles.

    Quel travail de titan, pensez-vous… et bien… non !

    En effet, si l’on enlève :
    – le refrain, qui est plutôt simple :
    « ne vous déplaise / en dansant la javanaise / nous nous aimions / le temps d’une chanson »
    – et tous les « mon amour » qui ponctuent le propos,
    il ne reste plus que… 8 vers !

    Et oui, c’est donc une « toute petite » chanson que Gainsbourg a écrite !

    Côté musique

    C’est bien vu également : tout tourne sur 2 notes seulement, qui naturellement tombent obstinément sur les « av » de la chanson, ce qui accentue l’effet « javanais » du texte.

    Les paroles de la javanaise en détail

    Laissons de côté le refrain, pour nous intéresser aux couplets :

    J’avoue j’en ai bavé pas vous
    Mon amour
    Avant d’avoir eu vent de vous
    Mon amour

    À votre avis qu’avons-nous vu
    De l’amour?
    De vous à moi vous m’avez eu
    Mon amour

    Hélas avril en vain me voue
    À l’amour
    J’avais envie de voir en vous
    Cet amour

    La vie ne vaut d’être vécue
    Sans amour
    Mais c’est vous qui l’av-ez voulu
    Mon amour

    Et voilà ! En 8 vers, le tour est joué !

    Les autres versions de la javanaise

    Photo de l'auteur de chansons Serge Gainsbourg et de la chanteuse Juliette Gréco chantants la javanaise
    Juliette Gréco et Serge Gainsbourg

    Si de nombreux artistes ont repris ce petit chef-d’œuvre (la première étant Juliette Gréco deux mois après Gainsbourg), il en est un qui fut remarquable.
    Et c’est encore… Serge Gainsbourg lui-même !

    Pochette de l'album la javanaise de Gainsbourg version reggae

    Dans la version « Javanaise remake » sortie en 1979 (16 ans plus tard), Gainsbourg remplace « mon amour » par « love », et ajoute un couplet :

    Navré d’avoir ouvert mes veines
    Love pour
    Un’ vraie savalavopave
    Love

    Remake : (à 2:30)
    https://www.youtube.com/watch?v=Z0D_881D_gM

    Bien vu pour ce qui concerne « love » qui se rapproche davantage du « javanais » que « mon amour ».

    Mais pourquoi diantre Gainsbourg a-t-il écrit « savalavopave » (donc « salope »), seul mot qui trahit la règle de la chanson. N’eût-il pas été plus fin d’opter pour un vers plus policé, comme « avoir rêvé de vos lèvres » ou « laver ma vie de vos aveux » par exemple ?

    La réponse est simple : nous sommes en 1979, et plus personne ne sait ce qu’est le « parler javanais ». Gainsbourg nous donne donc habilement la clé du texte. Tout en nous glissant au passage une de ces provocations iconoclastes qui ont contribué à sa sulfureuse légende.

    A vous de jouer !

    Je vous propose d’écrire à votre tour un couplet de deux vers de « La javanaise ».
    – qui rime si possible
    – qui a du sens si possible

    Suivez dans l’ordre les étapes 1 à 5 :

    1. Prenez une feuille et un stylo… ou un ordinateur.
    2. Listez-y des mots contenant « av » ou à défaut « v ».
    3. Utilisez notamment « vous » : « à vous », « de vous », « chez vous », « si vous », « en vous ».
    4. Ecrivez deux vers de 8 pieds chacun contenant un maximum des sons en « v ». Pour simplifier l’écriture, la rime sera en « vous ».
    5. Partagez vos deux vers en commentaire ! Les membres de la communauté seront heureux de découvrir votre production. Soyez sans crainte : ici, la bienveillance et l’entraide sont de mise !

    Pour aller plus loin

    D’autres mots semblent hérités du javanais, même s’ils ne lui appartiennent pas toujours !
    Ainsi, « pourave », « chouraver », « poucave », viennent du romani.

    Mais le « javanais » n’est pas la seule langue codée utilisée par un groupe social.


    Image de boucher pour illustrer le langage Louchébem

    Le louchébem

    Le « Louchébem » fut le langage des bouchers des Halles au XIXème siècle.

    Pour parler Louchébem, on remplaçait la première lettre du mot par un L, puis on plaçait cette première lettre à la fin du mot ; on accolait enfin un suffixes tel que –è, -em, -oc, –uche, –ic qui variait selon la sonorité et les goûts de chacun.
    « boucher » devenait ainsi « l-ouché-b-em »

    Les amoureux de Frédéric Dard connaissent « en douce » qui devient  « en loucedé » ou « à poil » qui devient « à loilpé ».


    Ambigramme Verlan de Basile Morin

    Le verlan

    Arrivé dans les année 80, le « Verlan », existe toujours, avec son inversion de syllabes et ses fins de mots tronquées.


    « l’envers » devient « verlan »
    « punk » devient « kepon », « merci » devient « cimer » et ainsi de suite.

    Plus étonnamment, et par une mise en abyme, « arabe » devient « beur », puis « rebeu » qui est le verlan du verlan !

    (illustration Basile Morin)


    Le Redegue

    Beaucoup moins intéressant, le « Redegue » consiste à ajouter à chaque syllabe deux syllabes commençant respectivement par d et g.
    « Bonjour » devient « Berondeguejour ».
    Cela ressemble à un jeu pour ados. Complètement dérébidiguile selon moi.


    Le Kakitchka

    Le Kakitchka Consiste à rajouter « chka » à la fin d’un mot ou groupes de mots.
    Réservé à l’école primairechka !


    Image de feu pour illustrer la langue de feu

    La « langue de feu »

    C’est sans doute, en raison de son nom, celle qui a le plus fort potentiel poétique.
    Cette variante du javanais insère « de » « feu » dans les mots. Si l’effet est peu intéressant, le nom « langue de feu » peut se révéler, au même titre que le fut « la javanaise », un support inspirant pour un thème exotique et piquant.


    Pour en finir

    On ne va pas chinoiser ! Plutôt que de vous lancer dans une énième interprétation de « La javanaise », je vous propose d’écrire votre propre opus d’une chanson « codée », en jouant sur les phonèmes, comme Magic System avec « Premier gaou », Julien Clerc avec « Métisse d’Ibiza », Gotainer « Femmes à lunettes », Carlos « L’amour ça rend bo lélé », et tant d’autres !

    Alors, à vos stylos et vive la chanson !