On croit toujours que ça n’arrive qu’aux autres.
Les fautes de français, c’est pour “ceux qui ne font pas attention”, “ceux qui écrivent vite”, “ceux qui ne maîtrisent pas”… Bref, c’est pas nous !
Et pourtant…
Elles s’invitent tranquillement dans nos textes.
Sans bruit. Sans prévenir.
Et parfois, elles passent même l’étape de l’enregistrement… pour finir gravées à jamais.
Bon, on va dire que ce n’est pas dramatique : une chanson ce n’est qu’une chanson.
Mais disons-le franchement : ça fait un peu désordre.
Alors tant qu’à écrire en français… autant éviter ces petits pièges.
Ceux que seuls quelques auditeurs repèrent, mais qui, eux, ne les oublient pas.
1. je me rappelle de cette faute
C’est LE classique.
Dans un bel élan romantique, on écrit “je me rappelle de toi”. Beau départ !
Oui, sauf que non.
Vous savez comment on doit dire, en français correct ?
Eh bien on dit : “je me rappelle toi”.
Heu oui, ça sonne un peu étrange, hein ? Mais c’est la bonne forme.
Bon évidemment, nous on dira plutôt : « Je me souviens de toi« .
Et dans une chanson, ce genre de détail fait la différence entre l’ »approximatif » et le « maîtrisé”.
2. Pris pour un “on”
“On”, c’est bien pratique : souple, tranquille, facile…
Mais vous le savez : grammaticalement, « on » reste au singulier.
Et pourtant, on le mélange souvent avec « nous », qui est pluriel !
Et cela donne de jolies fautes !
Donc ne dites plus “on est originaux”, mais dites : “on est original”. Original, non ?
Et si vous trouvez qu’ »on est brutaux », dites-vous plutôt qu’ »on est brutal » !
Bizarre non ?
Et qu’en dit Céline Dion ?
Céline dit « on » :
Alors oui, à l’oral, on parle rarement comme ça.
Mais en chanson, on peut même en faire un jeu !
3. Les accords pas d’accord
Les accords, ce sont un peu les lacets qui lient les mots.
Quand ils sont bien attachés, on ne les remarque pas. Quand ils lâchent… c’est la gamelle !
Un participe passé mal accordé,
un pluriel oublié,
et patatras : votre phrase perd en élégance, et même en clarté.
Et ne pensez pas passer au travers : c’est typiquement le genre de faute qui trompe les auteurs les plus aguerris !
Astuce simple : faites lire votre texte à quelqu’un.
A défaut, laissez reposer une nuit, et relisez.
Le lendemain, les fautes ressortent souvent toutes seules.
4. Les liaisons dangereuses
La chanson, c’est quand même bizarre :
C’est écrit… mais en fait c’est de la langue orale.
Ou plutôt, de la langue parlée (voir notre article à ce sujet)
Et en plus, on « parle » en musique !
Et au milieu de tout ça, il y a des bouts de trucs qui trainent : les liaisons.
Et ça, il va falloir gérer :
Trop de liaisons, ça devient carrément ridicule : on trébuche dessus !
Pas assez, il y a comme des « vides » et ça fait négligé.
Et encore : quand ce n’est pas une liaison mal placée qui crée carrément un effet comique…
pas toujours volontaire !
L’exemple le plus connu est le fameux « reprenez R’avec moi tous en choeur » à 0:56 de Eddie Mitchell !
Et même s’il s’est rattrapé depuis, la version « studio » reste gravée à jamais dans la cire !
Ici, comme toujours : pas de règle absolue, c’est vous l’auteur.
Mais juste une vraie vigilance : ça doit sonner comme de la langue parlée.
Alors, à froid, réécoutez ce que votre texte donne vraiment à l’oral.
5. Les jeux de mots involontaires
Un grand classique : la phrase écrite avec soin…
qui devient carrément cheloue une fois chantée !
C’est typique de la confusion écrit/oral : à l’écrit, tout va bien.
Sauf que la chanson, c’est de l’oral : Et à l’oral, certains enchaînements de sons créent des doubles sens involontaires.
