La chanson à récapitulation : Un fil pour capturer l’auditeur !

Une chanson à récapitulation, c’est quoi ?
Eh bien, c’est l’art de l’accumulation !

Car le principe est simple : chaque couplet reprend les éléments précédents et en ajoute un nouveau.
Exemple type ? « Mon âne », qui a mal un peu partout, et à qui « Madame » a fait faire
– un bonnet pour sa tête
– Des lunettes pour ses yeux,
– Un joli cache-nez
et j’en passe !
Vous allez me dire : « Mais c’est un truc de gamin, ça, juste bon à faire des comptines pour les petits ! ». Hum ! Pas si sûr !
Vous allez voir que cette technique peut aussi inspirer des créations pour adultes, qu’elles soient humoristiques, poétiques ou narratives.

1. Pourquoi ça marche

Un jeu avec la mémoire

« Le public adore découvrir ce qu’il connait déjà ». Et c’est exactement ce qui se passe ici : dès la première écoute, l’auditeur s’approprie la chanson… tout en découvrant la suite ! Cerise sur le gâteau, cela crée une forte connivence avec l’artiste !

Un effet hypnotique

La répétition des éléments crée une espèce de rythme, comme les arbres qui défilent le long de la route, ou le pendule du magicien. L’auditeur est happé ! Il est entre vos mains !

Des thèmes à l’infini

La chanson à récapitulation, c’est finalement une liste. Mais qui a dit qu’il fallait se limiter aux listes d’objets, comme dans les chansons pour enfants (« dans mon sac à puces ») ?
Non, on peut lister :
– Des actions (« Pour faire une tarte »)
– Des portraits (« Les gens de mon quartier »)
– Des émotions (« Quand tu me souris »)
– etc.

Et la créativité, alors ?

Bougez pas, ça arrive ! Accumuler, ce n’est pas juste empiler bêtement des éléments les uns sur les autres ! On peut réserver à l’auditeur (soit en fin d’énumération, soit dans le refrain) une « surprise » qui éclaire toute la chanson.

2. Des exemples

Alouette, gentille alouette (traditionnel)

La structure

Là, on est sur du super basique : pas de rime, pas de surprise, on se contente d’énumérer les différentes parties du corps de cette pauvre alouette qui aurait mieux fait de ne pas survoler la résidence de Poutine.

Couplet 1 :

Alouette, gentille alouette
Alouette, je te plumerai
Je te plumerai : le bec (x2)
– Et le bec (x2)
Ah, ah, ah, ah
Couplet 2 :
Alouette, gentille alouette
Alouette, je te plumerai
Je te plumerai : la tête (x2)
– Et la tête (x2)
– Et le bec (x2)
Ah, ah, ah, ah
Couplet 3
etc.

Variante adulte

Vu qu’on est au niveau zéro de la créativité, on peut faire un peu ce qu’on veut, genre « Mon voisin a perdu ses clés / Il cherche sous le paillasson / Sous le paillasson, dans sa poche / Dans sa poche, sous le pot de géranium ». Bref, on va passer à la suite, hein ?

Mon âne (traditionnel)

La structure :

Ici, nous avons une construction bien plus élaborée, avec :
– Un « vrai » couplet qui pose le cadre
– Une accumulation qui s’y insère non pas à la fin, mais au cœur du couplet
– Une rime avec l’objet accumulé, avec un effet de suspense, puisque l’objet n’est qu’au deuxième vers.
– Une approche surréaliste qui apporte une touche de poésie.

Couplet 1 :
Mon âne, mon âne a bien mal à sa tête
Madame lui a fait faire : un bonnet pour sa tête
– Un bonnet pour sa tête
Et des souliers lilas, la-la, et des souliers lilas
Couplet 2 :
Mon âne, mon âne a bien mal à ses yeux
Madame lui a fait faire : une paire le lunettes bleues
– Une paire de lunettes bleues
– Un bonnet pour sa tête
Et des souliers lilas, la-la, et des souliers lilas
Etc.