Comme les lionnes de Yannick Noah qui sont vraiment… des Rennes ? C’est une chanson de Noël ?
Et là, votre belle image poétique part dans le décor !
Il y a aussi l’inverse : le jeu de mots qui passe super bien à l’écrit, sur le papier…
et qui s’efface tout seul à l’oral !
Comme « Pas gaie la pagaïe » qui disparait totalement une fois chanté.
D’où la règle d’or : toujours tester ses paroles à voix haute.
6. Les tournures bancales
“C’est qui qui”, “j’ai été au coiffeur”, “c’est qu’est-ce que je dis”…
Même si ces tournures malmènent quelque peu la langue de Molière, on les entend tous les jours !
Donc pourquoi ne pas les utiliser dans nos chansons ?
C’est vrais que ça peut donner un style : populaire, voire cool.
Hein, K.Maro (et pourtant j’adore!) à 0:58 « Ché pa kesskisspass, t’as ce regard dans la face »
Là c’est du lourd !
Oui… sauf que la plupart du temps, tout ceci n’est guère maîtrisé.
Et à ce moment-là, ce n’est plus un choix… c’est juste un manque d’exigence.
7. Les mots mal employés
C’est sans doute le piège le plus discret, le plus sournois !
On utilise un mot parce qu’il “sonne bien”… sans être totalement sûr de son sens, voire de son existence.
Ou pire : on croit qu’on est sûr et donc : on ne vérifie pas !
“Disgression”, “croivent”, “pécunier”… avec un peu de chance, ça peut passer inaperçu.
Mais ça, c’est comme « Air Cocaïne » : quand on se fait pincer à « l’aréoport », ça pique !
Même le grand Jacques s’est fait piéger à 3:46 avec son « système pénitencier ».
Et puis il y a les mots un peu “prétentieux” qu’on place pour faire joli… mais qui ne collent pas vraiment.
Comme le « millésime » de Pascal Obispo, carrément hors-sujet.
Là, le risque est simple : passer pour un… non : perdre en crédibilité.
A vous de jouer
Prenez une de vos chansons. Une vraie. Pas un brouillon.
Relisez-la tranquillement. Puis dites-la à voix haute, comme si vous étiez sur scène.
Et repérez :
- les endroits où ça accroche
- les mots qui sonnent “bizarrement”
- les phrases que vous n’assumez pas complètement

Corrigez, ajustez… ou assumez pleinement. Mais choisissez.
Avant de se quitter
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En conclusion
Bar bonheur, une chanson ne se résume pas à un exercice de grammaire.
Mais quand même…
Ce sont souvent des petits détails qui font la différence.
Alors bon… une faute, ça passe… heu ben en fait non ! Ca ne passe pas !
L’auditeur, quand il l’aura repérée, n’entendra plus que cela ! Adieu la magie !
Parce qu’un texte juste, ce n’est pas seulement un texte correct… c’est un texte qu’on écoute sans être distrait.
Soigner la langue, c’est servir la chanson !
Vive la Chanson !








Et dans la chanson de Renaud… »je repartira »… »nous nous en all’rons »….c’est fait exprès, ça passe (même si ça fait mal aux oreilles) et ça devient un sacré tube…qu’est-ce qui fait que parfois ça passe et des fois non?
Bien vu pour Renaud : ce qui fait toute la différence, c’est bien sûr l’intention ! L’effet comique est voulu, appuyé mais pas trop. C’est d’ailleurs une des marques de fabrique de Renaud qui nous a régalé de sa truculence à une certaine époque !
Tu mets le doigt sur un vrai truc : en chanson, une “petite” faute peut casser toute la magie. J’ai beaucoup aimé « un texte juste, ce n’est pas seulement un texte correct… c’est un texte qu’on écoute sans être distrait ». C’est fort, parce que tu rappelles que la langue n’est pas là pour faire joli, mais pour laisser l’émotion passer sans parasite. Ton article est clair, vivant et vraiment utile.