Variante adulte

Nous pouvons apporter nous aussi une touche de poésie à ce type d’énumération ! Soit par les objets énumérés, soit par l’interprétation qu’on en donne.
Pour reprendre le « chercheur de clés », les clés qu’il cherche peuvent être celles de son bonheur, par exemple.

Dans mon sac à puces (Gérald DALTON)

La structure

Deux choses à remarquer ici :
1) A l’inverse des deux chansons précédentes, l’énumération suit la chronologie de la chanson, ce qui est inhabituel.
2) Il y a une chute, un twist final assez drôle, qui justifie tout le déroulé de la chanson, et explique au passage la chronologie de l’énumération !

REFRAIN :
Dans mon sac à puces,
Dans mon sac à bosses,
Mais qu’est-ce que j’ai ? (x2)
– Un serpent qui siffle (sss sss sss)
– Un crapaud qui chante (coa coa coa)
– Une limace qui colle (pouah pouah pouah)
– Un monstre qui grogne (grr grr grr)
DERNIER REFRAIN :
Dans mon sac à puces,
Dans mon sac à bosses,
J’n’ai rien retrouvé
Le gros monstre a tout mangé
Et puis il s’est envolé !

Je vous invite à écouter l’orchestration calamiteuse de cette chanson : un vrai cas d’école, c’est le cas de le dire ! Les « musiciens » ont littéralement saboté la chanson !

Variante adulte

On raconte une histoire avec une rupture finale qui justifie toute l’énumération.
Par exemple, Le « chercheur de clés » vu plus haut pourrait décider de laisser sa porte ouverte, comme dans « San Francisco ».

3. Comment créer une chanson à récapitulation

1. Choisissez un thème

Un objet (« Ma valise »), un lieu (« Dans ce café »), une action (« Pour cuisiner ce plat »), ou une métaphore poétique (« Ce matin, j’ai croisé l’automne »).

2. Pensez à la chute

Un twist, une rupture, une histoire, un gag…

3. Définissez votre stratégie narrative

Allez-vous mettre vos « objets » : Au cœur du refrain, à la fin, dans un couplet ? Dans quel ordre allez-vous les énumérer ?

4. Écrivez un vers de base

Exemple : « Dans ce parc, il y a un banc ».

5. Ajoutez un élément par couplet

 « Dans ce parc, il y a un banc / Un banc, un vieux chien endormi »« Un banc, un vieux chien, une enfant qui rit ».

6. Jouez avec le ton

Humour (« Ma liste de courses »), nostalgie (« Les souvenirs de grand-mère »), satire (« Les promesses des politiques »), etc.

Une dernière remarque

On a observé que l’accumulation peut se faire de deux façons :
– à rebours de la chanson. C’est le cas le plus fréquent : on commence par le dernier objet pour remonter vers le début de l’histoire.
Cela permet à l’auditeur de fixer le texte (puisque l’objet le plus récent est répété rapidement, alors que le plus ancien est celui qui aura été répété le plus souvent.
– Chronologiquement : plus rare, moins facile pour l’auditeur… et souvent moins intéressant en terme de narration ! Il vaut mieux dans ce cas se tourner vers la « Chanson en randonnée » décrite dans cet article : « La chanson en randonnée »

4. A vous de jouer !

Allez, on se lance !
Votre mission : écrire une chanson sur le thème : « J’ai perdu la mémoire, mais j’ai retrouvé des souvenirs ».
Ce thème vous permet toutes sortes d’approches, tant dans le ton que dans le déroulé… à vous de choisir celle qui vous convient le mieux !

Et mettez votre oeuvre en commentaire !

En conclusion

On l’a vu : la chanson à récapitulation n’est pas réservée aux enfants.
Au contraire, c’est une forme qui va surprendre votre auditoire. Mais ce n’est pas tout !
Vous allez attraper votre public avec le suspense que cette forme induit.
Et surtout : Votre chanson sera facile à retenir et à reprendre en chœur.

Vive la chanson,
Vive la chanson, vive la récapitulation,

Vive la chanson, vive la récapitulation, vive l’accumulation, et…

Vive la chanson !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.